LES HISTORIENS DES DERMERS VALOIS ET DE HENRI VF
LElfARQUIS DE SAINTE-AIILATRE *
. Lorsqu'on a envie de penseç un peu de mal de son temps, il sied de lui appliquer le procédé que le cardinal' Maury s'appliquait à lui-même, et de se réhabiliter en se comparant. Sans remonter jusqu'à la Saint-Barthélémy, que M. de Sainte-Âulaire, dans son livre si spirituel, n'a garde de justifier, et que nous ne justifierons pas davantage, notons, en commençant, deux époques, deux moments de date plus récente, où ce sanglant êpiàode, ses véritables auteurs, les causes qui l'amenèrent et les événe-^ ihents qui le suivirent, étaient jugés et défigurés de façon â prouver que* Tespril de parti est presque toujours le contraire du parti dç l'esprit.
En 1791, Marie-Joseph Chénier, le frère d*un grand poète, fit jouer, aux applaudissements de la France révo*
* Les derniers Valois f les Guise et Henri IV f
lutioimaire, une tragédie de Charles IX, où les Guise, le cardinal de Lorraine et le roi de France, ou, en d'autres termes, la Royauté, la Noblesse et la Religion, étaient représe^itées comme seules solidaires et complices dans ce grand crime. Le peuple, on le sait, n'était pas même admis comme figurant dans les tragédies classiques, el Chénier profitait de cette pruderie traditionnelle pour le supprimer complètement, sinon comme martyr de Toppression des grands, des rois et des prêtres, au moins comme reissort et instrument du massacre. Le publie de 1791, ce public qui avait pris la Bastille et qui allait fournir des recrues au 10 août et aux septembriseurs, pouvait croire et croyait en effet que le peuple, à la Saint- . Barthélémy, n'avait eu d'autre rôle que celui di^chœur antique, gémissant sur des forfaits qu'il voit commettre* qu'il subit et qu'il ne peut empêcher.
Sous la Restauration, la même idée, avec des formes plus douces et plus parlementaires, avait passé à l'état d'articles de foi parmi les moulons de Panurge du libéralisme. Il n'y avait pas un lecteur de Béranger, un abonné du Constitutionnel, un souscripteur du Voltaire-Touquet qui ne fût profondément convaincu que la Sainl-Barthôlemy s'était faite uniquement par les rois, les grands; les prêtres et les moines, et qui ne crût la liberté et la démocratie intéressées à réveiller sans cesse ce lugubre souve- . nir, à s'en faire une arme défensive et offensive contre l'osprit royaliste; à peu près comme ces descendants d'une illustre victime qui écrivent au bas de son portrait le nom de ses persécuteurs et la date de son sacrifice. Même, l'on affirmait que Charles X, continuateur de Charles IX par la cruauté non moins que par le chiffre, s'élait ligué avec ses courtisans et ses prélats pour réinstaller en plein dixneuvième siècle celte persécution monarchique, nobiliaire