‹ Nouvelles causeries littérairesChapitre 4 sur 16 · M. GUIZOT · texte numérisé non relu

M. GUIZOT

cris, de tous les idiomes des partis, ne forme qu'un son et qu'une langue, il réalise alors, dans son acception la plus haute, le type de rhistôrien, tel qu'on se le figura d'après les physionomies impérissables^que nous a léguées Tantiquitc. Ce n'est plus le mémorialiste passionné, de* mandant à ce qu'il raconte le commentaire, l'apologie ou la glorification de ce qu'il a fait; ce n'est plus l'aventureux chercheur de drames et d'images, de contrastes et de couleurs, imposant à tout ce qu'il retrace sa personnalité brillante; ce n'est plus le métaphysicien froid et hautain, exclusif et absolu, se taillant un échiquier dans l'histoire, pour y jouer la partie gagnée d'avance de ses systèmes et de ses formules : c'est Thucydide, mais un Thucydide chrétien, enrichissant la mâle simplicité de son génie de tous lesirésors de grandeur morale que le christianisme a apportés au monde; c'est Tacite moins cette souixle colère qui donne au sublime auteur des Annales l'air d'un vengeur plutôt que d'un juge ; Tacite adouci et rasséréné, ayant en face de soi Cromwell au lieu de Néron.

On a reproché à M. Guizot d'avoir écrit que, par ses horribles cruautés en Irlande, Cromwell avdit terni sa belle gloire; ces mots ont éveillé dans les imaginations un souvenir plus éclatant et plus épique; Ton a trouvé qu'ils s'appliquaient mieux au prestigieux vainqueur de l'Italie et de l'Egypte prêt à faire lever sur la France la radieuse aurore du Consulat, qu'au rude batailleur de Worcester, . au dur régicide de Whitehall. Il y aurait là matière à un parallèle trop facile, souvent répété, passé à l'état de lieu commun historique, et où notre orgueil national peut trouver une large indemnité. Sans nous laisser prendre à ce piège que l'histoire tend à la rhétorique , sans insister sur les différences profondes des deux pays, des deux nations et des deux époques personnifiées et résumées dans

les deux grands hommes, sans nous demander surtout, — question délicate ! — si celte plus-value de gloire militaire compense le passif de liberté politique, restons dans nos attributions littéraires en constatant un dédommagement nouveau désormais assuré â notre amour-propre. La révolution d'Angleterre a mieux réussi, plus persévéré que la nôtre ; pour réparer ses crimes, pour combler ses lacunes, pour affermir ses conquêtes, nos voisins ont eu une sagesse, une modération, un bon sens qui nous a manqué; mais cet œuvre de leur raison et de leur patience, voici que la France le raconte ; elle se Fassimile, pour ainsi dire, par le génie d'un de ses plus illustres enfants ; elle élève à leur gloire un monument mitoyen dont profitera la sienne ; et, si nous n'avons pu fonder, â leur exemple, une constitution durable, nous aurons pu dû moins écrire, à leur sujet, un livre immortel.

lES HISTORIEES DE CHJ^RLGS-QUINT

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