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L'HISTORIEN DE LA LORRAU

Miê

Je vous parlms récemment de Fingénieux et paradoxal ouvrage de M. de Sainte-Aulaire : les Derniers Valois, les Guises et Henri lY. Rien de plus opportun, après celte piquante lecture^ que d'ouvrir le livre de M. d'Haussonville, qui pourrait s'appeler les Derniers Lorrains, ou mieux, encore h Revanche delà Ligue, Sous d'autres aspects, sur un tout autre terrain, ce livre continue le récit de M. de Sainte-Aulaire : il reprend les choses où les ont laissées la soumission du. duc de Mayenne , la pacification de la France, l'avènement de Henri IV ; et, s'il les transporte de Paris à Nancy, c'est Paris qui y gagne et Nancy qui y. perd. Seulement, si les sujets se suivent, les points de vue et les procédés historiques ne se ressemblent pas. Là où

* Histoire de la réunion êe la ïjorralne à la VrancCf vol. L

rauteur des Derniers Valois cherche des allusions, des rapprochements et des malrces, Fauteur de la Réunion de la Lorraine cherche surtout des souvenirs. Pour 1 un, rhiistoire est un arsenal, pour Fautre, un monument. Le premier est un moraliste enchanté de comparer ce qu'il raconte à ce qu'il voit ; le second, un fils pieux, kmid immemor, ne songeant qu'à faire sortir de la poussière des archives locales Fimage d'une province absorbée dans un royaume, et à rendre hommage à son ancienne patrie sans manquer de respect à la nouvelle. Tous les deux, dans leurs attributions diverses et leur physionomie différente, ont réalisé à leur manière la tâche et le but de l'historien : ceiui-ci en forçant le passé à instruire le présent, celui-là eiï forçant le présent à se rappeler le passé.

Le â6 juillet. \ 654, après cette pren^ère prise de, possession de la Lorraine par la France, qui servit de dénoûment aux luttes du duc Charles IV contre Richelieu et Louià XIII, la duchesse Nicolle fut conduite au palais de Fontainebleau et l(^ée dans un riche appartement. Sui^ vant l'usage du temps, nous dit M. d'fiaussonville à sa dernière page, les murailles en étaient couvertes de tapis* séries. Soit dessein, soit inadvertance, l'une d'elles repré* * sentait « la fable dit pot de terre brisé par le pot d'airain, contre lequel îl avait voulu se heurter. » La douce et résignée Nicolle fondit en larmes. -^ Nous le croyons bien, car, à chaque ligne du récit, ce vieil apologue nous revenait en mémoire, et H. d'ibusson ville semble l'avoir pri8> pour épigrai^e . De te fdmla nurratwry aurait pu dire à son . imprudent époux la pauvre Nicolle si elle avait sa le latin.

A cette première fable, si instructive, si souvent écrite en marge de l'histoire et de la vie, sied-il d'en ajojiter une autre, non moins connue, non moins applicable, celle qui proclame Fexcellepce de la raiJM dm f^ fort ? Sans

doute, daûs toute cefte affaire, la France fut un peu trop: le loup,y et la Lorraine V agneau. Hais celte fois Tagneau, il faut bien en eonvemry était m<»ns innocent que celui du £sd)uliste ; on s'apercevait trop aisément qu*il avait envie, sinon de manger le loup, au moins de le voir mangé par les autres, et son terrible ennemi piHiTait répéter avec variantes : Se ce n'est toi^ ce fut donc ton aïeul, ton grand onde, on bien quelqu'un des tiens. Voilà, en effet, ce qui me Arappe dans cette déchéance de la maison de Lorraine, racontée par M. d'Uaussonville avec une sympathie si res^ pectueuse et ^ éloquente. On sent, à tous moments, que la royauté française, régénérée et raffermie dans la per* sonne de Henri lY, et plus tard de Rieheheù, — roi par la gloire, la puissance et le génie, — avait un vie.ux compte à régler^ et, pour tout dire une vendetta rayale et politique à débrouiller avec cette race qui Tavail, pendant un demi-siècle, humiliée, menacée, opprin>ée et amoindrie. Lorsque deux idées, comme celles qui se personnifiaient dans les rois de France et dans les Guises, se sont une première fois rencontrées et prises corps à corps dans le large champ de Thistoire, il faut que Tuiie des deux finisse par étouffer l'autre, sous peine de périr, et le souvenir de cette première lutte, quant Tissue n*en a pas été décisive, ne rend que plus inévitables et plus logiques des représailles, où le v^ncu de la veille, devenu le vainqueur du lendemain, trouve à la fois à dédommager son oi^ueil, à assouvie ses rancunes et à rassurer son avaiir. Car les in* dividus peuvent pardonner, mais non pas ces grandes idées dont les événements et les hommes ne sont que tes représentants ou les instrumaits visibles, dont la destinée nécessaire est de vaincre ou de disparaître, et dont le triomphe ou la défaite dédde de la direction définitive d*un siècle, d'un pays, d*un monde. Tel a été le carac-

tère évident de cette pression graduelle delà France sur la Lorraine. Maintenant, que les fautes du duc Charles IV aient été pour beaucoup dans le dénoûment de ce duel à armes égales ; que ce prince, plus brillant que sage, séduit par un faux semblant de gloire, rêvant je ne sais qud rôle de Gustave-Adolphe çatholique/ait méconnu les vrais intérêts de ses États, imprudemment mécontenté son redoutable voisin, et fourni au cardinal de Richelieu, par ses variations étourdies, trop de prétextes spécieux pour persévérer, avec une apparence de Justice, dans son œuvre d'assimilation patiente et impitoyable; qu'en se faisant le complice et le complaisant de toutes les équipées puériles, de tous les caprices d'enfant gâté, de toutes les taquineries d'héritier présomptif, que Gaston d'Orléans jetait sans cesse au travers du règne de son frère, et des desseins du grand ministre, Charles tie Lorraine ait froissé, chez liouis XIII, cette corde secrète et sensible qui, chez les rois médiocres, est là plus prompte à saigner, et domine presque toujoui^lesintéréts généraux et les raisons d'État; tout cela est très-vrai^ et ressort clairement du beau travail de rhistorien. Mais ce n'est là que le côté exlérieur de la question et deTépisode; ce que Ton trouve au fond, ce qui en fut le ressort véritable, ce qui en explique les incidents, la marche etFissue, c'est, je le répète, la revanche du dix-septième siècle qui commence sur le seizième qui finit, de la maison de Bourbon sur la maison de Lorraine, de Tesprit de la royauté renouvelée et retrempée sur cette grande puissance dii moyen âge qui, sous le nom de féodalité, fut si souvent la rivale et presque Tégale du trône, qui, au moment de disparaître, rencontra dans les Guises le plus éclatant symbole de cette égalité menaçante et dont la Ligue marqua, avec des symptômes déjà révolutionnaires, l'orageuse et convulsive agonie.

Queiles étaient donc ces deux idées placées eh présence l'une de Vautre au seuil du grand siècle? Quel était cet esprit de la monarchie naticmaïe, réveillé tout à coup au milieu des sanglants décombres de la guerre civile, et inaugurant une ère nouvelle? Le moment ne serait pas mal choisi peut-être pour le redire en quelques mots : il ne manque pas, et sous nos yeux mêmes, de spirituels écrivains, prêts à foire bon marclié de tout ce que représenta, entreprit et réalisa, vers cette époque, la maison de Bourbon, de ses laborieux efforts pour arriver à cette unité de territoire qui est le trait distinctif de la France parmi les autres pays, et qui répond tout ensemble à son caractère, à son génie, à son influence; aux instincts de sa grandeur, aux besoins de son initiative, au sentiment de sa mission dans le monde. Démolir Tœuvre de Henri IV, de Richelieu et de Louis XIV, souffleter hardiment cette populaire figure du Béarnais, réhabiliter la Ligue et ce qui devait s'ensuivre si elle eût triomphé, laisser entendre aux lecleurs subtils que la religion catholique et les pures tradi- ^ tions de la monarchie ont beaucoup perdu à Favénement du roi de Navarre, que cet événement a ressemblé fort* à une usurpation ; même , pour mieux réussir à nous convaincre, appeler à son aide Fantipathie littéraire que nous avons tous vouée à la Eenriade, et rendre la gloire de notre Henri IV responsable des affreux alexandrins de M. de Voltaire ; tout cela est l'affaire d'un trait de plume dans un temps où le paradoxe a, pour naître et grandir, des facilités singulières, et où bien des gens trouveraient en effet très-commode de défigurer à Jeur profit ou à leur honneur un des plus importants chapitres de l'histoire de France. Nous qui sommes moins raffiné, tâchons de rétablir les choses sous leur vrai jour, et voyons s'il n'y aurait pas moyen de rester bon Français et bon chré-

G6 CAU6EBIES LITTËRÂIBES.'

lien sans devenir tout à fait Lorrain et Ligueur en 1855. Le rôle de notre pays; si nous le ernnprenons bien^ est moins d'ètre^conqnéramt — à quoi sert d'être cofiquérant? — que modérateur, et cela dans le domaine des intelligences comme dam celui des faôts, devant les agressions à livre ouvert comme devant oêites à main armée. Maintenir une sotie d'équilibre entre les forces diverses qui se disputent l'Europe, se déclarer Tenn^iii de tout ce qui assurerait à lune d'elles trop de prépondérance, em* pécher que trop de sang et de vie se ûie sur un seul point au détriment des autres, et trouver dans cet arJDîtrage Télëment d'une prospérité et d'une puissance dont profite la civilisation tout entière, voilà, ce me semble, le but quç s'est proposé la France en ces moments trop rares et trop courts où elle a été dans toute la plénitude de ses facultés A sous une direction parfaitement conforme à ses intérêts «t à ses instincts. Sitôt qu'elle le dépasse, qu'elle vise, à son tour, à cet excès de prépondérance, comme dans les dernières guerres de Louis XIV ou les dernières campagnes de Napoléon; sitôt qu'elle accepte, sous une forme quelconque, politique ou religieuse, la révolution ou la réaction violente, il y a souffrance pour elle et pour le reste du monde ; car c'est là son immortel honneur que nulle nation n'ait jamais été plus étroitement, plus solidairement liée aux destinées mème& de la société et de riiumanité. Eh bien! dans ce laborieux passage du seizième siècle au dix-septième, après les tempêtes de la Réforme, après les guerres de religion, après ce triste interrégne que lès Valois marquèrent de leurs faiblesses -et de leurs désordres, après ce scandaleux et dissolvant spec* tacle de.chefs de parti plus pufssants que les roisj de partis plus puissants que leurs chefs et de passions populaires plus puissantes que les partis, la France, rentrée ei* pos-

session d'eile-fiiéme et seus les lois d'une royauté selon swa cœur, put reprencfere l'œuvre interrompue ou ajournée par cent ans de désordres, de eatastropliés ou d'abaissements. Quelle était c^e œuvre, et comment Taccomplit-dle?

La Réforme, ou, pour parler plus exactement, la liberté de conscience, était un fait trop grand, trop chèrement acquis pour qu'on pût désormais le rayer de la liste des conquêtes du nouveau siècle. Il s'agissait, pour la royauté et pour la France , redevenues inséparables, de laisser ce grand fait passer dans les mœurs publiques sans pencher pour cela, du côté de l'hérésie, et de réconcilier, auprofi" de la civilisation et de la prospérité générales, l'orthodoxie et la tolérance. Dans les coUisions sanguinaires qu'avait soulevées celte question capitale, deux périls imminents s'étaient révélés : l'un venu d'en bas, l'autre d'en haut ; l'un, causé par l'élément révolutionnaire démocratique que renfermaient en germe les doctrines protestantes; l'autre, amené par l'élément féodal, inteirvenant dans ces querelles pour les accaparer, les aigrir ou les dompter. Vènh d'origine bien diverse, arrivant des deux extrémités contraires, mais empressés de s'allieip pour morceler et affaiblir ces deux garanties, nécessaires à l'existence des peuples : Tautorité et la nationalité. Il s'agissait de les sé^ parer d'abord, piAs de les vaincre, et enfln de les mettre dans l'impossibilité de nuire en les forçant de s'absorber peu à peu daiis un pouvoir régulier, dorit l'unité vigoureuse s'assimilât toutes ces remuantes diversités. Voilà pour rintérieur du royaume. Quant à l'extérieur, dès l'instant où l'on était délivré des ennemis et des embarras du dedans, une tâche immense .se présentait d'autant plus glorieuse à entreprendre, qu'elle était plus difficile à exécuter : raffeiblissement de la nîaîson d'Autriche, de cette

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monarchie bicéphale, fille du génie de Charle$-Quint et de Philippe II, qui, du fond des cabinets de Vienne et de Madrid, insultait à l'équilibre européen, menaçait Tintégrité des territoires, humiliait les monai^hies voisines et formait une de ces anomalies colossales que la France a meilleure grâce à combattre qu'à imiter. Il s'agissait de la réduire, de prouver qu'elle n'était pas invincible, de rétablir à ses dépens cette proportion que réclamait également notre sécurité et notre honneur, et de trouver notre propre agrandissement dans cette œuvre réparatrice. Je ne sais si la Ligue triomphante, le duc de Guise monté sur le trône des Valois, le duc de Mayenne vainqueur de Henri IV, la faction des Seize donnant à la France des mi* nistres de sa façon au lieu de Sully et de Richelieu, se fussent acquittés de cette triple t^che ; mais ce que je sais mieux, c'est qu'il suffit de l'indiquer pour rappeler à toutes les mémoires la pensée constante, le glorieux travail, l'effort persévérant de la Royauté restaurée : pensée, travail > effort de triomphe qui formçnl, à vrai dire, toute l'histoire de la plus belle mcntié du grand siècle, et qui, interrompus un moment par le poignard de Ravaillac, sont repris, avec plus de patience et d'habileté encore, par le cardinal de Richelieu. Richelieu^ voilà le vrai grand homme de cette phase magnifique. Il eut sur Henri IV et sur Louis XIV l'avantage de n'être pas roi officiellement, ce qui lui permit de faire beaucoup plus avec une responsabilité moindre pour la dignité royale ; d'être prince de l'Église, ce qui amoindrit l'inconvénient de ses alliances hérétiques, et de n'avoir ni signé ni révoqué l'édit dé Nantes, ce qui donna plus de liberté et de grandeur à son rôle entre l'Europe catholique et. l'Europe protestante.

Si les ducs de Lorraine avaient compris cette large et na-

tionale politique, s'ils s'en étaient fait les alliés fidèles au lieu d*en être les inquiétants voisins, si le duc Charles IV s'était dit résolument qu'en dépit de ses prédilections la position topographique de ses États devait avant tout déterminer ses alliances, et qu'il n'était pas sain' d'être à la fois pour un grand royaume un embarras et une enclave; s'il avait réfléchi à ce sentiment d'impatience et de colère que devait éprouver un homme tel que Richelieu, envoyant de pitoyables détails d'intérieur, des querelles de famille, des tracasseries de voisinage entraver et compromettre l'exécution de ses grands desseins, peut-être la première déchéance de la Lorraine eût-elle été retardée de quelque vingtaine d'années. Toutefois l'on peut dire que son heure était marquée, que son destin devait s'accomplir, et il suffit d'un peu de pénétration historique pour reconnaître qu'arrivée à cette date, à la suite de ces événements où elle avait pris une si terrible part, en présence des nouveaux personnages qui dirigeaient les affaires, humiliée dans le passé, vaincue dans le présent, peu sûre dans l'avenir, la maison de Lorraine n'avait plus de raison d'être, plus de placée au soleil de la France, qu'il ne lui restait plus qu'à se transformer,- à se déplacer, à aller reprendre au loin fet greffer à nouveau sur d'autres tiges souveraines ses royales espérances. Charles IV, avec ses qualités brillantes et ses inconséquences fâcheuses, avec ses velléités de gloire et ses contrefaçons de grand homme, avec son penchant à risquer le nécessaire et le raisonnable pour courir après le chimérique et le superflu, avec sa manie, plus taquine encore que chevaleresque, de prendre parti, en France, pour les causes suspectes, de Jouer au complot, de mettre le doigt ou la main dans les griefs de Marie de Médicis ou de Gaston d'Orléans, Charles IV ne fut que l'exécuteur testamentaire d une époque qui ne pou-

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vait pins renaître, d'une race qui ne pouvait pkis revivre, d*uue pensée qui ne pouvait plus vaincre : les inconsé-, quences dé son caractère et de sa conduite ne furent que ]a logique de sa destinée.

C'est là le récit qu'il faut suivre, pas à pas, dans lebeau livre de M. d'Haussonvitte, et j'auriûs à m'excuser humblement de m'en être tropéloig^, si, dans le fait, ce n'était encore constater le mérite de Técrivam et de Tosuvre que d'indiquer les pensées qu'ils suggèrent, les souvenirs qu'ils réveillent, rinunénse horizon de faits et dldées que l'on découvre du point -de vue où ils se sont placés. Qu*à C/ette glorieuse date de 159/4 à 1654 le télescope de l'historien soit braqué à une fenêtre du Louvre ou- sur la plateforme de Nancy, c'est toujours la France que le regard, recherche et embrasse. La difficulté du livre de M. d'HaussonviUe était justement de rester tout ensemble Lorrain et Français, de ne pas perdre de vue son plan et son programme, de maintenir sur le premier plan Charles UI, Henri H, Charles IV, et les Nicolle, et les Claude, et les Marguerite, leur fiances, Couses ou sœurs, tout en rappelant leurs rapports avec la cour de France, et, sans laisser arriver un moment où le lecteur s'intéresserait plus à Henri IV, à Richelieu, à Louis XUl, à Anne d'Autriche, à la duchesse de Chevreuse, à l'accessoire qu'au principal, iet aux vainqueurs qu'aux vaincus. La fable du pot de fer et du' pot de terre peut, lieLas ! s'appliquer aux ouvrages d'histoire tout comme aux événements qu'ils retracent; les pots de teire, les pays et les personnages inférieurs, les Barrois et les Charles IV, y soufireni presque toujours du voisinage des poU^de fer, M. d'Haussonville a très-habile- "^ ment évité cet ^eil, et cette habileté est d'autant plus remarquable qu'elle n'a rien coûté à sa conscience d'his* toûen, à l'exactitude de ses récits, à c^e sage distribïh

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tion qu^exîge toute œuvre d'art, et même, chose plus difficile et plus délicate 1 à son second patriotisme absorbant le premier sans le détruire, coitime la France s'est assimilé la Lorraine sans la supprimer. Sur ce dernier point, le noble historien n'a eu qu*à suivre l'exemple de sa province même, à laqudle sa famille a donné de nombreux et illustres défenseurs, et qui, en peu d'années, cicatrisant les blessures de la réunion, est devenue, grâce au gouvernement de nos rois, grâce à ce génie d'unité communiqué' parla France atout ce qu'elle touche, aussi profondément française que tout le reste du royaume.

On a dit, non sans Justesse, et en écartant toute idée de blâme, que H. d'Haussoni^le, dans ce volume, avait été {à et là un peu partial pour la Lorraine: il semble, en effet, qu'il ait suivi une méthode opposée à celle que nous avons vue prospéreir dans de paradoxales. histoires, et qui consistait à prendre parti pour les vainqueurs, à mesure qu'ils s'emparaient de la scène. Son procédé, sous ce rapport, se rafjproche davantage de celui de M. Augustin Thierry; àe passioraiant tour à tour pour les victimes de la conquête saxonne ou normande, ou plutôt il se ressent de rinspif ation naturelle que trouve en soi toute âme généreuse en retraçant les malheurs d'une race illustre, les vicissitudes d'une lutte inégale enire des forts et des faibles. Cette partialité sL hoiïorable apparaît surtout dans le personnage du duc Chartes IV, que M. d'Haussoiiville nous aimoiice presque comme un grand homme, à. propos de qui il pronmice les mots d'originalité, d'héroïsme et de gloire, et qui, en définitive, n'a que Tétourderie de son rôle sans en avoir l'éclat, passe son temps à enfreindre par dépit ce qu'il a subi par nécessité, et ne saurait pas mècœ revendiquer laromanes^e auréole des héros venui trop tard, des champions de causes perdues. N'iàiporlé^

ce dédoiiimagement lointain que H. d'Haussonville offre, à travers Tfaistoire, à son problématique héros, n'est ni sans émotion, ni sans charme ; il n*ôte rien à la sincérité, à la fermeté du récit ; il laisse dans toute Tintégritc de leur tâche et de leur génie les deux représentants de la politique française, Henri IV et Richelieu, et, derrière eux, la France parvenue à son apogée, et s*appuyant sur la maison de Bourbon, réparatrice de toutes ses misères, complice de toutes ses grandeurs. Les préoccupations lorraines de Thistorien ne le rendent pas même injuste envers Louis XIII, cette pâle et mélancolique figure si souvent maltraitée dans des livres d'étiquette plus française, et qui n'a peut-être jamais été mieux saisie et mieux dessinée que dans les pages attristées de H. d'Haussonville. « Le succès obtenu devant la Rochelle, nous dit-il dans une de ces pages excellentes, avait profondément modifié le caractère du monarque français, demeuré jusqu'alors. presque aussi défiant de lui-même qu'embarrassé avec les autres. Le rôle actif qu'il avait joué pendant les travaux du siège, la réussite de plusieurs opérations militaires qu'il avait suggérées ou dirigées lui-même, les éloges des courtisans, aussi empressés à vanter la sagesse de ses ordres qu'ardents à les exécuter, l'adresse de son ministre, toujours soigneux de s'effacer devant lui, cette entrée en vainqueur dans une ville qui avait bravé longtemps ses prédécesseurs, avaient enflé le cœur de Louis XIII d'une noble fierté. Sa timidité naturelle n'était pas entièrement surmontée, mais elle était devenue moins réelle qu'apparente; son triomphe lui avait donné dans ses talents comme capitaine, dans sa puissance comme souverain, une confiance toute nouvelle, qui avait relevé ses esprits ; et répandu du même coup sur sa personne un air de majesté inattendue. Ce n'avait pas été la moindre habileté de Ri*

chelieu d'avoir démêlé ces instincts cachés d*un vrai courage, cet appétit secret de pouvoir et de renommée chez un prince d'assez çhétif aspect, dont la première éducation avait élé si négligée et l'enfance si prolongée; qui avait dépensé les ardeurs de sa jeunesse à de puérils amusements, et ne s'éitait affranchi de la tutelle de sa mère que pour s'offrir tout entier au joug de son favori. Les victoires «ur les réformés avaient- servi de premières amprces aux penchants belliqueux du roi. Maintenant, le cardinal de Richelieu s'appliquait à développer de plus en plus chez son maître un goût de domination et de gloire que, plus que personne, il se sentait capable de satisfaire; établissant ainsi avec un art infini les bases de son crédit, désormais inébranlable, jusqu'au plus profond du cœur d'un souverain dépourvu de qualités extérieures, mais qui, par la hauteur de ses sentiments, s'est montré plus d'une fois en sa vie le digne fils de Henri IV et le vrai père de Louis XIV. » Cette page d'un tissu si solide, cette dernière ligne où le mot a si bien servi le sous-entendu de la pensée, peuvent donner une idée de la manière de M. d'Uaussonville : manière ferme et forte, sans faux brillant, sans recherche d'effet, mais non pas sans éclat, et qui est tout ensemble de bonne lignée et de bonne école. Il y a, de lemps à autre, au courant du récit, non pas des digressions emphatiques ou inopportunes, mais de^ vibrations soudaines et comme de Idînlains échos de la grande aïeule : « Le patriotisme d'un pays ne se mesure pas forcément à la grandeur de ses frontières. Autant que les grands empires, les petite États se sont souvent montrés capables d'éprouver ces nobles sentiments de fierté et d'indépendance qui- sont l'honneur des races humaines. Aux jours dont nous nous occupons, on n'avait pas encore essayé d'apprendre aux populations qu'il fait également bon vivre sous tous les

gouvernements.... Alors, plus qu'aujourd'hui peut-être, elles étaient portées à obéir, mais non point à obéir à n'importe quels maîtres. » Je glisse : voilà, on le sent, l'inspiration originelle, le caractère dominant du livre de M. d*Haus8onville : c'est de Texcellent français ayant par* fois l'accent lorrain ; il sied de revenir, eh finissant, à ce trait distinctif, à cette physionomie particulière d'un ou-' vrage digne de la plus haute estime, lequel, en faisant ap^^ précier la Lorraine et plaindre ses ducs, nous apprend à aimer et à admirer davantage la royauté qui a enrichi notre pays d'une si belle et si courageuse province.

t HISTOHIETV DE MADAME DE LONGUEVILLE ET DE MADAMB

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