‹ Nouvelles annales des voyages, Volume 140Chapitre 20 sur 28 · ANALYSES CRITIQUES ET EXTRAITS D'OUVRAGES RÉGENTS · texte numérisé non relu

ANALYSES CRITIQUES ET EXTRAITS D'OUVRAGES RÉGENTS

VIE DE CHRISTOPHE COLOMB ; par le baron de BoNHEFOux, capitaine de vaisseau. Paris, Arthus Bertrand, (1853), 1 vol. in-8** de v et 468 pages, avec une gravure.

S'il n'est pas d'événement qui tienne une plus grande place dans l'histoire du monde que la découvert de l'Amérique par Christophe Colomb , il n'en est pas non plus qui aient trouvé un plus grand nombre d'historiens. Après le tribut de la piété filiale et la foule des chroniqueurs contemporains, de grands écrivains, des savants illustres en ont fait l'objet de leur étude, et il ne semblait pas qu'aujourd'hui tant et de si excellents travaux pussent laisser place à une œuvre nouvelle. C'est, je l'avoue, sous cette prévention peu favorable que j'ai ouvert le livre de M. Bonnefoux. Une histoire de la vie de Christophe Colomb : à quoi bon après tant de volumes que nous possédons déjà sur ce sujet? Quelle veine inexplorée Fauteur a-t-il pu découvrir? Quelle lumière inattendue , quel intérêt nouveau peut^il

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99» NOinc«iÀ«» A94^Es

apporter dans un thème épuiséT C'est ainsi que d'un

â^&uK u et CRmct ui3t>i.cti» fft? EftxruvvniDnv i u ijiu.wu'i-^u • scd

premières pages du volume. Mais bientôt l'intérêt s'est éveillé , et jj^of^ aft^^k^ ^^^ sei^ie captivée. Des qualités tout à fait imprévues de style et de pensée m'op* ^Wf^é i i'n vepsé^ ^ 1^ ff^i»i#?e lip^e une lecture trop légèrement commencée , et je l'ai suivie juscpj'à la dernière page sans interruption ni fatigue. Maintenant ce que je veux déposer ici , c'est ffi^oii^^ VaQ;|ly$e de l'ouiV^age q/fM l' wp^^^fiiop fi^al^ q[ui i»'es.t restée dfi cçtte lecture.

Ce qi^i frappe ç* c« qui ^taçhe tpif t d'^J^^:^ , .«'est la manière de l'auteur et sa coij^Ute in4i^i4?^ité. Rien de convenu , d'emprunté ni de factice ; — rien qui ^çyile l'écple ou le Tmf^ef. Je ijt'ai niil^i^ent J'h.CKi}|i^ur de çpDfl,aitce M- fionAejTouxj 901,^ Ip^ V^éjo^ qfi£ je ii'^gii^sgi^ p^s lu sa qu^JUt^ suir ]^ tilçe 4^ Uvçe > « )çs^,pit,^«n/ç^ de y ^sew , » riefl^ fipi'^ s^yie ^mK^ deviné lepi^rii;^. Ç'^stï?iAl;^<?'l^»fra^W?>,/^,'^t «iXjÇpeAt ^ï!4.i ^t riYÇjweftt e^p çimé. Et ç'p«t ^9l|pe j#r Qç çp^é id^ifH , ^ je puis dire , jq*j« le l^yigfii ^e 4§îftç]bç ^t pr^î^ ujuç. x^^ur pr^ppe,. A$.,]gfti^»^x W* ^TOïéçiçr et fait l>i^ r^sgprtir tpu^ W ÇQt^ ^u g^iii^ i^ Çphmki ipai^ ç'^at si^tout l'hoipoonf 4^ ^^ <j^'ijL ^(teire ç,t foijt ^feirej ^ Itii.. Q. ^cç^t «n ^^iû l'iiirtoijc^ 4^ pli^ graf^d iiM^^Ji^ de #oft sièclel^ ccvoi^^syïpce pça,tiq^iç qi|^ V^i^OT a 4^ «*j^ hi f^fm^ 4'e9 éclairer biiÇQ des Aéiî^» m^^i^l^^Uj 4|ui ii>'cM{it cl>^ se^ devanckirs ifd l^ mêim lMci4ité ni le ïj^m^e intérêt* On sent 4e plus q^'4 & ^pir pi;ofo;jwi^-

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nuH^t identifié avec soti héros. U vit de ^ xjl?; il s'^sççii^ ax«ç UA intérêt patsçionp^ç à s/es. fi^pf^r^of q# , ^ «ef effort^ , à ses luttea, à §e5 tr^vau? , k s^ d^n^^ç^ 4 fes succès, à ces douleurs., à ses joieé, 4 §» gW^^i et « ^'il éprouve il le f^it partager k so» Jçctp^iLr.. ftj. Bonnefoax &e disserte jamais ;, voug pje tr,puyer.e.?i dans sqi^ livre ni une ^ote m v^e d.i^îce^^ipn pui^çient théorique. Il raconte avec dud^i^ » ^ yec mtrainement, et cependant son récit ^gt dçsplu^iQ-T structifs. Son style , naturellement ferme et coloré , s'élève souvent jusqu'à Téloquience sans iamai$ vise;* à l'effet.

L'auteur prend Colomb d^s squ enfance ; il ^e siiit dans ses premières courses et dans les études de s^ jeunesse ; il moutre l'origine ^t le dévelpppeipent <J.,e cette grande pensée qui avait illuminé son espfit, dècouvrii; les limites de V Atlantique, jusqu'au mopiei^t pu aprè^ ^yoir demandé vainement les ïnoyeiiç de 1^ réaliser à Gênes sa patrie d'abord, puis à Venise, au Portugal , et au roi Henry VII d Angleterre , il vient exposer ses plans au roi d'Espagne Ferdinand le Catjiolique et à la reine Isabelle. Là enfin il devait trouver ce qui partout ailleurs lui avait été refusé ; mais au prix de quelle persévérance et après combien de traverses I Si simples et si évidentes qu'elles pous paraissent aujourd'hui , les vues du grand homme étaient trop en avant des idées de sop épor que pour qu'elles pussent être admises sans empêchement et sans lutte. L'obstacle et la lutte, n'est-ce pas la condition fatale de toutes les grandes décou-

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vertes, de tous les grands progrès? Ceux que Colomb eut à surmonter lui vinrent surtout des docteurs , de ceux-là qui étaient les savants du siècle. Et c'est tout simple : dans les choses physiques il y a d'époque en époque une somme de notions acquises et classées qui constitue ce qu'on nomme la science; et lorsqu'un fait, une notion, une idée nouvelle, ou même seulement une application neuve et hardie des notions antérieures refuse de se ranger logiquement dans les classifications établies et menace d'en briser le cadre , elle doit s'attendre à être reçue en ennemie. Les objections que l'on opposait à Colomb étaient de deux sortes : les unes étaient basées sur les idées cosmographiques qui régnaient alors et qdi faisaient loi dans les écoles ; les autres se fondaient sur les textes de la sainte Ecriture ou des Pères de l'Église. Les réponses et les réfutations de Colomb découvrent déjà la supériorité du grand homme ; et cependant combien de ces arguments alors si difficilement admis sont tombés aujourd'hui dans le domaine des idées générales ! Il ne faut que les parcourir pour mesurer d'un coup d'oeil la distance qui sépare l'éducation commune de notre époque de celle du quinzième siècle.

Avait-il à démontrer au synode assemblé à Salamanque pour entendre et juger ses plans , avait-il à lui démontrer la sphéricité de la terre , il invoquait deux faits positifs. N'est- il pas vrai, leur disait-il, que lorsqu'un navire s'éloigne de la côte, le corps du bâtiment disparaît le premier, puis les voiles les plus

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basses » puis successivement ainsi jusqu'aux plus élevées , et jusqu'à la cime des mâts qui disparaît la dernière? N'est-il pas vrai encore, lorsqu^un bâtiment recommence à paraître ou que deux bâtiments se rencontrent en mer par un beau temps , qu'on en voit les parties les plus élevées avant celles qui le sont moins , et que c'est le corps du navire qui se montre le dernier? Or, n'est-il pas évident que ces phénomènes ne peuvent avoir lieu qu'à la surface d'un corps sphérique qui s'interpose entre l'œil et l'objet observé, précisément en raison de la distance qui les sépare? N'a-t-on pas encore remarqué, . ajoutait Colomb, que dans une éclipse de lune , que cette éclipse soit partielle ou totale et de quel côté qu'elle commence, l'ombre projetée par la terre sur le disque lunaire y dessine toujours une ligne circulaire, et ne tombe-t-il pas sous le sens qu'un corps sphérique seul peut ainsi , dans toutes les positions, projeter invariablement une ombre circulaire?

« Les lois de la gravitation universelle n'étaient pas encore établies, et la question des Antipodes et des hommes qui pouvaient y être placés se trouvant réciproquement pieds contre pieds sans tomber dans les profondeurs de l'abîme, ne pouvait pas être aussi facilement résolue ; mais on pouvait en juger par induction, car si deux navires, éloignés l'un de l'autre de six lieues , cessent complètement de s'entre-apercevoir par l'effet de la sphéricité de la terre , il est manifeste que les verticales passant par le centre de chacun des deux bâtiments ne sont pas

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paràttêtes, et tjue, cepenàafit, p^liimàà yh&tA tk perd Ae sa stabilité par Téffet âe cette ihd&elaÉi^b relative ; or , ce qui se passe à ï'ëgard de ceè SèfèHt ûâvirês doit avoir égâlemèM lieu pôut dèui sttttm placés à six lieùes des deux premiers , et ï*ôti arritt âimi à prouver, par analogie, que ttfeîi à^ëtrâflge ii'à'Keù aux Aûtipï)des, et que Ttopcift et flétt y naviguer et y tnardier tout aûSsi ûâtûréïletnéirt qtse nous le faisons nous-métfies Sût tfôs mers et âtiir tt»trè sol. Ces explications fautaient ég^aléîùétit f «•gument des montagnes d'eau jugées dcv^oit* s'^lppd^ ser au retour des navires d^un voyage lointaÈèt. Colomb fit observer, à ce sujet, qu'il n'avait potttîiùt que d*ârrïver aux extrémités de l'Inde on de FAsi*, ainsi que se proposaient les Portugais en contotarnarit par mer le continent africain , et que la «eule Aiftérènce qu'il y eût , c'est qu'il chercherait Sa toute en cinglant directement à TOuest; <jue , dès lotis, Ce n'était pas à des pays inconnus ou imaginaires qu'il aborderait, mais dans des contrées asse2 voisines du lieu où fut placé le Paradis terrestre , et qne certainement les hommes qui habitaient ces contrées devaient, tout aussi bien que nous , desoendte d'Adam, ainsi qu'il le croyait reïigieasètoent en s^e^fbtidant sur lés vérités des livres sacrés.

» Ce fut alors que , présumant , sans doute , lé ^concerter par une objection sans répTiqu^ , on hii demanda comment il pouvait êtfe assdrë qtré les îiitiites de l'Atlantique dans cette directioïi'ftissctrtîes terres asiatiques. Sans héstter, il fit imsSitlAt t^e

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r^K)n£« admirable, et qui, elle seule, équivalait à Viàée de la découverte du Nou<reau-Monde : « £h ^ien! «i T Atlantique , dans cette direction^ a J^aatres limites queTÂsie, il importe plus encore de dëcotivrir ces limites , et je ïes découvrirai ! » C'est bieîi , ainsi que îos s^exprime lorsque Ton a \m ^rand cœur ; t;'est Lien ainsi que parle le génie dont les yeux sont plus clairvoyants encore que ceux d^ notre corps ; et cette réponse sublime, qui n'a pas été assez remarquée, suffirait pour garantir à Colombla priorité delà découverte de l'Amérique, lors même que, ainsi que nous le ferons remarquer plus tard, ce ne serait pas lui qui aurait, le premier, acquis la certitudie de Texistence du continent américain.

«Restaient à réfuter les difficultés théologiques qui lui furent opposées en plus grand nombre et avec le plus d'autorité. Nous avons déjà fait connaître Tair de grandeur qui était un des traits caractéristiques de la personne de notre illustre navigateur, son maintien noUe et assuré, le feu de son regard, Vaniination de sa voix et la force de son éloquence. ToiA ici se trouva en jeu , lorsque repoussant, d*un geste véhément, ses plans, ses cartes , ses mémoires, à prit une ÎMoùation inspirée et se lança dans le côté religieux de la question. îl ne laissa aucunefdîlficul'té sans ré{)onse ; et s'expriinaiit comme le ihéologièn fe plus pieux et le plus disert, il sût trouve^', &âs les textes eux-mêmes des prédictions des pfbjâiètèé et de ÎÊcrïture sainte, des passages qui rèû- ^èrsérent Téchaïaudagè de toutes ces diffiéùttès , et

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qui , selon lui , étaient le type ^rai et l'annonce formelle des magnifiques découvertes que le ciel le destinait à faire en cette partie de l'univers ! Dans cette assemblée où se trouvait Télite des hommes de religion et de talent de l'époque, qui fut le véritable savant, qui se montra le grand théologien? Sans contredit, ce fut notre marin, ce fut Christophe Colomb! »

Enfin , les premières épreuves sont surmontées. L'ignorance ou le mauvais vouloir ont été vaincus. La reine Isabelle , qui , dès l'origine , a montré une noble bienveillance pour le pauvre étranger , et qui bientôt l'a couvert de sa protection persévérante , la reine Isabelle , dans une dernière audience qu'elle lui avait accordée , lui a dit , en présence de toute la couir : « Signor Colomb , vous êtes le bienvenu, » tous nos malentendus ont cessé ; relevez-vous , et )» recevez ma parole , qui est un gage certain. — » Surtout, avait-elle ajouté en se retournant vers » les personnes présentes , surtout point de discus- » sion. Le résultat est trop beau pour en permettre; » je n'en veux plus. » Il a été décidé que trois petits bâtiments seraient mis à la disposition de Colomb pour la poursuite de l'entreprise ; cependant ce ne fut pas dans un des grands ports de l'Espagne que l'expédition fut préparée, mais simplement à un petit port de l'Andalousie, Palos de Moguer, là même où l'obscur et pauvre Génois avait abordé six ans auparavant, — six ans de sollicitations , de démarches, d'anxiétés et d'alternatives, — lorsque

pour la première fois il avait louché la terre d'Espagne. Diverses raisons avaient fait choisir ce lieu; la principale était que ce port se trouvait dans l'obligation, par sentence judiciaire, de fournir deux caravelles armées lorsque la couronne l'en requérait.

» Il a été d'usage, en Turquie, d'appeler caravelles des bâtiments d'un assez fort tonnage ; mais en Espagne et en Portugal, ce nom n'est ordinairement donné qu'à de très-petits navires ne portant que des voiles latines et naviguant assez bien. Telles n'étaient pourtant pas exactement celles qui durent être armées pour le voyage. Les renseignements manquent sur leur grandeur précise, sur leur forme, sur leur gréement; les versions sont même très-cojatradictoires sur ce point, et il est à regretter qu'aucune recherche n'ait pu l'éclaircir complètement; on en est donc réduit à des conjectures, et voici ce qu'on peut en déduire de plus vraisemblable.

» Les deux caravelles que Palos pouvait alors équiper pour la couronne étaient deux navires de la dimension de quelques-uns de nos caboteurs actuels; l'une s'appelait la Santa-Maria, et l'autre la Nina ; une troisième leur fut bientôt adjointe , et son nom était la Pinta. La Santa-Maria seule était pontée ou recouverte en planches ou borda ges de bout en bout; les deux autres n'avaient que des ponts partiels à l'arrière et à l'avant. Ces parties , dans les trois caravelles, étaient très-relevées audessus de Feau.

Novembre- Décembre \%h^,TOH?.\y, 19

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» La Sanla- Maria, qui devait être montée par Christophe Colomb, était du port de 100 tonneaux et elle était gréée pour porter des voiles carrées ; la Nina et la Pinta n'avaient que des voiles latines; elles se trouvaient ainsi dans de très-mauvaises conditions pour pouvoir profiter des vents favorables qu'elles pourraient avoir dans le cours de leur ni^vigation. Le personnel entier n'en excédait pas cent vingt hommes pour les trois n.ivires.

» Voilà quelles furent les ressources exiguës qui furent mises à la disposition de Christophe Colomb, et avec lesquelles, aujourd'hui, on ne tenterait pas la plus mince entreprise de ce genre; voilà les éléments avec lesquels il devait exécuter le plus téméraire des voyages , et qu'il accepta sans hésitation, pensant probablement que son expérience , son habileté, sa vigilance pourraient compenser tout ce que ces éléments avaient d'insuffisant ou de défectueux,

» Mais il n'en fut pas de même dans la population de Palos ni parmi les marins ou les familles des marins qui devaient s'embarquer sur ces caravelles; la nouvelle de cet armement y fît l'eflet d'un coup de foudre : là , comme partout ailleurs, on croyait qu'au delà de certaines limites, même assez rapprochées, rOcéan n'était qu'une espèce de chaos ; l'imagination s'y représentait des courants et des tourbillons prêts à entraîner les navires à leur perdition, et l'on était même persuadé qu'une fois arrivé à un certain point, on devait immanquablement tomber dans le vide.

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» Aussi , un premier ordre du jour de la cour pour armer les caravelles demeura-t-il sans efiet ; la terreur était si profonde qu'un second ordre plus iièpératif, autorisant Colomb à agir avec rigueur, fut également méconnu quoiqu^on eut infligé une amende de 200 maravédîs par jour de retard. Colomb aurait pu sévir; mais, avec sa sagesse babi^ tuelle, il voulut laisser agir le temps; il temporisa donc jusqu'à l'arrivée de Martin- Alonzo Pinzon, qui l'avait si bien compris lors de sa première arrivée à Paios, «t qu'il attendait prck;hainement. Alonzo devait, en effet, commander la Pinta , et ce fut avec joie qjue Colomb le vit se rendre auprès de lui. Les cboses commencèrent alors à prendre une tournure plus favorable ; les esprits ne revinrent pas entièrement, à la vérité, mais ils ne purent être que trêsémus en voyant Alonzo, se montrant franc , loyal et résolu coîume un vrai marin, fournir à Colomb leè fonds nécessaires pour payer, ainsi qu'il s'y était engagé, la huitième partie des frais de l'expédition, accepter le commandement de la Pinta , prendre son frère Francisco-Martin pour second, et solliciter de Colomb le commandement de la NiPia pour un autre de ses frères nommé Vincent-Yanez Pinzon. »

ËaaÊn Colomb voit s'ouvrir devant lui cet Océan redouté des plus intrépides , et dont lui seul; parmi ses contemporains , a lasé «onder dans sa pensée les profondeurs ioconnu^s. Pour ne pajs effrayer les esprits , il avait eu la bonne politique de faire jQonnaiitre qu'il voulait se rendre aux îles Canaries,

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î^^2 NOUVELLES ANNALES

d'où il se proposait de se diriger constamment vers rOuest jusqu'à ce qu'il eût connaissance des terres transatlantiques. Or rien ne pouvait être plus judicieux que cette route, car les îles Canaries se trouvent au commencement des parages des vents alizés qui soufflent toujours de la partie du Nord-Est à l'Est, et qui sont si favorables pour un voyage tel que celui que l'illustre navigateur entreprenait. Il ignorait , il est vrai , que la direction de ces vents était presque invariable dans toute la ligne qu'il allait parcourir; mais ce qu'il en avait vu lors de son voyage en Guinée, et ce que sa sagacité lui en faisait présumer, furent probablement ce qui le détermina dans le plan de son itinéraire , qui ne pouvait être tracé avec plus de jugement.

» Mais pendant que les caravelles mettaient sous voiles , elles se trouvèrent soudainement entourées de barques et de chaloupes portant la population presque entière de Palos, qui , sous prétexte de venir faire ses adieux , fit retentir Pair de cris de désespoir. Les Hommes et les femmes de ces embarcations poussaient des exclamations lamentables, se tordaient les mains en s'agitant dans tous les sens, disaient que les caravelles couraient à une destruction certaine dans les abîmes de l'Océan, et répé-. taient ces fables que Ton avait tant de fois débitées sur les projets de Colomb et sur la soi-disant absurdité de ses plans.

» Colomb, debout sur la petite dunette qu'onavait établie sur l'arrière du pont pour lui servir de loge-

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DES veYÀGES. 293

ment particulier, était alors occupé à commander la manoeuvre, et son ami, le médecin Garcia Fernandez, était auprès de lui. « Vous entendez ces cla- » meurs , lui dit-il : eh bien , elles ne sont pas plus » déraisonnables , elles sont même plus excusables » que plusieurs des discours que , depuis près de » vingt ans, j'ai été condamné à entendre sortir de » la bouche de prétendus savants. »

Tous ces détails sont <;aractéris tiques , et l'auteur les fait bien ressortir. Ce fut le 3 août 1492 {M. Bonnefoux a oublié de marquer cette date importante) , que Colomb mit à la voile et sortit du port de Palos; un mois de navigation l'amena en vue des îles Canaries. Lorsque les caravelles arrivèrent àTénériffe , qui çst l'île principale du groupe , les commandants de la Pinla et de la Nifla s'en croyaient encore éloignés : Colomb seul avait annoncé d'avance avec précision le moment où l'escadrille toucherait à cette première station. Cette exactitude dans les calculs de l'amiral fut remarquée par les marins; ils y virent, et avec raison, une preuve authentique de l'habileté de leur chef et de la supériorité de son instruction maritime sur celle des autres officiers et des pilotes de l'expédition.

Le 9 septembre, la petite escadre gouverna décidément à l'ouest et quitta les derniers parages connus jusqu'alors des marins : ce fut un moment d'épreuve et de vive anxiété. Tandis que les inquiétudes évanouies de l'amiral lui permettaient de se livrer à la joie , le creur manquait entièrement aux

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matelote^ qui, en perdant la terre de vue , crurent avoir dit Un adieu éternel à leur pays , à leUrs familles , à leurs amia , au monde eiitiet, et ne voyaient dèfant eux qiie dangera, mystère et chaos; les plus ifitrépides vetsèrent des larmes et firent éclater de jéaolantes lamentations. Colomb crut convenable de les baranguer ; il les fit rassembler sur le gaillard d'arrière , et, du haut de sa dunette , la tête découverte, le regard serein, le maintien assuré, la parole grave et convaincue, il leur dit :

« Braves marins , mes compagnons , ries frères , » l'île de Fer a disparu et avec elle la crainte des per- » fides Portugais ! Vous le voyez, le vent nous favo- » rise , le temps est admirable , et ces mers qu'on » vous avait assuré devoir être si orageuses , si me- » naçantes , sont calmes et unies comme la Méditer- 9 ranée idans ses plus beaux jours : il en sera de » même des autres terreurs qu'on a cherché à ré- » pandre dajis vos esprits 1 Voguons donc sans inj» quiétude et sans soucis comme de vrais marins; » avançons -nous avec résolution vers les contrées » inconnues où nous envoient nos souverains , ayons » enfin la gloire de tracer aux générations futures M la route qui conduit aux extrémités de l'univers,. » et ce sera pour nous la source de tous les biens i de » tous les honneurs , de toutes les prospérités* »

Nous ne pouvons résister au plaisir de citer encore quelques passages de ce récit, simple et vrai cojppm^ u^e page d'histoire, et dont l'effçt , cepeadant , vous saisit et vous élève comme la plus ma-

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gnifiq^ue épopée : « Un phénomène particulier aux iners intertropîcales est celui qui donne le spectacle magnifique des couchers du soleil les plus éblouissants qu'il soit possible de s'imaginer. Tantôt on croit voir, avec les couleurs les plus vives, de vastes cités dont ne sauraient approcher ni Constantinopïe. avec ses mosquées en amphithéâtre et ses minarets , ni Saint-Pétersbourg avec ses dômes, ses coupoles, ses flèches étincelantes et ses toitures peintes des couleurs les plus variées, ni Grenade et son magique Alhambra, ni Calcutta, la ville des palais , son beau ciel et l'admirable végétation qui l'entoure ; tantôt on voit à l'horizon des prairies émaillées de fleurs lumineuses, des campagnes couvertes de châteaux, de verdure ou de bosquets ; un autre jour, ce sont â.es batailles livrées par des guerriers gigantesques dont fa tête paraît atteindre le firmament, couverts d!*armures où resplendissent les rayons les plus ardents de Fàstre qui les éclaire et qui les pare de ses lrefl!ets les plus brillants. Ces guerriers mouvants, qui selon les caprices de la marche des nuages , courent, se poursuivent, se défendent , se frappent, tombent ou se relèvent, ont une animation prodigieuse qui va jusqu'à électriser le spectateur ; mais la scène * dure peu, car le soleil n'y rase jamais l'horizon; U semble se. précipiter au-dessous plutôt qu'^y desçelicendre, et le crépuscule y est toujours fort court.

» Uusoir, c'était le 25 septembre, un semblable spectacle vmt réjouir les esprits ; mais l'intérêt en fut d^autant plus vif, que ce fut une chaîne de mon-

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296 NOCVELLES ANNALES

tannes parfaitement ressemblantes à celles de notre globe qui s'offrit à tous les yeux. Les caravelles, selon l'usage, s'étaient rapprochées pour la prière, et l'apparence avait tellement Tair de la vérité que Colomb lui-même s'y méprit. « Terre ! terre ! » s'écrie Alonzo Pinzon , « je réclame la récompense pro- » mise à celui qui la verra le premier. »

» Le noble visage du grand amiral rayonna du transport de joie le plus expressif; il monta sur sa dunette, se découvrit la tète, jeta vers le ciel un regard de reconnaissance infinie; et d'une voix émue, mais sonore, il entonna le Gloria in eoccelsis, que tous les équipages chantèrent aussi , avec autant de ferveur que d'enthousiasme.

« Gloire à Dieu au plus haut descieux! » s'écriaient ces rudes marins dont les cœurs étaient attendris par le souvenir de leurs dangers , de leurs espérances , ou par l'image de leurs succès. « Nous vous louons, » répétaient-ils en chœur, nous vous bénissons, nous » vous adorons , grand Dieu , nous vous glorifions, » nous vous rendons grâce pour tous vos bienfaits, » Seigneur, Dieu, Roi céleste. Dieu tout-puissant! » )) Dans ce chant majestueux , qui se rapproche du langage des anges autant que l'on peut croire que l'homme puisse imiter les choses divines , dans cet hymne sublime qui pour la première fois retentissait au milieu des vastes et profondes solitudes de l'Océan , ces voix presque en délire s'harmoniaient avec le bruit des vagues, qui, séparées par la proue des caravelles , se repliaient sur leurs flancs comme

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pour les caresser avec amour, et semblaient se corn* plaire à répéter les louanges du Créateur.

»Le soleil avait disparu sous l'horizon, le jour s'était complètement assombri , mais les voix retentissaient encore , et les yeux n'avaient pas cessé de se tourner vers le point où se concentraient toutes les pensées. La nuit se passa dans la plus grande anxiété; on veilla avec attention, on fit route avec précaution , personne ne quitta le pont; Colomb l'aurait quitté moins encore que les autres, tant il était ému ! et , par le sillage que l'on faisait, on espérait être arrivé le lendemain matin à une petite distance de cette terre tant désirée.

» Le soleil se leva et répandit ses rayons sur le vaste panorama de la mer. A mesure que la lumière rendait les objets plus distincts, chacun enfonçait ses regards vers l'Occident. D'abord on n'eut que la crainte de ne pas revoir les montagnes de la veille ; mais quand le soupçon fut changé en certitude, les cœurs furent glacés d'effroi : on comprit qu'on avait été le jouet d'une de ces dispositions particulières de l'atmosphère de ces climats, et le plus profond abattement succéda ^ parmi les équipages , à la joie que tout à l'heure encore ils venaient de faire éclater. »

Quelques journées s'écoulèrent, poursuit l'auteur, dans une alternative modérée où l'espérance l'emportait sur le mécontentement, tant les signes précurseurs de la terre devenaient nombreux ! « Un phénomène nouveau vint , toutefois, effrayer

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i98 NOUVELLES ANNALE^

les marins de rexpçditîon : ce fut Faspect enfiammé de la mer dans les sombres nuits de la zone torricle. Cet effet, connu sous le nom de phosphorescence, est tellement vif qu'il éclaire sensiblement les voiles, les cordages et le corps entier du navire à Textérieur, et que la moindre ondulation donne naissance à une sorte de flamme blanchâtre : on Fattribue aujourd'hui à la réunion en ces parages d'une infinité de mollusques qui ont la propriété de produire de la lumière en certains cas , et ordinairement de l'électricité. On dit aussi que cette lumière est due à des particules de corps organisés qui, quelquefois , ressemblent à une sorte de poussière couleur de paille brune. Il arrive , quand la mer est phosphorescente , qu'il s'y forme des bandes éclatantes séparées par des points obscurs qui simulent des brisants; d'ailleurs, elle est alors grasse au toucher , laisse une trace onctueuse à la peau , et répand souvent une odeur désagréable.

» Il faut convenir que des hommes aussi équivoquement disposés que les matelots de l'expédition durent être effrayés par ce spectacle inattendu, et que c'est bien alors qu'ils purent penser être transportés dans ces mers horribles qu'on leur avait dit, avant leur départ, qu'ils allaient affronter; ils se crurent voués à un incendie complet , et furent tellement saisis de terreur qu'à peine ils osèrent mutmurer. Le grand-amiral fit puiser un seau d'eau, il y trempa son bras qu'il retira sain et sauf. I^'équipagê commença à se rassurer; Colomb continua

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paisiblement ensuite sa route au milieu de ces fèuj^ .et de ces récifs apparents qui furent franchi! sans inconvénient : et^ quand le jour revint au^si pur» aussi radieux que la veille , on vit qu'on sivait en • core été le jouet d'une illusion , et Ton rçtrouva avec la clarté du soleil « avec la douceur de Tatmo-^ sphère , la confiance qu'on avait momântanémept perdue. »

Le 1 1 octobre , — il y avait un mois qu'au milieu de ces solitudes inconnues les équipages éprouvaient ces poignantes alternatives d'espérance et de découragement , *— le 11 octobre , un tronc d'arbre fut recueilli flottant sur l'Océan, ainsi qu'une petitf planche d'un bois inconnu dans nos climats, et un bâton assez artistement sculpté, « Que Dieii «oit » loué! s'écria Colomb ; non-seulem^t clous allons » voir la terre, mais encore une terr^ habitée par di?^ > êtres intelligents; allons! voilà a^ez de preuve;}» » ne perdons plus de temps; à l'Ouest, à l'Ouest, n et toujours à l'Ouest ! »

» Le soir , après la prière , les matelots entonné* rent d'eux-môines le Salm Regina , chant religieux §i cher aux marins d'autrefois, qui se plaçaient toujours sous la protection de la divine Marie! Colomb fit, après que le chant fut achevé, un discours^minemment pathétique , dans lequel il affirma qu'avant vingt -quatre heures la terre serait décou-^ verte, et où il n'oublia pas de remercier la Provi^ depce de l'avoir toujours conduit comm^ par U main , et de lui avoir accordé les vents les plus fa-

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vorables , la mer la plus unie , le temps le plus beau qu'un marin pût désirer.

» Il serait impossible de décrire le degré d*allégresse et d'espérance qui régnait parmi les équipages ; de joyeuses paroles étaient échangées; des chants , des exclamations sortaient de toutes les poitrines ; les cœurs étaient émus et même attendris ; et la moindre saillie provoquait le rire , là où , vingtquatre heures auparavant, tout était ténèbres et consternation. Les minutes s'écoulaient rapidement ; ce n'était plus vers l'arrière et vers l'Espagne que les yeux et les pensées se reportaient , mais vers l'avant, vers ce magique Occident que Colomb leur indiquait avec une confiance si parfaite , que nul ne croyait plus à ses mystères.

» La présence des objets que l'on venait de recueillir , de voir et de toucher , avait créé un véritable délire. On n'avait jusqu'alors rencontré que des oiseaux , des poissons , des herbes marines , signes souvent incertains; mais ce qu'ils avaient sous les yeux témoignait si fortement qu'ils étaient près d'une terre habitée, qu'ils ne, pouvaient se refuser à cette évidence; enfin, tous les doutes s'étaient évanouis devant cette confirmation inespérée des prédictions du grand-amiral; aussi tous se mirent-ils à contempler d'un œil vigilant la ligne resplendissante de l'horizon au moment du coucher du soleil , et ils s'apprêtèrent à redoubler d'attention quand ils n'auraient plus àf regarder que la nappe assombrie de l'eau et ses paillette? étincel^ntes. »

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Bientôt, en effet, le canon de Tun des trois bâtiments a signalé la terre. La nuit était assez claire, le ciel brillait de mille étoiles : de l'Océan même semblait émaner une certaine lueur ; on aperçut alors visiblement , des trois caravelles , une bande assez étendue où l'azur du ciel cessait , et où une sombre éminence s'élevait au-dessus de l'eau. Cette éminence avait tous les caractères d'une côte; on en distinguait les anfractuosités , les contours , presque les couleurs , et il n'était plus permis de douter.

Ce fut dans la nuit du 11 au 12 octobre, à deux heures du matin, et le trente-cinquième jour dû voyage depuis le départ des Canaries , qu'eut lieu ce grand événement, qui prouva la justesse des calculs , des plans de Colomb , longtemps l'objet de l'insulte ou de la dérision, mais, en ce moment, devenus le titre et le sceau d'une gloire qui doit durer aussi longtemps que durera l'univers.

« Le grand amiral gardait le silence. Des émotions comnae les siennes se révèlent rarement par des paroles ; mais son cœur , toujours animé par la piété la plus sincère , était rempli de reconnaissance envers la Divinité. Sur la foi de Toscanelli et de Marco- Polo , il se croyait , à la vérité , en face de l'Inde ou de quelqu'une de ses îles ; cependant , ce qu'il devait bientôt voir avec détail était encore sous le voile des conjectures, mais, à tout événement, il était prêt à tout , et il ne pouvait aborder dans aucune contrée qu'il n'eût prévu , dans ses combinai-

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30â NOUVELLES ANNALES

sons, ce qu'elle devait ou bien ce qu'elle pouvait être... A ' . j ) •

Nous nous arrêtons ici bien à regret ; mais l'es* pace nous manque pour accompagner plus loin Tauleur dans aon attachant récit. Jusqu'à la fin, ce récit vous tient sous le charme. Je l'ai déjà dit, et j*aime à le répéter : M. Bonnefoux ^ résolu dans son livre un problème au moins fort difficile ; il a su être neuf sur un sujet qui semblait épuisé.

ViyiEN DE S^-Mahtin.

LES AFBÏtrUtŒS DE DON JUAN DE FAftGAS hACONTÈES PAR LUt-MÉME. Traduites de l'espagnol sur le manuscrit inédit , par Charles Navarin. Paris, P. Jannel, 1853, 1 vol. petit in-S", format elzévirien , de 184 pages.

Ce petit volume fait partie d'une série que publie le libraire Jannet sous le titre <le Bibliothèque tlzévirienne, et dans laquelle l'éditeur paraU vouloir faire entrer un certain nombre d'anciennes rdations de voyages, qui aient le double mérite — si veActcbé aujourd'hui — de l'amusettieot et de la brièveté, delle-ci réunit les deux conditions.

il en est une troisième qui nous paralHplus doatense, celle de l'authenticité; mai^ ell« fn^ aussi moins de rigueur.

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•Uu Jayertiâf em^nt de vingt ligo^ m>^$ iiâ mm*^ xaeM le Joaa&usçFiti jusqu'alors ignoré, a été troui^é par le traducteur dans uae échoppe obscure die TAar daloiisie.; ce n'est pas une des aventures les maiia roiâanesquesduvc^ume. On trouvait ain^i autrefois beaucoup de manuscrits inconnus; de n^os jo^s ces trouvailles sont devenues infiniment plue ranes, peut-être parce qu'on y croit w>i^s.

Croira-^t-on à celle-ci après avoir lu Touvi^agef Nous en dirons tout à Tlseure notre sentiment.

Le héros est de la famiiie de Laîtarille de Toricbes: un de ces hommes dont la vie n'est qu'une longue chasse après la fortune , oublieux du passé , eseoizip-^ tant volontiers le présent au profit de ravenir, et à qui la nature a départi infiniment pins d'audace que de scrupules.

Quelques aventures de jeunesse l'avaient mis ei^ délicatesse avec sa famille : il prend la détermi-r nation de s'engager dans la marine. C'était auicoia^ mencement du xvi^ siècle, à une épojjue où la décou^ verte récente du Nouveau-Monde ouvrait une si large carrière aux caractères de cette trempe. Muni d'une lettre de recommandation qu'un sien oncle lui avait donnée pour un capitaine Diego Osorio doiMt le navire allait bientôt mettre à la voile , Juan dé Yarg^ quitte Se ville et accourt à Garthagépe. Xt^ çcène de rengagement donnera une idée de cette làfeture résolue. « Le capitaine Osorio était un gr^kn^ homme sec et jaune, vieilli sous le harnais < Il étai^ $urle bord delà mer, occupé à surveiller réinh^^

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quementde sa compagnie qui devait mettre le kndemain à la voile pour Naples. Il me reçut du haut de sa grandeur , m'arracha presque des mains la lettre que je lui présentais en tremblant, et après Favoir lue , me toisant des pieds à la tête, il me dit: Mon petit jeune homme , ton oncle me demande pour toi une enseigne dans ma compagnie; tu lui servais sans doute d'enfant de chœur. Je ne te la donnerai pas pour deux raisons : le première, parce que tu portes sur ta tête un bonnet de soie brodé qui te donne plutôt l'air d'un godelureau que celui d'un soldat ; la seconde , parce que tu n'as pas encore de barbe au menton. Le bonnet était un don d'amour; j'y tenais beaucoup. Cependant je pris bravement mon parti. Je le lançai à la mer en disant: Capitaine, c'est ainsi que je me défais de mes ennemis , et ce bonnet est mon ennemi puisqu'il me prive du bonheur de servir sous vos ordres. Quant à la barbe , ce n'est pas pour être capucin que je demande une enseigne dans votre compagnie. »

Inutile d'ajouter que Vargas partit avec le terrible capitaine.

Bientôt après le navire est pris par des corsaires marocains, et l'équipage conduit esclave à Tétouan. Notre héros y fut acheté , ainsi qu'un de ses camarades nommé Maldonado , par un juif renégat : ce juif avait une fille nommée Rébecca , que le descendant de Jacob, à une époque où il habitait Se ville et où il se donnait pour chrétien par égard pour la sainte Inquisition , avait fait élever dans la foi ca-

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DES VOYACËS. 305

tholique. Plus tard, quand il se fut établi en Barbarie , Isaac avait voulu contraindre sa fille à revenir à la loi de Moïse, et Rébecca s'y était refusée, ce qui lui avait attiré toutes sortes de mauvais traitements. Pour s'en venger , la fille se confie aux deux esclaves chrétiens, et leur propose de s'enfuir avec elle. Le complot fut aussitôt exécuté que formé. Rébecca dévalise les coffres de son père, pendant que ses deux associés poignardent le vieillard; puis, montés sur d'excellents chevaux, les trois fugitifs gagnent Ceuta qui était alors une ville espagnole. Il ne faut pas s'attendre à ce que Vargas ait un mot de blâme contre la fille du vieux renégat, dépouillant son père et complotant sa mort : pour lui, Rébecca est une excellente chrétienne sincèrement attachée à sa foi d'adoption, et Isaac n'est pas un père , mais un juif : c'était la morale du 'temps. La fin de l'aventure achève de nous montrer tout ce côté du caractère de don Juan de Vargas. « Rébecca, continue-t-il , reprit son nom chrétien d'Isabelle. Sa beauté avait touché mon cœur ainsi que celui de Maldonado ; tous les deux nous voulions l'épouser et nous étions sur le point de vider cette querelle les armes à la main, quand un pieux religieux de la Merci, qui était venu à Ceuta pour racheter des esclaves chrétiens, nous décida à remettre cette question à la décision du ciel. Nous jetâmes les dés, et quoique j'eusse promis un cierge de trois livres à Notre-Dame d'Atocha si j'étais favorisé par le sort, ce fut Maldonado qui l'emporta. Que ma sainte patronne me pardonne les im- JYovembre'Déeembre 1853. Tome it. 20

a06 NoijyE|.K>f:9 ahiules

précatioQs dont ji U chargeai à cette oecaaioii! Le cie] sait ipieu^c qyiiB les faites bommcB ce qui leur convient, Q|aldonado , que j*ai rencontcà dapuû aux Jndes, m'a racppté que peu de temps après elle Far vait quitté , après avoir dévalisé la maison » pour suivrç un renégat qui la conduisit k Fez. Ainsi, après tout, ce fut moi qui fus le gagnant : e'egt pour? quoi y^ ordonné dans mon testament qu'oa ofirtl un cierge de trois livres à Notre-^Dame d'4-t<d<^' *

Cependant il n'était bruit en Espagne que des terres nouvellement trouvées aux pays d'outrcr-mer, ^t des trésors fabuleux que les â^ns détexBiiaés y pouvaient gagner à la pointe de leur épée. C'était la Californie de ce temps-ll^ , moins la peine de fouillai la terre : il ne fallait que presser un peu leis Indiens. Une expédition s'organisait pour le Mexique, àémjnk* vert et conquis peu d'années auparavant par Fer* nand Cortez ; Juan de Yargas y prend du servies. Trois mois après il débarquait à la Vera4]!ruz, et quelques semaines plus tard il arrivait à Mexico.

« Les traces du long siège q^e cette ville axait soutenu s'effaçaient rapidement , disent les Mémoi^ res de notre aventurier. Des palais comme ceux d'^ pagne remplaçaient leys anciennes babitationa des Siçigneurs mexiç^i^i }ji^ s^^^iâque «atfiedraJe ©o»t menaçait àsel^v^r j cp avait aasis ^s fonda tèonasilf Içs images de pierre qu'on avait %rracbé^ de^ toOE^ pleç du démon. Les rues étaie^at remplies, dlo^i^l* dont le^ ugs travaiUyiaient à combler k^ canaux cpii faisiaient autreA^is de çet^ vill^ une auftns Veniie ,

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