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Animaux qui fournissent les pelleteries.
lant des productions naturelles de la Laponie, de la , de la Suède et de la Norvège, j'ai passé sous si- 1 pelleteries que ces pays fournissent et que les visi- TExposition internationale ont beaucoup remarquées. ), sous ce rapport» la Scandinavie et les contrées adja- 3 diffèreniquepeu des parties septentrionales de l'Asie uveau inonde. Les faunes de toutes ces régions cirires présentent les mêmes caractères principaux, et
de ne pas scinder les remarques dont elles pouvaient jet que j'ai réservé pour des articles spéciaux ce que oposais d'en dire.
I l'on recherche le plus dans les fourrures, c'est l'abon- I finesse, le moelleux et le brillant des poils; or la .ure exerce sur ces qualités une grande influence, et,
pays dont le climat est extrême, on voit souvent le limai avoir en été et en hiver des pelages complète* férents. Ainsi Tècureuil commun de nos bois, qui est n marron en dessus et blanc en dessous, a, partout où , la même robe en été; mais, dans le Nord, où le froid est intense, la partie supérieure de son corps devient - d'un joli gris tendre* Chez l'hermine, la di£féreDce 'e plus grande ; en été, ce petit carnassier est, de même elette, dont il est proche parent, d'un brun roux en t sur les flancs, avec le dessous du corps blanc, tandis ïer il devient partout d'un blanc pur, sauf le bout de
la queue, qui en toute saison reste noir. Peu de quadrupèd( subissent/quant à la coloration, des changements aussi grand^^ mais presque tous perdent une grande partie de leurs poi ^^ lorsque la saison devient chaude, et, sous Tinfluence du froi cf^ ils se recouvrent de téguments à la fois plus longs, plus épais et plus propres à empêcher la déperdition de la chaleur développée dans l'intérieur de leur corps par l'espèce de combustion lente que la respiration entretient dans la profondeur de toutes les parties de Torganisme.
D'ordinaire, la peau des mammifères est garnie de deax sortes de poils, dont les uns, plus ou moins longs, gros et raides, constituent le revêtement superficiel appelé lejfflrr«,et les autres, tous très-ûns, courts, doux au toucher et souvent ondulés, restent cachés entre la partie basilaire des précédents et forment ce que Ton nomme le duvet ou bourre. La proportion de ces deux espèces de couvertures varie suivant les climats : chez les mammifères des pays chauds, le duvet manque plus ou moins complètement et le jarre est en général court et sec, tandis que dans les pays tempérés, non-seulement tout le système pileux s'allonge pendant l'hiver, mais le duvet • devient très-abondant; enfin, dans les pays très-froids, ces particularités se prononcent encore davantage. Il en résulte que nos pelleteries indigènes, désignées dans le commerce sou^ le nom de sauvagines, sont beaucoup moins estimées que le3 fourrures de même espèce obtenues dans les régions boréales » et que dans les pays les plus froids, de même que chez nou^ c'est pendant l'hiver que la chasse de ces animaux donne te^ plus beaux produits.
Le vêtement chaud ainsi préparé par la nature est plus né^ — ' cessaire pour les mammifères de petite taille que pour lesani^ maux dont le corps est volumineux, parce que la quantité d ^ chaleur développée dans l'intérieur de ces êtres est à pe"*^ près proportionnelle à leur masse et que sa déperdition 6!
en rapport avec l'étendue de leur surface ; par conséquent ]es petits animaux sont disposés à se refroidir plus rapidement que les grands, et cela nous explique comment il se fait que la plupart des espèces dont la fourrure est le plus estimée sont de très-petite taille- Le refroidissement ne produit pas les mêmes effets chez tous les animaux. Chez beaucoup d'entre eux, que les naturalistes appellent des animaux à sang froid, parce que la température de leur corps ne diffère en général que peu de la température de l'atmosphère, le refroidissement détermine seulement un ralentissement des fonctions vitales, une sorte d'engourdissement, qui peut aller très-loin sans que l'organisme en souffre, et il suffit d'un retour de chaleur pour que l'activité physiologique se rétablisse. Chez les animaux supérieurs il en est presque toujours autrement; quelques-uns d'entre eux, les loirs et les marmottes par exemple, peuvent être amenés à cet état de léthargie par l'aciion du froid extérieur et n'en ressentir aucun mauvais effet; pendant l'hiver ils dorment d'un sommeil souvent des plus profonds, dont Ils se réveillent en bon état au retour de la belle saison, et on les appelle pour cette raison des animaux hibernants. Mais la plupart des mammifères, de même que les oiseaux, se comportent autrement, car le refroidissement intérieur, en arrivant à un certain degré, leur devient mortel. Il en résulte que pour les animaux dits à sang chaud, êtres dont l'activité physiologique doit être continue, un certain degré de froid extérieur est incompatible avec l'existence, à moins que ces animaux n'aient la faculté de se constituer, par le développement du système pileux, une espèce de vêtement trèsmauvais conducteur du calorique, et par conséquent conservateur de la chaleur dégages dans l'intérieur de leur organisme. On peut donc prévoir que les mammitèrcs à peau oue ou à poil rss resteront d'oidiÇHrtc^^^^tf*""" '"" con-
trées chaudes, et que, si des individus de leur espèce s'accl matent dans des pays froids» leur fourrure changera de qualit
Le tigre nous offre un exemple du changement que le mat peut produire dans la fourrure d'animaux de mêine espèce. Ce grand et beau carnassier est originaire des parties les plus chaudes de la région asiatique, Tlnde et les grandes îles adjacentes, et là, son poil est court et sec; c'est du jarre sans mélange de duvet. Mais le tigre a franchi les limites de son domaine ordinaire, et il se ifnontre au nord de l'Himalaya, jusqu'en Sibérie; or, dans ce pays froid, son corps est couvert d'une fourrure épaisse, à poils comparativement longs, et dont la disposition est telle, que l'air en contact avec la surface de la peau ne se renouvelle que difficilement, cir* constance très-favorable à la conservation de la chaleur propre de l'animal.
Les singes sont aussi presque exclusivement des animaux de pays chauds et d'ordinaire ils supportent très-mal un cil* mat froid; la plupart d'entre eux ont le poil court et peu abondant. Mais M. AIphonse-Milne Ëdwardis a fait connaître récemment un représentant de ce groupe zoologique, qui a été trouvé par un de nos missionnaires, M. Armand David, au milieu des hautes montagnes du Tibet oriental, où la neige persiste pendant plus de la moitié de l'année et où l'hiver est d'une rigueur extrême. Ce singe, désigné sous le nom de Rliinopithecus, à cause de la conformation particulière de son nez, ressemble beaucoup aux semnopithèques de rinde par ses caractères anatomiques; mais il est pourvu d'une épaisse couverture formée de poils doux, fort longs ei très-abondants, qui lui donnent un aspect des plus singuliers et qui le protègent efficacement contre le froid extérieur (^).
(^) Le naturaliste que je viens de citer a donné des figures de ce sin-
La grande famille naturelle des bœufs, qui est répandue presque partout et qui est apte à s'accommoder aux climats les plus divers» nous offre des exemples encore plus remarquables le l'harmonie établie par la nature entre Tétat de l'appareil légumentaire et la température du milieu ambiant. Dans les plaines brûlantes de l'Afrique et de l'Inde, ces grands ruminants ont la peau presque nue, et dans les pays tempérés leur poil est ras et médiocrement serré; mais dans la haute région de l'Himalaya, où le froid est intense, ris ont pour représentants les yacks, animaux dont le corps est couvert d'un épais manteau de poils tellement longs, que souvent ils touchent presque à terre. L'aurochs, espèce de bœuf qui habitait jadis toute la partie septentrionale de l'Europe et qu\ se trouve encore en Russie, dans quelques forêts de la Lilhuanie et du Caucase, a aussi une toison épaisse et presque laineuse. ËnGn le bison de l'Amérique septentrionale est pourvu d'une fourrure analogue et le bœuf musqué, ou ovibos, qui est propre aux parties les plus boréales du nouveau monde, est encore mieux partagé sous ce rapport, car il a tout le corps couvert de longues soies tombantes parfaitement disposées pour résister à la neige, et au-dessous du manteau ainsi formé se trouve une couche de duvet qui tombe en été, mais prend en hiver un développement énorme.
Au premier abord, on pourrait croire que les règles physiologiques dont je viens de parler sont en opposition avec plusieurs faits bien connus, tels que l'existence de la longue crinière dont la tète et le torse du lion sont couverts; mais» ®D examinant les choses de près, on voit que là encore il y a Wmonie entre la disposition de l'appareil tégumentaire et
^lier singe à toison dans son Ouvrage sur les mammifères de la Chine et ^tt Tibet intitulé : Recherches pour servir à V histoire naturelle des mant^ ntifères (PL XXVI et XXVII).
les besoins de l'animal. Il ne faut pas confondre les effets produits sur l'organisme par l'air chaud avec ceux qui sont déterminés par la chaleur rayonnante du soleil. A l'ombre, le thermomètre ne s*élève presque jamais à 4o degrés, température qui serait promptement mortelle pour la plupart des animaux si l'évaporation dont la surface de leur corps est le siège ne la rafraîchissait sans cesse; mais les corps frappés directement par le soleil peuvent s'échauffer beaucoup plus, et souvent en quelques minutes leur température est portée ainsi bien au-dessus des limites compatibles avec le maintien de la vie. Sur les membres et sur le tronc cette action ne produit communément que des accidents de peu d'importance, des ampoules ou une sorte d'inflammation de la peau appelée coup de soleil; mais, sur le crâne, l'insolation est beaucoup plus dangereuse et détermine souvent une fièvre cérébrale ou même une mort subite. Or, il suffit en général d'interposer entre la peau du crâne et les rayons solaires un écran mauvais conducteur de la chaleur pour empêcher cet échauffement excessif, et c'est pour cette raison qu'en Algérie, par exemple, nous voyons les Arabes se couvrir habituellement la tête d'un pan de leur burnous flottant ou même d'une grosse étoffe enroulée en turban. Cela nous permet de comprendre l'utilité de la chevelure laineuse des Nègres d'Afrique, ainsi que celle de la crinière du lion. En effet, le lion, qui habite principalement les grands déserts sablonneux du centre de l'Afrique et qui y mène une vie errante, s'y trouve exposé à toute l'ardeur du soleil, et les longs poils raides et tombants de sa crinière lui fournissent un abri naturel analogue à celui qui est constitué par les vêlements des Arabes dont je viens de parler, et ce qui l'aurait préservé du froid s'il avait été dans un pays à basse température le préserve de la chaleur dans un pays tropical où l'ombre lait souvent défaut. Chez la lionne, dont le système pileux, comme chez les femelles en général, n'est pas susceptible de se
développer au même degré, Tabsence de crinière coïncide avec des habitudes plus sédenlaires, et il est à noter que dans la partie de l'Inde appelée le Guzarate, où il y a aussi des lions, mais où Tombrage abonde, ces animaux sont également dépourvus de crinière.
Il me serait facile de multiplier beaucoup ces exemples d'ane harmonie naturelle entre la constitution des êtres vivanis et les conditions biologiques dans lesquelles ils se irouvent, et, en présence des faits de cet ordre, la pensée se reporte nécessairement vers la cause de ces relations utiles. Faul-ilyvoir les conséquences d'un plan d'organisation conçu d'avance en prévision des besoins futurs et variables de chaque espèce animale et même de chaque individu, ou les effets de lois générales en vertu desquelles les modifications particulières provoquées dans l'organisme de l'individu par les agents extérieurs se transmettraient héréditairement et se perpétueraient d'autant mieux qu'elles auraient été plus favonibles à l'existence ou à la puissance physiologique de celui qui les possède? £n d'autres termes, faui-il expliquer ces harmonies par l'hypothèse dite des causes Anales ou par la théorie darwinienne de la mutabilité des types zoologiques et de l'influence de la sélection naturelle? Peu importe, car dans ï'wn et l'autre cas j'admirerais également rintelligence ordon- '^irice qui répondrait à toutes ces appropriations mystérieuses, opérées en quelque sorte au jour le jour, ou qui obtiendrait les mêmes résultats par le jeu régulier de lois "ûiverselles et préétablies. Cette dernière interprétation s'accorderait même mieux que la précédente avec l'idée de gran- ^'eur que j'attache à cette puissance régulatrice première, quel Que soit le nom qu'on lui donne. Mais ici je ne dois pas Josis^QP davantage sur des questions de cet ordre, car elles "^^^s feraient perdre de vue le point spécial que je voulais '•^Ker, et je me hâte d'y revenir.
La température n'esi pas la seule condition climalologique qui influe sur les qualités des fourrures. L'action de Vairsec et chaud tend à rendre le poil raide et grossier; ainsi^au toucher, les personnes qui ont Thabiiude de nnanier les pelleteries distinguent en général les écureuils africains de ceux provenant des autres parties du globe où Tair est plus humide. Les mammifères qui habitent au bord de Teau et qui nagent fréquemment ont pour la plupart le poil remarquablement fin et doux. Les espèces qui vivent sous terre, et qui se trouvent par conséquent à Tabri des causes ordinaires de dessiccation, présentent généralement des caractères analogues. Enfin, il est aussi à noter que ces conditions d'existence, de même que les habitudes aquatiques, âont favorables au lustre de la fourrure, car le brillant de celle-ci dépend en grande partie des matières grasses dont plie est lubrifiée; cette matière est fournie par un petit sac sécréteur situé dans l'épaisseur de la peau, à la base de chaque poil, et l'humidité maintient ces organes en état de fonctionner activemenl.
Les conditions biologiques locales ont certainement aussi une influence considérable sur le pelage, mais leur action sur la couleur du poil n'a pas été jusqu'à présent bien expliquée physiologiquement.
La coloration de l'appareil tégumentaire est due principalement à la présence de diverses matières grasses dans l'espèce de moelle cellulaire qui occupe l'axe de chaque poil et qui, au microscope, se distingue facilement de sa gatne corticale. Ces substances huileuses, dont les unes sont blanches, d'autres noires, brunes, jaunes ou rouges, sont fabriquées par le bulbe ou organe formateur, qui est situé à la base du poil, et le régime de ranimai, ainsi que le degré d'activité physiologique de son système cutané, peuvent influer beaucoup sur leur production. Dans la vieillesse, la source en est souvent tarie, et alors les poils deviennent blancs. Le travail vital dont ré-
sultent ces principes colorants est beaucoup activé par l'action directe de la lumière ou plutôt des rayons chimiques qui accompagnent les rayons éclairants dans la lumière solaire; nous en avons la preuve sur nous-mêmes par le hâle de la peau et le développement fréquent de taches de rousseur sur les parties de notre corps que ces rayons frappent, et cela nous explique pourquoi la plupart des mammifères sont blancs en dessous, quoique fortement colorés sur le dos et les flancs. Probablement le manque de lumière est une des causes de la fréquence de Talbinisme chez les oiseaux aussi bien que chez les mammifères des régions polaires dans les deux hémisphères; mais le régime paraît aussi ne pas être étranger au mode de coloration de certains animaux. Ainsi les ours polaires, dont la robe est généralement d'un blanc presque pur, prennent une teinte jaunâtre lorsqu'ils se nourrissent des débris laissés par les cadavres des baleines, qui contiennent une grande quantité d'huile, et j'incline à croire que le mélanismc peut être causé par des particularités de régime. £n effet, le rat noir (le Mus ratusée Linné) était jadis très-abondant en France, Gomme dans les autres parties de l'Europe; mais il a été presque entièrement supplanté par une autre espèce du même genre, le surmulot, ou Musdecumanus, dont la taille est plus forte et les proportions un peu différentes. Ces rongeurs sont originaires de la région persique ; ils arrivèrent en Europe, vers le commencement du xvni" siècle, par la Russie et par l'Angleterre, où ils avaient été apportés par les navires de commerce, et ils étaient alors tous d'un brun fauve. Mais dans la ménagerie du Muséum d'Histoire naturelle, où ils se multiplient d'une manière fâcheuse, on commença, il y a vingt ans, à rencontrer des individus dont le pelage était noir comme celui du Musrattiis, et M. Alphonse Milne Edwards a constaté que depuis une quinzaine d'années cette variété mélanienne y est devenue extrêmement commune; aujourd'hui elle con-
stitue environ un cinquième de la population ratière du Jardin des Plantes ( '). Un changement analogue, mais plus complet, s'est opéré jadis dans le pelage du rat commun [Mus rattus de Linné). Un naturaliste de Nantes, M. de Tlsle de Romeuf, a montré que ce rongeur, inconnu en Europe du temps des Romains, descend du Mus Jlexandrinfis6*Egyple, qui» dans ce pays, a le dos et les flancs d'un gris brun tirant sur le jaune et le ventre blanc; tandis que, chez nous, il est devenu communément d'un noir lustré en dessus et d'un gris noirâtre ardoisé en dessous (']. Enfin, très-récemment aussi, un zoologiste suisse, M. Fatio, a trouvé, aux environs de la fabrique de tabac de Paschiavo, dans les Grisons, une variété noire de la souris commune qui est inconnue ailleurs; ces petits rongeurs se nourrissent principalement de tabacsous ses différentestormes, et l'auteur que je viens de citer attribue ce mode de coloration à l'influence exercée sur l'organisme par cet aliment exceptionnel (^),
Des faits analogues, mais d*ordre inverse, nous sont fournis par nos animaux domestiques. Les mammifères à l'état sauvage ne présentent presque jamais des taches irrégulières et non symétriques (*). Tous les individus de même espèce qui habitent la même région sont, en général, colorés de la même manière, et cette règle s'applique au cheval, au bœuf, au chat» au chien, au lapin et au cabiai, ou cochon d'Inde, aussi biein
(') Note sur la variété mélanienne du surmulot; par M. âlph. Miliï^ Edwards [Ann, des Sciences nat., 1871).
(*) De r existence d'une race nègre chez le rat, ou de l'identité spéci^ fique du Mus rattus et du Mus Alexandrinus; par M. A. de V\^\q [Ann ^ des Sciences nat., i865, t. IX).
(^ ) M. Fatio a décrit cette variété sous le nom de souris du tabac^ o^ Mus PaschiaviniLs, dans le premier Volume de son Ouvrage intitulé F/^w/*^ des vertébrés de la Suisse ( 1869).
(*) Une exception remarquable à cette règle nous est fournie par un carnassier de l'Afrique australe, la Cynhyène peinte ou hyène chasseresse (voyez y Atlas du règne animal de Cuvier, Mammifères^ PI, '^'Jifig- ^)'
qu'aux autres animaux. Mais, sous Tlnflaencede ia domesUeation» les différences individuelles deviennent forl nombreuses, et très-souvent des taches dissimilaires, dont originairen^ent il n'y avait aucune trace, se montrent sur diverses parties de la robe, ainsi que cela se voit au plus haut degré chez les chevaux pies, chez les chats dits espagnols ou à trois couleurs et chez les cabials. Or, toute cette maculature anomale disparaît plus ou moins promptement chez les descendants de ces mêmes animaux lorsqu'ils ont repris leur vie sauvage ; alors ^^ pelage redevient uniforme. Un de mes anciens amis, feu H. Boulin, a fait, relativement à ce retour au type primitif, beaucoup d'observations intéressantes sur les chevaux, les bœufs et d'autres animaux domestiques transportés en Amérique par les premiers colons espagnols et redevenus libres ('); des exemples analogues ont été enregistrés par beaucoup d'autres voyageurs, mais je n'y insisterai pas ici, parce que les Ails de ce genre sont aujourd'hui trop généralement connus pour qu'il me paraisse utile d'en parler plus longuement.
D'autres influences locales, dont la nature ne nous est pas connue, semblent avoir agi sur le mode de coloration de divers animaux dont l'organisation est à peu près semblable et dont la robe seulement diffère beaucoup, suivant les parties de la surface du globe où ils ont établi leur demeure. Cela est surtout remarquable pour le mélanisme normal qui contribue à donner a la faune ornîthologique de certaines régions un caractère particulier.
On trouve des oiseaux à plumage noir sur presque tous les points du globe; mais, ainsi que l'a fait remarquer récem-> ment un des professeurs de Zoologie du Muséum, certaines familles aviennes dont l'extension géographique est trèsgrande ne montrent une tendance au mélanisme que dans la
( * ) RooLii^^ Histoire naiureile ei Sott^f»*^
région océanienne comprise entre le Chili à l'est, Madagascar à l'ouesty la Papouasie au nord et la Nouvelle-Zélande au sud. Ainsi les cygnes qui habitent dans l'hémisphère nord des deux mondes et qui s'y font remarquer par la blancheur de leur robe sont représentés en Australie par une espèce dont le plumage est d'un noir intense, et au Chili par une espèce dont le corps est blanc, mais dont la tête et le cou sont noirs^ il n'y a dans Thémisphère sud aucun cygne blanc. La grande familJe des perroquets, qui en Amérique, en Afrique, dans l'Inde et dans la plupart des tles de l'extrême Orient, se fait admirer par l'éclat de son plumage rouge, bleu, vert et jaune, a pour représentants principaux, dans la partie de Thémisphère sud dont je viens de parler, des espèces à robe sombre et rabattue par un mélange de noir en forte proportion, ou même d'un noir presque complet. A la Nouvelle-Zélande, par exemple, et dans les lies adjacentes, on trouve les Nestors, qui ont le plumage en majeure partie d'un brun sombre, et les Stigops, ou perroquets nocturnes, dont la robe mouchetée de blanc et. rayée de noir sur un fond verdàtre, mais sombre, ressembla beaucoup à celle d'une chouette. Aux îles Comores, au*^ Seychelles, à Madagascar et sur la partie voisine de la côte des Mozambique, il ya les perroquets Yasa, qui sont presque entiê^ rement noirs, et l'Australie est habitée par des Cyanorymphu^^^ dont le plumage est assombri par du noir mélangé de jaun ^ vert dans la proportion de 5 ou même de 6 dixièmes; enfi«^ les Calyporhynchus, dont le plumage est presque entièremer^^ noir, abondent en Australie; il y a aussi dans ces parties A ^ globe des perroquets à plumage de couleurs franches et brE I' lantes, mais c'est là seulement que Ton voit des perroqu»*^ noirs (*).
(') ÂLPU. MiLNE Edwards, Observations sur Inexistence de certd^^'^ ntpports entre le mode de coloration des oiseaux et leur distribution g'^
C'est presque exclusivement dans la zone torride que se trouvent les mammifères à pelage brillant, rouge ou jaune et orné de bandes ou de taches noires; mais cette circonstance paraît être en relation avec l'abondance de ta lumière plutôt c|u'avec Télévation de la température, car le quadrupède le plus remarquable par le rouge éclatant de sa fourrure est le Panda, ou Àiluru^, qui habite dans le nord de Tlnde les hautes montagnes du Tibet, jusque dans le voisinage des neiges éternelles. Les relations entre le mode de coloration de la fourrure et rintensité de la lumière, suivant que les rayons solaires frappent presque d'aplomb la terre ou n'y arrivent que trèsobliquement, se manifestent également lorsqu'on compare entre elles les diverses espèces dont se composent certains genres de mammifères qui occupent sur le globe une aire trèsvaste, par exemple le groupe des Félins et le groupe des écureuils. Pour rappeler la beauté, la richesse du pelage des ligres de l'Inde et des fies de la Sonde, des panthères de la niême région et de l'Afrique tropicale, des jaguars de TAmé- ^i^ue méridionale, il sufQt de citer les noms de ces carnassiers, ^^ les individus qui s'égarent en dehors des limites naturelles ^® leur domaine, comme c'est le cas pour quelques tigres, conservent leur coloration ordinaire; mais l'once, qui habite '^sîe centrale jusqu'en Sibérie, et qui ressemble beaucoup à '^ panthère par les dessins noirs dont il est orné, a le fond de '^ Tourrure d'un gris blanchâtre ou d'un ton jaunâtre clair, au "e\^ ii'iiQ fauve intense, comme chez cette dernière espèce» ^es écureuils sont de tous les mammifères ceux dont le P^l^ge varie le plus, suivant les contrées habitées par ces petit!» ^^ gracieux rongeurs. Or, dans les régions septentrionales, '^^r robe est en général d'un gris pâle ou d'un noir uniforme
^'"^^^jfèique ( Comptes rentlws des séances tie f Acaitémie îles Sciences ^ 1873. ^ ^X\Vn, p. i55i).
sur le dos et blanche sur le dessous du corps, tandiâ que, dai^ ^ les contrées tropicales, le pelage présente en général des toc^^ riches, et l'on trouve des espèces multicolores dont les flanc^s sont bariolés et dont le ventre est d'un jaune vif tirant s\ir le rouge.
Je ne m'étendrai pas davantage sur ces considérations générales, sur ce qu'on pourrait appeler l'histotre physiologique des fourrures; mais, avant de parler en particulier de quelquesunes des principales espèces de mammifères les phis recherchées pour leur peau, j'ajouterai quelques mots sur les préparations qu'on leur fait subir pour en assurer la conservation ou pour les approprier aux usages auxquels on les destine.
Ces préparations sont, en général, peu compliquées. Pour les peaux auxquelles oh conserve leur couleur naturelle, on exécute deux séries d'opérations: la première, appelée le travail des peauxy consiste surtout à les bien écharner, à les enduire de graisse du côté de la chair, à les fouler ensuite avec les pieds dans un tonneau placé debout et défoncé parle haut, puis à les étendre, à les écharner de nouveau et à les assouplir, en les appliquant du côlé de la «chair sur une tige de fer ou sur une corde tendue et en les tirant alternaliveroeot à droite et à gauche. La seconde série d'opérations a pour but le dégraissage et s'effectue avec du plâtre en poudre, du sable chaud ou de la sciure de bois, dans un tonneau garni inté-' rieurement de chevilles saillantes, monté sur un axe eimi^ . en rotation au moyen d'une manivelle. Les peaux, après avoî^ été frottées delà sorte, sont battues, puis écharnées une iroî*' sième fois si cela est nécessaire, enfin assouplies de nouvea «-t par frottement du côté interne sur un fer implanté dansl^ mur par un de ses bouts ou sur une corde tendue.
Souvent on donne aux pelleteries des couleurs artificielle^' soit pour les rendre plus uniformes et plus belles, soit po^J^ imiter des fourrures plus précieuses. Celte espèce de teintur «>
qui ne se fait pas par immersion et n'altère pas la couleur naturelle de la peau, est désignée dans Tindustrie sous le nom de lustrage et s'effectue en général^ à Taide d'une brosse, par Tapplication successive de diverses couches de matières tinctoriales sur le poil, ce qui permet de donner aux parties terminale et basilaire de celui-ci des tons différents.
C'est surtout à Paris et à Lyon que le lustrage des pelleteries est porté a un haut degré de perfection ; mais je n'entrerai dans aucun détail à ce sujet, car je ne suis pas juge compétent en pareilles matières et j'ai hâte de passer à l'histoire naturelle des principaux animaux dont nous tirons les fourrures si généralement employées aujourd'hui pour garnir nos vêtements d'hiver.