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AVANT-PROPOS. VII

thies de l'homme de parti. II n'en a pas fallu davantage, on le comprend, pour que ses confrères d'opinion niassent ses défauts, en même temps que ses ennemis niaient ses qualités. Il est probable qu'en se plaçant à un point de vue un peu plus élevé, tout en conservant sa précieuse rusticité d'allures, M. Gotthelf fût arrivé aux effets moralisateurs qu'il avait en vue, sans froisser personne; car si le vrai est la splendeur du beau , le beau à son tour ne saurait être que la splendeur du bon ; mais enfin, puisque tant est que sa nature impétueuse l'a fait procéder autrement, je ne me reconnais ni titre ni intérêt, en ne parlant de lui que sous le rapport de l'art, à lui demander pourquoi il a fait ceci, au lieu de faire cela, et je me contente de croire que traduire fidèlement ses livres tels qu'ils sont, serait rendre un service d'autant plus grand à la littérature française, que sa manière tranche plus fortement avec toutes nos habitudes reçues.

Ce style et ces allures étonnent peut-être bien un peu au premier moment; mais une fois qu'on en prend son parti, on ne larde pas à s'y accoutumer, voire même à s'y complaire.

Nous sommes aujourd'hui dans une situation littéraire qui a bien des analogies avec celle où se trouvaient nos pères au commencement du siècle. L'influence des littératures étrangères fut alors considérable et salutaire par un certain côté. Pourquoi n'en serait-il pas aujourd'hui de même? A

VIH AVANT-PROPOS.

chacune de ses évolutions, à chacune de ses grandes étapes, l'esprit humain a besoin de régler un peu ses comptes avec lui-même, avant de reprendre résolument sa marche ; or, il n'est guère de moyen plus sûr de savoir au juste où nous en sommes , que de comparer notre situation avec celle des autres. L'isolement absolu est aussi impossible aux nations qu'aux individus, et dans le domaine de l'art, il n'existe, Dieu merci, ni douaniers, ni frontières.

Comparer, dis-je, et non pas imiter. La France est douée, sans nul doute, d'une virtualité littéraire assez puissante, pour vivre toujours de sa vie personnelle et sur son propre fond; il me semble seulement que nous nous épargnerions bien des tâtonnements inutiles ou dangereux, si au lieu de rester littérairement calfeutrés dans notre chez nous comme les Chinois derrière leur grande muraille , nous nous mettions un peu plus souvent à la fenêtre , pour voir ce qui se passe chez nos voisins.

U n'est guère que trois grandes littératures au monde, la littérature française, la littérature anglaise et la littérature allemande. La France est-elle bien sûre de n'avoir à se reprocher aucune négligence envers ses deux voisines?

Pour en revenir à M. Gollhelf, je prie le lecteur de ne pas juger en dernier appel de son importance d'après les petits morceaux, réunis un peu au ha-

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