‹ Nouvelles causeries littérairesChapitre 7 sur 16 · LE MARQUIS ITE SAINTE-AULAIRE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS ITE SAINTE-AULAIRE

et sacerdotale, contre la bourgeoisie, le peuple, la tolérance religieuse et la liberté de conscieece.

Aujourd'hui il est prouvé, — et s'il manquait quelque chose à la preuve, l'ouvrage de M. de Sainte-Aulaire la compléterait, — que le mouvement d'idées et de faits qui amena la Saint-Barthélémy fut, avant tout, un mouvement démocratique et révolulionnaire ; que le premier rôle dans ce drame exécrable appartient à la souveraineté du peuple, et que les égorgeurs nocturnes du 24 août sont les aïeux directs des septembriseurs, comme les Ligueurs de la journée des Barricades sont les ancêtres avérés des factieux et des émeutiers de notre époque.

J'ai pris un peu au hasard, dans cette triste période que M. de Sainte-Aulaire nous raconte, et qui va de la mort de Henri 11 à l'avénemeht de Henri IV, cette grosse tache rouge de la Saint-Barlhélemy, parce que c'est celle qui saute aux yeux tout d'abord, parce que nulle n'a été plus çorrosivo, dans les souvenirs populaires, n'a fourni de texte plus abondant aux déclamations démagogiques, et aussi parce que ce chapitre des Derniers Valois donne une idée juste de la manière de l'auteur et de son livre; livre qu on peut appeler une analyse historique plutôt qu'une histoire; une recherche piquante des analogies plutôt qu'une étude profonde de3 événements et des hommes, une ingénieuse revanche du présent plutôt qu'un monument du passé.

Le travers des esprits communs est de croire trop aisément que ce qui se passe de leur temps est d'invention toute fraîche, qu'on Ta imaginé tout exprès pour leur salut ou pour leur perte, qu'ils ont l'honneur, le péril, ou le malheur d'être les premiers à assister à tel abus, à souffrir de tels excès, à s'inquiéter de telle doctrine, à redouter teUe catastrophe, à voir se développer sous leurs^ yeux tel effet

SA CAUSERIES LiTTEiRAiRES.

sans caisse on telle cause sans effet. Voilà pourquoi, aux heures de révolution, la moyenne est si vite démoralisée, abattue, terrifiée. Il lui semble que, contre des maux sans antécédents, contre des dangers sans exemple, il ne saurait y avoir ni remède ni refuge, qu'on aurait vainement recours à une expérience acquise ou apprise pour conjurer des faits qui ne ressemblent à rien et se défendre contre des gens qui ne ressemblent à personne. Le penchant des esprits très-fins, — et je reviens ici à mon auteur et à mon sujet, ^ est, au contraire, de chercher à tout ce qu*ik voient des similitudes avec tout ce qu'ils savent, de n*ac^ cepter aucune nouveauté comme nouvelle^ de représenter l'histoire comme plagiaire d'elle-même, l'homme comme son propre copiste, les découvertes^ dont s'enorgeillit ou s'effraye une génération comme des legs déguisés, interceptés ou pseudonymes de générations antérieures, et de trouver dans ces ressemblances un motif spécieux, non pas de se réjouir ou de se rassurer tout â fait, mais d'éviter le découragement absolu et de se consoler des sottises dont 'ils sont témoins. Cette mélhode, lorsqu'elle s'exerce sur im morceau d'histoire, a l'avantage d'y répandre le souffle même de la vie actuelle, de fertiliser ces décombres, et d'y récolter toute une végétation printanière d'idées, de parallèles et d'aperçus ; d'animer sous les doigts de l'historien et sous les yeux du lecteur ce livre endormi dans la poussière des siècles, et d'en faire le contemporain de nos passions, de nos fautes, de nos espérances et de nos craintes, le commentateur anticipé de tous nos sujets de surprise ou d'alarme. Elle a Tinconvénient, si on la pousse à l'extrême,, de toucher parfois au paradoxe ou au parti pris, d'ouvrir un champ trop vaste à l'allusion, à la conjecture, à l'interprélalion personnelle ; de donner çà et là au travail de récrivain l'air d'un ingénieux tour de force, d'amener

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SOUS $â plume des arâpprochenients trop «pirltuiels pour être tout à fait justes, de contraindre quelque peu la taille et Talluredes èvènenieliis et des personnages pour qu'ils puissent, à dewx ou trois siècles de distance, entrer les uns chez les autres. Dire que M. de Sainte-Aulaire n'a pas toujours évité cet écueil, serait bien injuste, si je n'ajoutais que ce léger défaut rend la lecture de son livre plus attrayante que la perfection, et si je n expliquais dans quelle circonstance il était ainsi entraîné à çt^inander à un autre temps des explicalions, des comparaisons et des leçons pour le siep.

« C'est en 1849, nous dit-il, sous Fimpression ae la récente catastrophe de Février, que notre ouvrage a été composé. S'il eût été publié à cette époque, Tà-propos en eût peut-être été mieux apprécié... Quoi qu'il en soit de 1 avenir que la Previdenee nous réserve, il ne sera jamais sans intérêt d'étudier l'origine et le développement des crises politiques qui plusieurs fois ont bouleversé notre pays... »

Non assurément, et cet intérêt est presque aussi vif encore que si rien n'était changé dans le point de vue primitif où M. de Sainte-Aulaire s'est placé. La révolution de Février, — il faut le dire et le redire bien haut, au risque de passer pour cruel envers la défaite jet le malheur, — ne saurait en aucun cas être amnistiée par l'oubli, être rayée delà liste de ces catastrophes fatales que l'on doit souvent rappeler, moins pour les maudire que pour les comprendre ; moins parce qu'elles epiportèrent ou compromirent une partie dé la fortune publique, que parce qu'elles trouvèrent profondément Jes intelligences et dé]dacèrent pour un certain temps toutes les. nations de vérité politique et sociale. Que le calme extérieur soit rétabli, les périls écartés oa syouraés, que même, par une pente naturelle et

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prëme, la société se soit portée vers uu extrême contraire à celui qui l'agitait et l'effrayait, il n'en est pas moins yrai que cette grande crise compte dans notre histoire qu'il est essentiel d'y songer et d'y revenir, comme à ces maladies aiguës dont on s'est tiré, mais qui n'en indiquent pas moins le côté faible d'un tempérament et l'utilité d'un ré^ gime. M. deSainte-Aulaire ne s'est donc pas trompé en supposant que les vicissitudes publiques, survenues depuis 1849, n'étent pas beaucoup à l'opportunité de son livre. Ce manque d'à-propos immédiat ne pourrait d'ailleurs que faire apprécier encore mieux le talent de l'auteur, puisque, même sans cet élément de succès, il a réussi à instruire presque toujours et à intéresser constamment.

Le seizième siècle a voulu conquérir la liberté religieuse, comme le nôtre, — Je date de 89 pour plus d'unité, — a voulu conquérir la liberté politique. Différentes dans leur application et proportionnées toutes deux aux progrès du temps, à la marche des sociétés, ces deux libertés sont au fond les mêmes par leurs principes humains, c'est-^-dire par les idées qu'elles invoquent et les passions qu'elles soulèvent. Quand elles veulent, — et c'est là leurTolie et leur impuissance, — arriver par en bas, par la force aveugle et brutale des masses, par le dogme de la souveraineté populaire, chacun de leurs pas est marqué par des convulsions sanglantes, chacune de leurs conquêtes est disputée, compromise, souillée, obscurcie, déchirée par des excès, des désordres et des crimes qui retardent leur avènement et déshonorent leur cause : il faut ensuite de longues années pour dégager de l'étreinte furieuse du passé le lot définitif de l'avenir, pour cicatriser les plaies, pour développer et assurer les lentea et légitimes conquêtes. Sous quels auspices s'accomplit alors cette œuvre de réparation, de réconciliation et de paix? Sous les auspices

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