XII
Rbchebghes géographiques des Portugais dans l'intérieur de l'Afrique. — État actuel de leurs possessions d'outre-mer.
Appréciant l'importance des services rendus à la Géographie par les ntiarins portugais de l'époque de la Renaissance, j'ai voulu me rendre compte de ce que les voyageurs de la même nation ont fait pour l'avancement de nos connaissances relatives à l'intérieur de l'Afrique, partie du globe dont les anciens ne savaient presque rien.
Un géographe de nos jours, qui jouit d'une grande autorité non-seulement en Allemagne, mais aussi en France, et que je ne nommerai pas à raison de sa triste* fin, en parle dans les termes suivants :
(( La part des Portugais et des missionnaires catholiques dans l'exploration de l'Afrique est presque nulle, composée de renseignements incomplets et peu sûrs ; bien plus, il faut dii^e qu'elle est une honte pour un pays civilisé et une œuvre chrétienne. Un seul voyageur allemand, Henri Barth, a plus ^ait pour la carte et la connaissance de l'Afrique que tous 'es Portugais, y compris le gouvernement portugais, et que ^us les missionnaires catholiques durant des siècles. »
Ce jugement est-il équitable, ou faut-il y voir seulement l'expression des sentiments d'orgueil haineux dont la manifestation est aujourd'hui fréquente chez les Prussiens, lorsqu'ils parlent des nations latines?
Je porte en haute estime les travaux de M. Barth, qui, après ^voir visité diverses parties des États barbaresques et avoir <>btenu du gouvernement britannique une généreuse subven-
— i80 — lion, partit de Tripoli en i85o, se rendit d'abord à Koukaoua, capitale du Bornou, située sur les bords du lac Tsad, par i3 degrés de latitude nord, puis, après être descendu un pei» plus vers le sud, se diriga à Touesl, explora une partie de: cours du Niger et gagna Tombouctou, ville voisine du Sahara^ et enfin retourna à Tripoli parle pays des Touaregs. Mais, poi^ louer un homme, il n'est pas nécessaire de déprécier ses pr^ décesseurs, et, ainsi que j'ai pu facilement m'en assurer, 1^ assertions de l'auteur allemand que je viens de citer au su^ ^ des voyageurs portugais sont d'une injustice flagrante; pou m'en convaincre, il m'a suffi de lire un Mémoire publié r*^comment sur ce sujet par un érudit lyonnais, le père Bruckoij et un Opuscule que M. Lucien Cordeiro, secrétaire de la Société de Géographie de Lisbonne, vient de faire paraître sur l'hydrographie africaine au xvi* siècle.
Le véritable initiateur des explorations géographiques dans l'intérieur de l'Afrique fut le roi de Portugal Jean IL De i4^i à i49^9 à mesure que les marins de sa nation effectuaient leurs découvertes le long des côtes, il s'appliqua sans relâche à acquérir des connaissances nouvelles relatives à l'intérieur de ce vaste continent^ il espérait trouverainsi une route pour communiquer avec l'Inde, et il profita largement du zèle iufetigable des missionnaires pour étudier les contrées lointaines et barbares où ces apôtres cherchaient à établir l'influence civilisatrice de la religion chrétienne. Ainsi que je viens de le rappeler, on les traite bien durement en Allemagne; mais voici en quels termes l'auteur d'une excellente histoire de la Géographie, M. Vivien de Saint-Martin^ dont l'impariialilé est non moins grande que la science, parle de ces modeste^ explorateurs :
a On ne proclainera jamais assez haut combien la Géogra-" phie et les Sciences historiques doivent aux travaux si cou*"" plétement désintéressés de ces hommes de dévouement ^^
d'abnégation. Fixés à demeure au milieu des populations qu'ils voudraient convenir, parfois contraints d'en adopter le costume et les usages extérieurs, obligés de se rendre maîtres de leurs idiomes pour prêcher la parole, ils ont des facilités mille fois plus grandes que n'en saurait avoir le commun des voyageurs, pour étudiera loisir et bien connaître les pays et les peuples où les conduit le zèle évangélique. Aussi est-ce aux missionnaires que nous devons aujourd'hui encore ce que nous savons de plus certain sur bien des contrées de tous les quartiers du monde; et là même où la marche de nos connaissances a dépassé les notions qu'ils avaient transmises à l'Europe, c'est au moyen d'études dont on leur est redevable que l'on a dû souvent de pouvoir aller plus loin qu'eux. S'il est un pays où cesremarquessontpleinement applicables, c'est l'Abyssinie. » Effectivement, ce pays, converti au christianisme du temps de Conslantin et menacé gravement par les conquérants arabes vers le commencement du xvi« siècle, eut alors des relations suivies avec les Portugais. Le souverain de l'Abyssinie, appelé ^ni6t le Grand Negus, tantôt le Prêtre Jean, invoqua la protection du roi de Portugal, dont la puissance était considérable sur tout le littoral africain, et ce dernier monarque, espérant le détacher de l'Église cophie d'Alexandrie pour le soumettre à l'autorité du pape, lui envoya un ambassadeur auquel il attacha son aumônier, François Alvarès. Peu à peu, '>eaucoup de missionnaires portugais se répandirent dans cette contrée; plusieurs d'entre eux n'étaient pas étrangers aux ^^thématiques, et ils recueillirent, soit par eux-mêmes, soit P^i* l'intermédiaire des indigènes, des notions nombreuses et ^^riées sur la Géographie de cette partie de l'Afrique, ainsi que ^^ï* son Histoire. Le premier ouvrage qui ait contenu sur l'Abyssinie des détails exacts est dû à Alvarès, et, pendant que 'es Portugais étudiaient cette région, d'autres voyageurs de la "^ême nation exploraient l'intérieur de l'Afrique se dirigeant
vers le sud et vers l'ouest. Ainsi la ville de Tombouctou, oî Barth s'est rendu en i853, fut visitée en 1487 par Pero d'Evo et Gonçalo Eaunes; Men Rodriguès et Pero d'Astinga les y sui virent peu de temps après; vers la même époque, Jean d'Aveirc^::^
remonta le fleuve Formose et découvrit Bénin, ville de Tin -
térieur, dont le nom est resté attaché à la partie adjacente de K. ^ côte sud de l'Afrique tropicale; vers i534, l'historien Barrons, gouverneur général des établissements portugais en Guinée, envoya Pero Fernandez et plusieurs autres voyageurs dansTLntérieur delà Sénégambie, et, en iSgi, Lopez visita le haut Niger. En i56o, le missionnaire Gonçalo de Silveira remonia le fleuve Inhambane,qui débouche dans la partie sud du cansi du Mozambique; il visita Timérieur du pays situé plus au nord et il revint à la côte par le fleuve Zambèze. Quinze ans plus tard, Paul Dias de Novaes, petit-fils de Barthélémy Dias^ à qui Ton doit ia découverte du cap de Bonnef-Espérance, fonda la colonie d'Angola, et, de ce point, non-seulement les explo- l^jy rations, mais aussi la domination des Portugais, s'étendirent bientôt très-loin dans l'intérieur de la partie tropicale de l'Afrique. Vers le commencement du siècle suivant, le P. Paez visita et décrivit les sources de l'Abai ou fleuve Bleu, que Bruce appela plus tard les sources du NiL En 1624, le jésuite Lobo fit d'intéressants voyages dans l'intérieur du Mozambique, dans le pays des Galas et en Abyssinie; puis, le P. Baltha* zar Tellez> mettant à profit les observations recueillies par plusieurs de ses compatriotes, écrivit une Histoire générale de l'Ethiopie. En 1708, Laurda chercha à traverser l'Afrique de Test à l'ouest, mais, parvenu dans le pays des Cazembas, A trouva la mort; et l'année suivante, François de Costa, en partant de la colonie d'Angola sur la côte occidentale, arriva \i;v^ dans la même contrée. Successivement, ces divers explorateurs attaquèrent donc le centre de l'Afrique de tous côtés, et, par ^^
leurs relations avec les indigènes, ils recueillirent beaucoup
de renseignements sur les pays où ils ne pouvaient pénétrer, en sorte que peu à peu ils acquirent à ce sujet des notions géographiques d'une grande importance. Le célèbre voyageur anglais, M. Cameron, dans la relation de son voyage à travers rAfrique, publiée l'année dernière, exprime de l'admiration pour la justesse de leurs idées concernant l'intérieur de ce grand continent et il n'hésite pas à dire que les cartes dressées d'après les indications des voyageurs portugais, il y a deux cents ans, donnaient de ces contrées une représentation bien plus fidèle que ne le faisaient celles d'une date plus récente, mais antérieures aux recherches de Cooley, aux explorations de Burton et aux grands voyages de Livingstone (*),
Effectivement, jusque dans ces derniers temps, les géographes du siècle actuel flguraient comme étant un désert toate la région équatoriale où se trouve, ainsi que nous le savons maintenant, un vaste système de grands lacs qui constituent les sources du Nil, et il est aujourd'hui bien démontré que ces réservoirs, comparables à des mers intérieures, n'étaient pas inconnus des anciens missionnaires portugais. Du temps de Barros, c'est-à-dire vers le milieu duxvi» siècle, on avait déjà des indications à ce sujet; seuleïûent, les indigènes désignant sous le nom commun de ^yassas ou Nyanzas tous les grands lacs dont les Portugais entendaient parler quand ils s'avançaient de la côte est vers l'intérieur, comme lorsque, partant de la côte ouest, ils se ^figeaient vers l'est, on les confondit entre eux et l'on crut «l'existence d'une imraeîise mer centrale unique que l'on
(') Voici en quels termes M. Cameron s'exprime à cet égard : « The ^positions of the first Portuguese travellers and missionaries are won- ^rfully near the truth and maps of two hundred years ago gave a far ■"K^re accurâte idea of the interior of the continent than those of the cen- '^, before the eyes of the world were opened by the discussion of old ^vels, the théories of M. Cooley and the discoveries of Burton and l^vingston {Across Africa, t. II, p. Soi), jd
désigna sous le nom de lac Zambre ou Zaïre, et que Ton CODSÎ-* dérait comme étant la source commune du Nil, du Zaïre et du Guama ou Zambèze. Mais, en iSSg, les observations d'un autre voyageur portugais, Duarle Lopez, observations recueillies e~ publiées par un auteur italien, nommé Plgafetta, rectiQèrea. en partie cette erreur et auraient fait faire à la Géographi de l'intérieur de l'Afrique un pas considérable si les dessin^ teursde cartesy avaient eu suffisamment égard. En effet, Lopes qui avait résidé longtemps dans le royaume de Congo et q^ connaissait très-bien ce pays, affirma que le Nil n'a sa sourc ni en Âbyssinie, comme on le disait parfois, ni au pied de montagnes de la Lune, ainsi que le supposait Ptolémée, rostî; sort d'un lac situé dans l'hémisphère austral à environ 12 degré deTéquateur, se dirige ensuite vers le nord, et, après m cours de 4^0 milles, pénètre dans un second lac plus grand que le premier et situé sous la ligne équatoriale. De ce second lac, ajoute Lopez, le Nil court vers l'île de M éroé à la distance de 700 milles, et, de là, ce fleuve va déboucher dans la Méditerranée- Or, ainsi que le fait remarquer le P. Brucker (*), Je second de ces deux Nyanzas paraît devoir être celui récemment désigné sous le nom de lac Albert, ou son voisin, qui a été appelé VUkeréné Nyanzas, ou lac Fictoria, et ce savant pense que le premier (celui situé le plus au sud) est le Tanganjrk^t dont les eaux se déversent en partie dans le Lualaba ou Zaïre* Enfin, le lac Nyassa, exploré en iSSg par Livingstone, paraH avoir été connu des Portugais dans les premières années dtt XVII* siècle, car, à cette époque, les ifiusulmans leur ayant inter^ dit l'accès de l'Abyssinie par le littoral de la mer Rouge, te^
(') M. Brucker a publié dernièrement sur ce sujet, dans le reçue*' périodique intitulé ; Études religieuses, philosophiques, historiques ^^ littéraires, par les Pères de la Compagnie de Jésus (cahier de mars 1^7*^ un Mémoire fort savant et fort intéressant, intitulé Découverte desgre^ lacs de V Afrique centrale et des sources du Nil et du Zaïre ^ XVI* siècle.
missionnaires songèrent à y pénétrer par le sud, en partant daZambèze, et le P. Mariano, consulté à ce sujet, donna beaucoup de renseignements instructifs sur le lac de Maravi, qui, évidemment, est le même que le Nyassa des voyageurs plus modernes.
Les notions obtenues par les missionnaires et les autres voyageurs portugais du xvi® siècle n'avaient pas le degré de précision que réclame la Science actuelle et laissaient dans l'obscurité beaucoup de points importants du système fluvial de TAfrique; mais, lorsqu'on examine attentivement les écrits de ces explorateurs^ on ne saurait méconnaître les services qu'ils rendirent à la Géographie de ce vaste continent, et nous devons applaudir aux efforts des érudiis de nos jours pour mettre leur mérite en évidence. A l'occasion des voyages de Uvingstone, M. José de Lacerda publia, en 1867, un Mémoire Intéressant sur ce sujet, et, ces jours derniers, le savant secré* toire de la Société de Géographie de Lisbonne a fait paraître un travail qui jette de nouvelles lumières sur cette partie de l'hlstoise des Sciences géographiques (^). Cet auteur annonce l'intention de donner prochainement une nouvelle traduction critique du livre de Pigafetta qui contient le récit ^es voyages de Duarte Lopez et qui est devenu rare ('). ^'espère qu'il réalisera ce projet et qu'il continuera à remettre ^ lumière les travaux de ses compatriotes des temps passés, ^r, ainsi que je l'ai déjà dit, quelques-uns de nos contempo- '^ins, réputés fort érudits, ne connaissent que très-imparfaite- '^Qnt ce qui a été fait par les nations latines depuis l'époque ^^ ia Renaissance, et en jugent fort mal.
( ' ) L* hydrographie africaine au xvi" siècle , fV après les premiers ^piorateurs portugais, par M. Luciano Corde! ro, in-S". Lisbonne, im- P'^^^erie de J. Verde, 117, rua do Alecrem (1878). ..(^)£n l'an ix, Amoretti en publia une traduction françaiso dont la ^^«liothècfue de Thistitut possède un exemplaire.
En pariant des voyages des Porlugais dans Tiniérieur de l'Afrique australe, il convient de rappeler aussi que, de 1807 à 1809, ces explorateurs ont traversé ce grand continent, d'Angola au Mozambique, puis, en se dirigeant au contraire de Test à l'ouest, sont retournés à leur point de départ. Enfin, dans ces derniers temps, ils ont entrepris, dans cette même région, des recherches d'un au ire ordre et se sont appliqués avec persévérance à l'étude de l'Histoire naturelle de celle partie du globe, encore si peu connue. Ainsi, en 1866, M. d'Anchieta, ayant obtenu de son gouvernement une modique subvention, visita dans ce but diverses parties do Benguela et y forma des collections importantes. Depuis lors, quoique seul, il y a poursuivi sans relâche ses intéressantes recherches et il se propose de les étendre à toutes les contrées adjacentes jusqu'aux rives du Zaïre ou fleuve Congo. Il a déjà fait parvenir au Musée zoologique de Lisbonne plus de 3oo mammifères, 3ooo oiseaux, 2000 reptiles 00 batraciens, beaucoup de poissons et un nombre trèsrconsidérable de crustacés et d'insectes. Ces objets, dont plusieurs sont complètement nouveaux pour la Science, ont été décrits avec non moins de soin que d'habileté par le directeur de cet important établissement, M. Barboza du Bouage, et ils ont fourni à ce savant le sujet de nombreux Mémoires insérés soit dans les Recueils de l'Académie de Lisbonne, soit dans les Procêedings de la Société zoologique de Londres. Profitant des richesses scientifiques obtenues de la sorte, ce naturaliste distingué prépare en ce moment un Ouvrage général sur l'Ornithologie d'Angola, et son compatriote) M. Britto Capello, qui s'occupe plus spécialement de l'étude des animaux marins, a rendu aussi des services signalés à diverses branches de l'Histoire naturelle. Ces auteais» en augmentant ainsi nos connaissances relatives à la faune africaine, ne négligent pas l'exploration sous-marine des
côtes du Portugal, et ils y ont fait plus d'une découverte intéressante. Pour n'en citer qu'un exemple, je rappellerai les observations de M. Barboza sur VHyalonema lusitanum, zoophyte de la famille des Spongiaires^ dont la charpente est constituée par un faisceau de longues baguettes filiformes composées de silice et semblables à du cristal de roche. Des êtres de ce genre n'étaient connus que dans les mers du Japon, lorsque ce .naturaliste en découvrit une espèce dans l'océan Atlantique, près des côtes du Portugal ; mais, plus récemment, Qoe troisième espèce du même genre a été trouvée dans les grandes profondeurs de la mer du Nord par M. Sars. Or, les alts de cet ordre ne sont pas sans importance pour la Zoologie ;éographique.
Le Musée d'Histoire naturelle de Lisbonne a pris, depuis luelques années, un développement considérable; une Société le Géographie a été fondée récemment dans cette ville, et les •mis du progrès apprendront avec satisfaction qu'elle vient de ^lliciter du roi de Portugal l'organisation d'un système réguler d'explorations scientifiques dans les parties du continent africain qui appartiennent à ce prince ou qui sont placées ^as son influence. Les motifs dont cette Compagnie savante >i^guë me paraissent parfaitement fondés et je ne doute pas que >es vœux ne soient réalisés, car, ainsi qu'on le disait jadis, ' noblesse oblige».
Les colonies portugaises et leurs dépendances constituaient Btuirefois un grand empire. Depuis fort longtemps elles ont beaucoup perdu de leur importance; elles sont passées en P^ie entre les mains de l'Angleterre ou de la Hollande, et ce m^i en restait déclinait rapidement sous l'influence énervante ^c l'esclavage. Mais, depuis quelques années, non-seulement '^ traite des nègres a été assimilée au crime de piraterie et P^nie comme tel, mais l'affranchissement des esclaves a été •^ectué progressivement, et, depuis le 3 février 1876, il n'y
en a plus en Portugal ni dans aucune de ses possessions. Il est aussi à noter qu'aujourd'hui chacune des provinces coloniales envoie un représentant à l'assemblée législative du royaume et administre elle-même ses affaires intérieures; enfin que la plupart des dispositions fiscales ou autres qui pouvaient y gêner le développement de l'Agriculture, de l'Industrie et du Commerce ont été abolies récemment. Par conséquent^on peut espérer que la prospérité y renaîtra bientôt.
Les amis du progrès voient également avec satisfaction que le Gouvernement portugais fait de grands efforts pour acquérir des connaissances plus précises sur l'Histoire physique et naturelle de ses possessions d'outre-mer et pour améliorer la situation matérielle de ses colonies. Une loi, rendue le 12 avril 1876, a autorisé l'administration à contracter un emprunt de plus de 5 5oo 000 francs, applicable à des travaux d'utilité publique dans l'Afrique portugaise; le 9 mai deb présente année, un nouveau crédit presque aussi grand a été ouvert dans le même but et des ressources locales considérables reçoivent une destination analogue. Des commissions d'ingénieurs et d'ouvriers ont été envoyées dans chacune des provinces dont ce domaine se compose; des conseils tech* niques ont été institués pour diriger les travaux à exécuter; des médecins et des pharmaciens ont été établis partout où le besoin s'en faisait sentir ; le service des hôpitaux a été réo^ ganisé; on s'applique à dessécher des lagunes insalubres; on améliore les ports et l'on y place des phares; enfin on ouvres l'intérieur des routes nouvelles et l'on commence même à j établir des chemins de fer(^). Tout sembledonc annoncer, dans cette partie de l'Afrique, le début d'une période d'activité intelligente et fructueuse dont on peut beaucoup espérer.
(* ) On en a déjà établi uh entre Libombo et Lourenio Marques, établissement situé sur les bords de la baie de Delago, près de la frontière sad de la province du Mozambique.
- i89 — A Toccdsion de rExposition, le Gouvernement portugais a publié un Rapport fort circonstancié sur l'état actuel de ses établissements d'outre-mer (* ). Dans cet Ouvrage, on ne parle ni de Madère ni des Âçores, mais on donne beaucoup de renseignements intéressants sur chacune des quatre provinces coloniales de l'Afrique^ sur Tlnde portugaise et sur la pro- Tince dite de Macao^ qui comprend une partie considérable de nie Timor..
Laplu's étendue des provinces africaines est celle d'Angola; elle occupe, sur le territoire ouest, environ i5 degrés en latitude au sud de Téquateur, et elle est divisée en trois districts, celui de Loanda au nord, celui de Benguela et celui de Mossamedès au sud. Son chef-lieu administratif, Saint-Paul d'Assomption de Loanda, possède un excellent port ; mais, jusqu'ici, cette ville manquait d'eau potable; elle n'avait que celle qui était recueillie dans des citernes ou apportée de loin par des petits bateaux,- et, pour remédier à cet état fâcheux, de grands travaux sont entrepris. L'année dernière, le Gouvernement a bit, avec une compagnie particulière, un contrat pour l'établissement d'un canal, qui aura 70 kilomètres de long, qui amènera dans cette colonie une partie de la rivière de Bengo et qui permettra l'irrigation de la vallée adjacente. La dépense est évaluée à 6 millions de francs et le résultat sera probableinent excellent. Le port de Benguela est moins bon par cerlalDs vents et Mossamedès est peu fréquenté. Les principaux produits de la province sont le coton, la canne à sucre, l'in- ^'go, le riz, le café, l'huile de palme, l'arachide et le tabac; 1^ pêche y est très-abondante, particulièrement à Mossamedès. *^endani la dernière période septennale, le mouvement com-
\^) Les colonies portugaises; court exposé de leur situation actuelle^ '°78; brochure de i36 pages par L, B. (M. E. Lobe de Buthoes) et ex- P^^ par la Société de Géographie de Lisbonne.
- i90 mercial y a doublé. En 1873-1874, la valeur des exportatîoi^ et des importations fut estimée à plus de 28 millions de francs^ Depuis lors, il est vrai, de mauvaises récoltes ont amené ttt} abaissement temporaire ; mais il y a lieu de croire que le progrès ne tardera pas à se manifester de nouveau , car les res* sources du pays sont considérables et jusqu'ici on n'en a Xîré parti que très-incomplétement. Les bois de construction et de menuiserie abondent dans cette partie de l'Afrique; on y connaît de riches mines de charbon, de pétrole, de soufre el de cuivre ; l'or n'y est pas rare, mais jusqu'ici l'industrie minière n'yestque fort peudéveloppée. Enfin le gros bétail eslfort nombreux et l'élevage des races chevalines est facile dans cette contrée; aussi espère-t-on beaucoup des établissements agricoles que l'on se propose d'y créer. Dernièrement (en avriliSyS), la Société de Géographie de Lisbonne a été saisie de l'examen d'un projet dont la réalisation serait fort désirable. M. J. da Car* cia cherche à fonder une grande compagnie agricole et commerciale, dont l'objet serait l'exploitation, la culture el h colonisation d'une portion de la province d'Angola, qui paraît être particulièrement favorable à des travaux de ce genre. J'ignore si celte entreprise réussira, mais, quoi qu'il en soit à cet égard, l'intérêt qu'elle excite en Portugal est une nouvelle preuve de l'importance du mouvement progressif qui, i^ toutes parts, se manifeste dans ce pays.
La province portugaise de Mozambique occupe, sur la côte opposée de l'Afrique, une étendue non moins considérable» et l'on assure que le sol y est d'une merveilleuse fertilité; mais elle est plus insalubre que l'Angola et le commerce y es* moins important. Néanmoins, le progrès y est sensible; ainsl^ divers travaux d'utilité publique ont amélioré, sur plusieurs points, l'état sanitaire du pays; le système douanier viea^ d'y être l'objet de réformes sérieuses et les relations com-^ merciales y sont devenues plus faciles; un remorqueur
- i9i rapeur, construit à Marseille Tannée dernière, fait maintenant e service à l'embouchure de la rivière Quilimane; une navijation régulière de bateaux à vapeur va être établie sur le Kambèze (ou Couama) et sur le Chire; les deux ports de la province sont mis en relation entre eux au moyen d'un bâtiment à vapeur de la force de 36o chevaux, et le commerce maritime établi entre ces colonies et Marseille , Bombay et quelques autres points, n'est pas sans importance.
Je trouve dans la brochure publiée par la Commission portugaise beaucoup de renseignements curieux sur la situation actuelle de cette partie des possessions africaines du Portugal, ainsi que sur les établissements de cette puissance près de la côte du Dahomey, aux îles du Cap-Vert et dans les régions adjacentes de la côte de Guinée. La possession d'un de ces points (Balama], découvert par les Portugais en i446, fut revendiquée par l'Angleterre il y a quelques années; mais, l'affaire ayant été soumise à l'arbitrage du président des États-Unis, celui-ci lonna gain de cause au Portugal et son jugement fut respecté. }ue ne puissent toutes les difficultés internationales d'une Daportance plus grande être résolues d'une manière aussi *acifique et aussi conforme aux principes de la véritable civiisation I
J'ajouterai que, si les projets formés récemment par la Soîété de Géographie de Lisbonne se réalisaient, cette partie de Afrique acquerrait probablement une importance considéable, car cette compagnie savante a ouvert une souscription ►our effectuer l'exploration géographique et commerciale de a Guinée portugaise (*), et le Gouvernement viendra certainement en aide à cette entreprise à la fois patriotique et scientifique.
^ {^)Foir le Mémoire de M. Ferreira d'Almeida sur l'exploration de la ^'^égambie portugaise (Soc, de Géogr, de Lisbonne; avril 1878).
L'existence de communications faciles et fréquentes entre les divers établissements coloniaux dont je viens de parler ex, la mère -patrie est pour leur développement une condiUoo essentielle ; or, sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres , de grandes améliorations ont été obtenues récemment. Depuis le i^' juillet 1877, 1^^ colonies portugaises ont été admises dans l'union universelle des postes; désormais, l'administration fera paraître régulièrement un Annuaire postal, contenant toutes les indications désirables relatives à cette branche des services publics; le premier numéro de ce Recueil vient d'être distribué (*), et il nous apprend que, le 5 de chaque mois, uo packet'boat de la Compagnie lusitanienne part de Lisbonne pour Angola, en faisant escale aux ports d'Ambiez (dans la partie nord de cette province africaine), de Loanda, de Beoguela et de Mossamedès. Le voyage de Lisbonne à Loanda s'effectue en trente jours, et un autre service, par la voie de Madère, est établi entre cette colonie etTËurope à l'aide des vapeurs anglais venant de Liverpool et correspondant avec les bateaux de poste portugais qui vont de Lisbonne à Funchal. D'autres vapeurs de la Compagnie lusitanienne se rendent aussi chaque mois de Lisbonne aux îles du Cap-Yert. Les communications avec les établissements duMozambique sont moins directes; elles ont lieu cependant d'une manière régulière, par l'intermédiaire des vapeurs anglais de l'Inde, qui touchent à Lisbonne et à Aden, où ils correspondent avec le courrier de Zanzibar et de Mozambique. Le trajet de Lisbonne à cette dernière colonie nécessite à peu près cinquante jours. Enfin, celle-ci communique également avec le cap de Bonne- Espérance, Madère, etc., au moyen de vapeurs qui courent entre Liverpool et Zanzibar, par le sud. Le prix d'affranchissemenE
(*) Annuario postal para 1878, publicato pela direcçâo gênerai dos correios de Portugal. Lisboa, 1878.
d'une lettre ordinaire de Lisbonne au Mozambique n'est que de 100 reis (ou 56 centimes) et les lettres de Lisbonne à Angola ne sont taxées qu'à 5o reis, c'est-à-dire à peu près ce que nous payons pour en envoyer de Paris à Londres.
Les quatre provinces coloniales dont je viens de parler ne sont pas les seules terres africaines qui appartiennent au Portugal ; ce royaume possède aussi les Âçores et Madère, qui, au point de vue géographique, sont, de même que les tles du Cap-Vert, des dépendances de l'Afrique; mais, d'après la classification administrative adoptée par le Gouvernement portugais, ces petits archipels sont considérés comme faisant partie de l'Europe et sont complètement assimilés au Portugal continental.
L'île de Madère, célèbre pour la douceur inaltérable de son climat et l'excellence de son vin, est trop bien connue de tous les lecteurs de notre Bulletin pour qu'il me paraisse utile d'en parler longuement ici, mais je crois devoir relever une erreur ?uia été propagée récemment au sujet de ses vignobles. Quelques voyageurs ont dit que depuis i852, époque à laquelle la vigne souffrit beaucoup des atteintes d'une plante parasite appelée Voïdium, Madère ne produit plus de vin, et que toute la boisson vendue aujourd'hui sous le nom de vin de Madère vient d'Espagne ou est fabriquée à Cette. Il est vrai qu'à un 'ûoment ce malheur était à craindre, car la vendange, qui, ®D 1849, ^vait donné 2602700 décalitres, n'en fournissait plus qu'environ 20000, et la qualité du produit laissait à ^^sirer, non moins que sa quantité; mais cet état de choses '^'apas duré; peu à peu les vignobles ont été reconstitués, ®^en 1873, on en a obtenu i 241995 décalitres. On estima à * 187 600 francs la valeur du vin exporté l'année suivante, ^^f en 1876, cette exportation donna plus de 2 45oooo francs, lorsque les navigateurs portugais, conduits par D. Joâo ^Pco et Tristâo Vaz, abordèrent pour la première fois à cette
tle, elle était couverte de forêts magnifiques, dont on tir bientôt d'excellents bois de construction, et même le nom d Madeira[^) lui fut donné à raison de cette circonstance. Mais le arbres ne tardèrent pas à être abattus; ils furent remplacés pa des plantations de cannes à sucre, qui, plus tard, cédèrent 1 place à la vigne. Lors du désastre causé par Toïdium, on eii^ -^ ' de nouveau recours à la culture de cette plante, que Tc:^ associa à la culture du blé et du maïs. Aujourd'hui, la pro^ duction annuelle de sucre est, en moyenne, d'environ 274000 kilogrammes. Somme toute, la prospérité de Madère a beaucoup augmenté depuis quelques années, et Ton en pem juger parle mouvement de la navigation : en i856, il est entré dans le port de Funchal 187 navires jaugeant 73465 tonnes, tandis qu'en 1876 le nombre de ces bâtiments a été de 589, dont le tonnage s'est élevé à 49S985 tonnes.
Aux Açores, le mouvement commercial a augmenté aussi d'une manière notable. En i856, ces îles n'ont été visitées que par 871 navires, jaugeant 98887 tonnes; en 1876, 1 358 bâtiments, jaugeant 898452 tonnes, y sont arrivés. Les principaux produits sont les légumes, les pommes de terre, le blé, le maïs, le lin, les oranges et le bétail. La culture de la cann^ à sucre, qui y florissait autrefois, a complètement cessé, et!» production du vin a fort diminué. Toutes ces îles sont d'ori— gine volcanique, et, dans plusieurs d'entre elles, les trerable-^ ments de terre y sont d'une fréquence extrême , particulière — ment à Tercère.
Les îles Canaries, situées à peu de distance de Madère, mais plus au sud et plus près de la côte africaine, appartiennent TEspagne.
Au XVI* siècle, le Portugal était prépondérant dans les meir
(*] Le mot Madeiray qui, en portugais, signifie bois de constractio dérive du latin materia et se retrouve dans le mot français madrier.
de rinde> depuis le golfe Persique, où il possédait Ormuz, jusqu'à l'embouchure de la rivière de Canton, où les Chinois lui avaient concédé la ville de Macao, et encore plus loin vers Test Jusque dans le voisinage de la région australienne; mais, depuis fort longtemps, sa domination dans Tlnde est limitée au petit territoire de Goa, situé au pied de la chaîne des Ghattes, sur la côte de Coromandel. Macao, déchue de sa splendeur passée, est abandonnée de plus en plus par le commerce. Enfin, la belle et grande île de Timor^ dont la moitié occidentale appartient à la Hollande, est encore une colonie d'une certaine importance pour les Portugais, bien que le commerce y soit passé presque entièrement entre les mains des Chinois. Je ne m'arrêterai donc pas à parler ici de ces étal)Iissements lointains; mais je crois devoir appeler aussi l'attcniion des lecteurs de notre Bulletin sur la mère-patrie, car ce que j'ai appris de ses progrès récents, par diverses publications déposées à l'Exposition, me semble digne d'intérêt.
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IQGRbS DE l'instruction PUBLIQUE EN PORTUGAL. — PRODUCTIONS