‹ Nouvelles causeries scientifiques: ou, Notes adresse?es a? l'occasion de l'ExpositionChapitre 11 sur 24 · L-ï QUI FOIRÏ^ISSENT LES FELIETEHIES. — GbOCPE DES MaHTBES · texte numérisé non relu

L-ï QUI FOIRÏ^ISSENT LES FELIETEHIES. — GbOCPE DES MaHTBES

DBS Visons et des espGces toisines.

is animaux qui nous fournissent les pelleteries les plus temées appartiennent tous soil â l'ordre des carnassiers, soit Tordre des rongeurs, et tous, à l'exception du Chinchilla Il habile l'Amérique du Sud, sont propres aux parties les ils boréales de notre hémispiière.

I^ous te rapport de la valeur de leur rourrure, il faut ranger [ première ligne un grand nombre des petits mammirères I sur pattes, quoique digitigrades, à corps très-allongé et nie souplesse extrême, que Cuvier a réunis sous !a désijûlon commune de carniootes vermiformet [Jig. i). O Wipe zoologique se compose principalement de deux familles Rirelles , dont pe ■ pour re- KeDlanis ordiiKs les Martres, f Putois et les ittes, et dont -■ esi coostipar les Lou-

Les premiers sont organisés pour vivre à lerre ei pour tper aux arbres à l'aide des ongles acérés dont leurs doigts !t garnis; les seconds sont des animaux nageurs, dont les t palmées et dont la queue, au lieu d'être ronde jme chez tous les précédents, est souvent déprimée de jbn à mieux remplir les fonctions de rame.

Tous les membres de la famille des Martres ou des Mustéliensy comme disent les zoologistes, sont des animaux remarquables par leurs appélits sanguinaires ainsi que par leur agilité; ils ne vivent que d'oiseaux ou de petits mammifères, et ils sont admirablement bien organisés pour la chasse. A raison de la forme grêle et allongée de leur corps flexible, ils passent facilement par des orifices très-étroits; leurs griffes aiguës leur permettent de s'accrocher aux moindres aspérités des écorces et des murs; leur vue est excellente, ainsi que leur odorat, et leur bouche est puissamment armée. La disposition de leur appareil dentaire constitue même un de leurs principaux caractères.

Chez tous les mammifères, il y a des relations intimes et constantes entre le régime alimentaire de Tanimal et la composition de son système dentaire, lequel est à son tour eo harmonie avec le mode de conformation des mâchoires. Par le seul examen de ces organes, on peut arriver à connaître quel est le genre d*aliments dont chacun de ces êtres se nourrit, et de leur régime on peut déduire les principaux caractères de leur système dentaire. L'étude de cette partie de l'organisme est donc très-propre à éclairer le zoologiste sur la nature de ces animaux, et tout dans leur structure est réglé d'une manière ^i logique, que l'utilité de chacune des particularités offertes par ces instruments physiologiques peut être expliquée par les lois de la Mécanique. La bouche des Martres et des autres Mustéliens nous offre un exemple rema^ quabie de ces rapports préétablis entre la structure des êtres animés et leurs besoins futurs; mais, pour mettre en évidence ces harmonies, il me faudra entrer dans quelques détails anatomiques.

Les mâchoires de ces petits quadrupèdes, ainsi que celles des autres mammifères, constituent une sorte de pince coupante [fig. 2), dont l'une des branches est solidement flxée

Fîg. a.

aux parties adjacentes de la tête, tandis que l'autre branche est susceptible de s*écarier ou de se rapprocher de son congénère par le jeu d*une charnière située de chaque côté à la base du crâne, au devantde l'oreille. Cette dernière branche est la mâchoire inférieure, dont Télévation est déterminée par des muscles fixés, d'une part, a sa portion postérieure, d'autre part, aux côtés de la tête, et ayant la faculté de se contracter de façon à rapprocher l'un de l'autre leurs deux points d'attache. Les plus importants de ces agents moteurs sont les muscles temporaux, qui vont prendre leur point fixe sur la région du crâne dont ils portent le nom, et les muscles masséters, qui se trouvent plus bas et s'insèrent à une espèce de traverse osseuse appelée V arcade zygomalique. Chez certains mammifères, dont les mâchoires n'ont pas de mouvements violents à faire, celte arcade peut être grêle ou incomplète; elle peut même faire entièrement défaut. Mais, chez les carnassiers, le lion par exemple CAg**3), elle a besoin d'être grande et très-forte; aussi chez les Mustelliens est-elle bien développée. Les muscles temporaux sont aussi très-grands, car, toutes choses égales d'ailleurs, un muscle est d'autant plus fort qu'il est plus gros. Mais des forces jle même grandeur produisent des effets très-différents suivant la disposition de l'appareil qu'elles sont destinées à mettre en mouvement. Lorsque la puissance motrice est appliquée à un levier ayant son point d'appui à l'une des ex-

Fiff. 3 (»).

(*) Tête osseuse du Lion. — «, crâne; b, arcade zygomàtique; r, fosse orbitaire ouverte en arrière dans la fosse temporale; d^ mâchoire 3iy;>érieure.

trémités» et que la résistance, c'est-à-dire l'obstacle à vaincre, est en rapport avec l'extrémité opposée de cette barre rigide, son effet utile est d'autant plus considérable que la distance entre son point d'application et le point d'appui est plus grande comparativement à la distance comprise entre ce même point d'appui et le point sur lequel agit la résistance. C'est cette loi que l'on exprime, dans le langage de la Mécanique, en disant que tout levier ne peut être en équilibre que lorsque les deux forces qui le sollicitent sont réciproquement proportionnelles aux longueurs de leurs bras de levier ('), ou, en d'autres mots, lorsque ces forces contraires multipliées par leurs bras de levier respectifs donnent toutes les deux le même produit. Or, quand la mâchoire fonctionne à la façon d'un levier, soit pour saisir un objet entre les dents, soit pour le diviser, la résistance est là où cet objet se trouve placé, et, par conséquent, plus la portion préhensile de la pince maxillaire est longue, moins sera grand l'effet utile produit par la contraction des muscles insérés à peu de distance du point d'appui constitué par l'articulation. Pour que l'appareil maxillaire soit disposé favorablement à la puissance de son jeu, il faut donc que la mâchoire soit courte. Mais dans des mâchoires courtes il n'y a pas place pour loger beaucoup de grosses dents, et par conséquent aussi, chez les carnassiers les mieux organisés pour saisir et déchirer ou hacher leur proie, le nombre des dents est nécessairement très-réduit. Le poêle qui, voulant donner une haute idée de la terreur inspirée par la vue du Lion, suppose que dans sa colère cet animal montre

De ses quarante dents la rangée effroyable,

(*) On appelle bras de levier la longueur comprise entre le point l'appui et le point d'application soit de la puissance, soit de la résistance.

a été fort mal inspiré, car un pareil nombre de ces instruments préhenseurs serait une cause de faiblesse, et, en réalité, le Lion a moins de dents que THomme, dont la bouche, comme chacun le sait, est peu redoutable. Le lion, au lieu d'avoir trente-deux dents comme nous, n'en a que trente. Chez les Mustelliens, les mâchoires et les dents sont disposées d'une manière presque aussi favorable au développement de la puissance que chez le Lion, et d'autres particularités de structure, dont l'importance est encore plus grande, sont communes à tous ces carni vores.

Effectivement, chez ces mammifères [fig, 4 )» les încîsivesoni peu d'importance ; mais les canines, ainsi que les dents molaires en ont beaucoup, et c'est principalement leur disposition qui est caractéristique du mode d'exis- ^

tence commun aux bétes de proie.

Les canines, qui doivent être propres à saisir et à déchirer un animal qui résiste, sont longues et remarquablement robustes; lorsque les mâchoires se rapprochent, elles se croisent l'une au-devant de l'autre, et elles sont très-solidement implantées dans leurs alvéoles. Les molaires ont non moins d'importance, car elles doivent être aptes à couper les aliments, et, pour que de la chair puisse être hachée dans la bouche du Carnivore, il fautque les molaires soient robustes, élevées en forme de lames tranchantes et disposées de façon à se rencontrer presque par leur bord préhensile. La première de ces conditions est réalisée plus particulièrement par l'une des mâchelières de chaque mâchoire, à droite comme à gauche, qui est tr^s-grande et qui est désignée sous le nom de dent carnassière [Jig. 5). La réalisation de la seconde condition est une conséquence

de la forme des condyles articulaires de la mâchoire inférieure

et de la cavité dans laquelle chacune de ces espèces de télés osseuses est logée; elles sont très-grandes transversalement et serrées d*avant en arrière dans cette cavité (appelée la fosse glénoïdale], de façon que la mâchoire ne peut se mouvoir que dans un même plan vertical. Ce mode d'articulation de la mâchoire est encore un des caractères du groupe des carnivores. Enfîn, l'observation nous apprend que le régime plus ou moins exclusivement carnassier de ces animaux est en rapport avec le nombre des dents tuberculeuses qui peuvent se trouver en arrière de la grosse molaire dite dent carnassière, et que moins il y a de fausses molaires entre celle-ci et la canine, mieux les mâchoires sont bien conformées poar les usages auxquels elles sont destinées chez ces animaux. C'est principalement par des différences dans le nombre et

la conformation des dents

Fig. 5 (*).

molaires que les naturalistes distinguent les carnivores vermiformes des autres carnassiers et qu'ils caractérisent les petites divisions secondaires, ou genres, établis parmi ces mammifères. Ainsi, ce groupe diffère de la famille zoologiquedesFélins(yîg'. 7)etdesHyènesparrexistenced'une dent tuberculeuse derrière la carnassière inférieure, et il se distinguedes Chiens en ce que ceux-ci ont en arrière de la carnassière supérieure deux dents tuberculeuses au lieu d'une seule, comme cela se voit chez les Loutres aussi bien que chez les Mustéliens et chez plusieurs carnivores plantigrades. EnQn, on réserve le nom de Martres pour les Mustéliens qui sont pourvus de trois fausses molaires [fig. 6] et qui ont les doigts

(*] Système dentaire d'un carnassier (du chien), a, b^ c, incisives; d^ canine; e^ y, g^ prémolaires; h^ carnassière; /, y\ tuberculeuses.

libres, et Ton a constitué le genre Putois avec les espèces

dumémegroupedontlesfaussesmolaires pjg. 6.

ne sont qu'au nombre de deux de chaque

côté à la mâchoire supérieure. Mais je

n'insisterai pas davantage sur ces détails,

parce que c'est principalement comme producteurs de pelle*

teries que ces animaux nous intéressent ici, el je n'aurais pas

parlé de ces particularités anatomiques si je n'avais pensé

que, pour s'occuper utilement de l'histoire naturelle de ces

divers animaux» il fallait rappeler Fis. 7.

comment on les distingue entre eux.

J'ajouterai seulement que les Mus-

téliens et les genres voisins sont

également remarquables par leur puanieur, circonstance qui

est due à la production d'un liquide fétide sécrété par des

glandes situées sous la queue.

Les diverses espèces de Musiélîens qui, à raison des parti* cularités de leur système dentaire, sont rangées, d'un côté, autour de la Martre commune d'Europe, pour constituer le genre Mustela des zoologistes, d'autre part, autour de notre Putois, pour former le genre Putorius (*), se ressemblent beaucoup entre elles par leur forme générale et par leur robe; souvent elles sont très-difficiles à distinguer les unes des autres, et cela dépend en partie de ce que les individus d'une même espèce peuvent varier beaucoup, quant à la nuance du pelage et à la qualité de la fourrure, suivant l'âge, les saisons et les contrées qu'ils habitent. Parfois même les particularités généralement admises comme caractéristiques d'espèces distinctes sont sans valeur zoologique, car les marchands qui font en grand le com-

(') Les premiers ont trente-huit dents, les seconds trente-quatre seulement, car ils ont à chaque mâchoire et de chaque côté une petite fausse molaire de moins.

merce de la pelleterie, et qui ont intérêt à ce que toutes les peaux d'un même lot soient presque identiques, ont l'habitude de les trier avant de les mettre en vente et de présenter comme étant autant d'espèces les groupes artificiels ainsi obtenus. L'uniformité apparente des échantillons que l'on rencontre dans le commerce ne saurait donc avoir aux yeux du naturaliste la signification qu*au premierabord on seraildisposé à y attribuer, et» lorsqu'on peut examiner préalablement à tout triage une série nombreuse d'individus de même provenance, on voit que parmi eux il s'en trouve qui s'écartent beaucoup du type dominant et qui établissent des passages graduels entre ce type et ceux réputés propres à d'autres espèces. Il règne donc beaucoup dMnceriitude et de divergence d'opinion au sujet de la valeur scientifique de plusieurs distinctions réputées spécifiques, et il me paratt évident que souvent on considère comme des espèces de simples races ou variétés locales dont les caractères n'impliquent aucune différence, soit primordiale, soit inexplicable par Tinfluence modificatrice des conditions biologiques dans lesquelles les divers descendants d'une même souche ont pu se trouver pendant une longue suite de générations. Les questions soulevées de la sorte ne sauraient être discutées ici; mais il m'a paru utile de les signaler, aGn de mettre les lecteurs du Bulletin en garde contre les idées trop absolues qu'ils pourraient se former en entendant parler des nombreuses distinctions spécifiques établies non-seulement par les pelletiers, mais aussi par les zoologistes, parmi les Mustéliens qui, en réalité, forment un groupe très-homogène.

Une des espèces de cette grande famille naturelle dont les caractères sont le plus marqués est rHERMiMK.

Ce carnassier appartient au genre des Putois, et, ainsi quej*ai eu occasion de le dire déjà, il ressemble beaucoup à la Belette, sans être aussi petit qu'elle; lorsqu'il a son pelage d'été,

il est aussi d'un marron clair en dessus, circonstance qui lui a fait donner dans nos campagnes le nom de Roselet. Il a le corps long d'environ 25 centimètres, non compris la queue» qui mesure à peu près lo cenlimètres. Le bout de cet appen* dice est, en toute saison, d'un beau noir; mais en hiver le reste du corps est d'un blanc en général très-pur. Or, chez la Belette, un changement de ce genre ne s'opère que fort rarement, et le dessus du corps ainsi que la queue restent d'un brun rougeâlre; jamais la queue ne devient noire.

Les changements semestriels dans la couleur de l'Hermine ont été attribués par quelques auteurs à ce que les poils bruns, développés tous à la mue du printemps, blanchiraient sous l'influence d'un froid intense. Cette opinion a été adoptée par un naturaliste anglais de beaucoup de mérite, M. Thomas Bell ; mais elle ne paratt pas être fondée, et les observations recueillies par Âudubon, par Blyih et par Cows en Amérique, ainsi que celles qui ont été faites sur un individu en captivité par un naturaliste de Stockholm, M. Gill, prouvent, ce me semble, que le phénomène dépend d'une mue accompa-

gnée de la production de poils nouveaux dont la couleur varie. Au commencement de la belle saison, une nouvelle robe se développe soiis les téguments anciens. Sur la face ventrale du corps et de la tête, les nouveaux poils sont blancs, comme les poils préexistants; mais en dessus on voit poindre entre ceux-ci de petits poils bruns, d'abord autour du nez et des yeux, puis sur l'échiné et les épaules, bleniôt après sur les flancs, sur les pattes et sur la partie basilaire de la queue. Ces jeunes poils croissent très-vite, et,, lorsqu'ils ont atteint partout une certaine longueur, les poils d'hiver tombent presque tous à la fois, de façon que le changement de décor se fait rapidement. Au début de l'hiver, vers le mois de novembre, la deuxième mue s'effectue, mais avec moins de régularité, et c'est par places que les poils blancs viennent se mêler

aux poils bruns, d'abord aux bas des flancs, puis de plus en plus haut, en formant des taches confluentes. C'est sur la partie médiane du dos et du dessus de la tête que la couleur brune persiste le plus longtemps, mais elle ne tarde pas à disparaître partout dès que la mue s'achève ou que les téguments de nouvelle formation» en s*ailongeant, ont caché les anciens. Chez les Hermines tenues en captivité, le pelage d'hiver reste d'un brun sale et terne, et dans la vieillesse il conserve souvent une teinte jaunâtre sur le ventre aussi bien que sur le dos, circonstance qui diminue beaucoup la valeur de la peau, car celle-ci est surtout recherchée pour sa blancheur éclataDte, qui contraste avec le pinceau noir du bout de la queue.

Dans les pays dont le climat est doux, par exemple dans quelques parties de l'Angleterre, ce petit animal ne blanchit pas toujours en hiver ; mais dans les localités oii le froid devient intense, quelle qu'en soit la latitude, le changement s'accom^^ plit très-rapidement.

L'Hermine est répandue sur presque toutes les parties septentrionales de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique. Elle s& trouve dans les parties boisées de la France, particulièrement, en Bretagne et dans les Vosges (•); elle est même commune sur les hautes montagnes de la Suisse, où elle monte jusqu'à la limite des neiges; mais elle ne passe que rarement le^ Alpes, et elle est à peine connue dans les Pyrénées. Emrm Allemagne, en Pologne et en Russie elle est très-commune ^ et dans la partie voisine de l'Asie elle descend même très — loin vers le Sud, car le célèbre naturaliste d'Helsingfors- > Nordmann, en a reçu un exemplaire pris en Anatolie, ai»^ environs de Brousse, sur le flanc du mont Olympe; mais I^s

(' ) Quelques auteurs désignent nos Hermines sous les noms de Belet^^^ {le neige Qi di^ Hermine lies ; mais elles ne diffèrent pas spécifiquement (5^ Hermines du Nord.

parties de l'ancien continent où elle est la plus abondante sodt la Scandinavie et la Sibérie» depuis la mer polaire jusqu'aux bords de la mer Caspienne. Elle est aussi très*cônnue, au Kamtchatka et dans la vaUée de l'Amour^ vers l'est; mais on n'en a trouvé aucun exemplaire dans les collections formées pour notre Muséum d'Histoire naturelle dans la Mongolie chinoise par M. Armand David. Enfin ces petits M^ustéliens habitent également en très-grand nombre l'Amérique boréale, et ils ne manquent pas, comme Pallas l'avait supposé, dans les lies qui relient entre eux les deux mondes, un peu au sud du détroit de Behring. Quelques zoologistes, notamment feu M. Gray, l'un des directeurs du Musée britannique à Londres, ont cru pouvoir établir que l'Hermine américaine n'est pas de la même espèce que l'Hermine de l'ancien monde ( ' ) ; mais les recherches récentes de M. Cows prouvent qu'il n'existe entre ces animaux aucune différence constante ('). La distribution géographique de ce Muslélien suffit pour prouver que l'élymologie du mot hermine ou ermine, donnée par les écrivains traitant de la science héraldique et répétée sans examen par les lexicographes même les plus modernes et les plus justement estimés, M. Littré par exemple, n'est pas fondée. Effectivement, on nous dit que hermine vient de Mus Jrmelinus, et que le petit animal en question a été désigné de la sorte parce qu'il habile les bois de l'Arménie et qu'au moyen âge sa fourrure nous était apportée de cette contrée. Or l'Hermine n'a jamais été commune dans ce pays et jadis, comme aujourd'hui, les belles pelleteries blanches qu'elle nous donne ne pouvaient nous venir que du Nord. Là

(*) Celte prétendue espèce américaine a été décrite sous les noms de Putorius noveboraienus par Dekay, de Putorius Richardsoni par Gray, et de Putorius cicognari par Ch. Bonaparte.

(') Fur-hearing animais : a monngraph of North American Muste- Udœ; 1877,

ce petit animal porte divers noms d*origine locale qui n*ont entre eux aucune parenté apparente : ainsi les Baskirs l'ap* pellent Jsaz et Kara-Kujerak^ qui signiBe queue noire; les Tunguses, Dskolohi; les Samoïèdes, Piji et P^àshu; les Suédois, Rosskat et Le-kai, abréviation de Lemmingkat, ou Chai des Lemmings, rongeurs voyageurs dont ce carnassier fait une chasse active. En anglais vulgaire, on l'appelle le Stoat, nom qui parait dériver du mot belge stout, hardi, et en danois, de même qu'en allemand» il se nomme Hermelin. Hais dans les langues du midi de l'Europe, de même qu'en anglo*nonnand et en français, il porte à peu près ce dernier nom, dont la racine est erm ou arm^ savoir : en espagnol, Àrmino; en portugais, Àrminho; en italien, Ermine ou ArmeUino; en français, Her^ mine. Or, toutes ces expressions paraissent être dérivées d'un très-vieux mot allemand, harmo, dont on fit au xii* siècle le diminutif harmelin. Par conséquent ces mots, de même que les pelleteries, seraient venus du Nord et non de l'Arménie* Cette question d*étymo1ogie a été examinée très-attentivement par un érudit de Berlin, E. von Martens (')•

Ce carnassier ne recherche pas, comme la Belette, le voisinage de nos habitations; il vit solitaire dans les bols ou les buissons, dans des endroits pierreux. C'est principalement pendant la nuit qu'il chasse; il est vigoureux, adroit et d'une extrême agilité ; il court en bondissant avec grâce, il grimpe bien aux arbres, il sait nagera la façon du chat; il est chasseur ar^ dent et il poursuit sa proie avec acharnemenU Peu d'animaux ont des appétits aussi sanguinaires. Sa nourriture ordinaire consiste en œufs, en oiseaux et en petits mammifères, tels que des souris, des rats et des mulots; mais souvent il s'attaque i des animaux beaucoup plus gros que lui et en fait un grand carnage. On Ta vu saisir à la gorge un Lièvre et l'emportera

(') Ueber Thiernamen [Zoologischcr Garten, t. 111).

la course. On assure qu'il ne craint pas de livrer combai à l'Ours, qu'il saisit celui-ci par l'oreille et ne lâche prise qu'après s'être longuement repu du sang provenant de la blessure ainsi faite. La femelle, plus petite que le mâle» mais ayant le même pelage, s'établit dans un tronc d'arbre, dans un terrier abandonné ou entre des pierres pour y passer l'hiver, et parfois elle creuse sous la neige de longues galeries. C'est dans quelque retraite de ce genre qu'elle met bas au commencement du printemps; le nombre de ses petits varie, mais est en général de quatre ou cinq par portée, et elle les défend avec beaucoup de courage. Il est aussi à noter qu'elle peut, de même que le mâle, lancer au loin un liquide d'une puanteur extrême, sécrété par des glandes particulières situées sous la base de la queue. La chasse de l'Hermine se fait en hiver, au lacet ou au moyen d'autres pièges analogues, que les Anglais appellent des traps, d'où dérive l'expression de trappeurs employée en Amérique pour désigner les chasseurs des animaux destinés au comnaerce de la pelleterie.

En Norvège, on prend ordinairement ce petit animal au Dïoyen d'un piège formé de deux pierres plates dont Tune est placée debout et raulre,^posée sur le bord supérieur de celleci, est maintenue en équilibre à l'aide d'un morceau de bois auquel est attachée une amorce du goût de THermine, qui, en '^ saisissant pour la dévorer, dérange cet étai et fait tomber 'fis pierres, sous lesquelles elle se trouve écrasée. Parfois aussi ^^ la tue à l'aide de flèches dont l'extrémité est mousse; ^^ts alors il faut la frapper à la tète pour ne pas endommager ^ peau du corps. Les paysans des environs de Christiania se P**ocurent souvent par le premier de ces moyens des Hermines Qu'ils vendent sur le marché de cette ville au prix d'environ ' ^anc ('), mais là comme dans le reste de l'Europe ce trafic ^^t sans importance.

( *) BowDBN, T/te naturalist in NoiwoYy p. 90; 1869.

Le prince Charles Bonaparte, qui a beaucoup étudié la faune américaine et qui était appréciateur très-habile des caractères extérieurs par lesquels les espèces ou les races d'animaux vertébrés se distinguent entre elles, a été le premier à reIna^ quer que la vallée du Missouri est habitée par un petit Mustélien du genre Putois, très-analogue à THermine, mais ayant la queue plus longue et le pinceau noir de l'extrémité de cet appendice plus court. Il a décrit cet animal sous le nom de Mustela longicaudata, et aujourd'hui les zoologistes des États- Uniss'accordentàle considérer comme constituant une espèce distincte, car il présente dans la conformation de la tête osseuse plusieurs particularités. Du reste, le Putorius longicaudatiu devient blanc en hiver comme l'Hermine, et son histoire ne présente rien qui soit de nature à Qxer ici notre attention.

Une troisième variété de Mustéliens, appelée par cet auteur le Putois bridé [Putorius frenatus)^ habite le Texas, la Californie méridionale, le Mexique, le Guatemala, et se trouve aussi au Brésil, où elle prend dans les Ouvrages systématiques récents le nom de Putorius brasiliensis.EWQ conserve en louie saison sa robe d'un brun orangé tirant plus ou moins sur le chocolat ou le jaune, et son poil est moins doux, moins abondant que chez l'Hermine. Mais ces caractères s'expliquent par l'influence du climat chaud sous lequel elle vit, et je ne puis voir dans cette prétendue espèce autre chose qu'une race locale du Putorius eremina. Des distinctions de cet ordre peuvent être multipliées presque à l'infini et chargent la nomenclature zoologique sans profit notable pour la Science* Du reste, ces Mustéliens de pays chauds n'ont aucune valeur pour la pelleterie.

Le Putois proprement dit fournit une fourrure chaude et très-durable, niais de médiocre qualité et exhalant une odeur fétide. Il habile toutes les parties tempérées et même un peu froides de l'Europe et de l'Asie, jusqu'au Kamtchatka; cependant il craint le froid et ne pénètre pas dans la région

relique. Son nom lui vient de sa puanteur. La peau de cet nimal prend très-bien la teinture noire et, préparée par le rocédé appelé lustrage, on remploie beaucoup en Russie, en irient et même en Chine.

Le Furet est une espèce ou variété de Putois, modifiée par ne longue domestication et inconnue aujourd'hui à l'état auvage primitif. Déjà, du temps de Pline, il était employé lour chasser les Lapins du fond de leurs terriers; d'après ilrabon, c'est d'Afrique qu'il fut apporté en Espagne, et Isidore leSéville, naturaliste du vu' siècle, en fit mention sous le nom le Furo, dérivé probablement du mot latin fur, voleur. C'est I cet animal qu'appartenait primitivement le nom de Fiverra, |U6 Linné transporta à un autre genre de carnassiers dont la ienette fait partie, et, malgré l'autorité de Buffon, j'incline à croire que c'est aussi du Furet dont Âristote a fait mention ious le nom d^Ictis. Transporté aux îles Canaries et là abanlonné à lui-même, il est redevenu sauvage; mais, dans nos 'limats froids, il ne résiste pas à la rigueur de l'hiver quand il 'sten liberté, circonstance qui est favorable à Thypothèse de K)n origine méridionale. Il a été récemment introduit en Amérique comme animal chasseur; mais sa dépouille n'a iucune importance dans le commerce des pelleteries.

La Zibeline, dont la fourrure est non moins estimée que ^lle de l'Hermine et dont la taille est beaucoup plus [rande (*), est une espèce du genre Martre qui est loin l'occuper une aire géographique aussi étendue. Elle apparient au nord de l'Asie, et elle abonde surtout dans la 'égion située à l'est de la Lena et comprenant le Kamtchatka ; ^ais, dans l'Asie centrale, elle descend beaucoup plus loin lu'on ne le supposait jadis, car les études faites récemment

(*) Le corps a environ 45 centimètres de long et la queue à peu près ^ i&oitié de cette longueur.

par un voyageur russe, H. Radde, prouvent que plusieurs variétés de Martres» décrites par ses devanciers sous des noms différents comme étant autant d'espèces particulières du genre Mustela, ne sont que des races locales de la Mustela Zibel- Unay dont le pelage peut présenter, dans ses teintes ainsi que dans ses autres caractères, des différences nombreuses, mais dont l'organisation reste à peu de chose près la même. L'animal dont la dépouille est souvent désignée sous le nom de Zibeline d'Amérique appartient à une autre espèce du même genre, la Mustela Euro.

Les plus belles peaux de Martre Zibeline viennent de la partie orientale de la Sibérie; elles sont noirâtres sur le dos et d'un brun roux châtain sur les flancs; leur teinte est assez uniforme; le poil en est remarquablement doux, brillant et abondant. Plus à Touest et au sud, le pelage de cet animal est parfois d'un brun clair jaunâtre ou même blanc, comme on peut le voir dans une série nombreuse de figures qu'en a données M. Brandt, directeur du Musée de Saint- Pétersbourg. Au printemps la mue a lieu, et pendant l'été le poil est court; il ne devient très-fourni qu'au mois d'octobre, et c'est en novembre que ses qualités sont les meilleures. C'est donc en plein hiver que la chasse des Zibelines est la plus profitable; mais elle est très-pénible et parfois même fort dangereuse, à cause des tourmentes de neige auxquelles les hommes qui s'y livrent sont exposés dans des contrées inhabitées, où ils ne trouvent ni abris ni ressources d'aucun genre. Les chasseurs se réunissent en troupes d^ quinze ou vingt, quelquefois de trente ou quarante individus; ils emportent, sur des tratneaux traînés par des chiens ^ les provisions nécessaires pour vivre pendant plusieurs mois» et, chaussés de patins, ils s'avancent sur la neige jusqu'à ce qu'ils aient trouvé les traces de leurs victimes. Ces animaux se cachent ordinairement dans des trous dont les chiens

les font sortir; d'autres fois, ils cherchent refuge sur des arbres qu'il faut abattre pour s'en emparer, car, afin de ne pas endommager les peauxy on évite de faire usage d'armes à feu ou même de flèches, et» pour les prendre, on n'emploie guère que des filets» des trébuchets placéssur le sol, ou des fosses creusées en terre» entourées de pieux et recouvertes de planches. Pour ne pas perdre les prisonniers faits de la sorte et dont les Renards cherchent toujours à s'emparer, il faut visiter souvent ces pièges» et» lorsque la chasse est terminée, il faut demeurer encore dans ces lieux inhospitaliers jusqu'à ce que le dégel soit venu rendre navigables les cours d'eau sur lesquels les pelleteries sont transportées aux comptoirs où la vente peut en être effectuée. Ce temps de repos forcé est employé par les chasseurs à la préparation de leurs peaux, et, malgré le haut prix de celles-ci, le travail accompli de la sorte au milieu de mille privations est peu rémunérateur, car les Zibelines deviennent de plus en plus rares. Lorsque, dans les premières années du xviii* siècle, les Russes prirent possession du Kamtchatka, les Zibelines abondaient dans ce pays boisé et entrecoupé de marécages. Les indigènes donnaient volontiers une belle fourrure pour un mauvais couteau, et même, à ''époque où le naturaliste Sieller visita cette partie de l'Asie, tine peau de premier choix ne valait pas plus d'un rouble argent, c'est-à-dire environ 4 francs, tandis qu'aujourd'hui on ^ paye, sur les lieux» plus de soixante fois ce prix.

L'époque du rut est en janvier, et en mars la femelle met b^s de trois à cinq petits. Les mœurs des Zibelines sont à P^u près les mêmes que celles des autres Mustéliens; ce sont ^^s animaux très sanguinaires, qui dorment une grande partie ^^ jour et qui, en hiver, ne se nourrissent que d'oiseaux et ^^ petits quadrupèdes; mais, en été, elles mangent beaucoup ^^ baies et d'autres fruits.

he moi sable, emf\oyé comme terme de blason pour désigner

en portugais, fuina en, italien et en espagnol » /ag ma en cata- \2iïïf fuocina en flamand e\ fitchet en anglais (') sont insignifiantes. Dans les pays du Nord, elle porte au contraire des noms qui n'ont aucune analogie avec le moi fouine^ par exemple Kuna en Russie et en Pologne, Nala en Finlande et en Laponie, Neyst chez les Magyars, d'où je conclus que ce n'est pas le commerce des pelleteries du Nord qui Ta fait connaître dans le midi de l'Europe, et que de tout temps elle habitait celle région. Seulement on resta longtemps sans la distinguer de la Martre commune ou Martre des forêts de sapins, circonstance qui s'explique facilement, car les anciens, n'employant pas de fourrures pour en orner leurs vêtements, ne faisaient que peu d'attention aux différences existant entre ce Mustélide et la Martre proprement dite. Sa présence dans le centre de l'Europe à l'époque préhistorique est d'ailleurs démontrée par les débris qu'elle a laissés dans les tourbières et dans les habitations lacustres de la Suisse.

La fourrure provenant de la Fouine est beaucoup moins belle que celle de la Martre. Le duvet jaunâtre et laineux qui se trouve à la base des poils longs, soyeux et noirâtres constituant le jarre n'est qu'imparfaitement caché sous ces derniers, et cette circonstance fait que son pelage ne présente pas le ton uniforme dont dépend en partie la beauté des peaux de Martre et se* détériore beaucoup plus vite. Néanmoins, les Fouines tuées à la (in de l'automne ou au commencement de l'hiver, lorsque la mue est achevée, sont fort estimées.

Quelques zoologistes pensent que la Fouine n'est pas une

(* ) Dans cette dernière langue, un des noms vulgaires de la Fouine est Pole-cat^ et quelques zoologistes pensent que ce mot signifie Po^'^A-co/, ou Chat polonais ; mais cela me parait peu probable, car l'animal désigné delà sorte n'a jamais pu être considéré en Angleterre comme venant de la Pologne.

espèce distincte de la Martre et n'est qu'une variété ou race particulière de celle-ci; mais dans diverses localités, telles que les forêts des Grisons et du cànlon de Lucerne, ces deux Mustéliens habitent les mêmes lieux sans se mêler entre eux. Il est aussi à noter que ce n'est pas seulement par leur pelage qu'ils diffèrent l'un de Tautre; les proportions des diverses parties de leur corps ne sont pas les mêmes.

La peau de la Fouine de France est aussi estimée des pelletiers que celle de la Fouine de Russie; cependant nous importons annuellement encore quatre mille de ces dernières.

Le Vison ou Mink d'Amérique, sans avoir le poil aussi brillanty aussi souple, aussi long et aussi fourni que la Zibeline, donne aussi une très-belle fourrure. Jusque dans ces derniers temps, les zoologistes rangeaient cet animal dans le groupe générique des Putois; mais, à raison de diverses particularités de structure et de mœurs, on le classe aujourd'hui dans un genre spécial auquel on a donné le nom de Lutreola. Celte distinction est motivée, car le Vison proprement dit, de même que le Hink de l'ancien coniinent, que les fourreurs appellent souvent le Fison de Russie, au lieu d'être un animal essentiellement terrestre et arboricole, habite sur les bords des marais, des rivières et de la mer; il est plus aquatique que terrestre, et ses doigts, au lieu d'être complètement libres, comme chez les Mustélides ordinaires, sont à moitié palmés. Sous ce rapport, il est intermédiaire entre les Putois ou les Martres et les Loutres, dont les pattes sont complètement palmées, et il est aussi à noter que ces animaux diffèrent entre eux par la grandeur relative de leurs oreilles (qui sont trèspetites chez les Visons) et par divers caractères osiéologîques dont je ne parle pas, parce qu'il serait difûcile d'en donner une idée exacte sans entrer danâ des détails dépourvus

d'inlérêt pour la plupart des lecteurs de ces Causeries.

Les Visons se nourrissent principalement de Batraciens, de Poissons, de Mollusques, de Crustacés et d*œufs de Tortue. Leur pelagejest généralement d*un brun marron très-foncé tirant sur le noir, surlout le long du dos; leur menton est blanc et souvent ils ont des taches blanchâtres irrégulières sur la poitrine et sur le ventre. Dans les pariies septentrionales du nouveau continent» leur poil est, comme d'ordinaire, beaucoup plus long, plus fin, plus doux et plus brillant que vers le midi; leur couleur varie du brun jaunàlre plus ou moins clair au noir roux d'une teinte très-riche et elle est à peu de chose près la même sur le dessus et le dessous du corps. Les jeunes individus âgés de deux ou trois ans que Ton tue en plein hiver sont souvent d'un noir presque pur (' ). Dans les circonstances ordinaires, ils n'exhalent pas une odeur très-intense et très-persistante; cependant, lorsqu'ils sont effrayés, ainsi qu'à l'époque du rut, ils répandent au dehors un liquide qui pour nous est d'une puanieur extrême, mais qui paraît leur être agréable, car les trappeurs s'en servent pour attirer ces animaux dans leurs pièges. Enfin ces carnassiers ont la vie très-dure, et leurs mouvements sont si vifs qu'on ne peut que difficilement les toucher avec des armes à feu, qui d'ailleurs ne sont jamais employées par les chasseurs indiens, afin de ne pas détériorer les peaux.

Les naturalistes sont partagés d'opinion au sujet du degré de parenté zoologique qui existe entre le Vison d'Amérique et le Mink d'Europe. Ce dernier est de plus petite taille; son poil est moins épais et moins doux; sa queue est plus courte, 6l l'on n'y compte que dix-neuf vertèbres au lieu de vingt et une;

(') C'est le Vison à cet âge qui a écé décrit comme une espèce particulière sous le nom de Putorius nigrescens par Audubon et Bachman. Voir £uU, U, S. Geolog. and Geogr, Sunfey nf tlie TerritorieSy 1876» vol. II, p. 3-27. •

enfin sa dent molaire postérieure d'en haut est moins grande : et il a presque toujours la lèvre supérieure blanche, parlicularite qui est rare chez le premier. Mais aucun de ces caractères n*est constant, et un auteur américain qui a fait de ces animaux une étude comparative très-approfondie, M. Allen, les considère comme ne constituant que des variétés locales d'une seule et même espèce. Du reste, dans l'état actuel de nos connaissances, la distinction entre une espèce zoolugique et une variété locale ou une race est souvent trèsarbitraire. Quoi qu'il en soit à cet égard, la Lutréole d'Europe est devenue très-rare en Allemagne; mais on la rencontre encore en nombre plus ou moins grand en Pologne, en Finlande et en Russie, depuis la mer Baltique jusqu'aux monts Ourals vers l'est et jusqu'en Bessarabie vers le sud.

La fourrure que les marchands de pelleteries appellent le Vison du Poitou n'est que la dépouille du Putois ordinaire.

Dans le système de classification des mammifères adopté par Cuvier, les Moufettes prennent place à côté des divers Mustéliens dont je viens de parler, et en efifet leur système dentaire est à peu de chose près le même que celui des Putois; mais parla forme générale du corps ces animaux ressemblent davantage aux Blaireaux; ils sont à demi plantigrades, et leurs ' pattes antérieures sont armées d'ongles propres à fouir. Ils ont acquis une sorte de célébrité par la puanteur excessive d'un liquide qu'ils rejettent au dehors, soit pour éloigner leurs ennemis dans des moments de danger, soit pour s'attirer entre eux à l'époque des amours, et pendant longtemps les chasseurs ne les dépouillaient presque jamais, crainte de s'imprégner de leur odeur persistante. Les premiers colons canadiens (par exemple Sagond-Thiadat, qui publia en i636 une histoire du Canada, et Clairvaux, dont le livre sur la Nouvelle-France mérite d'être cité), les appelaient les enfants du diable ou les

héteê puantes^ et leur nom scientifique» Mephitis, aurait probablement empêché les dames de se servir de leur peau pour en orner leurs vêtements; mais depuis quelques années on est parvenu à en obtenir des pelleteries à peu près inodores et, déguisées sous le nom de Sable d'Alaska^ ces fourrures sont devenus très à la mode aux Étals-Unis. En 1866, on imporu en Europe plus de soixante-quatorze mille peaux de ces animaux immondes.

Les Moufettes, appelées communément des Skunks par les Anglo-Américains» sont connues dans presque toutes les pa^ tiestempéréesdes Etats-Unis. On les trouve même au Mexique» et elles sont représentées» dans le sud de ce pays ainsi que dans l'Amérique méridionale» par des espèces plus ou moins ana^ logues» dont quelques zoologistes ont formé les genres Spilo" gale et Conepatus; mais ici nous n'avons à nous occuper qu^ de la Moufette ordinaire» appelée aussi parfois Chinche Mepliitis C/iinis, Mephitis americana, Mephilis hudsonica ^ * Skunk commun.

Jadis on croyait que le liquide fétide excrété par les Mois^^ feues était l'urine de ces animaux; mais on sait aujourd'hi-l^i que c'est une sécrétion particulière très-volatile et phosphcz»rescente, produite dans un appareil glandulaire situé de cbaqLZ^e côté de la partie terminale de l'intestin rectum» n'ayant ^m^sxcune relation avec les organes urinaires» et analogue à cel w des Puiois et de quelques autres Musiéliens» dont un de n ^3S jeunes naturalistes, M. J. Chalin» a publié récemment une d^3S' criptionanatomique très-complète (* ). L'animal émet ce liquL ^^ à volonté ; mais» lorsqu'il est tué très-vite sans avoir été traqi^s é, il ne l'évacué pas et alors sa dépouille n'a que peu d'odeur. ^^^ peut aussi enlever la puanteur de la peau en enterrant cell^^C'

(' ) Recfœrches pour servir à V histoire des glandes odorantes des Mk^^' mifères [Annales des Sciences naturelles, t. XIX, 1874).

pendant quelque lemps avec des substances absorbantes, ei, quels que soient les procédés employés» toujours est-il que maintenant les pelletiers américains nous en fournissent beaucoup qui sont presque inodores et qui sont souvent fort belles. Je ne pourrais, sans dépasser par trop les limites assignées à tùesCauserieSy m'étendre davantage sur Thistoire naturelle des Moufettes. Je me bornerai donc à ajouter que, d*après diverses observations recueillies par les médecins américains, la morsure de ces animaux paraît prodi|ire cbez THomme, ainsi que chez le Chien, une maladie généralement mortelle et fort semblable ou peut-être même identique à Thydrophobie (*)• Dans les parties plus ou moins chaudes du globe, on trouve plusieurs autres espèces de la famille des Mustéliens et des groupes zoologîques voisins; mais, les dépouilles de ces ani* maux n'étant pas employées dans le commerce des pellcieries, je n'en parlerai pas ici et je passerai de suite à l'examen des membres d'une autre famille naturelle, celle des Loutres»

(*] Beaucoup de cas de cette Rabies mephiticn ont été publii^s dans les journaux scientifiques et réunis par M. Elliott dans sa Monographie des MustélUies américains^ citée précé<iemment (p. U5i3 et suivantes).

§ XVIII

Animaux qui fournissent les pelleteries (suite) : la Loutre

COMMUNE ET LÀ LoUTRE MARINE.

La famille des Loutres nous fournit, comme celle des Mustéliens> de irès-belles fourrures. Elle a avec ce groupe naturel une parenté zoologique étroite; mais les animaux dont elle se compose ont des mœurs plus aquatiques; ils vivent de pêche plutôt que de chasse, et ils sont même excellents nageurs. Leurs pieds sont complètement palmés, c'est-à-dire a^ant les doigts réunis entre eux par un grand repli de la peau, à peu près comme chez le Canard, et très-propres à remplir les fonctions de rames. Leur appareil dentaire présente à peu près les mêmes caractères que chez les Mustéliens, mais leurs formes sont plus lourdes; leur corps est presque cylindrique; leur cou est gros et court; ils ont d'ordinaire le bout du museau nu, et leur queue, au lieu d'être ronde et fort touffue, est plus ou moins aplatie et atténuée vers le bout. Ils présentent aussi plusieurs autres particularités organiques de moindre importance et ils se partagent en deux groupes bien distincts : les Loutres de rivière et les Loutres de mer.

La première de ces divisions comprend les Loutres proprement dites et quelques autres genres dont je ne parlerai pas ici, parce qu'ils n'ont aucune importance dans le commerce de la pelleterie, par exemple les genres Leptonyx, Aonyx et Saricovia,

La Loutre commune, ou Luira vulgaris des naturalistes, se trouve dans presque toutes les parties de l'Europe et de l'Asie septentrionale. Elle n'est pas rare en France, en Espagne, en

Italie, en Grèce et en Perse» mais elle se montre en plus grand nombre dans le nord de l'ancien continent, depuis la Grande-Bretagne et la Scandinavie à l'ouest jusqu'aux contins de la Sibérie vers l'est ; enfin dans l'Amérique du Nord, elle esi représentée par une espèce ou variété locale qui n'en diffère que peu et qui est désignée sous le nom de Loutre du Canada,^ Les mœurs de ces animaux et la fourrure qu'ils nous four ^ nissent sont si généralement connues, que je ne crois pass devoir en parler longuement, mais il n'en est pas de même de la Loutre de mer, qui est conQqée sur les côtes et les îlots de la partie boréale de Tocéan Pacifique, dans le voisinage du détroit de Behring, et qui a une valeur commerciale beaucoup plus grande : une seule peau de cet animal se vend parfois i5oo francs.

Les zoologistes modernes ont donné à la Loutre de merle •nom générique d*Enhydris, qui chez les Grecs appartenait à la Loutre vulgaire, et je regrette les transferts de cette sorte, car ils causent souvent beaucoup de confusion dans l'esprit des personnes qui, sans être naturalistes, veulent lire les Ouvrages d'Histoire naturelle que l'antiquité nous a légués. Ni les anciens, ni les zoologistes du Moyen-Age ou de la Renaissance ne connaissent notre Ënhydre, dont la découverte date du voyage de Behring, navigateur danois au service de la Russie^ qui visita à deux reprises les parages habités par ces animaux « vers le milieu du siècle dernier. La première description d^ la Loutre marine fut donnée par l'infortuné Steller, qui accorm^ pagna Behring sur la côte nord-ouest de l'Amérique, où il ft** naufrage, et qui, après y avoir été retenu trois ans, mourut A *^ froid en Sibérie en 1745. Ses observations sur cet animal furen • publiées plus lard, en 1751, dans les Jetés de VJcadémie(f^ Sainl'Pétersbourgy et sont remarquables par leur exaclilud^- D'ailleurs, ce service n'est pas le seul que Sleller ait rendu à 1^ Science: c'est à lui qu'on doit la connaissance d'un grand Céia^^

^lUii n'existe plus aujourd'hui ei qui constitue l'unique représentant d'un genre très-curieux, appelé Rytina, Pendant longue nnps, les écrits de Stelier étaient presque les seules sources où l*on pouvait puiserdes renseignements sur lesLoutres marines; '^^iSy lorsqu'en 1867 la Russie eut cédé à la république des ^tats-Unis ses possessions dans le nord-ouest de l'Amérique, 1* Alaska fut exploré avec soin par M. H. Ëlliott, et cet auteur, ^ont les observations sont fort peu connues en France, contribua beaucoup à l'avancement de nos connaissances relatives ài l'Histoire naturelle ainsi qu'à l'histoire économique de ces Mammifères (').

D'autres Mammifères marins qui habitent les mêmes parages donnent lieu à des chasses (ou pêches) encore plus importantes : ce sont des Phoques, non pas les Phoques communs de nos côtes, qui ne s'y montrent qu'en petit nombre, mais des Phoques à oreilles, ou Otaries, dont une des espèces, le Phoca ursina de Linné, est appelée communément par les marins américains le Phoque à ioMTT\xvQ[the Fur-seal)^ et dont la seconde est le PtalyrhyncUus Stelleri, ou Lion de mer de quelques voyageurs. L'auteur dont je viens de citer le nom nous fournit beaucoup de renseignements nouveaux sur les mœurs de ces animaux, et, quoique sous le rapport zoologique ils soient très-différents des Loutres, dont je m'occupe ici, j'en dirai aussi quelques mots.

Lorsque les Russes abordèrent pour la première fois aux lies Aléoutes, qui, au sud de la mer de Behring, s'étendent en manière de chaîne de la pointe de la presqu'île d'Alaska jusqu'auprès de la côte du Kamtchatka, Ils furent frappés de la beauté des fourrures dont les habitants de ces terres désolées

( * ) Elles ont paru dans un document officiel intitulé J Report upon the condition oj affairs in tJie ter ri tory of Alaska y by H. Elliott, secretarr of the treasurjr department, Washington, 1875.

étaient vêtus; elles y étaient très-communes, et l'on pouvait s'en procurer, par échange, à très-bas prix. Ces peaux prove- naient des Loutres marines, qui alors se montraient en grande nombre dans toutes les parties de cet archipel, ainsi que su»-^ le littoral de la partie adjacente de l'Amérique boréale, et fré.^ quentaient également les côtes du Kamtchatka et les lies Koi^^ riles, situées au sud de cette partie extrême de l'Asie septe^n. trionale; mais, par suite de la chasse active dont ces animac/jr ne tardèrent pas à devenir l'objet, ils disparurent bientôt de h plupart de ces terres. On continue à en voir quelques-uns sur le littoral américain, jusque dans l'Orégon, et parfois des individus isolés sont transportés sur des glaçons jusque dans le nord du groupe des îles japonaises; mais maintenant ils ne sont abondants que sur quelques-unes des lies Aléoutiennes, les plus petites, notamment à Saanach et aux Chernobours.

Ces Loutres de mer sont des animaux de moyenne taille qui ont jusqu'à i"*,3o de long, mais la plupart sont tuées avant d'avoir achevé leur croissance, et les peaux qu'on livre au commerce sont en général beaucoup plus petites que ne le ferait supposer l'indication que je viens de donner. Leur queue est courte; leurs pattes antérieures sont plus développées el ressemblent presque à des nageoires de Phoques. L'analogie est même si grande que l'un dés zoologistes les plus habiles du commencement du siècle, Pallas, a cru que ces animaux appartenaient au genre Phoca (»). Leurs mouvements sont très-gracieux; à terre ils courent rapidement, parpelils bonds, mais c'est en mer qu'ils sont le plus agiles; ils nagent remarquablement bien, et souvent on les voit s'élever verticalement, la moitié du corps hors de l'eau. Ils se nourrissent principalement de crabes, de mollusques et d'oursins,

( * ) Pallas les a décrits sous le nom de Pfioca lutris dans son ouvrage posthume intitulé Zoographia rosso-asiaiica, 1. 1, p. loo.

ei leurs dents sont conformées pour broyer ces alimenis plulôl 4ue pour hacher la chair d'un Poisson. Ainsi leurs molaires, *u heu de s'élever en forme de crêtes tranchantes, sont trèslarges et en majeure panie tuberculeuses; il est aussi à >ioier que la mâchoire inférieure ne porte de chaque côté que deux incisives au lieu de quatre, comme chez les autres Mammifères du même ordre. Ces Loutres vivent par paires avec leurs jeunes. La mère n'a qu'un petit par ponée; elle met bas près de terie, dans les lits de varech qui bordent les rochers du littoral, et elle montre pour son jeune une grande tendresse, le transportant toujours avec elle, dans sa bouche, le caressant et jouant avec lui d'une façon folâtre. Elle dort Irès-bien en flottant à la surface de la mer comme un nageur qui fait la I planche, et dans cette position elle tient son enfiint sur sa poitrine. Celui-ci naît avec toutes ses dénis, mais sa mère l'allaite pendant un an au moins et lui apprend à nager. Steller nous a laissé de ses mœurs une description inléressanie, et ' l'on trouïe dans l'ouvrage récent de M. Elliolt d'autres détails non moins importants à connaître. La mue a lieu en juillet \ et en août, mais partiellement et peu à peu; c'est en avril, mai et juin que les peaux sont les meilleures. En naissant, ces animaux ont le pelage brunâtre et griselé; leur poil est alors grossier et médiocrement fourni; mais peu à peu leur robe noircit, s'adoucit et devient bientôt d'un brun noir intense. C'est vers l'âge de deux ans qu'elle atteint son plus haut degré de perfection, bien que la croissance dure pendant quatre ans; chez l'adulte celle fourrure dépasse en beauié le velours de soie le plus riche, et elle présente les mêmes caractères chez les individus des deux sexes; mais dans ta vieillesse elle devient d'un gris fauve.

La peau n'adhère que peu à la chair sous-jacente, de façon qu'on l'arrache facilement en la retournant, après avoir fait à irlie postérieure du corps une petite incision, à peu près

■^pmie postériei

comme nos cuisiniers dépouillent un lapin. L'espèce de sac ainsi obtenu et ayant le poil en dedans est ensuite étiré> puis séché, et à raison de ce mode de préparation on a supposé que la Loutre marine était beaucoup. plus grande qu'elle ne l'est en réalité.

Cet animal est naturellement doux et même peu redoutable lorsqu'on l'attaque ; cependant la chasse en est fort pénible et souvent dangereuse, à cause des circonstances dans lesquelles on est obligé de la faire aujourd'hui. En effet, les Loutres de mer ont l'odorat et l'ouïe d'une finesse extrême ; elles ont appris par expérience à fuir te voisinage de l'homme, et, pour ne pas les éloigner des retraites, en petit nombre, qu'elles ont choisies, les habitants des îles Aléoutiennes sont obligés de prendre de grandes précautions. Ainsi, malgré le froid et les vents glacials qui régnent dans ces parages, les chasseurs y passent souvent des semaines ou des mois entiers sur les rochers sans oser y allumer de feu, même pour la cuisson de leurs aliments, et en y faisant le moins de bruit possible.

Saanach, qui est maintenant le principal rendez- vous des Loutres marines, est un îlot étroit et de forme allongée, qui a environ i8 kilomètres de tour et qui présente de loin en loin quelques plages sablonneuses^ mais qui est bordé presque partout d'énormes blocs de roche empilés les uns sur les autres et usés par les eaux; à Tintérieur la mousse et l'herbe abondent, mais il n'y a pas d'arbres, et les seuls habitants de ce lieu désolé sont des canards, des oies et quelques autres animaux qui y arrivent en grand nombre au printemps et en automne. Au sud^ une longue série d'écueils qui découvrent à mer basse et de rochers presque à fleur d'eau s'étend fort loin ; les Enhydres aiment à ^ller s'y reposer avec leurs petits, et c'est au milie«^ de ces récifs ainsi que sur le littoral que les Indigènes d^^ rOunalashka, la principale île de la chaîne aléoutienne, et d^ divers autres points vont en faire la chasse. Mais l'empreinte

d'un pied d'homme laissée sur le sable, la moindre construclîony de même que le bruit et la fumée, suffisent parfois pour alarmer les Enbydres et les faire changer de demeure.

La chasse de ces Loutres se fait de diverses manières. Tantôt on les tue à coups de fusil au milieu des brisants; c'est maintenant le procédé le plus ordinaire, mais le moins bon, car la peau perforée par la balle perd beaucoup de sa valeur. Des jeunes gens, au nombre de douze ou quinze, se réunissent pour guetter leurs victimes, parcourent le littoral, et, dès que Tun d'eux aperçoit la tête d'un de ces animaux se montrant au-dessus de la surface de la mer, il tire dessus, même à une distance de plusieurs centaines de mètres; le bruit des vagues empêche l'explosion d'attirer l'attention des autres Ënhydres, et, lorsque le coup a bien porté, le chasseur va en mer, dans un petit esquif appelé bildorke, ramasser sa victime, ou bien, si la mer est trop mauvaise pour qu'il ose s'y aventurer, il attend que les vagues aient jeté le cadavre à terre. Si le temps est beau, quinze ou vingt barques, montées chacune par deux hommes et placées sous la direction d'un chef élu parses compagnons, vont au large,enligne,le plus silencieusement possible, et, dès que l'un des chasseurs aperçoit une Loutre endormie sur la surface de l'eau, il fait un signe convenu et s'élance vers sa proie pour la frapper de la lance dont il est armé. Presque toujours l'animal prend l'alarme avant d'être atteint et plonge; mais on sait qu'il ne peut rester longtemps sous Teau. Poursuivant sa route, le chasseur va donc placer sa barque au point où la Loutre a plongé, puis les autres bildorkes se mettent en cercle autour de lui, et l'on attend en silence que l'animal vienne respirer à la surface de l'eau. Au bout d'un quart d'heure ou un peu plus, celui-ci se montre de nouveau, et le chasseur qui l'aperçoit le premier renouvelle la tactique que je viens d'indiquer. Souvent Tanimal se fait traquer de la sorte pendant deux ou trois heures jusqu'à ce

quCy épuisé de fatigue, il ne puisse plus plonger, et il devient alors d'une capture facile. Les Aléoutes montrent dans cet exercice une grande hardiesse, car la mer devient souvent mauvaise tout à coup et la tempête, les poussant au large presque sans provisions et sans eau potable, les expose à une mort misérable.

Une troisième manière de chasser les Enhydres consiste à aller assommer ces animaux à coups de massue lorsqu'à la suite d'un violent orage venant du Nord ils. ont cherché refuge au milieu des brisants les plus méridionaux, où on les trouve souvent la tète enfoncée dans les varechs pour se soustraire au vent. On cite des exemples du massacre de plus de soixantedix individus effectué de la sorte en une heure et demie.

Enfin, d'autres fois, pour prendre ces animaux vigilants, les Aléoutes font usage de filets grossiers, longs de 5 à 6 mètres, que l'on tend sur les lits de varech où les Loutres marines viennent dormir; celles-ci s'y embarrassent et y restent comme paralysées par la frayeur, sans faire d'efforts pour se dégager. Cette méthode est employée presque exclusivement par les habitants de TAlaska et des autres parties orientales de la région fréquentée par ces animaux, tandis que les indigènes de la partie occidentale de la chaîne des îles Aléoutiennes ne s'en servent pas, circonstance qui me paraît être une conséquence des procédés employés jadis pour fabriquer les engins dont je viens de parler. Effectivement, ces filets étaient faits principal lement de tendons de divers quadrupèdes dont les Iles sont dépourvues et que le continent américain offre au contraire en grande abondance.

Lors de la découverte des îles Aléoutiennes et des terres adjacentes par Behring, les Loutres marines étaient d'une capture plus facile, et les navigateurs qui visitaient ces parages en obtenaient à peu de frais, par voie d'échange, les dépouilles en nombre très-considérable; mais, ainsi que je l'ai déjà dit,

la chasse acharnée que l'on en fit bientôt ne tarda pas à les rendre fort rares. En 1741-174^, les compagnons de Steller, pendant un séjour de moins d'une année dans Fîle de Behring, qui jusqu'alors était inhabitée^ en tuèrent 700, et près de cinquante ans après, lorsque Pryhilov eut découvert, plus loin vers le nord, dans la mer de Behring, le groupe des îles qui portent aujourd'hui son nom, deux matelots détruisirent, pendant la première année de l'occupation de l'Ile Saint-Paul, 5ooo de ces beaux animaux; mais l'année suivante ils ne purent s'en procurer 1000; au bout de six ans on n'en trouva plus un seul et depuis lors on n'en a pas revu dans celte localité. Lorsque des chasseurs, conduits par Schellikow, abordèrent pour la première fois à l'Ilot de Cook, situé dans les mêmes parages, ils s'y procurèrent 3ooo peaux de Loutres marines; l'année suivante ils en obtinrent 2000, et à la troisième année les produits de cette chasse furent réduits à 800 peaux; en 1812, le nombre en était tombé à moins de 100, ei descendit bientôt après à une dizaine seulement. Enfin, lorsque les Russes visitèrent en 1794 le golfe de Yahkutat, ils y recueillirent 2000 peaux, tandis qu'en 1799 ils ne purent s'en procurer 3oo. Du reste, les effets de la chasse à outrance ne se firent pas sentir seulement sur ces points isolés. En 1804, un des agents de la Compagnie russe établie dans ces parages pour le commerce des pelleteries emporta de l'Alaska i5ooo peaux de Loutres de mer, tandis qu'en 186G, lors de la cession de ce pays à la République américaine, le nombre de ces peaux ne dépassa pas 5oo. Le district de Sika n'en fournissait que 100 ou i5o, et le commerce anglais n'en lirait de l'Orégon qu'environ 200; par conséqueni, le nombre total pour une année était tombé au-dessous de 1000. Depuis la prise de possession de toute la partie nord-ouest de l'Amérique par les Américains, le rendement de cette chasse a beaucoup augmenté; on évalue à 4oou le nombre des peaux obtenues en 1873. Mais cet accroissement M.-E. 20

n'implique pas une augmentation du nombre des Loutres qui habitent le territoire alaskien» seulement des facililés plus grandes sont données pour la destruction de ces animaux. Sous le gouvernement des Russes^ la vente des armes à feu était prohibée; aujourd'hui les indigènes s'en procurent librement et par conséquent ils tuent beaucoup plus, et, au train où vont les choses, on peut prévoir que bientôt l'extermination des Ënhydres sera complète, à moins que des mesures législatives ne soient adoptées pour modérer le carnage. Un projet de loi à cet effet vient d*ètre proposé par M. Elliott, et il faut espérer qu'il produira de bons effets, car il est triste pour les naturalistes de voir disparaître ainsi de la surface du globe des types dont l'importance zoologique est considérable.

C'est par les Chinois et les Japonais que les magnifiques fourrures de Loutre marine sont le plus recherchées, et le commerce n'en apporte que très-peu en Europe.

Pendant les vingt années comprises entre 1842 et 1862, la Compagnie russe obtint en tout 7427 de ces peaux, savoir: 4954 de la station de Saint-Michel, sur le continent de l'Amérique boréale, près du détroit de Behring; ii65 de celle de Kaskoquim, située sur la même côte, un peu plus au sud; 329 d'Ounalashka, la principale île du groupe aléoutien; et 979 de Shomaguins, île située plus à l'est, près de l'extrémité de TAlaska.

C'est donc sur la côte américaine, très-loin vers le nordique ces animaux sont le moins rares; mais je dois ajouter qu'on manque de renseignements précis relativement aux produits de la chasse dans le district de Sika, situé au sud des possessions américaines dans cette région boréale.

Quelques-uns des faits dont je viens de rendre brièvemeiu compte témoignent hautement contre les assertions,; 4e9 philosophes, qui refusent aux animaux l'aptitude & se jpWj||p^ tionner en profitant de l'expérience acquise par.l^oi

Lorsque Steller visita les Iles fréquentées par les Loutres de mer, ces animaux se laissaient approcher par Thomnoe, car ils n'avaient pas encore appris à connaître ce redoutable adversaire; ils descendaient à terre sans méfiance et s*y reposaient en troupeaux. Mais bientôt ils devinrent craintifs; ils ne sortirent de l'eau qu'avec la plus grande prudence, en regardant (le tous côtés» en furetant dans toutes les directions et ne se reposant qu'entourés de sentinelles aux aguets. Ils s'éloignèrent tranquillement de plus en plus de l'endroit où Steller et ses compagnons s'étaient établis, et aujourd'hui la méfiance est devenue un instinct héréditaire commun à toute la race» aux jeunes individus aussi bien qu'aux vieux. Il suffit du moindre bruit inaccoutumé, de la vue d'un objet inconnu, de l'odeur d'un peu de fumée pour les mettre en fuite. Du reste, les Loutres de mer ne sont pas les seuls animaux que le danger a rendus prudents, plus prudents même que nous ne le sommes en maintes circonstances, et c'est en grande partie à la faculté développée de la sorte et devenue un instinct héré- (Ittaire qu'est due la conservation de beaucoup d'espèces zoo- '^giques trop faibles pour résister au voisinage de l'homme, 4ui est en réalité l'être le plus destructeur de la création, car c'est celui dont les besoins sont les plus variés, et il est loujours disposé à tout sacrifier pour les satisfaire; il tue souvent aussi pour le seul plaisir de tuer, chose que les bêtes *^e font que rarement.

Dans les premiers temps qui suivirent l'arrivée des Russes *ians la partie nord-ouest de l'Amérique dont se compose aujourd'hui le territoire d'Alaska, événement qui eut lieu entre Ï760 et 1765, les Loutres de mer étaient si abondantes sur le 'Ktoral, ainsi que sur les îles adjacentes, et la peau de ces animaux se vendait à des prix si élevés, que les chasseurs ^^'accordaient que peu d'attention aux autres espaces dont les dépouilles pouvaient être utilisées comme pelleteries. Mais,

lorsque celle source de richesse commença à larîr, on comprit que la caplure de quelques aulres Mammifères marins de la même région donnerait aussi des profils considérables, el, les Olaries ou Phoques à oreilles fournissant une fourrure Irèsestimée, on commença à faire de ces animaux un carnage encore plus grand que celui dont la conséquence prochaine sera probablement la disparition complète des Enhydres.

Les Phoques appartiennent à un type zoologique très-différent de celui qui est réalisé par ces derniers Mammifères et par les Musléliens, dont j'ai parlé précédemment, et, si j'étais, astreinte suivre Tordre méthodique employé" par les naturalistes, il me faudrait les laisser de côté pour m'occuper des Renards, des Ours et de beaucoup d'auires carnivores; mais rien ne m*y oblige ici, et dans ces causeries il me paraît préférable de suivre une autre marche, afin de ne pas trop séparer deux choses qui ont entre elles beaucoup d'analogie et qui ont rapporta l'histoire économique d'une même contrée : la pêche ou chasse des Loutres de mer et la pêche ou chasse des Mammifères marins dont se compose la famille des Phoques. Dans le prochain article, je m'occuperai donc de cette dernière branche d'industrie, qui aujourd'hui a beaucoup plusd'importance que celle dont je viens de traiter.

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