VI AVANT-PROPOS
manière, sans se confondre aussi absolument qu'on serait tenlé de le croire au premier coup-d'œil.
Chez Jérémias Gotthelfle pasteur me semble avoir exploité l'artiste au moins autant qu'il Ta servi; de là aussi ses habitudes de prédication plus ou moins passionnées qui peuvent être fort bien intentionnées, sans doute, au point de vue pratique, mais qui ne me semblent pas toujours pénétrées d'un sentiment esthétique aussi incontestable.
L'art est-il un but ou un moyen ; une argumentation pour l'esprit', ou simplement, comme je le crois, une provocation pour le cœur? A cet égard les opinions varient. Après tout, mon intention n'est point ici de discuter M. Gotthelf ; je voudrais seulement lever un coin du rideau qui voile encore, pour le public français, la connaissance, non-seulement des œuvres, mais même de l'existence d'une des premières illustrations actuelles de la littérature allemande.
Il est peu d'écrivains qui présentent dans leur ensemble un contraste aussi frappant de qualités et de défauts de premier ordre. Il est peu de noms littéraires autour desquels , par une conséquence obligée, aient éclaté des animosités rivales aussi aveuglément exclusives. A tort ou à raison, M. Gotthelf vit au plus épais des agitations politiques de son pays. Aux propensions sermonneuses qui se manifestaient déjà de temps en temps dans ses pre- | miers volumes, sont venues se joindre les antipa-