‹ Nouvelles causeries scientifiques: ou, Notes adresse?es a? l'occasion de l'ExpositionChapitre 8 sur 24 · NATURELLES DE CE PATS · texte numérisé non relu

NATURELLES DE CE PATS

M. le baron de Wîldik a publié, comme introduction au itaiogue spécial de la section portugaise à l'Exposition uniîpselle, un travail fort étendu et très-intéressant sur Thisire physique et économique du Portugal. On y trouve des Qseignements abondants sur la météorologie de ce pays, sur constitution géologique, sa population, ses productions Icoles, ses richesses minérales, ses voies de comm'unican, son commerce, sa constitution politique, son organisail administrative et ses établissements d'instruction pu- ]ue. Je ne suivrai pas M. de Wildik dans l'examen de toutes questions dont il traite, mais je profiterai de son rapport, si que de quelques autres publications plus spéciales, dont re Exposition a été également l'occasion, pour montrer ce se fait actuellement pour la propagation des lumières dans pays où, pendant longtemps, l'influence assoupissante de quisition a fait tant de mal.

adis, les classes élevées de la sociétéy étaient fort instruites, a poésie était goûtée même par le peuple; mais, à dater la domination espagnole, tout déclina, et bientôt l'ignoce devint presque générale. Lorsqu'en i64o le Portugal ouvra son indépendance, la nation ne retrouva pas sa viiur première; elle employa mal les richesses qui lui resint et elle ne tarda pas à devenir pauvre; pour comble de Ibeur, vers le milieu du siècle suivant, une épouvantable astrophe, un tremblement de terre d'une violence inouïe,

- i98 vint détruire sa capitale. Un homme énergique et d'un esprit supérieur, le marquis de Pombal, ministre du roi Joseph I*', fit alors de grands efforts pour la tirer de l'état d'abaissement où elle était tombée ; mais tout avait besoin de réforme, et chaque abus qu'il corrigeait lui suscitait une foule d'inimitiés, sans lui amener aucun auxiliaire, car les hommes qui l'entouraient étaient, les uns intéressés au maintien du mal, les autres trop dépourvus d'intelligence pour comprendre l'utilité des mesures qu'il prenait. Le peu de bien qu'il avait pu faire disparut donc avec lui, et, lorsque le pouvoir fut tombé en d'autres mains, l'état social s'aggrava ; puis la guerre, l'invasion étran-^ gère et les révolutions intérieures, enfin un despotisme aveugle et sanguinaire rendirent pendant longtemps tout pro« grès impossible, et ce fut de nos jours seulement que le pays commença à se relever de ses misères morales et matérielles. Un premier pas dans la voie du progrès avait été fait en 1820, car alors l'Inquisition cessa d'exister; mais les idées libérales ne sont devenues dominantes que depuis une vingtaine d'années , et c'est sous l'influence du régime constitutionnel actuellement existant que le réveil intellectuel a commencé.

Cet heureux changement dans la direction des idées régnantes a eu pour conséquence un développement considérable de l'instruction à tous les degrés : de grandes améliorations dans l'organisation des établissements scolaires déjà existants et la création de nouveaux corps enseignants. Tous ont voulu se montrer à l'Exposition, et l'un d'eux, le premier en rang et le plus ancien en date, s'y est fait représenter par un livre très-propre à le faire bien connaître.

Cet ouvrage est de M. le vicomte de Villa Mayor, et a pour titre Exposiçâo succinta da organisaçâo actuai da Universidade de Coimbra. L'auteur en a publié un abrégé en français» çt l'on y trouve une intéressante Notice historique sur celta

inslitution célèbre, ainsi que des renseignements très-complets sur son organisation actuelle.

Le Portugal possède, pour le haut enseignement, trois écoles principales : TUniversité de Coïmbre, l'École polytechnique de Lisbonne et l'Académie polytechnique de Porto; il y a aussi dans ce pays des écoles médicales, à Lisbonne, à Porto et à Funchal, une école navale et une école spécialement consacrée aux Lettres.

L'Université qui siège à Coïmbre est très-ancienne; elle fut fondée à Lisbonne en 1290, par le roi Denis le Laboureur, ainsi nommé à raison des services qu'il rendit à l'agriculture de son pays. Elle fut établie définitivement à Coïmbre en 1637, et, à un certain moment, elle occupa dans l'estime publique un rang élevé ; mais son éclat ne fut que passager, et lorsque, vers le milieu du siècle dernier, le marquis de Pombal s'efft>rça de porter remède à la décadence croissante de son pays, ^n des principaux soucis de ce grand ministre fut l'état déplorable des éludes. En 1772, il réorganisa l'Université de ^ïmbre ; il y attribua de vastes bâtiments, devenus libres par ®^îte de l'expulsion récente des Jésuites, et il agrandit le cadre ^^ son enseignement. La théologie et les langues anciennes y Occupèrent encore une large place, mais on y accorda plus ^*întiportance aux Sciences mathématiques, et les Sciences expérimentales ainsi que les Sciences d'observation y furent *>^troduites; on y fit des leçons sur l'Histoire naturelle et sur '^ Physique; enfin la Chimie, celte science toute moderne Qui était prêle à revêtir la forme lavoisienne, y prit rang. Le plan d'études adopté alors à Coïmbre fut supérieur à ceux Que suivaient la plupart des Universités les plus célèbres de *fiurope, et, si les idées dont Pombal s'était inspiré avaient Continué à prédominer dans les conseils du gouvernement portugais, le rôle de ce corps enseignant aurait grandi rapi- ^^nient; mais il en fut autrement, et les malheurs publics

dont j'ai déjà rappelé la gravité vinrent bientôt interrompre de nouveau tout progrès. Des mesures administratives^ prises en i836 et en i844> contribuèrent à relever les études dans cet ancien foyer de lumière, et aujourd'hui TUniversité de Coïmbre a repris son essor. Elle comprend une Faculté de Théologie, une Faculté de Droit, une Faculté de Médecine, une Faculté des Sciences mathématiques et une Faculté de Phi* losophie. A l'École de Droit, où les études ordinaires durent cinq ans, on a ajouté un enseignement de Science administrative qui dure trois ans et qui comprend, indépendamment de diverses branches du Droit proprement dit, TÉconomie politique, la Statistique, les Sciences physiques et naturelles et enfin l'Agronomie. Les cours de la Faculté de Médecine occupent cinq années, non compris trois années d'études préparatoires consacrées principalement aux Sciences fondamentales, telles que la Chimie, la Physique et l'Histoire naturelle. La Faculté des Sciences mathématiques comprend deux enseignements» Tun général, l'autre destiné spécialement à donner aux. élèves militaires les connaissances dont ils ont besoin pour entrer dans les écoles d'application. Les Mathémati(}ues y occupent le premier rang, mais on y fait aussi des cours de Physique, de Chimie, de Botanique, de Géologie, etc. Enfin, à la Faculté de Philosophie, on s'occupe de Mathématiques et de Chimie pendant les deux premières années, de Physique, de Botanique, de Zoologie, de Géologie, d'Agriculture et de Zootechnie pendant les trois années suivantes.

Le nombre total des étudiants de l'Université de Coïmbr est d'environ 900, dont à peu près 4oo pour le Droit et plus de 200 pour la Philosophie. Le nombre des professeurs y es^ de 74-

La Faculté de Médecine de Coïmbre ne compte qu'enviro 80 étudiants; mais il existe en Portugal deux autres écol médico-chirurgicales, l'une à Porto, l'autre à Lisbonn

de et la fondation celle-ci date de iSsS. Chacune d'elles a, de même que celle de Coïmbrey une école annexe de pharmacie. L'école de Porto est beaucoup plus fréquentée que cette dernière; en 1877, '® nombre de ses élèves était de 1 19.

L'École polytechnique de Lisbonne est un bel établisse* ment d'instruction supérieure bien organisé; dès Tannée dernière, le nombre de ses élèves a dépassé 200. Près de la moitié de ces jeunes gens appartiennent soit à Tarmée, soit à il marine. Les cours y sont faits par 12 professeurs titulaires et 8 professeurs adjoints; on y enseigne non-seulement les hames Mathématiques, l'Astronomie, la Géodésie, la Physique et la Chimie comme chez nous, mais aussi la Géologie, la Botanique, la Zoologie, l'Anatomie comparée, l'Économie po- Htlque, le Droit administratif, le Droit commercial et le Dessin. L'Académie polytechnique de Porto ne pousse pas si loin ''^tude des Sciences proprement dites, mais elle enseigne *Qssi la Mécanique industrielle et l'Économie rurale; elle tortue des ingénieurs des Mines ainsi que des .ingénieurs des Ponts et Chaussées, elle prépare à l'École navale et elle est '^quentée aussi par des personnes qui se destinent au com- D^erce. L'année dernière, le nombre des élèves y était de 378. Un corps enseignant, analogue à nos Facultés des Lettres, Quoique ne délivrant que le diplôme du grade de licencié, a été f^nûé récemment par le feu roi Pedro V et aux frais de ce PHnce; mais le nombre moyen des élèves n'y est que d'environ 20.

Xe Portugal, qui jadis contribua d'une manière si glorieuse •^X progrès de la Géographie et qui possède encore aujour- ^'Hui tant de colonies lointaines, ne pouvait être indifférent « l'éducation de ses gens de mer et, effectivement, dans ces ^^Wfiiers temps, le gouvernement de ce pays s'est appliqué à ■unifier l'enseignement donné dans son École navale, établie à L*isI>onne en i845 en vertu d'une loi spéciale. En i868, cette

institution nationale fut réorganisée, et, depuis 1874» elle a dans sa dépendance l'Observatoire de Marine, le dépôt des cartes et instruments nautiques, une grande bibliothèque, une collection de modèles et d'armes, un musée de marine et une petite corvette pour les exercices pratiques d'appareillage el de manœuvres. Elle est installée dans l'arsenal de la Marine, et l'on y a placé, avec raison, la statue de l'infant Henri, qui, sans être navigateur comme son surnom pourrait le faire sup* poser, a rendu à la navigation plus de services qu'aucun autre prince. Les élèves de l'École navale de Lisbonne y sont admis par la voie des concours, après avoir acquis une instruction préparatoire à l'École polytechnique et avoir justifié de ccn taines connaissances en Trigonométrie, Calcul différentiel et intégral. Géométrie analytique. Physique, Chimie, Histoire naturelle el Dessin; ils y passent deux années, pendant lesquelles ils suivent des cours de Mécanique, d'Analyse, d'Astronomie, de Navigation, de Géographie, d'Hydrographie, de Pilotage, de Droit maritime international, etc.; en seconde année ils passent un mois embarqués sur le Tage et un mois étt mer; ils obtiennent alors un grade équivalent à celui de sous* lieutenant; enfin, après être restés encore trois ans embarqués et avoir satisfait à des examens réglementaires, ils reçoivent le brevet d'enseigne de vaisseau. En 1868, on créa dans cellô École, pour les ingénieurs mécaniciens, un enseignement spécial dont la durée est de deux années, et, pour y étr© admis, on exige des études préparatoires dans un atelier dô serrurerie et des connaissances relatives à l'art du chauffeur et du conducteur des machines à vapeur. Enfin il y a aussi» * côté de l'École navale proprement dite, une École de construo^ tions navales. J'ajouterai que le corps enseignant est formé d^ préférence par des officiers de marine ou des ingénieurs narvals, et se compose de quatre professeurs titulaires, de ievk^ professeurs agrégés, d'un démonstrateur de travaux pratique^-

de construction, d'un instructeur d'artillerie, d'un mattre d'appareillage ,et de quelques autres fonctionnaires d'ordre secondaire. Le nombre des élèves varie ordinairement entre vingt-cinq et quarante.

Pour l'armée de terre il y a aussi une école d'application qui reçoit les élèves sortant de l'École polytechnique et les garde pendant deux ans, ou même trois ans lorsqu'ils doivent entrer dans le génie. Ils en sortent avec le grade de sous-lieutenant.

Il existe également à Lisbonne une école spéciale pour les apiculteurs, les ingénieurs agronomes et les vétérinaires, enfin une école industrielle et commerciale où se trouvent une bibliothèque, un musée technologique, un cabinet de Minéralogie et de Géologie, des laboratoires et une excellente fabrique d'instruments de précision. Un établissement de [. toême ordre se trouve à Porto, et, l'année dernière, on y comptait 2285 élèves destinés à devenir, les uns des directeurs d'usines, des entrepreneurs de travaux, des fabricants, les Wtes des contre-maîtres, des conducteurs de machines , etc. Pour l'enseignement secondaire, le Portugal est moins avancé. Jusqu'en i844> nous dit M. de Wildik, cette branche <le Tinstruction publique était dans un état déplorable; aujourd'hui on compte 17 lycées (non compris 4 écoles do même ordre établies dans les îles adjacentes], et ces '''^îsons reçoivent plus de 5ooo enfants.

Enfin une loi, rendue le 2 mai de cette année, imprime à ''enseignement primaire une impulsion nouvelle. Cet ensei- ^ement doit ètre^e deux sortes : un enseignement élémen- ^ire très-restreint, mais comprenant le Dessin aussi bien que '* lecture, l'écriture, l'Arithmétique, etc., et, pour les filles, ie$ travaux d'aiguille; un enseignement, dit complémen-- ^ire, variant suivant qu'il est destiné aux garçons ou aux Mies, et comprenant quelques notions de Géographie et

d'Histoire» etc. L'enseignement primaire élémentaire est gra« tuit et obligatoire» depuis l'âge de 6 ans jusqu'à l'âge de 12 ans pour tous les enfants dont les parents ne peuvent justiflei qu'ils reçoivent soit à domicile» soit dans une école particulière une instruction semblable, ou pour ceux dont la résidence n'est pas à plus de 2 kilomètres de la maison scolaire; enfin les paroisses fournissent aux enfants pauvres les livres et les vêlements nécessaires pour aller à l'école.

Nous voyons donc que le Portugal fait beaucoup pour améliorer l'état de l'instruction publique à tous les degrés» et» en jugeant de la valeur des faits dont je viens de parler» il ne faut pas oublier que ce pays ne compte que 4 niiilions d'habitants, nombre correspondant en moyenne à environ ^5 individus par kilomètre carré de territoire. Lors du recensement de i835» cette population n'était que de 3 millions et, en i4a2» les statisticiens ne l'évaluaient guère au-dessus de I million.

Il est également à noter que le gouvernement portugais fait de louables efïorts pour contribuer à l'avancement des sciences. Il entretient trois observatoires astronomiques» dont l'un (celui de Coïmbre) date du ministère du marquis de Pombal et dont le plus important» situé à Lisbonne» est dû à la libéralité du feu roi Pedro V. Le troisième établissement de cet ordre est une dépendance de l'École polytechnique de Lisbonne. Il y a» en outre» deux observatoires météorologiques» l'un à Coïmbre» l'autre à Lisbonne. Ce dernier correspond télégraphiquement avec l'Observatoire de Paris et centralise les observations faites dans des stations météorologiques situées à Porto» à Guarda» à Campo-Major» à Evora» à Lagos et à Funchal.

Le Musée d'Histoire naturelle de Lisbonne» établi dans l'édifice de l'École polytechnique» possède de belles collections, particulièrement pour l'Ornithologie» la Conchyliologie

et la Géologie. J'ai déjà eu Toccasion de parler de ses progrès récents» et je rappellerai que, depuis longtemps, des relations intimes existent entre cet établissement et le Muséum de Paris. Ce commerce scientifique naquit cependant dans des circonstances difficiles. Au commencement du siècle actuel cotnme du temps des Romains, les conquérants s'attribuaient le droit de dépouiller de leurs trésors scientifiques et artistiques les nations vaincues, et, lors de l'occupation temporaire de Lisbonne par l'armée française en 1807, Napoléon P' donna à mon ancien collègue et maître, Etienne- Geoffroy Saint-Hilaire, l'ordre d'aller choisir en Portugal tout ce qui pouvait être utile aux établissements scientifiques de Paris. Ce savant se rendit donc à Lisbonne, mais il avait des sentiments trop élevés pour vouloir abuser de la force brutale, et, au lieu d'agir k la façon d'un pirate, il s'appliqua à établir entre le cabinet d'Histoire naturelle d'Ajuda et le Muséum de Paris des échanges dont l'un et l'autre tirèrent également proGt; aussi, lorsqu'on i8i5 la France eut à faire plus d'une restitution à des nations étrangères, le Portugal déclara formellement a qu'il ne réclamait rien, car il n'avait rien à réclainerB; le savant qui parla au nom du Portugal ajouta : a Geoffroy Saint-Hilaire a emporté l'estime et le respect de la nation portugaise » (*).

Des relations si bien commencées ne pouvaient cesser; en '860, une occasion se présenta pour les renouer, et les professeurs du Muséum de Paris eurent la satisfaction de pouvoir être de nouveau utiles à leurs confrères de Lisbonne en envoyant au musée zoologique de cette ville une collection ^'environ quatre cents Vertébrés et plus de deux mille exemplaires d'animaux articulés; j'en parle pour montrer la haute

(^) Le savant dont je viens de parler comme ayant laissé de si bons ^Uvenirs à Lisbonne est mort en i844«

estime que, déjà à ce moment, les naturalistes français avaient pour le principal musée du Portugal,

Un autre musée d'Histoire naturelle se trouve àCoïmbre, et il est également à noter que Lisbonne possède un musée d'Archéologie et un musée numismatique.

EnGn le gouvernement portugais contribue encore à Tavancement de la science en faisant exécuter par une commission spéciale, composée de trente-sept officiers de divers grades, un grand travail géodésique et géologique sur l'ensemble do royaume. Cette commission a déjà publié une carte générale du Portugal au ^^^^'oto et elle en a commencé une autre.à l'échelle de TviiTy ^We prépare aussi un atlas hydrographique; elle a presque achevé le lever d'une carte géologique au -, et plusieurs de ses membres ont publié des Hémoires

importants sur la constitution géologique, sur les fossiles tertiaires et sur les antiquités préhistoriques de diverses parties ; du pays, notamment M. Ribeiro, M. Pereira da Costa et M.Delgado. Je citerai également ici un travail de H. Gomes sur les végétaux fossiles du terrain carbonifère des environs de Porto, lequel, de même que les Mémoires dont je viens de faire mention, a été publié en français aussi bien qu'en po^ lugais.

La constitution géologique du pays est très-variée. A peu près un tiers de sa superficie est occupé par des terrains massifs, principalement des roches granitiques, des porphyres^et des basaltes; un second tiers présente des schistes anciens du grès rouge, des calcaires cristallisés; enfin le troisièn^ tiers est formé par des terrains de sédiments plus moderne^» dont les plus considérables appartiennent à la période juras^ sique ou à la période crétacée et ont été, sur diverâ j^oïntSt transformés en beaux marbres sous l'influence du voisinage de roches éruptives. On rencontre aussi sur quelques poii^^ des terrains tertiaires d'une grande étendue, notamment d^^

— ^7 — l'Estramadure, des dépôts quaternaires , et, sur le littoral, une bande de sable dont la largeur atteint parfois 8 kilomètres.

Le Portugal possède des mines riches et «variées; elles ont été exploitées depuis l'antiquité, et, dans ces derniers temps, le profit que Ton en a tiré a beaucoup augmenté. Ainsi, de i85i à i86oy on n'estimait, année moyenne, qu'à 1200000 francs les minerais que l'on en extrayait, tandis que de 1861 à 1872 cette moyenne a dépassé 8887000 francs. Mais l'industrie métallurgique est peu développée dans ce pays, et une grande partie du minerai, exporté à l'état brut, va alimenter les usines de l'Angleterre.

Les mines les plus importantes, à raison de la valeur de leurs produits, sont celles de cuivre. Elles sont situées principalement vers l'est et le sud, dans la province d'Alentejo, non loin d'Evora et de la Guadiana. L'un de ces gisements, celui de San-Domingos, fournit de la pyrite de fer cuivreux qui contient 3,5 pour 100 de cuivre et 49 ^ ^o pour 100 de soufre ; en Angleterre, on en fait grand usage dans les fabriques d'acide sulfurique.

Le minerai de plomb est assez abondant en Portugal, principalement vers le nord, dans la province de Beïra, notamment dans les districts d'Alveiro et de Yizeu ; mais on en trouve aussi au sud, près de Bija, à Mortola et dans quelques autres localités. Plusieurs de ces mines sont argentifères et assez riches; ainsi, celles de Mortola donnent 70 pour 100 de plomb et 5oo • 600 grammes d'argent par tonne de minerai.

Le manganèse qui se trouve dans la zone des amas pyriteux de San-Domingos, ainsi que dans quelques autres gisements de la province d'Alentejo, est devenu récenament l'objet d'exportations considérables pour l'Angleterre. De 1861 à 1870, on en extrayait environ 8800 tonnes métriques, estimées à 61 1000 frsipcsi tandis qu'en 1871 et 1872 les produits obte-

nus s'élevaient à plus de i4ooo tonnes et furent évalués è 1226000 francs.

Il y a aussi des mines d'étain (principalement dans la province de Tras-os-Montes), des mines d'antimoine, dans les schistes siluriens et devoniens, et des mines de zinc, mais le rendement de ces filons est généralement peu important. Enfin, les minerais de fer sont abondants dans toutes les provinces du Portugal. Les gisements les plus considérables sont ceux d'oxyde de fer magnétique de Serra-dos-Mangos, à proximité du chemin de fer d'Evora à Lisbonne, ceux de fer oligîste de Moncorvo et ceux d'hématite brune et d'oxyde de fer hydraté de Quadramel, dans la province de Tras-os-Montes, au nordest.

Le charbon de terre n'est ni très-abondant ni généralement de très-bonne qualité. Il existe, il est vrai, quelques gisements de houille très-pure à proximité de Porto, mais le combustible minéral que l'on rencontre dans les terrains jurassiques des provinces de Beïra et d'Estramadure est pyriteux. Aujourd'hui les produits totaux des exploitations de cet ordre ne sont évalués annuellement qu'à environ 3oo 000 francs.

Dans ces derniers temps, les dépôts de chaux phosphatée, substance dont on fait grand usage en agriculture, ont été exploités activement. En 1875, le Portugal en a exporté 4479240 tonnes métriques.

L'extraction du sel marin a beaucoup plus d'importance. D existe sur les côtes du Portugal 1200 marais salants, et ito fournissent annuellement environ 20 millions d'hectolitres de sel de très-bonne qualité. On en exporte beaucoup; ainsi, el^ 1866, il en est sorti, des ports de Lisbonne et de Setubal, poi^< 1400000 francs. Le lecteur s'étonnera peut-être de me voi'' parler ici de la qualité du sel marin, car, pour les usages eut ' naires, les produits épurés par le raffinage sont, égalemec:^

îstiméSy quelle qu'en soit la provenance; mais pour la salaison de la morue il en est autrement; les pêcheurs anglais et américains emploient de préférence le sel de Portugal et d'Espagne; beaucoup d'armateurs attribuent même à cette circonstance la supériorité de leurs produits, comparés à ceux préparés par nos matelots, et je suis disposé à croire gue la différence observée dans le mode d'action du préservatif sur la chair du poisson dépend de ce que le sel de Portugal condent ordinairement du sulfate de magnésie en proportion beaucoup plus considérable que les sels de Bouc et du Croisic, particularité qui, à son tour, tient probablement à la température de l'eau-mère des marais salants au moment de la cristallisation des matières salines.

Les produits agricoles du Portugal ont beaucoup plus d'importance que ses minerais et ses productions manufacturières. Près de la moitié de la superficie du pays, qui n'est occupée ni par les villes ni par les routes ou les rivières, est inculte, et le reste, évalué à 464^000 hectares, est couvert presque entièrement de pâturages, de bois, de céréales, d'arbres fruitiers et de vignobles.

Les forêts constituent plus de j^ï ^^ ^^ superficie totale du foyaume, et elles sont constituées principalement par des pins et des chênes dont une espèce, le Quercus suber, fournit en grande abondance d'excellent liège.

Les pâturages et les prairies, tant artificielles que naturelles, nourrissent de nombreux troupeaux. Chaque année, le Portugal exporte beaucoup démontons et de chèvres; ainsi, en 1876, U est sorti de ce petit pays 67 249 bêtes ovines, tandis qu'il n'en a été importé que 5oi8, et le nombre des bêtes caprines ^ <lépassé d'environ 16000 le nombre des individus importés; ^*iis pour les bêtes bovines et porcines, ainsi que pour les chevaux, la production est insuffisante pour répondre aux

*^csoins de la population, et, pour les premiers de ces ani- M..E. 14

maux^rimportation dépasse rexportationdeplusde42oooiêles; pour les chevaux, rimportation a été, en 1876, de i53i et Texportation seulement de 345.

La culture des céréales occupe 12,5 pour 100 de la superficie totale du Portugal, mais ses produits sont loin de suffire à la cctfisommation.

Les arbres fruitiers jouent un grand rôle dans l'agriculture portugaise; les oliviers occupent 200000 hectares, les figuiers 20000 hectares et les orangers 8000 hectares; mais ce sont les vignobles qui contribuent le plus à la richesse du pays; plus de 7^0 ^® I21 superficie totale du royaume leur sont consacrés, savoir 204000 hectares. L'exportation des vins se fait sur une très-grande échelle et elle tend à augmenter; ainsi» en 1874, il est sorti 2804905 décalitres de vin de Porto, et, en 1876, cette exportation s'est élevée à3i468gi décalitres; pendant cette dernière année, l'exportation totale a été de 5285 i63 décalitres, évalués à la somme de 56922187 francs^ rendement qui a dépassé de plus de 4 millions et demi celui

de 1874.

Sous ce rapport, comme sous tant d'autres, le progrès e9^ manifeste; mais, en ce moment, la viticulture, en Portugal ^ est menacée du fléau dont souffre profondément le midi d^ la France et dont l'importation des vignes américaines a étél^ source : le Phylloxéra y a commencé ses ravages. Le gouver-* nement portugais a envoyé dans les diverses régions vilicoles» déjà en proie à cet insecte dévastateur un de ses savants le^ plus distingués, M. d'Aguiar, qui a mission d'étudier les prc^ cédés en usage chez nous ou ailleurs, dans l'intention d'air' rêter les progrès du mal, et, comme les localités affectées n^ paraissent être encore que fort restreintes, on peut espé^ rer que le mal ne s'étendra pas, si l'on applique résolûmed^ et avec persévérance les moyens les plus propres à entrave ■ la propagation de ce parasite. Mais le danger est grani

Nous en avons des preuves par ce qui se passe chez nous. Il est peu probable que la grande industrie manufacturière puisse prendre en Portugal un développement considérable^ à cause de la rareté du combustible; mais, à raison de retendue de ses côtes, du nombre de ses ports et de sa position géographique, qui le place sur le chemin de tous les navires faisant le trajet entre l'Angleterre et l'Afrique, Tlnde et l'extrême Orient, ce pays se trouve dans les conditions les plus favorables pour le commerce maritime, et, par les habitudes séculaires de sa population, il est particulièrement apte à proBter de ces circonstances heureuses. Les chemins de fer que Ton commence à établir dans l'intérieur, et qui mettent déjà liisbonne en communication rapide avec le reste de l'Europe, contribueront aussi à augmenter sa prospérité, et, indépendamment des débouchés nouveaux qu'il s'ouvre ainsi, son commerce extérieur est évidemment en voie de progrès. Ainsi, en i865, la valeur de ses importations n'atteignait pas i38 millions de notre monnaie, et, en 1875, elle dépassait 200 millions; pour les exportations, l'augmentation n'a été» pendant le même laps de temps, que d'environ 24 millions de francs.

En examinant les principales sources de richesses du Portugal, je n'ai parlé ni de ses soies, ni des produits de ses pêcheries, qui sont l'une et l'autre très-considérables. Jadis, du temps du marquis de Pombal, la sériciculture y était florissante; mais, comme tout le reste, elle était tombée dans un grand état de décadence pendant la première moitié du siècle actuel. Depuis quelques années, le gouvernement a fait de grands efforts pour lui rendre de l'activité, et ily a réussi. En effet, d'après les documents officiels rassemblés par M.deWildik,on voitquede i836 à 1872 l'exportation de la soie ®n cocons s'est élevée de 870 à 33 700 kilogrammes, et que, pendant la même période, l'exportation de la soie grége, qui

(Jloit (lo 1080 kilogrammes seulement, a atteint 2833 kilogrammes.

I^ pficho emploie environ 3o 000 marins et 4o<>o barques; collo ()iil se fait en mer a principalement pour objet la sardine; mais, sur la côle de la province d'AIgarve, on prend aussi beaucoup do thons et de merlans.

Los pt^chos fluviales procurent beaucoup de saumon et d*«losos. En 1876, le Portugal a exporté pour 764500 francs d«i thon» soU frais« soit sec ou salé, et pour 764 5oo de sxtdinos; la valeur totale des produits des pêcheries a été esilmôo I 783 iHK) francs.

Eu rt^sumè» nous vovons donc que sous tous les rapports k nation portu^ise est en voie de progrès; elle s'instruit,* eDe tmv«iUe« elle s*enrichit, et elle comprend que, malgré sa fuble$$e numérique^ elie pourra contribuer puissamment à fiûie p^i^èlr^or U civilisation dans le continent africain, où ses mtî- $al^ur$ ont acquis jadis des titres de gloire impérîssabki.

J'^>utejrai qu'à TExposiiion internationale le Portn^aidiB iK^m^rablemi^nt sa pUce« et que dans plusieurs classes il t obtenu m^i»e des suvvès nenuirquables. Ainsi dans le gitMpelL ^tti oc^n-i^pcend tv^ut ce qui est relatif à Tenseî^TieiDent KS^eîvlieïS s.-ientiûques,ee petit pays a remporté trots; |«iv^d^iii\ lâ^dailles .1\>ret>ejimèdai!iesd'aiT«nuPe«dîltfSi irrftee parsxu i^ plus puissants et les plus rîdies^ cwtcléji- «s ^cT>?s ôe ^^^l>^ïipeaûses f.}as combrrases, ^'iis ï \Mit jifc? «.,;, p*r :Uïîi }a iecujère période àîîS tsfiï«s lESîï» fTMiâs p>£r ixrwf.ijrceT î^ins SNiiwris f»; 3^*Mjr ^*»t^•*ii♦uf.r i V^^-aureiDeiDi de la Ssâcucflli î«>» rtiis i^ic iïi'rl;i?t ûf iia.^ftrs:»ûs ifs vfsnL

liL. Et idiî^ ii^s jii"ys iiviàfoi; pfcs a se pramKSBr sv k nt^iif n? »aa çii. le J;rn':îiieis; tjs i»t: uraiàcrf de

La Finlande; variations progressives de la hauteur des terrss

▲U-DESSUS de la mer DANS LA RÉGION SEPTENTRIONALE DE l'Eu- ROPE; NATION FINNOISE.

En prenant la plume pour causer avec mes confrères de l'Association scientifique, j'ai eu soin de leur dire tout d'abord que, dans ces communications familières, je ne pourrais m'astreindre à suivre aucun ordre méthodique et que, suivant les circonstances du moment, je passerais souvent d'un sujet à un autre. C'est ainsi que déjà, entraîné par mes conversations avec trois de mes collègues du jury international, M. Thorel, représentant de la Suède, M. Van den Broek, délégué des Pays-Bas, et M. d'Aguiar, vice-président de l'Acadéviie des Sciences de Lisbonne, je suis allé de la Scandinavie en Hollande, puis en Portugal, et même dans les colonies lointaines fondées par ce dernier pays, qui sur la carte de l'Europe occupe si peu de place. Aujourd'hui; des motifs du même ordre me ramènent vers le nord; un autre membre de notre l^^y qui appartient à la Russie, quoique son nom soit français, M. de Saint-Hilaire, directeur de l'École normale dé Saint- Pétersbourg, a bien voulu me servir de guide dans ma visite ^ la section finlandaise de l'Exposition; ce savant a appelé Particulièrement mon attention sur une publication récente ^® M. Ignatius sur la Statistique de la Finlande, et, comme tout ^® que j'ai appris pendant notre promenade m'a beaucoup intéressé, je demanderai à mes lecteurs la permission de les ^ï^tretenir aujourd'hui de ce pays, fort curieux, mais dont la P*^part des membres de notre Association ne se sont proba-

blement pas occupés jusqu'ici. Effectivement, il ne joue en Europe aucun rôle politique, et quoique complètement distinct de la Russie par sa constitution et son administration, on le considère souvent comme étant seulement une province de ce vaste empire, parce qu'il a le tzar pour souverain; mais c'est à titre de grand-duc de Finlande, et non comme empereur de Russie, que ce monarque y règne.

A raison de leur constitution géologique, de leur climat, de leur flore et de leur faune, la Norvège, la Suède, la partie adjacente de la Russie jusqu'à la mer Blanche (au nord d'une ligne allant du fond de la baie d'Onega au bord iseptentrional do lac Ladoga, pour aboutir à l'extrémité orientale du golfe de Finlande), forment une seule région naturelle qui diffère beaucoup des contrées* situées plus à l'est ou bordant au sud la mer Baltique. De même que la partie de la Russie qui avoisine la côte sud du golfe de Finlande et qui se prolonge vers le nordest jusque sur la côte orientale de la mer Blanche, elle parait avoir été formée primitivement par des terrains neptuniens très-anciens, notamment par des dépôts de la période silurienne; mais elle n'a conservé cette constitution que sur quelques points, tels que 1q massif montagneux du Dovre et la portion la plus septentrionale de la Norvège; partout ailleurs elle a été envahie par des roches d'origine ignée, et ce sont des granités, du gneiss ou d'autres terrains cristallins qui la recouvrent. Une couche plus ou moins mince de terre meuble provenant de la désagrégation de ces roches en revêt la surface, mais on n'y trouve nulle part ni dépôt houiller ni aucune des formations marines qui datent des époques géologiques plus récentes et qui abondent dans les autres parties de l'Europe, et tout indique que depuis l'époque paléozoïque, caractérisée par l'existence des trilobites et d'autres animaux marins les plus anciens, elle n'a jamais été submergée. Cette grande région^ à structure massive, est donc une terre des

ilus anciennes; mais jusqu'à une période géologique peu iloignée de l'époque présente elle parait avoir été complétenent cachée sous les glaces circumpolaires et n'avoir été labitable ni pour les plantes ni pour les êtres animés. A en uger par son aspect général, on aurait pu supposer qu'elle levait être une des parties les plus solides et les plus immobiles de la croûte du globe, et cette idée ne pouvait être que corroborée par le fait de l'absence complète de volcans et >ar l'extrême rareté des tremblements de terre, dont les ^cousses ne sont jamais fortes; mais, en réalilé, il n'y a ni en Europe ni dans le reste du monde aucune contrée qui présente au même degré des indices d'un soulèvement graduel 3t continu du sol, ou sur d'autres points d'un affaissement lent, s'effectuant de nos jours. Ces mouvements s'opèrent verticalement, sans secousses et avec une lenteur qui les rend insensibles; ils ne font tomber aucun monument et ne produisent dans le sol aucun bouleversement, mais ils déterminent à la longue des changements dans les niveaux relatifs des eaux de la mer et des terres adjacentes qui ne peuvent laisser aucune incertitude sur leur existence à l'époque actuelle. La Finlande nous en offre des preuves; mais c'est surtout sur les côtes de la Suède et de la Norvège que les effets produits de la sorte ont été constatés avec le degré le précision réclamé par la Science moderne.

Vers le commencement du siècle dernier, l'attention des a;éologues fut appelée sur ces changements par les remarques les pilotes et des pêcheurs de phoques. Ces hommes ignorants, nais souvent excellents observateurs, parlèrent d'écueils qui» 3n s'élevant de plus en plus, créaient pour la navigation cô- Lière des dangers inconnus jusqu'alors, et affirmaient que des rochers jadis à fleur d'eau, où dans leur jeune temps ils se rendaient fréquemment pour y surprendre les phoques au repos, s'étaient élevés au-dessus du niveau de la mer au

point d'être devenus complètement inaccessibles à ces animaux. Beaucoup de faits de ce genre furent enregistrés en 1736 par Celsius, professeur d'astronomie à Upsala etcom* pagnon de voyage de Maupertuis, de Ciairault et de'Lemonnier, lorsque ces géomètres allèrent en Laponie pour y mesurer un degré du méridien terrestre. Ce savant attribua ces changements à un abaissement des eaux de la mer et cette hypothèse donna lieu à beaucoup de discussions. En 1747» la Diète de Suède s'en mêla et déclara a que Teau delà Baltique ne pouvait pas diminuer, parce que c'était contraire à la Bible»; mais cette raison, comme on le pense bien, ne persuada pas les hommes de science; Tornberg Bergman en donna de meil' leures, tirées des lois de l'Hydrostatique, et vers la même époque, Warganton, secrétaire de l'Académie de Stockholm, attribua avec raison le phénomène observé, non à un abaissement du niveau de la mer, mais à Texhaussement du sol terrestre, opinion qui fut reproduite en 1802 en Angleterre par Playfair et qui, en effet, était la seule admissible, en supposant exacts les faits dont on arguait. Pendant longtemps il régna beaucoup d'incertitude à cet égard. En 1810, l'éminent géologue Léopold de Buch donna de nouvelles preuves de l'élévation récente de divers points des côtes du littoral du golfe de Bothnie; ainsi, pendant un voyage qu'il venait de faire jusqu'en Laponie, il avait constaté que la ville appelée le Vieux- Luléo, jadis un port de mer, se trouvait à plus d'un mille dans les terres, et que non loin de là, à Innervick, un petit bras de mer autrefois navigable était traversé par une grande route. U rapporta aussi que des marques gravées à fleur d'eau sur des rochers du littoral près de Gèfle et de Calmar, du temps de Celsius, venaient d'être examinées par des ingénieurs habiles et indiquaient des changements du même ordre. EnOn, il conclut de l'ensemble de ces observations que la Suède entière s'élève lentement depuis Frederickshall en Norvège jusqu'à

Abo en Finlande, et peut-être jusqu'à Saint-Pétersbourg (*). En i8i6y Nilson visita la côte suédoise depuis Throndhjem jusqu'à Bodô et acquit aussi la conviction de l'existence de ce mouvement ascensionnel du sol; puis» en 1820» T Académie de Stockholm fit commencer une série d'observations précises destinées à donner la mesure de la grandeur du phénomène. Vers le milieu du xtiii* siècle, à Tinstigation de Celsius, on avait gravé sur plusieurs rochers du littoral des marques correspondant à la surface de la mer qui baignait le pied de ces écueils; l'Académie fit examiner ces marques par deux de ses membres, Brunkrôm et Hellstrôm, et ces savants reconnurent qu'elles n'occupaient plus leur position primitive; elles étaient plus élevées relativement à la surface de l'eau adjacente, mais la différence n'était pas la même partout et l'exhaussement était plus considérable vers le nord que vers le sud; il paraissait même cesser vers Falkenberg, sur la côte occidentale de la Suède, à l'embouchure du Cattégat, et près de Calmar, sur la Baltique, par 57**25' de latitude nord. Enfin, ces investigateurs firent sur les rochers du littoral de^ nouvelles marques propres à servir de termes de comparaison pour des observations ultérieures. L'absence de marées dans cette mer intérieure et la conformation des côtes facilitent beaucoup les déterminations de ce genre. Le vent peut faire varier momentanément la hauteur de l'eau et dans certaines localités les dépôts alluvfens peuvent modifier la configuration de la côte; mais, en choisissant des roches bien abritées et dont les flancs plongent à peu près verticalement dans la mer, ces causes d'erreur sont évitées, et, parmi les îlots innombrables qui bordent la Finlande, la Suède et la Norvège, et qui y constituent l'espèce d'archipel

(*) L. DE BucH, Foyage en Norvège et en Laponie pendant les an^ nées 1806, 1807 et 1808, t. II, p. 278.

littoral désigné sous le nom de Skar, des points de ce genre abondent.

En 1834, le géologue anglais Lyell alla en Suède examiner par lui-même le singulier phénomène mis à Tétude et recueillir les observations faites à ce sujet par les savants du pays. A son retour en Angleterre, il publia, dans les Transactions de la Société royale de Londres, un Mémoire très-étendu sur les mouvements du sol dans la Scandinavie (')» et il confirma pleinement les résultats annoncés par ses prédécesseurs. Les recherches plus récentes de M. Nilson, de M. Lôven, de M. Erdmann, de M. Torell, de M. Nordenskiôld, de lordEilkink et de plusieurs autres géologues prouvent que, dans une grande partie de cette région, la terre continue à s'élever d'une manière analogue, mais qu'ailleurs elle conserve son ancien niveau et que dans le sud de la Suède la croûte solide du globe s'affaisse lentement. Dans une Communicatioa faite en 1869 au Congrès de Copenhague, et publiée il y a trois ans, le professeur Nilson a présenté des observations trèsintéressantes sur ce dernier phénomène, dont l'existence avait été signalée pour la première fois en 1770 parWilcke, et il est aujourd'hui bien démontré que, dans cette partie de l'Europe, il y a dans le sol un mouvement de bascule d'une lenteur extrême, mais dont les effets peuvent devenir à la longue fort appréciables.

Yoici un des faits qui le prouvent. En 1749» Linné, voulant fournir à la postérité un moyen de résoudre la question alon? en litige sur rabaissement prétendu de la mer Baltique, avait mesuré avec soin la distance existant entre la côte et un rocher très-élevé appelé le Stafsten et situé à l'intérieur près de Trelleborg, à l'extrémité sud de la Suède. Un siècle plus tard, M. Nil-

(' ) 0/2 the proofs of a graduai rising of the Land in certain parts of Swedeen [Phil. 7>., i834).

- SM9 son mesura de nouveau cette distance et trouva qu'elle avait beaucoup diminué. Ce savant constata aussi que, dans le même voisinage, un îlot bien connu autrefois sous le nom de Klappen avait presque entièrement disparu sous les eaux, et il nous apprend qu'en 1868, lorsqu'on creusa le port de Malmô, situé également dans la partie la plus méridionale de la Suède, on y trouva, au-dessous du niveau de la mer, une ancienne tourbière contenant des silex travaillés de la main de l'homme. Dans le port d'Yslad on a découvert, dans un gisement semblable, une inassue en bronze, et, d'après un examen attentif de lalocalité, M. Nilson a été conduit à penser que l'enfouissement de cette sirme ainsi que d'autres objets analogues était dû à un abaissement graduel du sol pendant une longue suite de siècles. Aujourd'hui, l'une des rues de Malmô se trouve si près du niveau de la mer, qu'elle est inondée chaque fois qu'un vent tfès-fort souffle du large; et cependant, en y faisant des fouilles j'y a quelques années, on découvrit au-dessous de cette voie, i a*,4o plus bas, les restes d'une rue ancienne qui, indubiélément, ne se trouvait pas à ce niveau lorsqu'elle était habitée, car elle aurait été toujours sous l'eau. Un autre savant suédois nous apprend que récemment, en creusant le sol sur ^ autre point, on a mis à jour une tourbière au-dessous de Quelle se trouvait un banc de sable contenant les débris de Vingt-trois navires, dont l'un était chargé de tuiles; auprès d'un de ces bâtiments, il y avait un chaudron d'airain, ainsi que' d'autres ustensiles, et deux arquebuses qui parurent être du rv* siècle; par conséquent, là aussi, le rivage a dû s'être beaucoup abaissé depuis le moyen âge.

Le mouvement du sol en sens contraire se manifeste à peu de distance au nord. A Stockholm, il est très-faible et paraît ne pas excéder o°',oi 5 par siècle; mais à Gèfle, située sur la même côte, à 144 kilomètres plus au nord, il est au moins de o%6 pendant le même laps de temps, et au cap Nord il est encore

plus considérable. D'après M. Ignatius, le soulèvement de la croûte solide du glèbe serait d'environ 0*^,6 par siècle sur les côtes du golfe de Finlande et de i mètre par siècle sur la c6te est du golfe de Bothnie, vers le Quarker.

Ce phénomène géologique qui se produit sous nos yeux n'est pas d'origine récente; le soulèvement lent et graduel de la Finlande et des parties septentrionales de la Scandinayie avait lieu aussi à des époques plus reculées de la période ao tuelle, et a porté à des hauteurs plus ou moins grandes aihdessus du niveau de la mer des bancs de coquilles déposées primitivement sur la plage et semblables à celles des mollusques marins qui vivent aujourd'hui dans la même région. Par suite de mouvements de bascule analogues à ceux dont je viens de parler, d'anciennes forêts côtières ont été subme^ gées et ont laissé leurs débris sur plus d'un point à des distances plus ou moins grandes en mer, tandis que dans d'autres lieux les plages et les roches de l'ancien littoral se trouvent maintenant fort loin dans l'intérieur des terres et élevées beaucoup au-dessus du niveau de la mer. Léopold de Buch signala un déplacement de ce genre, et Alexandre Brongniart, qui visita la Suède en 1824» trouva près d'Uddevalla des balanes adhérentes à des rochers. Au-dessus d'un de ces dépôts de coquilles récentes, situées à une altitude de plus de 80 mètres» M. Torell a rencontré, en Norvège, des amas de coquilles marines de la période actuelle, à des hauteurs de 180 mètres et même de 210 mètres au-dessus de la mer. Par la comparaison de ces coquilles avec celles du littoral actuel etaycc celles du Spitzberg, M. Torell a pu se convaincre aussi que les mouvements du sol, dont leur déplacement a été la cause, ont eu lieu en partie depuis que la Scandinavie est dans son état climatologique actuel, et en partie à une époque où le froid était beaucoup plus intense que de nos jours.

La Finlande, comprise entre le 6o« et le 70" degré de latitude

ordy jouit maintenant d'un climat doux comparativement à elui de la partie septentrionale de la Russie, de l'Asie aréique et de l'Amérique du Nord. La ligne isotherme correslondant à une température moyenne de + 2*» y passe sous e64* parallèle, tandis qu'en Russie, vers l'est, elle s'incline de Jus en plus vers le sud et atteint le 53« degré de latitude sur es bords du fleuve Oural. A Abo, la température moyenne est le4-4**>6 et àHelsingfors elle ne descend au-dessous de zéro lue pendant le mois de novembre. Les hivers y sont cependant irès-rudes; quelquefois même, dans cette dernière ville, située sur la côte méridionale de ce pays, le thermomètre descend à "•3o%et à Tornéa, située à l'extrémité septentrionale du golfe le Bothnie, la congélation du mercure n'est pas un phénomène rare. Dans l'intérieur des terres, le froid est, comme ^'ordinaire, plus intense que sur le littoral, car la douceur relative du climat de la Finlande dépend principalement des mers qui l'entourent au sud ainsi qu'à l'ouest et qui ne restent ^empiétement gelées que pendant peu de temps. On en peut JQger par les faits suivants : les phares établis le long de la côte restent allumés tant que de leur sommet on peut apercevoir la mer ouverte; or, pendant ces dernières années, sur les points les plus avancés vers le sud, ils n'ont été éteints que pendant quarante-trois à quarante-cinq jours chaque hiver, fit, en général, le service de bateaux à vapeur établi entre Hango et Stockholm a lieu régulièrement; mais plus loin vers le nord, à Nystad, près de l'entrée du golfe de Bothnie^ on ) bissé les phares éteints pendant soixante-huit jours, et à i'irosa, dans le Quarker, ils restent éteints pendant plus de [uatre mois et demi chaque année.

Dans les premiers temps de la période actuelle, il en était atrement; la Finlande, de même que la Suède et la Norvège, tait couverte par un glacier, et c'est en partie à cette circontance que ce pays doit sa conformation actuelle. En effet,

les moraines, ou amas de débris rocheux transportés par cette immense nappe de glace et déposés sur ses bords, ou rejetés par les flots, ont formé près du littoral une sorte d'enceinte^ et, à mesure que le glacier, en fondant sous Finfluence d'une température de plus en plus douce, s'est reculé vers le nord, des moraines nouvelles ont constitué de loin en loin d'autres barrières semblables. Ces séries de collines et de monticules, séparées entre elles par un pays plat et creusé de dépressions innombrables, parfois même de grands bassins, s'opposent à l'écoulement des eaux, et il en résulte une multitude de lacs dont beaucoup communiquent entre eux et sont parsemés d'une foule d'îlots intérieurs. Aucune contrée de l'Europe et peut-être du monde entier ne peut être comparée à la Finlande pour le grand nombre des lacs; ils occupent les douze centièmes de la superOcie totale du pays et, dans les espaces intermédiaires, on rencontre des marais et des tourbières dont rétendue est évaluée à environ un cinquième de cette superficie générale. Ces lacs forment trois systèmes dont l'un déverse ses eaux dans le lac Ladoga, dont le second débouche dans le golfe de Finlande et dont le troisième communique avec le golfe de Bothnie. Enfin, le long do littoral, la configuration de cette région est encore à peu près la même, si ce n'est que les eaux douces sont remplacées par la mer, car la côte est entrecoupée de profondes vallées irrégulières qui, en donnant accès à la mer, constituent autant de fjordsy et elle est bordée d'une ceinture d'îlots et d'écueils dont l'ensemble forme un archipel presque inextricable. Dans toute la partie côtière de la Finlande, le sol ne s'élève nulle part à 5o mètres au-desçus du niveau de la mer; dans la zone suivante, les terrains ont moins de loo mètres d'altitude, et dans toute la partie méridionale du pays, ainsi que vers le nord, jusque dans le voisinage de la Laponie, I^ hauteur du sol ne varie guère qu'entre loo et 200 mètres.

Dans le nord il y a des montagnes qui se relient à l'extrémité nord-est de la chaîne des Alpes norvégiennes; Tune d'elles a même i258 mètres de haut, mais au sud du cercle polaire oiucun sommet n'atteint 600 mètres et bien peu dépassent 3oo mètres. La presque totalité de la Finlande est donc un pays très-bas et la plupart de ses rivières ne sont pas navigablesy à cause des rapides qui en embarrassent le cours. Cependant elles servent au flottage et rendent exploitables les grandes forêts de l'intérieur.

La flore de la Finlande est à peu près la même que celle de la Suède. Le pin sylvestre et le sapin y sont très-répandus; ils cessent presque de se montrer entre le 68* et le 69*» degré de latitude nord. Le chêne ne se rencontre qu'au sud, dans le voisinage du golfe de Finlande, et même là il ne forme que rarement de petits bois. On estime que les forêts couvrent les soixante-quatre centièmes de la surface totale du sol, et le prix du bois que l'on en tire constitue plus de la moitié du revenu fourni par le commerce d'exportation. Elles appartiennent en majeure partie à l'État et elles alimentent de nombreuses scieries; à la fin de 1876, on y comptait 209 établissements de ce genre, dont 61 étaient des scieries à vapeur. La quantité de bois scié que la Finlande exporte est très-considérable; elle fut estimée à i5 millions de pieds cubes en 1872, i a3 millions en 1878, à 32 millions l'année suivante et à plus de 4o millions des mêmes mesures en 1876. On trouve dans le livre de M. Ignatius beaucoup de renseignements intéressants sur les industries auxquelles le bois donne Mou dans ce pays; mais ce sujet est étranger à l'objet de "ïos Causeries, et je me bornerai à ajouter ici que la préparation de la pâte de bois pour la fabrication du papier a pris depuis quelques années une importance considérable. fin 1871, il y avait en Finlande 2 usines pour la production de Cette pâte; quatre ans plus tard, le nombre de ces usines était

— 22i — de 8 et la quantité des produits qu'elles exportaient approchait de 29000 quintaux métriques.

La population de la Finlande est très-clair-semée, si ce n'est sur quelques parties du littoral méridional. La superficie de ce paj^s est égale à plus des trois cinquièmes de celle de h France^ mais le nombre de ses habitants est inférieur à celui des habitants de la ville de Paris (•). Terme moyen, il n'y en a que 5 par kilomètre carré, et dans la région septentrionale oa ne compte guère que i habitant par 10 kilomètres carrés, proportion qui, appliquée au département du Nord, en France, donnerait à peu près 67 habitants, au lieu de 1 4477^4» nombre indiqué par nos relevés statistiques.

Les premiers occupants de la Finlande, ainsi que de la Scandinavie et du nord de la Russie, étaient les Lapons, peuple d'origine asiatique qui a beaucoup d'analogie avec les Samoyèdes; mais aujourd'hui ils ont presque entièrement disparu de cette partie de la région transbaltique ; on en rencontre encore quelques centaines d'individus dans le nordda grand-duché, au delà du cercle polaire, et c'est seulement au delà de ses frontières, dans la partie adjacente de la Norvège située encore plus loin vers le pôle, et dans la Laponie proprement dite, à l'ouest de la mer Blanche, qu'ils sont restés en possession du sol, non pas comme nation indépendante» mais comme sujets russes.

Les Fins ou Finnois, ainsi que nous les appelons commv^ nément, mais qui se nomment eux-mêmes Suoma et que leurs voisins les Suédois désignaient jadis sous le nom de Quains, occupaient très-anciennement les bords méridionaux du golfe de Finlande, pays qui constitue aujourd'hui les provinces russes désignées sous le nom de Courlande et A'Esth-

(') Le recensement de 1876 a donné pour la totalité de la Finlande 1 912647 âmes. A Paris, en 1876, on en acompte 1988806.

\ie, Taciie en parle, et Procope, qui, ayant accompagné Béliaire dans ses guerres avec les Goihs et les Vandales, trouvait ouvent l'occasion de communiquer avec des barbares du "ïord, recueillit sur ce peuple des renseignements plus précis. \ les décrit comme étant des sauvages, vivant de chasse, se couvrant de peaux d'animaux et se distinguant des autres labitants de la région Scandinave, que cet auteur appelait Thulé. Mais l'évêque de Ravenne, Jornandès, qui était Goth d'origine et qui écrivait vers le milieu du vi* siècle, fut le premier à les distinguer des Lapons. Aujourd'hui, ces deux peuples diffèrent entre eux par leur physionomie et par leurs idiomes aussi bien que par leurs mœurs; ils ne se comprennent pas mutuellement, et les Lapons ont conservé leurs habitudes nomades, tandis que les Finnois sont devenus sédentaires et cultivateurs. Cependant ils paraissent être d'origine commune et les caractères essentiels de leurs langues sont à peu près les mêmes. Leurs voisins, les Norvégiens, désignent les Lapons sous le nom de Fins (*). Quelques auteurs pensent que c'est sous TinOuence de la civilisation que les premiers se sont transformés en Finnois; mais, d'après quelques traditions locales, ceux-:Ci, chassés probablement des bords du moyen Volga par les Bulgares, seraient arrivés en Finlande vers le commencement du nu* siècle et auraient refoulé les Lapons. Quoi qu'il en soit à cetégard, la présence de ces derniers jusque dans les parties niéridlonales de la Finlande avant l'arrivée des Finnois nous ^^l révélée par le mode de désignation de divers lieux, qui ont i^nservé des noms appartenant à la langue laponne, et ces 'eux peuples sont originaires de l'Asie septentrionale, lis appartiennent à une famille anthropologique que quelques eth-

('] De là le nom de Finmark donné à là province nord-est de la Nor- M.-K. i5

nographes désignent sous le nom commun de groupe Ugrien ou Ougrieny et que Ton retrouve en Russie sur les deux versants des monts Ourals, dans la province de Perm, ainsi que plus au nord-esi, dans la partie adjacente de la Sibérie. Ces races sont parfaitement distinctes des peuples slaves ainsi que des Scandinaves et des autres descendants de la souche germanique; mais la Linguistique nous apprend qu'ils sont proches parents des Magyars de la Hongrie, qui, à leur tour, paraissent être sortis de la même race que les Huns d'Attila. Néanmoins, sous les rapports des caractères physiques et des mœurs, les Finnois ne ressemblent ni aux Magyars, ni à aucune des autres tribus ou nations du groupe altaï-ouralien. Lorsque les Finnois s'établirent dans la contrée d'outre-mer qui porte aujourd'hui leur nom, ils étaient dans un état de barbarie presque complète. Ils n'étaient pas réunis en corps de nation sous un ou plusieurs chefs, et Ton ne trouve même dans leur langue primitive aucune expression ayant le sens que nous attachons aux mots juge^ magistrat, souverain^ viUe et royaume; la seule différence de rang dont on découvre des traces dans cette langue est celle qui existait entre les hommes libres (ou wapa) et les esclaves ou serviteurs (biyay pûleolya]^ dont le principal emploi paraît avoir été d'aider leurs maîtres en temps de guerre. Les croyances religieuses de ces peuplades tenaient du fétichisme autant que du polythéisme, et la rapine était une de leurs occupations favorites. Aussi eurent-ils de fréquentes guerres avec leurs voisins les Suédois, et ceux-ci, conformément aux idées du temps, ne tardèrent pas à vouloir les convertir au christianisme par la force des armes. Pendant le xi^' et le xiii*' siècle, plusieurs croisades furent entreprises dans ce but, et, lorsqu'elles eurent réussi, les vainqueurs établirent aussi leur domination temporelle dans toute la contrée. Les Suédois se fixèrent alors en grand nombre sur le littoral de la Finlande, mais ils s'appliquèrent à s'assinier

les Finnois plutôt qu'à les assujettir et, comme ils leur étaient fort supérieurs en civilisation, l'influence qu'ils exercèrent fut très-utile. Les paysans restèrent libres propriétaires du sol, et les droits civils et politiques furent les mêmes pour les deux races, dont l'union ne tarda pas à devenir intime.

Les traditions ne nous apprennent que peu de choses sur l'état dans lequel les Finnois se trouvaient avant la conquête suédoise; mais, en suivant une voie détournée, quelques éruditSy notamment un écrivain nommé Rûhs, sont parvenus à jeter beaucoup de jour sur cette question, qu'au premier abord on pouvait croire insoluble.

Il est d'observation que, lorsqu'une invention, une habitude, une Idée a pris naissance dans un pays, elle reçoit un nom tiré de la langue des habitants de cette contrée, tandis que les choses qui y arrivent du dehors conservent souvent leur nom d'origine étrangère. Ainsi, chez nous, une foule de termes de marine et d'autres mots techniques qui sont devenus d'un emploi journalier sont, en réalité, anglais ou hollandais, parce que c'est de l'Angleterre ou de la Hollande que les choses correspondantes nous sont parvenues; par exemple, à bord des bateaux à vapeur, nous entendons le commandant, lorsqu'il veut faire arrêter, crier au machiniste Stop ! mot qui n'est pas d'origine française, qui est anglais et qui signifie Arrête! Si ce genre de navigation avait été usité d'abord en France, comme cela aurait dû l'être, puisque c'est chez nous que les premiers essais en furent faits, on aurait dit Halte I ou Arrête! au lieu de Stop! et l'on n'aurait jamais songé à introduire dans notre langue le verbe stopper; mais l'art de diriger les bateaux à vapeur nous ayant été apporté par des Anglais, ceux-ci nous ont donné en même temps les termes dont ils avaient l'habitude de se servir. L'expression jeter le\ loch, qui veut dire lancer k la mer le morceau de bois attaché à un fil déroulable

dont on fait usage pour mesurer la vitesse d'un navire, indique

aussi que Tinveniion de ce mode d'appréciation nous vient des marins d'oulre-Manche, car le mot anglais log signifie bûche ou gros morceau de bois. L'origine du mot cutter, dont nos matelots ont fait cotre et dont ils se servent pour désignerles petits bâtiments sveltes à un seul mât qui sont taillés de façon à bien fendre Teau et à avoir ainsi une marche rapide, nous apprend aussi que ce genre de navire nous a été donné par les Anglais; car ce nom dérive évidemment de cul, couper, et cutter signifie à la fois une personne ou une chose qui taille et le navire dont je viens de parler. Les termes rail, wagon, etc., montrent aussi que l'usage des chemins de fer a été introduit chez nous par les Anglais, car nous aurions appelé les mêmes choses barres ou bandes et chariots, si nous avions été les premiers à en faire usage.

C'est en se guidant par des considérations de cet ordre que l'on est arrivé à avoir quelques notions relativement à ce que les Finnois connaissaient ou ne connaissaient pas avant leur annexion à la Suède. La langue qu'ils parlent aujourd'hui est un mélange d'ancien finnois et de suédois; ils ont continuée se servir de mots d'origine finnoise pour désigner les choses ou les Idées qui leur étaient familières avant l'invasion suédoise, et ils ont adopté les noms de source suédoise pour tout ce qu'ils ont reçu de leurs voisins. Ainsi nous savons qu'avant l'arrivée des Suédois les habitants du pays s'étaient adonnés à l'agriculture et à l'élevage du bétail; il en est résulté que presque tous les mots qui sont relatifs aux travaux de cet ordre sont finnois ; les Fins connaissaient le moyen de faire le beurre, car ils appellent ce produit woi, mot qui appartient k leur langue primitive, tandis que cette langue ne fournit aucune expression pour désigner le fromage, dont le nom est emprunté au suédois; par conséquent, il est présumable que les indigènes ont appris des colons suédois l'art de faire cette substance alimentaire. Des inductions du môme genre font peu-

ser que» dans leur état de civilisation primitive, ils employaient pour se vêtir des étoffes .tissées, car le mot kamgari, tisserand, parait appartenir au vieux finnois. Il est également probable qu'ils savaient fondre le fer et le forger, fabriquer de Tacier, enfin que ni le cuivre ni l'argent ne leur étaient inconnus, car toutes les expressions employées pour désigner ces choses sont d'origine finnoise, tandis que les noms d'autres métaux, tels que l'or, i'étain et le plomb, sont tous d'origine exotique. On sait d'ailleurs par les anciennes sagas islandaises que déjà à une époque très-reculée les épées finnoises étaient fort estimées, et les traditions suédoises attribuent soit à des Finnois proprement dits, soit à des Fins de l'Esthonie, la découverte de diverses mines de la Suède.

Je pourrais multiplier beaucoup les exemples d'inductions de ce genre, relatives aux mœurs et aux connaissances des Finnois avant leurs communications avec les Suédois; mais je ne m'arrêterai pas davantage sur ce sujet, car ce que je viens d'en dire suffira, ce me semble, pour montrer combien l'étude approfondie de la langue usitée aujourd'hui en Finlande peut offrir d'intérêt pour l'Histoire et pour l'Ethnologie. On comprendra donc facilement pourquoi en Finlande les hommes de science attachent depuis longtemps une grande importance à la Linguistique, et pourquoi, indépendamment des sentiments qui les portent à ne pas laisser disparaître une des choses qui caractérisent au plus haut degré leur nationalité, les savants de ce pays s'appliquent avec ardeur à la culture de cette branche d'études.

Aujourd'hui, il ne suffit plus d'empêcher que la langue des Fins ne soit pour ainsi dire étouffée sous la langue suédoise : il faut aussi empêcher qu'elle ne soit supplantée par la langue russe, car, depuis i8i4, la Finlande est annexée à la Russie, et ce dernier pays ne néglige rien pour y développer la culture des lettres et des sciences, pour y introduire la civilisation

moderne, et pour se l'attacher par les liens de la reconnaissance aussi bien que par les relation^ administratives et commerciales. Ainsi, la Russie a envoyé à rUniversitéd'Helâingfors, dont le siège était jadis à Âbo, quelques-uns de ses savants les plus éminents, Alexandre von Nordmann par exemple; son influence morale doit, par conséquent, y augmenter rapidement. Mais, à côté de TUniversité et sous son patronage, plusieurs Sociétés savantes se sont constituées, et Tune de ces Compagnies a particulièrement pour objet la culture des études relatives à la Finlande, à sa langue et à sa littérature; c'est la Société finlandaise de littérature, fondée en i83i Helsingfors. II y a aussi dans la Société des Sciences de h même ville une section d'Histoire et de Philosophie, composé< de quatorze membres, et les actes de ce corps savant contiennent beaucoup de travaux intéressants sur TËthnographie finnoise. Tout récemment, en 1875, une Société d'Hii^ toire s'est constituée également à Helsingfors et elle s'occup surtout de recherches archéologiques, ainsi que de la publica — tionde documents historiques. Une autre association analogue •« qui date de 1870, s'applique à sauver de la destruction eid^ l'oubli les anciens monuments de la Finlande, ainsi quQ l&s traditions et les chants du vieux temps; elle a fondé à Helsingfors un musée d'Histoire et d*£thnographie. Je citerai également la Société Pro fauna et Jlora fennica, qui envoie chaque année, à ses frais, de jeunes botanistes, des zoologiste^ et des géologistes étudier les richesses naturelles du pays e^ former des collections destinées à l'Université d'Helsingfor^* Enfin, je ne dois pas oublier ici que cette ville possède up^ bibliothèque considérable, un musée zoologique, un musé^ ethnographique, un observatoire astronomique, un observa-^ toire météorologique, et plusieurs autres établissements goO" sacrés à l'avancement des sciences, des lettres et des arts. L*^ plupart de ces établissements ne se trouvaient pas au nombre

^e$ exposanls au Champ de Mars, et, par conséquent, le jury chargé de décerner les récompenses n'avait pas à s'en occuper; -■nais la Société littéraire de la Finlande, dont le siège est à Xelsingfors, y avait envoyé ses publications, et cette Compagnie savante a obtenu une médaille d'or. J'ajouterai que des ré- <2ompenses ont été décernées aussi à l'Administration forestière de la Finlande et au Bureau de Statistique d'Helsingfors.

L'exposition ethnographique, au Trocadéro, était placée hors concours, et, par conséquent, les collections que la Finlande y avait envoyées ne pouvaient recevoir de récompense de ce genre; mais elles ont été fort remarquées du public.

Depuis plus de deux siècles, les études archéologiques sont en faveur dans ce pays, et le roi de Suède qui le gouvernait alors, fut, je crois, le premier monarque qui ait pris officielle* ment sous sa protection les monuments historiques, les tumulus, etc«, afin de les mettre à l'abri de la destruction, mesure semblable à une de celles qui ont été prises de nos jours par le Gouvernement français dans l'intérêt de l'Archéologie. Cette loi suédoise, applicable à la Finlande comme aux autres parties du royaume, date de 1667 et provoqua immédiatement la publication d'une vingtaine de Mémoires sur les antiquités historiques ou même préhistoriques de ce pays. Mais les objets de cet ordre qui étaient transportables furent envoyés pour la plupart en Suède, puis dispersés, et d'ailleurs les droits réguliers qui attribuaient au fisc les deux tiers de la valeur vénale de toute trouvaille déterminaient le recel ou Q^éme la destruction de beaucoup de pièces précieuses. En ■734, cette exigence fut abolie; l'État se réservait toujours '^ droit d'acquérir les antiquités que l'on découvrirait et des Peines sévères furent édictées contre les personnes qui ne fe- ^îenipas déclaration de leurs découvertes, mais le roi s'enga- ^^a à payer intégralement la valeur de tout objet qu'il prendrait ^^ d'ajouter à cette somme un huitième du prix d'estimation.

^Kfé»

Cela profila à l'Académie des antiquilés, dont le siège est à Stockholm, et permit à la bibliothèque de l'Académie d*Abo de former une collection numismatique qui donna lieu à plus d'une publication intéressante. Ainsi, les antiquaires finnois ont pu constater de la sorte que du temps des Romains leurs ancêtres avaient des relations avec les parties civilisées de TEurope; en effet, on a trouvé en Finlande une monnaie à l'effigie de Sabine, femme de l'empereur Adrien. Mais l'absenci de collections locales s'opposa au développement des études relatives aux produits de l'industrie ou de l'art chez les an-

ciens Finnois, et, pendant la seconde moitié du xnii* sièclesl'attention des antiquaires de la Finlande fut dirigée prinripa lement vers l'examen des immeubles anciens, tels que les foB^-tlfications préhistoriques et les tumulus. On cite avec élog^ s plusieurs publications dont ces recherches furent l'objet, pasr exemple celles de Lengwist et d'Indremus sur lesmonumen^Cs lapons existant dans l'intérieur de la Finlande, et un auteuir nommé Ganander fît à cette époque des fouilles très-frucî* tueusesdanslestumulus,dontil évalua le nombreàplusdedeLj:x cents et dont il retira beaucoup d'armes et d'ustensiles en fer, ainsi que des ornements en bronze, en argent et même en ar, que Ton présume être d'origine fînnoise; mais malheureusement, après la mort de Ganander ( en 1 790 ), ses collections furent dispersées et toute trace en a été perdue. Néanmoins, l'Impulsion donnée par ce chercheur ne s'arrêta pas; il fut suivi dans cette voie d'investigation par plusieurs de ses compatriotes, et, en i83o, Fellman, connu par ses travaux sur la langue et le pays des Lapons, commença la publication d'une série d'articles d'un caractère scientifique sur les antiquités et sur les traditions finnoises. Cet auteur paraît même être l'un des premiers qui aient parlé de la division des temps préhistoriques en âges, caractérisés par la nature des matériaux employés pour la confection des objets dont les peuples primitifs faisaient usager

oar, en 1846, il fil paraître un travail intitulé : Antiquités de i'àge de pierre^ trouvées en Ostrobotlinie. Mais le premier auteur qui ait cherché à se faire une idée générale des monuments préhistoriques de la Finlande fut M. Castren, qui étendit ses recherches aux anciens monuments funèbres de la province d'Archange! et des bords de l'Ienisseï supérieur, en Sibérie» pays dont les habitants, ainsi que je l'ai déjà dit, descendent de la même souche que les Fins.

En 1827, le cabinet des médailles fondé à Abo et les objets ethnographiques réunis dans cette ville furent détruits par on grand incendie, et, à la suite de ce désastre, un établissement analogue fut créé à Helsingfors; plus récemment, le musée consacré spécialement à l'Ethnographie, et dont j'ai déjà fait mention, fut créé à côté du cabinet de Numismatique dont l'Université de Helsingfors fut ainsi dotée. Parmi les personnes qui ont le plus contribué au développement des collections ethnologiques et à leur utilisation, je citerai Holmbepg, qui publia, en 1859, ^^ ^^^ Ouvrage sur les antiquités de la Finlande, livre qui malheureusement n'a pas été achevé, naais qui néanmoins a rendu de grands services. Aujourd'hui les études de cet ordre sont cultivées avec ardeur et succès par un nombre considérable de Finnois; plusieurs savants ont formé des collections particulières; les questions relatives aux anciens habitants du pays sont étudiées aussi bien au moyen ^e la Linguistique et de l'Anthropologie qu'à l'aide de l'His* ^oîre, dés traditions et de l'Archéologie; des collections ï^onabreuses de crânes ont été réunies et étudiées avec toute 'a précision que réclame la Science moderne. Le directeur actuel du cabinet anatomique de TUniversité de Helsingfors, ^•Conrad Hallsten, a exposé une belle série de ces pièces, accompagnée d'un catalogue méthodique et descriptif. Enfin, '' Commission finnoise chargée de l'organisation de la partie ^•^chéologique de l'exposition de cette Université a faitparattre, ^^ français, une Notice très-intéressante sur l'état actuel de

cette branche des sciences en Finlande, opuscule dont voici en abrégé le résumé.

Les plaines du nord de la Russie, comprises entre les lacs Ladoga et Onega à l'ouest et le fleuve de Kama à Test, con — stituent une région dont les habitants, à l'époque de Vâge de^ pierre^ se servaient principalement d'armes et d'ustensiles en silex, mais avaient aussi quelques grandes haches percée^ d'un trou pour la réception du manche. En Finlande, les objets en silex manquent complètement et la plupart des instruments tranchants de cette période sont en ardoise, en porphyre, en diorite ou en syénite; mais, malgré la différence des matériaux employés, ceux de la partie sud-ouest du pays ressemblent beaucoup aux objets trouvés dans la presqu'île Scandinave, tandis que ceux de la région nord-est sont du même type que dans la Carélîe russe, fait qui tend à faire présumer qu'à cette époque reculée la civilisation naissante pénétrait en Finlande de deux côtés à la fois. Jusqu'ici on n*a trouvé dans ce pays que peu de traces de l'âge de bronze, et les objets de cette époque que l'on possède sont des mêmes types que les aoti^ quités Scandinaves, dont la date ne paraît être que peu antérieure au commencement de l'ère chrétienne. L'âge de fer se subdivise en deux périodes, dont la première paraît correspondre aux cinq premiers siècles de notre ère et n'a laissé que des reliques en trop mauvais état de conservation pour pouvoir être étudiées attentivement, et dont la seconde, également préhistorique, s'étend jusqu'au moment où les Suédois IntrO" duisirent le christianisme dans ce pays et y élevèrent diverses' forteresses, par exemple celle d'Abo, construite vers i i6o.

Le coup d'œil rapide que nous venons de jeter sur quelques points de l'histoire physique et ethnologique de la Finlande ne peut donner qu'une idée très-imparfaite de ce que ce petit pays, caché pour ainsi dire entre la Suède et la Russie, offf^ d'intéressant à étudier; mais il suffira peut-^tre pour y attirer l'attention des membres de l'Association scientinque.

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