EXTRAIT BU JOU&NAL DE H. KRIGK
DB LA SOCliTÉ DM MIBSIORS AtlIAlIGàBRS.
AOBE85Ê A M. FOUCAUX^
Profesiear de tibitain à l'École des Langoes orientales Tifantes.
La chaîne des monts Himalaya qui court du nord à Testjlelongdela valléed'Assamjuscjue dans l'empire birman, est d'une hauteur, d'une aspérité, d'une sauvagerie à en faire , dans toute la force de l'expression, une barrière infranchissable élevée entre la plaine au sud et le Tibet au nord. Plus d'un touriste verrait succomber aux premiers efforts santé et courage, deux auxiliaires rigoureusement indispensables pour effectuer une pareille ascension ; et comme si la nature n'avait pas déjà accumulé trop d'obstacles, les peuples et les tribus sauvages qui habitent ces régions semblent être placées là exprès comme des sentinelles fidèles et inexorables , pour éconduire ou égorger l'imprudent voyageur qui se met à leur portée.
Je ne connais que trois personnes qui aient obtenu la permission de pénétrer dans THimâlaya :
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i02 NOUVELLE» ANNâLES
M* G. Boyle en 1774, M. Tumcr en 1783, et M. Pettiberton en 1838. Quoique cette autorisation eût été accordée à la dômûÈcLe du gouvél'lIfttilAt anglais , et que tous trois fussent ses représentants , on les força de passer par la nlémè route, dans une contrée déserte et stérile , afin de leur donner une pauvre idée du pays. De plus, ils furent entourés de gens qui avaient défense de fournir aucun détail «jtti pût servir à leur faire connaître le Boiitan. Tous les autres voyageurs ont été arrêtés à la frontière , ou ne l'ont franchie qu^en secret et de nuit. Les chefs placés aux avant-postes ont ordre de n'admettre aucun Européen; et le radja deDevangiri disait à mes confrères: * fei je vous laisse passer , je suis sûr d'êtt^e défcâ"pité àvàfit quinze jours avec tous mes ministres. » ' ]
De son côté , la Chine ne laisse entreî- personne dafis le Tibet * l'Est est donc fermé. Le Notd est hort dé portée, excepté pour les Russes. Pemberton éérit qu'il rencontra au Boutah des marchands tibétains qui lui dirent dvoii* VU à Lhassa deux hommes absolument comme lui , figure blâUchè et même coàtumè ; ilè avaient des chaises, des tables, et étaient totite là Journée à lire et à écrire. Il chetichâ à décôuttif ^cls pouvaient être ces deUx Européehs , mais il ne put arrivet qu'à la supposition qu'ils étaient Russes. Pemberton écrivait en 1838: donc cie n'était pas MM. Hue et Gabet , les seuls à ma connaissant:^ qUi soient parvenus jusqu'à la capitale.
Mais d'dû vièùt Cette intctdittiofi dfe Vbyâgéf au Tibet? EUé a d'abok'd ^ônt motif la ei^àlûté dé deve-
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fili* titië ^ssésèion anglaise ; car, pour les indigènes, tôiit Éilfôpéeti est un espion <îe la Compagnie. En SèdO&d lieu , elle est imposée par là politique chi- Àdisë; Il pataît que Tempereur entôie tous les an4 àfeS inj<5ttcliofis extfêmement sévères contre tout éttun^^t. La Chiné dit au Tibet : « Si tù enfreins mëh t^tâîtèé, tù seras putlî. » La Chine et te Tibet didëHt àù Boutdn : « Tu es la clef du pays, si tu livre* fiàd^agë, noUs te ferons la guerre. » Lé BoUtàn dit ftûx dhefs qui sont à là frontière : « Gardez chacun \é difttrict qui Vous est confié ; voUs en répondez sur ^otre tête et sur celle dé vos enfants (1).
Le 27 septeUibre 1651, j*arrivài à.Saikôvh pour essayer à moti tour un voyage au Tibet. Les Uns Éâ'eiacôUrageaieUl: , d'autres me dissuadaient d'une pareille entreprise. Il y en eut qui me dirent franchèineiit t « Màlfe vous avez donc perdu la tête ï ^-^ Pas eiièdre , leur répdndisge ; je Vais là porter aux Micîhiîiiè. » Eh eflel, je ne trouvais rien dans ces aiitécédeilts c{Ui pût me donner quelque espoir. Six Européens , entourés de toutes fes chaiiceè de réuésite , pouvoir j argent, protfectioil, guidôs, soldats et suite nombreuse, s'étaient vus obligés de rebrousser chemiii. Deux natifs , placés datis les indlleureé conditions de succès , avaient également échoué. El moi , je n'avais rien , absolunient rîetl ; je n'avais que Lorrain mon chien fidèle, qui semblât décidé à nié
(1) Ici M. Krick rCiid compte de huit testatires r^enles ,. ^ni tot) louies échoué devant les obstacles eu fini par l'assassinat éfi leiirs au-* teiirs.
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suivre. Je voyais et entreprise ; je ne ] ou dUmagination.
présence de la mor cultes. Mais enfin contemplais la nei( ser du spectacle à prudence et irréfle nation libre. Bien c votre Pape est un i choses. » D'autres une forte paie et grande pension du neur de leur répon que ni pape, ni év( de faire un pas ; q reviendrait pas un parce qu'il est écri tions; le serviteur donner sa vie poui tait le droit chemi ceux qui se jettent che du canon poui aussi une récompe dévouent au salut < le prêtre n'est pas les liens de famill à un père de conse enfants ; un prêtre danger, il n'a rien ;
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pas, mais tous se montrèrent de vrais amis du voyageur. Le colonel F. Jinkins , au nom du gouvernenaent anglais , me donna une foule de présents pour la'aider àgagnerla bienveillance des chefs sauvages. Le major Witch me fit cadeau d'un excellent sextant qu'il acheta exprès pour me le donner ; car, quoique prêtre, je serai toujours heureux, chaque fois que je le pourrai , de me rendre utile à la science , à la géographie, à l'histoire. Cet officier me prêta aussi une boussole. Le capitaine Reid et le capitaine E. F. Smith m'offrirent tout ce qu'ils crurent dcvoirm'étre agréable. M. Robin m'envoya un petit paquet d'objets pour dons et échanges pendant mon voyage. Mais quand il s'agit de me procurer un guide et des porteurs, il n'y eut pas possibilité d*en trouver. On me répondait : « Gardez votre argent pour vous , nous garderons notre vie et notre liberté; si nous allions avec vous , les Michmis nous tueraient ou nous feraient esclaves. »
Je mandai alors Tchôking (1) ; voici notre conversation :
As-tu été au Thibet ?
— Oui, Sabe(2).
— Penses^tu que je pourrais aussi y aller?
(1) Tchôking est un chef kampthi qui accepta des Anglais, en 1S68 , la mission déporter une lettre au Tibet. Il réussit à pénéirer Jusqu'à la rrmitlère par la vallée du Brahmapoutre; nia'.s quand les Tibétains eurent lu la lettre dont il était porteur, ils lo renvoyèrent sans réponse et refusèrent de reccToir ses présents.
(2) Le mot Sabe signiûe maître ou monsieur; il est comnuin(^meut employé par les indigènes pour désigner les Anglais.
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iS)6 mVWl^lsW ANMLES
— Youdr^is-tu m'accomp^glier ?
— Oui , je suis plus qu'aucua autre à même d« passer, car les Micbmis son); mes amis ; je sais leur langue.
— Bien, es-tu prêt?
— Nou, Sabe ; il faudra pr^udra du vii pour tout le voyage , et la moissou opmmeuce seulement k mûrir ; je peuse que dans dix jours je serai ici.
Dix jours , quinze jours s'écoulèrept , et Tohôking ne vint pas. Je le rencontrai par hasard dans le camp du major Witch ; m Eh bien ! es-tu toujours dam Tintention de m'accompagner ? » lui dis-je. Il me re-» v garde , et me répond : Oui; mais ce oui voulait divc deux fois non. Il partit , et je ne le vis plus. J'au parlai à M, Witch qui me dit ; « Je ne puis pas le contraindre ^ mai3 je lui écrirai et lui donnerai un présent pour l'engager à vous servir de guide ; vous pouvez vous fier à s£| probité , car son &h est à Vét cole k Dibron : ce sera un otage pour la fidélité du père.
La lettre et le présent produisirent leur effet. Tchôking vint me rejoindre à Tchoumpourar où je Tattendais avec mes porteurs recrutés à grand'peine. Enfin , le 18 décembre 1851 , à midi et demi , la caravane se mit en marche. J'étais en tête; Tchôking me suivait, puis tous les autres à la file : onze kouli^ (porte-faix), un petit gamin de treize ans, et trois Micbmis ; en tout dix-sept voyageurs , sans compter mon Lorrain qui courait à Tavant-garde.
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MM VOVàGBS. i207
. Un mot sur mon ço9iiime : de gros a6ttlicrt<4)bttine» , un paiLtal<>n en étpfie d' Assam , une blouse dt eotoB à franges noires , fabriquée chez les saunages Naga, une gibecière sur le dos, fusil en bandouil*- 1ère, chapeau* à la tyrolienne qui me totnbait sur les épaules et ne laissait voir que ma barbe , ma oroix de mi^ioaanaire faisant sur le tout un singulier QQHtraste : tel je me mirai dans Teau. Peu importe» j'étais heureux et je priais Dieu de nous bénir.
- Tçhoumpùwa est le dernier village d'Assam. Au delà, j4U4 de dbemin. Les Michmis sont les seules personnes qui passent iei pendant la bonne saison , mais durant les pluies , toute trace de sentier disparaît. Nous suivîmes à peu près Taneienne direction , tantdt dans le lit du Brahmapoutre, tantôt dans Ifi forêt où il fallait se faire une trouée le sabre à k main; quand nous étions fatigués, nous nous aaseyiçNa^} à chaque repos , je prenais des notes. . Nous campâmes sur un banc de sable , prés de rembouchure du I^ia-Douli qui vient du nord. Pendant que mes gens me dressaient une petite hutte avec des branches, pour m' abriter contre la 'fra)*çheur de la nuit, je m'égarai assez loin en rem<Hi-<' tant le cours du Brahmapoutre. Je m'arrêtai pour voir une biche qui se désaltérait, tandis que son jeune faon, n'osant entrer dans l'eau, allait cabrioler sur le sable. Le soleil s'incline , le crépuscule approche. Pas une âme. Silence le plus absolu , inter^ rompu par le chant du coq sauvage et le murmure
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des flots roulant sur des cailloux. Il y a longtemps que je rêvais un voyage coitime celui-ci. Je "crois que les solitaires devaient être heureux. Rien ici pour réveiller cette fourmilière de passions qui sont au cœur de l'homme ; rien pour la colère, rien pour l'orgueil, rien pour la jalousie. On admire, on pense, on se sent libre dans toute l'extension du mot. Il me semble que je suis aux premiers jours de la création. La solitude d'Adam et d'Eve fait mon charme. Je suis convaincu que si Voltaire eut passé sa vie dans cette vallée , il serait devenu un grand serviteur de Dieu. Ici on sent la main paternelle d'un Être toutpuissant; elle se montre à la fois visible et mystérieuse sous le voile transparent de la nature.
20 Décembre. Je passe le Dôrô ; j'ai de l'eau jusqu'à la ceinture. Deux hommes me soutiennent; malgré leur assistance , j'ai bien de la peine à gagner l'autre rive , tant les cailloux qui pavent son lit sont glissants ! Quoique le courant soit très-fort et l'eau profonde, le torrent a la limpidité du cristal; ce confluent fourmille de gros poissons.
Tchôking tire un coup de fusil. Je lui deïnande pourquoi ; il me répond : il y a des Micfamis qui vivent dans ces bois; je leur annonce que je suis ici, c'est toujours mon signal. » En effet, en débouchant de la forêt, je vois sur une clairière comme un groupe de singes assis sur le sable. Deux mois auparavant, les Soulikatta (cheveux coupés ) avaient attaqué leur village , mis le feu aux maisons après les avoir pillées , fait esclaves hommes et femmes , et tué ceux
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qui se défendaient. Quelques-uns échappèrent ; ils végétaient sans hutte dans les bois. Nous arrivons' près d'eux : je'remarque une femme de trente ans , à figure ronde et ramassée , au teint jaunâtre , aux cheveux noués sur le sommet de la tète ; deux chevilles de bambou servent de peigne pour les retenir. Elle porte sur le haut du front une plaque de cuivre , dont les deux extrémités se terminent en pointe et reposent sur les oreilles comme une paire de lunettes ; cette plaque est retenue par un ruban qui passe derrière la tête, et sur le bandeau sont fixés des coquillages blancs ; aux oreilles elle a des anneaux en fil de laito», et deux bracelets de cuivre aux bras ; iHm cou est cfiargé de colliers de petits grains blancs et noirs , faits avec le pépin d'une espèce de bananes. Un petit enfant repose sur son sein ; à côté d'elle se tient debout une jeune fille de onze ans, et à quelques pas un bambin de six à sept ans joue avec mon chien. Deux hommes nous saluent appuyés sur leur arc ; ils ont à la ceinture un coutelas , et au côté gauche le carquois garni de flèches empoisonnées. Pendant que nous causons, tout ce monde fume ; le petit garçon et la petite fille aussi bien que la mère.
A midi , nous arrivâmes près d'un fort ruisseau appelé Vithiou, Tchôking me dit : « Nous allons suivre le lit de ce torrent. L'ancienne direction est à une journée plus haut ; mais une montagne vient de s'écrouler, et l'on ne peut s'y frayer un passage. » Voici trois heures que nous sommes engagés dans
Novembre-Décembre 1853. 'roME iv. 14
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Jiee n est pas assez lonerue pour permettre a l a|r ^i*r , il.» f .' ■■ ••' =^ fi.Mi *^" •• » ,•■
de circuler, et elle est trop large pour être opipragpe;
en sorte gu'ayant sur la tête un soleil dont rien ne
rairaichit les rayons , et sous les pieds des cailloux
t- cv»<^v « t ••'/• -; •• ,^» "^ j ' ^v.'- ' '^''-^i^» »^" •
brûlants , le suis entre deux ieux. Les malheureux cailloux ne font pas un chemin semé de roses : mçs
. >fM-' i ♦ - j . . -f-'v. M' » J;îf» V ' 'l ' '* ' J * '
pieds meurtris et mes souliers écornes en rendent
Vjt .^ •'.•.< . -M <. . <H .... I i -^ .» D'V y!
témoignage. A cinq^ heures, nous nous arrêtons a la base delà montagne ; mais il y a là tant de quartiers de granit entassés , (jue je trouve a peine une place de cing pieds pour m'é tendre. Rocne à la tête, roche aux pieds , tel est mon ht , de ^feaqug cote^am^ petit
ruisseau: en étendant les bras, ie les touche tous
y, . ,M* . ■ . . • -. j. ... . \ Ji V ' s '.» '' î -f» deux. Quoique le temps soit clair, le n ai pas de
vue, le suis trop près. On ne peut pas admirer ja
cathédrale de Strasbourg en se tenant sous son
,)' -.1 »( I. i*«: , i. -, , r*^ » ; • < «ru » ' »l-i * ii
porche.
* 21. Ce iour étant un dimanche , ie fis mes dévo-
tions avant le départ, xlevetu du surplis , de la sou-
-nnsïM' •' ;» t •^ "v- * ^lr - *r^\i . ii rî-'-iCi-
tane et d*une étole , a genoux sur une roche , ayant
pour autel un bloc de eranit sur lequel i avais place mon crucitix, ma bible et mon bréviaire, j appelai a notre secours celui qui a dit : Allez, enseianez toute
nation. Le premier villaere des Michmis est sus-
'•nn.îîf « ■'" 1 't ' - ■ •■',' '"i . 'a'»î' '
pendu au tlanc de la montagne a notre droite. Aver- Ti J*,i '.j'i(. .t.,i. fi^j.i; i'=>.i .. ; • »,. î .'i ,.
tis de notre arrivée , Us descendirent tous et nous
trouvèrent en prière ; i^s se tinrent autour de moi ,
la pipe à la bouche , appuyés sur leurs lances et
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8H ▼SïèSS»- «11
fiJ^^gS? 4^ W BF9fe»4 fite^WîÇ Ae curiosité. Quand i'|us j^i, i|| îpe PFé^^Ptèf.^'^t quiçjqueé fruits* dé leur» torétg ^ je Iç^ir .49fîf^j^i ^P^ r^stofir du sel et du tabac* Qt^^l R^H^re ppuple ! lef*r cgrps est aussi misérable que leur âme ; à peine ont-ils quelques lambeaux de vêtppient§ dopt \\s cbercheat à envelopper leurs mem^|:e§ engour4i?- Ppux jeunes femmes se présentant ppur fempl^pe^: ^e^x de nps koulis qui restent ^^ yil|age; eljë^ dei^^dent des colliers. L'une est déjà yeuye à di?-sept ^s ; toutes deux sont reines , p^rcjs qvf^ejles pnt été achetées p^r des cbefi$. Ge% fem^jAps soi^t mqins misérables que celle que j'ai rpi^contrée ^ipip si^p le rivage.
A gi^4è ? JÇ ^?*^? ppppdrela hauteur du soleil ; mais 1^§ arbres §qn|: si )^aut$ pt si toufius que je ne puis r^perç^vpif. Qiji w'a^ pî^s vu ce que je vois n'a rien yvi. fje§ arbfe§ sq^it énormes , pleins de fratcbeur et 4ç|eijïjes§e 4â^^ leur |ge séculaire. Chaque tronc es^ pbargg 4f^ pl^i^t^^ parasites et grimpantes , du ^ÇQre 4^ lierr^ çf 4^ 1^ vigne ; elles tombent de tout cqté efl gyir^an4cs pour aller s'accrocher aux colosses voisins. J'ai certainement admiré les parcs de SaintTÇlpu4 pt d,e Yprsiaill.es i mais que l'œuvre de rijom^e gars^ît p[iesqu^ne, pauvre , calculée , comp£|sséç j W^fl^d on voit l'œuvre de Dieu dans le^ Him^l^ys^s ! ç'gs^ ui;^ lampipj) ^an^ un vprre de couleur cqmpîjjj-ç; 3^v^ ^olçil- Il ^'y ^ ici aucun arbre que je conn2\i\$sç; f\^^ç\ii\ 4e ceux que j'ai vus si souvent d^l^ \e^ ^ox^^\^ 4e 1^ Lorr^^ne. La montagne n'a pas d| roclje > ç'ççt \jpf| bo^ft^ tçrre noire , formée du
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détritus de ces géants afiaisséspar la vieillesse, ou déracinés par l'orage , et qui pourrissent sans que la hache de Thomme y touche jamais. Le mica, se mêlant au sol noir , fait croire que c'est une montagne d'or et d'argent.
A trois heures , nous passons d'une montagne à une autre sur une chaussée d'un mètre à peine de largeur ; de chaque côté , précipices de plusieurs mille pieds. Arrivé sur l'autre cime, j'ai la vue la plus grandiose possible ; on dirait un panorama fait exprès pour récompenser le voyageur de sa peine. Je vois se dérouler devant moi toute la vallée d'Assam jusqu'à Saikovh à ma droite; sur ma gauche et à huit ou dix kilomètres se dessine la tranchée du Brahmapoutre. Au sud, l'immense plaine étale ses forêts , et le grand fleuve qui l'arrose serpente en mUle bras à travers ce paysage. Du point que j'occupe , les arbres les plus élevés me paraissent conune des têtes de choux. Nous dominons, à plusieurs centaines de pieds, la couche des brouillards qui suivent à flots la profondeur des gorges, refoulés par un vent du sud.
.... Voici que nous avons monté un jour et demi , et toujours à pic ; l'échelle de Jacob ne devait pas être plus perpendiculaire. Pas de chemin , nous le tracions. Quelquefois cependant nous apercevions une espèce de sentier; je n'ai pas d'instrument pour mesurer notre hauteur, mais mon calcul me dit de neuf à dix mille pieds. Le capitaine Bowlott trouve huit mille pieds à cette montagne là-
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bas que je domine de beaucoup. Quoique si élevé, je suis au milieu de la plus riche végétation. Ne croyez pas cependant que je sois en extase devant une vue si grandiose ; sur les Himâlayas je ne vois rien du tout. Ces montagnes ne sont pas comme les autres 'y plus on monte, plus il reste à monter, et quand on s'est épuisé à gravir un pic qui paraissait tout dominer, on le trouve entouré d'autres som« mets qui bornent tout horizon. Les Himâlayas peuvent être comparés aux vagues de l'Océan : ce n'est pas une chaîne, c'est un monde de montagnes; pour bien en juger, il faudrait planer au-dessus dans un ballon. Ainsi , voilà un jour et demi que nous montons , et qu'ai-je devant moi ? le pic Sincoutrou, colosse dont les pieds reposent sur la tête de deux autres géants.
En tournant la base du Sincoutrou, nous nous engageons dans une forêt de bamboux épineux ; leurs tiges penchées se croisent dans toutes les directions et rendent la marche très-pénible. Nous descendons, mais je vous assure que je n'ai jamais appris à descendre de cette façon : la rampe est à pic ; mes pieds ne font pas seuls la besogne. Grâce à une pluie légère, les glissades sont plus nombreuses et plus longues ; une fois tombé, je roule jusqu'à ce que j'aie la chance de m' accrocher à quelque chose. Par ce système de roulage accéléré, nous arrivons rapidement à une zone où le rotin est magnifique. Gros comme un bras et long de cent cinquante pieds , il couronne de sa belle tête la cime des arbres les plus
hmU: fcef sàii^âgeà liiàn^êÛt iàn thnîl; jéû gbÛt« i&oot tour, îl est irëê-itiStè, Enfin nous debOiifcfiôiîâ êttt Une to&me eultîvéê a iiotbé aroîtë. Ici là tëiri téàè ^où^ le pîétf r p^t* d'âfttreâ fil clè Brôiiâlàilttl ^mii^ s!è îtait ; en gortë qj[tfë lïouîi desténdôils flîx fâl l^ius ^ite (jué riotis né désirerions.
%S. Je stiià cO'tichë ^r une natte, àdh^ poùvtWi" rërtttxtt TitÈ tifitiscle, tarit la mairche d'hier m'a brisé l A|>rèff iiùé hAie d'un jotir, iiàus descendons le lit Ati. Tiàîng qtîi cdiilè srti snd-ést vèrS lè BràfKmapoiîétè. Le chétoïri est ùri i^rai exercice de darisetir de corSê^ tanii il e^ ^ettfpM de quartiers de granit tctehfLes dti haut dè^lst riïO^ttagrié! îl faut Sauter d'uÉt bloc stii* ùfi atitfé, et éôuvérit frafnfèhir dè^ e^pàèes très-lar^e^ è'é #ê^-dangèrè(ux ; ^ je veifs^is àtttsthcjuèr inon fco'ttj), à perdre l'équilibre , je serais brisé daiisittd cBtitë; cBstcjtié? p^îéé pteuf dôttc êtrémofi defèîer. Il pledt un |i*èii ; les roches étant rhoùiîlêes sont ^\iis glièsâfîfeà ; J'aurai drf bonheur si j'arrive jtisqri'àu botii
O niisèré! (Jù'est-cé qnè je idÎ!^ ? un fa'rifôittè- sW ^ peridu dans le^ airs àu-deséué de l'ëblifié , et j^às^âtft #uùe ti^é Û l'autre. Les Mîchmîè s'aîîfinsétit àëMà stupéfaction, et nïe disent t^e à'^eàiiiii {)6*ût dé roiiû. C'est ëri' éffifet Une ou àéixk tiges dé la ^rosseùi #'ùÈè ébrde ofèîiiàïtey attachées àixx arbres dès déùi kôfdà j>Stf ikhtà éxti-énfités ; oH ^'y su^ènd et c^ piksé: Je fais M la^ proiriessë sôIeÊtaèlIè que' jaiUdik je tiesèâjeté&. Si, èotninè' o^û ihé Fassnre, S li'y à pt$ À'&fkrë ym i je? î'ètc^frïié^ai êù atMëfé, II y MfSà
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parti et ce précipiter de plein qre dans le ffoultre la
tête la première, lous mes koulis me regardent en
isant : « £.a hienl babe , c est une raison sufnsante
pour just^mer notre retraite. » Mon gamin pleure et
me baise les pieâs èri demandant grâce. Par bonWur,
— • iii, ,-•. Hi n.> Jî ".,'-< 1 »i)i T ti» J'.i., *-. »• v.v • 1? on m apprend que les eaux sont assez basses pour se
risquer sur un petit pont de bamooux qu on a cpnstruit pour prendre du poisson. Je m aventure donc Sur ce traque appui. Ce n est pas un pont, ce son^ quelques bâtons mobiles (jue le vent ou 1 eau emporte ; ils foùchenf souvent la vaffue ', tant Tecna >f rj- ■ ' , ) •■ ^- Ml inJ ' . .• 2 un '. .f." ^f XH»i '\K\j') fauda^e baisse quand on est au milieu. Jp tus assez
neureux pour conserver mon aplomb ; mais arrive aux deux tiers du chemin, je me sentis tatigue et je èombaï ; la nve éiaîi tout prés ; jê tfèiîs de l'eau que |ùsqù'a la ceinture.!
Un peu plus loin , deux hommes nous dirent que nous aurions a loneer une montagne qui s écroule clepuis plusieurs lours. ii-n eifet, en arrivant le vois uû pan de quatre a cinq cents mètres aui s est deja abiittu^ sur là vallée;^ le chemin et là rivière sont eAïcombrés de débris. Chacun s'arrête. Un nouvel e¥)ouièmènt peut s'èfiectuér pendant notre passaLgè : n* importe, en avant. TchÔKing ordonne le plus grand sïlêncé. Cïiacun du au voisin : « Vite, et surtout pas un inot. » RÏais vers le milieu du défile , Pune d^es
Af./ji \( ,-. fi av lit Ji ;.^ ; |i ?i «'«,']%-'; l )'.^ i> l.-*t.."
femmes due la tieiir et le silence étonnaient , jçtte un en ; fout le monde croit qu elle a vu la montagne S^êfcranTer; oïi regarde âiî coin de rœîl ; eïfectivement, les pierres arrivent ; c est a qui criera le plus
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haut et courra le plus vite. Je n'en vis pas un s qui se plaignit que sa hotte fût trop lourde; n allions comme le \ent à travers ces décomhres. L< que , dans un cauchemar, on s'éveille au moment l'on va recevoir la mort, quelle joie, après s'être 1 frotté les yeux, de s'apercevoir qu'on est tranqui ment dans son lit et qu'on n'a eu qu'un rêve! Je t le dire, nous éprouvions tous ce soulagement qu nous nous vîmes hors de danger. Les uns riau les autres s'essuyaient le front ; nous avions tous palpitations , et chacun tirait de longues haie pour soulager ses poumons. Et pourtant il n'y a point eu d'avalanche ; c'était la peur qui nous a fait voir la montagne en mouvement.
La fatigue a démoralisé la caravane; presque mes koulis m'ont abandonné , après avoir mis hottes au pillage. Je suis chez Khroussa, chef < village Michmis. C'est ici qu'on va décider si j'a^ cerai ou noni Quatre ou cinq rois sont réunis au de mon feu; ils me déclarent qu'il n'y a pas possih d'aller plus loin. Sur mes réclamations, ils ajout «D'autres Sabes ont essayé avant toi et n'on réussir. Veux-tu en faire plus qu'eux? Us avs une foule de présents, et des plus riches pour gaj les chefs , et tu n'as rien ; ils avaient des soldat tu es seul ; ils comptaient plus de cent servit dévoués, et les tiens se sauvent. Du reste, les Mi ne te laisseront pas passer, et nous ne pouvons compagner dans leur tribu qui est toujours en gu avec nous. Et à supposer que tu puisses touche
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pays des Lamas , on ne t'y laissera pas entrer. Nousmêmes, nous n'y allons jamais; pas un de nous n'a vu ce Tibet que tu veux atteindre, j^
Je sentais la force de leurs raisons , mais j'étais déterminé à pousser en avant jusqu'à la dernière extrémité. Je leur répondis : « Tout ce que vous nae dites ne peut changer ma résolution ; je veux aller au Tibet , et j'y parviendrai.
— Mais le chemin est horrible.
— J'ai deux jambes et du courage.
— Mais il y a famine.
— J'ai du riz.
— Personne ne t'accompagnera.
— J^rai seul.
— On te volera.
— Ma hotte n'en sera que plus légère.
— On te tuera.
— J'ai de quoi me défendre, voici mon fusil.
— On viendra en grand nombre,
— Je suis pourvu , dans un canon j'ai une balle, et dans l'autre j'ai une poignée de plombs ; d'un seul coup , je puis escloper tout un village. »
Mes interlocuteurs font claquer leur langue en disant : Mack ! . . Evidemiment ces plombs les contrarient.
— « Mais toute la tribu tombera sur toi, et tu seras accablé sous le nombre.
— ^ Eh bien ! soit , après qu'ils m'auront égorgé , que pourront-ils faire de plus ? la mort n'est rien pour moi ; nous autres Sabes nous savons mourir sans sourciller.
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Ils dârdërent sûr inoi ùii œil àcrutiltfeur ; à itëii tour je les regardai èiï face 3' un air détëfiiïînë.' An fond , je n'étais pas si résolu.
Tchôkiiîg Voulût nie faire cotfprefidiFè' que c'était daris iàbii iiiléréf (Jué èes rMs ike donriàièîit d'à^ussi èâgés conseils ; nvgîis je lui im]{)'6si[i sflëlicè . < xBî âtissf , Itil dîs-jè , tu join^ la lâchèffi au ïnens6ngè ! Tà-t'ën, car tu m'es plutôt un obsiaclé qtfiiri aidé. » Lsl-dèssus je me couchai. Les clfèfs' se lèvèrëùt eff ilratmurant ces mots : « S'il veut aîllér; q[ti'fl à'fflè seul ; et il sera tué. » Aller seul, ce n'étà'if psis sëuTeiûèift fdlie, c'était impossibilité complète. Je sentie mon cœur oppressé, je me nïis S ^iiôiix ^bûr tiië s^ttifièttr e à la volonté de Dieu et trouver du soulageâléût. J'ffvais à peine terminé ma prière, que Tcliôlifig vînt me dire : a Les cKefs? dèmanderif à \6iië psièlèf. -^ Faisles venir. » La foule se groupe dé n'oûvëaû àcttour de vdàii feU (fu^èW raHume. On' apporté dû fh(f (liqueur fermentéè). « Sabe ; ihe dirënt-iM, ifaus venons dé tenir conseil: fvLisc^e td es' ù'n Làmà^et que ta veux tester ^'ouf toûjôWf s àù Tibet ,* noùg pouvons t'y conduire èf nous' èispérôWàf pb'uvôî]^ te è'fotég^. Séûlètùèrit tù nous confîèfàV totïs tèV^ré^énts, car liàiié soïtinies, nifèù:?^ ^e toi , à niviéë d'ëi ffi^poser à propos ; tu n'auras à t'occuper ni des* ctèts Ai des koûlîs ; lès càdeâ^b^ rèii^ entré îloi mains suffiront à tout. Pour nôs'^fMèinës,' ftf li^iii 36tfô'êrA*s tùïè rét6ïtfpènse à* ton choix/
-^ Quelle récomptfeife'é vôuîèr-Vôùs? ^
Kfeôïïâ^^di* r rf Côtfntfe c'ëèi^otifiH fSî SccS&lii et qui ai plaidé ta cause, tu me donnTÈ?àf MS^vâSBÎé;
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Kâiîigséa, iiori frerè , qui sera ton gùîclé éi ton pfo^ têéteur, î-écèvrà également une vàcKé pour salaire.
— HiSt-ce pour vous jouer de moi que vous me faites cette proposition r Voulez - vous ëiicofe me tromjyèr?
^^^ Non , c'est sérîèùsèmerit que nous parlons , et |)6tir preuve de notre sincérité, lés deux vaches rèstèroiit feri gagé chez le capitaine Siiiith jusqu'à ce ^è tix écrives du Tîtei que nous lès avoiis méritées.
— Mais les autres chefs me laisseront-ils passer t Lès Mîzonë né nous iuéront-îls pas ? Comment poîive2-v6us prendrf'e l'èngagemeîit de me conduire au 'tibet, puisque vous n'y avez jariiais été?
— '- Bail ! nous y alloiis souvent ; voïcî mon fils qîii en revient, dîé Kîînigssa ; nous montons aii Trbéi cdinifie nous descendons a Assam ; fîeri dé pltfs facile : les Mizons ne disenié jamais uni mot ; les Titéfâins notis laissent aller ou nous vouions.
Coinrùent démêler la: vérité entre ces assertions confJ'adictoii'ès'? J'accepte néanmoiiis les conditions de mes guides , et nous marchons en avant.
Nous arrivâmes ïe ^9' âù vîffa'^ àndyàlahg. Là , je f-emar^^ùai devàùi là Èdaison où nous faisions halte ihie tombe doit on prenait grand soin. H y avait un treillis' toiit aùftô'ùr, un toit dessus, des fleurs sur le tertre'. Sbùs le toit réposait la dépouille morteïlè avec ubdiè hotte , uif cha'pêau , un Broc , été . Je ne pus me défendre d'une vïve émotion à là vue de cette sépùliûte q}ÉMéTâppe\àîi èSà cimetiêreJ cfe France; mais ^ÈJi hoiiè oh éfôîgtfe iàni ^ù'ôrf peut les fesfes âe
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ceux qui devaient nous rester chers ; ici, la tombe est au seuil de l'habitation ; elle est peut-être tous les jours arrosée de larmes qui, pour être sauvages, n'en doivent pas être moins brûlantes.
Je vois ici le cha , espèce de vache sauvage que les Anglais appellent mt^on. Solide, gros et membre comme le taureau, court, ramassé et de couleur noire comme le buffle, le cha est armé de cornes régulières , peu longues, mais massives à la base; c^est une fort jolie espèce bovine qui serait préférable au bœuf pour la charrue. Les Michmis n'en font aucun usage pour la culture , ni pour le laitage ; ils le laissent à l'état sauvage errer et paître dans la forêt ; seulement , dès qu'il est né , on lui donne du sel, et par ce moyen , on l'apprivoise et on l'habitue à venir manger dans la main . Quand le maître appelle ses cha , ils accourent tous. Les riches seuls peuvent en avoir ; c'est leur titre de noblesse ; le nombre fait le degré de considération. Lorsqu'un chef recherche une femme, il est toujours sûr de l'obtenir pour un cha qu'il donne au père.
Nous voici en pleines montagnes de l'aspect le plus grandiose et le plus imposant ; elles sont si hautes , qu'hier à midi je ne pouvais voir que la partie supérieure du disque du soleil , l'autre partie était éclipsée par la pointe d'un pic. Nous continuons à marcher ayant sans cesse la mort en perspective. Enfin, nous débouchons sur la rive escarpée d'un torrent très-profond. Comme de cette hauteur j'avais une belle vue , je priç des notes et fis des obser-
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DES VOTàGBS. 221
vations avec ma boussole. Pendant ce temps, toute la bande était descendue sans que j^y fisse attention. Quand j'arrivai au bord du précipice , je me trouvai en face d'une roche nue et brusquement coupée en talus rapide. Je regardai adroite, à gauche, pour voir où mes gens avaient paçsé; je ne découvris aucune trace de chemin; ils me crièrent, en riant, qu'il fallait descendre sur le rocher même. Gomme je n'avais pas remarqué quel moyen ils avaient pris, je ne sus concunent faire, et je m'arrêtai pour réfléchir. Ils s'amusaient de mon embarras , mais personne n'eut la bonté de venir à mon secours. Je m'étendis alors de tout mon long sur le dos ; j'ajustai mon coup dans la meilleure direction possible, et je partis comme le vaisseau qu'on lance à la mer, ou plutôt comme le mort qu'on fait glisser dans la fosse. En une seconde je fus en bas , au grand étonnement des sauvages qui se regardaient en disant : Comme il y va! J'en fus quitte pour quelques égratignures aux mains et une bonne contusion ailleurs.
l**" janvier 1852. Un jeune homme, au service du chef Limssa, vient près de mon feu et me présente sa jambe ensanglantée. Hier, en faisant une chute, il s'était coupé une veine ; le sang avait coulé toute la nuit. Je bande la plaie et je suis assez heureux pour arrêter l'hémorrhagie.
Vers les dix heures du soir, un de mes koulis s'approche et me dit tout bas : « Maître , il ne faut pas dormir cette nuit. — Pourquoi ? — Parce que j'ai entendu dire à un groupe de sauvages qu'on devait
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venir te tuer. J'ai demandé ^e^ l^^pl^^fUP^^ ^ WH9 ?^^ le vieil èsclaye Siiigfou; il m'a jrépopiàu : Il e§| jH^stion d'égorger ton maître cette fluij ; ^i pi} ne le fait pas ce soir, on le fera demain , c^r sa mpFt pçt résolue. Poijr toi , on n'ep veut pas à ta vifg ; i\ gs|: 4é" cidé (jue tu seras esclav^. Si j'ai ui^ çonsei^^ 4'*^°'ff h te donner, c'est de ne pas te défendre, sinon tu serais également massacré. Après tout, je si|.i§ çsc^pe aussi , et tu vois fju^on peut se faire ^1^ sfcvitu^g.
Mon kouli n'était pas d'humeur à pefdf p §a \\r berté. Il me dit : « Maître , il nous faut y^^^ef, tqi avec ton fusil, et moi avec mon sabre. » Puis i\ alla s'asseoir sous un arbre en soupirail t ce monologue : Qu'ai-je pensé de venir dans ce co|ipe-gqrgg? Meg caniaràdes n'ont pas été si fous. Maudites sg^entl^s roupies qui m'ont ten|:é ! Ki kc^pi{t l qu^} &prt |
De mon coté, je me mis à réfléchir au par|:i (jp.p' je devais prendre. Sans doute, me dis-je, je sijjg phej des loups affamés de ma vie et pressés dç se paf tagef le peu qu'ils ne m'ont pas encore dérobé. M^is s'ils ont résolu ma mort, je n'ai aucu^ isxoye^ de m'y soustraire : que peuvent un sabre et ui^ fvisil daiis ces broussailles contre toute une tribu? Si j^ fl^fî c^r che aujourd'hui, ils m'auront demain. Si je v^e dér fends , et que je tue un des agrf sse^rs ," Ips autre§ n'en deviendront que plus furieux. J^t d'ailleurs , comment veiller jusqu'au jour avec la fatigue qui fia'accable ? Il n'est pas certain que le coup s'exéci^^f; cette nuit ; il faudra recommencer à faire "sentii^^ç demain soir ; où "en prendrai-je la (prce, 3i jç flf çg-
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ppse pas ? Je n'ai presque plus rien à manger ; je suis épuisé par une journée de marche; à tout cela il n'y a qu'un adoucissemèiit , le/ gpiptffieil. Mourir pour mourir, je vais me couchai:. Après tout, ne suis-je pas missionnaire ? Dieu ne sait-il pas mon nom ? Il est ici, il me voit, il connaît les motifs de mon voyage, s'il veut me protéger il le peut, et cela me suffit. Làdessu^ je plçipai i»op fusi| p|:ès de inoi , et guoioue intimemen}; coayamcu qpe je gpçajs ^ssassîpé deux ou trois heures après, je m'assoupis en disant : In marnus tuas, Domine, commendo sptritum meum (5efgneur^je remets mon ànie entre "cos mains).
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