‹ Nouvelles causes câeláebres du droit des gens, râedigâeesChapitre 11 sur 18 · W' XV · texte numérisé non relu

W' XV

RÉPONSE VERBALE du pvince de Kaunitz; du 24 juin

Les dernières onvertares de monsieur le comte de Cobentzl, sur lesquelles le prince de Kaunitz Rittherg* a pro- . mis à monsieur le baron de Riedesel les éclaircissements qu'il lui a demandés, dès qu'il j serait autorisé, se trourent avoir été faites en réponse à des propositions qui lui avaient été communiquées par le ministère de S. M. Prussienne, au moyen d'un papier intitulé : Projet^ ou plan dun anTangement général sur la succession de Bavière qui poun^ait servir de base à un traité II parait essentiel par conséquent, pour rendre plus sensibles les éclaircissements dont, en effet, ces ouvertures paraissent avoir besoin, d'après la façon dont elles semblent avoir été ou n'avoir pas été entendues, de les faire précéder par un exposé de la substance du dit projet, afin que par l'analyse et la comparaison de ce plan d'arrang-ement avec les dernières ouvertures du comte de Cobentzl, auxquelles il a donné lieu, on soit à même de pouvoir juger des raisons qui ont dû faire envisager ce plan comme inadmissible, et en même temps de celles sur lesquelles ont été établies lesdites ouvertures.

Voici en substance le contenu du susdit plan de pacification :

On propose à S. M. l'impératrice -reine, de restituer à monsieur l'électeur palatin tout ce qu'elle possède actuellement en Bavière en vertu de ses droits et de sa convention I. Ift

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avec ce prince^ de se contenter en échang'e, d'une antre des plus mauvaises parties de la Bavière qui est indiquée dans le dit plan, et d'en dédommager encore la maison palatine par la cession des duchés de Limbourg* et de Gueldres.

On convient que monsieur l'électeur palatin est de droit obligé à satisfaire monsieur l'électeur de Saxe sur les prétentions qu'il forme à Tallen de Bavière, s'il était dédommagé de la manière susdite; on croit même qu'en ce cas il pourrait céder à l'électeur de Saxe une partie du Haut- Palatinat, lui remettre le mobilier de la succession de Bavière, et le satisfaire encore par une somme d'arg-ent proportionnée.

Et malgré cela on propose néanmoins à S. M. l'empereur, de conférer les fiefs de l'Empire vacants en Bavière à l'électeur palatin, et ceux qui sont situés en Souabe, ainsi que les seigneuries de Mindelheini et de Wiesensteig, à l'électeur de Saxe;

Et à S* M. l'impératrice -reine, pour faciliter tout cet arrangement, de renoncer anx droits de souveraineté et autres , qu'elle a connne reine de Bohême sur quelques parties du Haut-Palatinat, de la Saxe et du pays de Bareuth;

Ainsi que, non -seulement de ne mettre aucun obstacle à ce que les pajs d'Anspach et de Bareuth puissent être incorporés à la primogéniture de l'électorat de Brandebourg, ou échangés contre les margraviats de la Basse et Haute- Lusace, et de quelques autres districts, que l'on ne nomme point; mais on demande même, que S. M. l'impératrice-reine veuille bien, pour que cet échange puisse avoir lieu, renoncer à tout droit de féodalité, de réversion ou autres, qu'elle pourrait avoir sur la Lusace entière ou sur quelque partie de ce pajs. En un mot,

On propose à la maison impériale, comme si elle n'avait pour elle ni ses droits, ni sa convention, de tout rendre et de ne rien garder, attendu qu'on ne donne rien lorsqu'on donne l'équivalent de ce qu'on garde; et quoique sur ce pied, il se trouverait, que l'électeur palatin rentrerait dans

la possession de la totalHé de la succession bavaroise, puisqu'il serait dédommage de ce qu'il en céderait, et que moyennant cela ce serait lui seul, qui de droit se trouverait obligé à satisfaire l'électeur de Saxe sur les prétentions qu'il forme à l'alleu de Bavière, on croit malgré cela pouvoir proposer à S. M. l'impératrice, qui n'en garderait rien, piûqu'elle en aurait donné l'équivalent, de se charger ce nonobstant, au moins en partie, de la satisfaction des héritiers allodîaux, par la cession de nombre de droits, qui sont et peuvent être par la suite des. temps de la plus grande importance.

Et enfin, dans le moment même auquel on croit pouvoir proposer à la maison d'Autriche, de renoncer à une acquisition, qui pourrait an moins jusqu'à un certain point maintenir l'équilibre de puissance entre elle et S. M. Prussienne, on croit pouvoir lui demander ce nonobstant de conconrbr dès à présent, par son consentement et les renonciations qu'on lui demande, à l'augmentation considérable de puissance, qu'acquérerait S. M. Prussienne, par la réunion des margraviats de Bareuth et d'Anspach à la primogéniture de sa maison, ou par leur échange contre des états qui seraient encore plus à sa bienséance.

C'est à quoi se réduisent au fond les propositions du plan de pacification en question. LL. MM. II. et RR. n'ont pu y vofa* par conséquent que des propositions incompatibles avec ce qu'elles se doivent à elles -même, avec leur bon droit, avec la raison d'état, et avec la juste réciprocité, qui seule peut rendre un accommodement possible; il ne peut point paraître étonnant moyennant cela, qu'elles n'aient point pu donner les mains à un pareil arrangement, et elles pensent, que, de sang -froid, personne ne pourra voir cet état des choses autrement qu'elles ne l'ont envisagé.

Voici en échange, ce que le comte de Cobentzl a proposé de la part de LL. MM. II. par la communication d'une lettre contenant les ordres qui lui avaient été adressés pour

cet effets et par des explications verbales qu'il j a ajoutées, pour le cas auquel les préliminaires qui étaient proposés par la dite lettre, fussent adoptés.

LL. MM. IL offrent à S. M. Prussienne, de lui assurer dès à présent l'acquisition des mar^ariats de Bareuth et d'Anspach, par leur acquiescement à l'incorporation de ces deux marg'rayiats à la primogéniture de l'électorat ^e Brandebourg; et elles ne demandent en échang'e, que l'acquiescement réciproque Àe S. M. Prussienne à l'acquisition des districts qui sont dévolus à S. M. l'impératrice -reine en Bavière, en vertu de ses droits et de sa convention avec monsieur l'électeur palatin. LL. MM. IL et RR. offrent à S. M. Prussienne non-seulement de ne point mettre obstacle, ni directement, ni indirectement, à aucun échange qu'elle serait dans le cas de pouvoir fairis des dits margraviats avec quelqu'un de ses voisins, mais même leurs bons offices pour cet effet, et elles ne lui demandent pour réciprocité, que l'engagement mutuel de ne point mettre obstacle non plus, ni directement, ni indirectement, à aucun échange qu'elles pourraient faire avec quelqu'un de leurs voisins, mais d'y concourir même par ses bons offices.

Et elles proposent enfin, de joindre leurs bons oinces à ceux de S. M. Prussienne, pour procurer aux héritiers allodiaux une satisfaction juste et raisonnable; et S. M. l'impératrice offre même, pour faciliter un accommodement sur ce sujet à monsieur l'électeur palatin, d'accorder à la maison de Saxe des avantages importants pour elle.

LL. MM. n. offrent donc à S. M. Prussienne un agrandissement tout au moins réciproque.

Elles proposent un consentement mutuel à des échanges, lesquels ne pouvant avoir lieu qu'en supposant l'acquiescement volontaire des parties, ne peuvent laisser aucun doute sur leur satisfaction, et, en la supposant, sauvent la dignité de S. M. Prussienne, vis-à-vis de tous ceux pour lesquels elle s'est intéressée, ainsi qu'ils mettent à couvert en même temps celle de S. M. l'impératrice -reine.

Mais comme il est essentiel néanmoins en même temps, qu'il n'y ait aucun méscntendu sur le vrai sens de ces propositions, LL« MM. n. et RR. croient devoir ajouter cependant, qu'ainsi que, au cas que Ton puisse convenir avec la maison palatine d'échanges que de part et d'autre on trouverait être de sa convenance, S. M. l'impératrice pour rendre celui de la Lusace possible, accordera, en faveur de S* M. Prussiepne, les renonciations nécessaires pour cet effet; et que, en faveur de monsieur l'électeur palatin, elle accordera à la maison de Saxe différents avantages, qui pourront alléguer à ce prince le poids de son accommodement avec les héritiers allodiaux; de même, au cas que l'on ne put pas convenir avec la maison palatine, S. M. l'impératrice -reine ne promet que son acquiescement pur et simple à l'incorporation des . margraviats de Bareuth et d'Anspach à la primogéniture de l'électorat de Brandebourg, contre l'acquiescement pur et simple de S. M. Prussienne à l'acquisition des districts qui lui sont dévolus en Bavière, en vertu de ses droits et de sa convention, pour lui tenir lieu au moins jusqu'à un certain point, de l'agrandissement réciproque, que, pour le maintien de l'équilibre de puissance entre les deux cours, on a témoigné regarder jusqu'ici comme indispensable; et dans ce dernier cas, S. M. l'impératrice -reine entend ne renoncer à aucun de ses droits de féodalité ou autres, en faveur de qui que ce soit, sans prétendre se rétracter néanmoins, même dans ce cas, des assurances qu'elle a déjà données à tous les intéressés à la succession bavaroise, de la justice qu'elle est prête à leur rendre, et des satisfactions qu'elle ne se refusera jamais à leur donner, sur toutes les prétentions qu'ils seront dans le cas de pouvoir justifier et prouver d'une façon légale et par les voies régulières*

LL. MM. II. croient moyennant tout ce que ci-dessus, avoir satisfait à tous les devoirs de l'équité et de la réciprocité la plus parfaite.

218 CAUSE TROISliBfK. (1778.)

Et il ne s'agit plus que de savoir par conséquent, si S. M. Prussienne croit pouvoir adopter leurs propositions pour base d'un traité prélimfaiaire, on si elle croit devoir s'y refuser.

Dans le dernier cas, tout arrangement amiable est impossible, et tout éclaircissement ultérieur serait superflu.

Mais dans le premier cas au contrabre, tout pourra s'arranger, et dès que des articles préliminaires sur le pied des propositions contenues dans la lettre du prince de Kaunitz- Rittberg, communiquées en dernier lieu au ministère de S. M. Prussienne, se trouveront être arrêtés, il n'y aura plus de difficulté à ce que les deux cours puissent s'expliquer et s'entendre sur le guomodo des échanges réciproques, et sur la satisfaction des prétendants à la succession allodiale de Bavière.

Vienne, le 24 juin 1778.

KaVNITZ RlTTBERG.

Ces propositions de la coar de Vienne n^ajant point paru acceptables à S. M. Prussienne, elle regarda cette déclaration comme une rupture de la négociation, et ordonna à son ministère de rémettre le mémoire suivant au comte de Cobentzl (^).

N«- XVI

Répense du mimstère prussien à la réponse verbale du prince de Kawdtz; du S juillet 177S.

Le roi n'a pu vour sans surprise, que dans la réponse verbale du 24 de juin, que monsieur le comte de Cobentzl

(1) A l'occasion de cette rupture, le roî de Prusse ayant pris la résolution de s'opposer par les armes au démembrement de la Bavière, le comte de Hertzberg rédigea un manifeste qui fut publié sous le titre: Expose des motifs qui ont engagé S. M. le roi de Prusse, à s* opposer au démembrement de la Bavière; juillet i77S.

a remise au minigtëre prussien , et monsieur le prince de Kaunitz au baron de Riedesel, on ait donné au plan d'un arrangement général de la succession de Bavière, proposé de la part de S. M., une interprétation si contraire à son véritable sens, et qu'on en veuille attribuer un aux propositions de la cour de Vienne et leur approprier une préférence, dont elles ne sont aucunement susceptibles. Pour ne laisser aucun doute sur cet énoncé, on en fera voir la vérité par une courte analyse de la susdite réponse verbale.

Quoique S. M. ne puisse en aucune façon reconnaître la validité des droits de S. M. l'impératrice -reine sur la Basse -Bavière, la prétention qu'on dérive d'une investiture on expectative donnée en 1426, par l'empereur Sigismond à Albert duc d' Autriche, et à ses héritiers, n'étant pas fondée, et donnant, si elle l'était, le droit de succession à la maison de Brandebourg, comme descendante en ligne droite de la fille ainée du duc Albert Y, et non à la présente maison d'Autriche, qui ne descend que de la fille puînée de ce prince; quoique la convention du 3 janvier, qui suppose la vérité de cette prétention, ne puisse selon toute justice donner un nouveau droit à S. M. l'impératrice -reine, le roi n'a pourtant pas exigé, qu'elle restitue à monsieur l'électeur palatin tout ce qu'elle possède actuellement en Bavière, mais il a proposé, uniquement pour l'amour de la paix et de la tranquillité, qu'il serait cédé à S. M. l'impératricereine deux grands districts de la Bavière, qui, du jugement de tous ceux qui connaissent le local, passent pour faire une des meilleurs parties de ce pays, qui arrondissent parfaitement la Bohème et l'Autriche, qui sont bordés par deux grandes rivières comme des limites naturelles, et qui sont par conséquent très -propres à faire la convenance de la cour de Vienne, sans couper la Bavière par le milieu, et dont l'un fait déjà actuellement partie de ce que S. M. I. a fait occuper.

Dès que S. M. l'impératrice -reine obtient gratuitement et sans aucun titre légitime un arrondissement aussi consi-

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dérable du corps de ses états, il est juste, qu'elle en donne un dédommagement quelconque à la maison palatine. Celui qu'on lui a proposé des duchés de Limbourg* et de Gueldres ne doit pas lui coûter, ne consistant que dans deux petits districts détachés et fort éloignés du dit corps de ses états, très -inférieurs tant pour la qualité que pour la grandeur, aux parties de la Bavière qui devraient lui rester selon ce projet.

Ce qu'on a proposé pour la satisfaction de monsieur rélecteur de Saxe sur ses prétentions allodiales, est conforme aux notions qu'on a de ces prétentions et aurait dépendu d'un arrangement amiable, qu'on aurait tâché de faire entre ce prince et la maison palatine.

On a cru, qu'en assignant les seigneuries de Mindelheim et de Wiesensteig à monsieur l'électeur de Saxe, le susdit arrangement amiable aurait pu être facilité par ce moyen et peut-être par des échanges.

On croit, que la proposition qu'on a faite, de conférer à monsieur l'électeur palatin les fiefs de l'Empire vacants en Bavière, aurait fourni le moyen le plus équitable de dédommager la maison palatine en quelque façon de la perte immense, qu'elle ferait toujours par le démembrement proposé de la Bavière.

On pense, que pour faciliter l'arrangement général de la succession de Bavière, pour hausser un peu l'équivalent très -médiocre, que S. M. l'impératrice -reine donnerait par les duchés de Limbourg et de Gueldres, contre la grande acquisition, qu'elle doit faire en Bavière, et pour s'en procurer par là une espèce de titre, elle ne devait pas faire difficulté, de renoncer aux droits de souveraineté et autres qu'elle peut avoir comme reine de Bohême, sur quelques parties du Haut-Palatinat, de la Saxe, et du pays de Bareuth, droits qui sont en partie litigieux, de peu de valeur et rapport, et qui ne sont bons qu'à exciter des altercations entre les voisins.

Le roi n'a besoin que du consentement des membres de la maison de Brandebourg pour disposer du sort futur des

CAUSE TROISIEBIE. (1778.) 281

pays d'Anspach et de Bareuth. S. M. n'en a pas demandé le consentement à la cour de Vienne, mais comme elle l'a offert elle-même dans son premier projet de convention, que S. M. l'empereur a enrojé au roi par sa lettre du 13 avril, et comme elle déclare hautement, qu'elle veut mettre obstacle à la réunion qu'on. voudrait faire des dits margraviats à la primogéniture de l'électorat de Brandebourg, S. M. a cru pouvoir profiter de cette offre, pour écarter l'opposition Inattendue qu'on lui annonce, et sans qu'elle veuille reconnaître par là aucun droit d'opposition pareOle, ni compter pour un sacrifice, la renonciation que la cour de Vienne voudrait y faire.

Il en est en quelque façon de même de l'échange des deux margraviats contre la Lusace. La cour de Vienne a fait naitre elle-même l'idée de ce troc, en offrant dans le quatrième article de son premier projet de conventÎM, son consentement à tel échange volontaire, que le roi voudrait faire avec ses voisins, et ensuite sa renonciation à son droit de rachat et autres sur la Lusace. On a reçu cette offre avec reconnaissance, quoique le sacrifice que la cour de Vienne ferait par >là, ne serait que très -médiocre, quand on considère, combien l'exercice de son droit peut être éloigné, ne pouvant avoir lieu, qu'après l'extinction de la maison de Saxe. En général, le roi n'a eu qu'une idée passagère de ce troc; il n'y a jamais insisté; il l'a proposé sans aucune vue d'agrandissement, uniquement par le moUf de la contiguité de ses états, et dans Tintention de céder à la maison de Saxe, un pays contigu à son électorat et à la partie de la Bavière où elle aurait pu recevoir l'équivalent de ses prétentions allodiales, pays égal, si non supérieur, à la Lusace, en revenus, en fertilité, et en population.

Les conclusions, qu'on affecte de tirer dans la réponse verbale de ces propositions, sont aussi peu justes que peu conformes aux intentions du roi. On ne pouvait rien accorder à la maison impériale pour son droit, parce qu'on n'en saurait reconnaître aucun. Cette considération n'a pas em-

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péché, que le roi n'ait voulu consentir, qu'elle gardât une partie importante de la Barière; S. M. aurait contribué par là à lui procurer un arrondissement considérable, sans aucun titre et sans aucun retour pour elle-même.

Les équivalents très -médiocres, qu'on a demandés à S. M. rimpératrice- reine, sont si peu proportionnés arec l'acquisition qu'on lui a proposée en Bavière, que celle-ci aurait emporté la balance peut-être six fois en revenus, sans compter l'avantage considérable de l'arrondissement du corps de l'état. Tout juge impartial conviendra, qu'on n'aurait pu mieux choisir et déterminer le local et les limites de cette acquisition pour la convenance de la maison d'Autriche. Il était bien juste, qu'en considération d'une acquisition si importante, elle contribuât un peu à la satisfaction des héritiers allodiaux par la cession de quelques droits qui ne rapportent rien.

On a déjà observé, que le roi n'a pas demandé le consentement de S. M. l'impératrice -reine à la réunion des margraviats de Franconie et à l'échange de la Lusace. S. M. n'a fait qu'accepter l'offre qui lui en a été faite. Elle croit pouvoir provoquer aux sentiments élevés de cette auguste princesse et à celui de tout le monde impartial, si l'on peut avec la moindre apparence d'équité et de justice, comparer les droits de succession incontestable que la maison de Brandebourg a sur ses états héréditaires en Franconie, avec une prétention destituée de tout fondement, qu'on fait au nom de S. M. l'impératrice -reine sur un pajs tout à fait étranger à sa famille, et laquelle, selon les titres produits par elle-même, n'appartient point à la présente maison d'Autriche. L'équilibre de puissance est à la vérité fondé en politique, mais il doit en même temps être déterminé par la justice. On est persuadé d'ailleurs, que la cour de Vienne ne pense pas sérieusement, que l'équilibre entre elle et celle de Berlin ne puisse être soutenu qu'en mettant les margraviats de Franconie dans la balance contre son acquisition en Bavière.

On a lieu de croire, que si LL. MM. II. avaient voulu prêter quelque attention à toutes les coîlsidérations qu'on vient d'alléguer, elles auraient trouvé elles-mêmes, que le plan de pacification proposé par le roi, est non -seulement conforme à la raison d'état et à leur intérêt, mais qu'il surpasse de beaucoup à leur avantage la juste réciprocité et tout ce qu'elles pouvaient souhaiter.

Il est impossible de dire et de soutenir la même chose des préliminaires que le comte de Cobentzl a proposés an ministère du roi.

Quand LL. MM. II. offrent au roi leur acquiescement à l'incorporation des margraviats de Bareuth et d'Anspach à l'électorat de Brandebourg, et demandent en échange, l'acquiescement réciproque de S. M. à l'acquisition des districts que S. M. Timpératrice- reine prétend garder en Bavière en vertu de sa convention avec monsieur l'électeur palatin, elles mettent en parallèle une succession légitime, mais éloignée, et nullement t;omparable pour la valeur intrinsèque, avec une autre succession nullement fondée, dont la réalisation anéantirait les droits beaucoup plus clairs et liquides de la maison palatine, et de celle de Saxe, et renverserait la paix de Westphalie, tonte la constitution et tout le système de l'Empire, ainsi que Téquilibre de puissance qui devrait j être établi.

S. M. n'a pas été insensible à la marque de complaisance que LL. MM. II. ont voulu lui donner, en offrant de ne pas mettre obstacle à l'échange desdits margraviats; mais son intention n'a jamsds été d'en profiter autrement, qu'avec justice, égalité et discrétion, et elle ne saurait trouver la réciprocité supposée, dans la demande que LL. MM. II. font, de ne mettre aucun obstacle à l'échange qu'elles se proposent de faire avec monsieur l'électeirr palatin. Cette demande suppose toujours que la convention du 3 janvier et le démembrement de la Bavière qui j est projeté, doit subsister; que selon cette convention, LL. MM. U. veulent conserver la liberté d'échanger la Bavière en partie et même

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en totalité; que le roi ne doit prendre aucune part à Parrangement de la succession de Bavière, et nombre d'autres suppositions et conséquences, qui ne sauraient être conciliées ni avec les droits incontestables de la maison palatine et de celle de Saxe, ni avec la dignité, la sûreté et llnterét de S. M. et de toute l'Empire. Ces mêmes circonstances rendent impossible le consentement mutuel avec la maison palatine à des échanges et l'acquiescement volontaire des parties, que LL. MM. H. et RR* croient pouvoir supposer.

L'offre que font LL. MM. H., de concourir à procurer aux héritiers allodiaux une juste satisfaction, ne pourra jamais sortir qu'un effet très-limité, aussi longtemps qu'elles persistent à vouloir garder la moitié de la Bavière, ce qui mettrait l'électeur palatin toujours hors d'état de satisfaire les héritiers allodiaux.

La déclaration et l'offre générale, que LL. MM. IL font à la fin de la réponse verbale, ainsi que dans le mémoire du 7 de mai, de vouloir rendre justice et satisfaction à tous les intéressées à la succession bavaroise et nommément à monsieur le duc de Deux -Ponts, sur les prétentions, qu'ils pourraient justifier par les voies régulières et légales, est à la vérité juste et digne de leur façon de penser; mais elle ne pourra produire son effet qu'autant que LL. MM. IL voudront se décider à rétablir la maison palatine dans la possession de la Bavière, dont elle a été privée arbitrairement, et à convenir avec les intéressés d'un juge ou d'un tribunal impartial, devant lequel on puisse discuter et faire juger des causes aussi importantes , d'autant plus que S. M. l'empereur ne voudra et ne pourra être juge dans sa propre cause.

En général, quand on voudra faire un juste parallèle des propositions faites de ^art et d'autre, on trouvera, que celles du roi sont claires, déterminées, justes et conformes à la dignité ainsi qu'au plus grand intérêt de LL. MM. IL, et que d'un autre côté celles de la cour de Vienne sont vagues et obscures, qu'elles tendent à achever et à autoriser

le démembrement illégal de la Barière, à prirer la maison palatine de la plus grande partie de son patrimoine, et les héritiers allodiaux de la possibilité d'obtenir une juste satisfaction.

La cour de Vienne ayant donc déclaré dans sa réponse verbale da 24 de juin: que si le roi ne roulait pas adopter ces propositions, tout arrangement amiable devenait impossible et tout éclaircissement ultérieur serait superflu;. S. M. ne saurait regarder cette déclaration que comme une rupture de la négociation, faite de la part de la cour impériale, et elle se voit obligée de rompre cette négociation aussi de son côté, et de se dédire des propositions avantageuses, que le seul désir de maintenir la tranquillité générale lui a fait faire. Après avoir épuisé inutilement toutes les voies de la modération possibles, S. M. se voit forcée, de recourir à la seule vole qui lui reste, pour s'opposer au démembrement de la Bavière, et en prenant malgré elle ce parti extrême, elle croit n'avoir rien à se reprocher et pouvoir même compter sur l'approbation générale de ses coétats de l'Empire et de l'Europe enUère.

Berlin, le 3 juillet 1778.

FiNKENSTEIN. HbRTZBERO.

La guerre étant ainsi devenue inévitable^ la cour de Vienne réclama de celle de Versailles le secours de 24,000 hommes, stipulé par Palliance de 1756; mais le ministère français observa que le C€UU9 foe^ deris n^existait pas, puisque les possessions garanties par le traité à Fimpératrice n^étaient pas constatées, et que la guerre avait pour objet des acquisitions dont les titres étaient parfaitement ignorés lors de la conclusion de Talliance. D^un autre côté le roi de Prusse et le duc de Deux-Ponts étaient en droit de réclamer de la France la garantie de la paix de West-

phalie, évidemment violée par la conduite de la cour de Vienne (^).

Comme il a été dit plus haut, des armées formidables autrichiennes et prussiennes s^étaient rassemblées en Bohême et en Silésie (^). Ces deux grandes armées après être restées jusqu^au conunencement de septembre à peu près dans les premières positions qu^elles avaient prises en juillet, allant manquer de vivres , il fallut penser à la retraite. Le prince Henri commença la sienne le 10 septembre, et Teifectua dans le plus grand ordre, en entrant le 2 octobre en Saxe.

Quant au roi, que le manque de vivres dans la partie de la Bohême qn^il occupait, et les renforts que Tannée autrichienne reçut dans la Haute-Silésie, avait engagé à quitter la Bohême, força les ennemis conjointement avec le prince héréditaire de Brunsvrick, d^évacuer la Silésie autrichienne. Toutefois le général autrichien Wurmser, pour engager le prince héréditaire de Brunswick à quitter sa belle position de Troppau, envahit le comté de Glatz, et surprit, le

(1) Louis XVI, en maintenant sa neutralité, parut concilier les devoirs que des engagements contradictoires lui imposaient.

(2) L'empereur Joseph U, qui brûlait d'envie d'acquérir de la gloire militaire, commandait avec le féldmaréchal Lacy en personne un corps de 100,000 hommes; 30,000 hommes furent commandés par le duc Albert de Saxe^Teschen, ayant sous ses ordres le féldmaréchal comte Haddick; et 20,000 hommes par le féldmaréchal Laudon. L'armée prussienne était composée de deux grands corps, dont Pun fort de 100,000 hommes fut commandé par le roi en personne, qui, au mois de juillet, prit une position en face de l'empereur, dont il n'était séparé que par FBlbe; et l'autre de 113,000 hommes, y compris les troupes de l'électeur de Saxe, était sous les ordres du prince Henri, frère de Frédéric TI.

18 janvier 1779 à Habeischwerdt, le prince Adolphe de Hesse-Philippsthal-Barchfeld, qui fut obligé de se rendre avec un corps de 1200 hommes. Le roi se mit alors i la tête d^un corps, avec lequel il obligea les Autrichiens à rentrer en Bohême.

La campagne de 1778 était à peine commencée, que Pimpératrice-reine par Tentremise du prince de Galitzin , ambassadeur de Russie à la cour de Vienne, fit prévenir le roi de Prusse de la résolution qu^elle avait prise, d^envojer à S. M. son ministre le baron de Thugut, pour lui faire de nouvelles ouvertures de pacification. liO prince de Galitzin adressa en conséquent la lettre suivante à S. M. Prussienne:

N°- XVIL

Lettre du prince de Galitzin^ ambassadeur de Russie près la cour de Vienne, adressée au roi dePi'usse; du

12 juillet 1778,

Sire!

S. M. Timpëratrice-reine m'a confié la résolution qu'elle vient de prendre de dépêcher vers V. M. l'envoyé M. Thugal, charg'é d'une lettre pour elle, ainsi que d'ouvertures tendantes à arrêter les progrès de la mésintelligence survenue entre les deux cours. Elle m'a requis de le munir d'un passeport sous te nom de quelqu'un qui est attaché au service de mon auguste souveraine, ainsi que d'une lettre pour V. M,

J'ai d'autant moins hésité de me rendre à ses ordres et à sa volonté, que Je suppose que la commission dont M. Thugut est chargé, sera agréable à Y. M.

Rien n'égalerait mon bonheur, si après avoir servi d'instrument à acheminer l'action la plus héroïque du règne de

y» M., celle de rendre la paix à rAlIemagne à la tète de ses puissantes armées, j'osais encore me flatter que Y. M. daig'nera agréer les hommages que je porte à cette occasion à ses pieds, et les sentiments du plus profond respect avec lequel je suis

sire, de Votre Majesté

le très-humble, très-obéissant et très- Vienne, le 12 juillet goumis serviteur

1778. Dbmbtby prince Galitzin.

Le roi 7 répondit par la lettre suivante:

N°' xvra.

Lettre du roi de Prusse^ adressée au prince de Galitzin^ en réponse à la précédente*

Du camp devant Jaromirs, le 17 juillet 1778.

Monsieur le prince de Galitzin!

Indépendamment de ce que la dernière négociation avec la cour de Vienne a été rompue, je ne suis pas si éloigné de la paix, que si la cour de Vienne voulait faire des propositions acceptables, et qui pussent se concilier avec le maintien du système du corps germanique, je ne fusse toujours très -disposé à les recevoir; et si M. Thugut est chargé de quelque proposition, je ne saurais refuser, pour le bien de Fhumanité, de l'entendre, et de faire un dernier effort pour concilier ces troubles. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, monsieur le prince de Galitzin, en sa sainte et

digne garde.

Frédéric.

Le baron de Thugut arriva le 1 5 juillet au quartier général du roi, à Welsdorf, où il remît à S. M. la lettre de Fimpératrice-reine , qui renfermait de nouvelles propositions de pacification.

CAVSB TROISlilIB. (1778.) 289

N»- XLX.

Lettre de FimpértUrice Marie-Thérèse y adressée au roi

de Prusse.

Monsieur mon frère et coasin!

Par le rappel dn baron Riedesel, et par l'entrée des troupes de y. M. en Bohême, je rois avec une extrême sensibilité Téclat d'une nouvelle guerre. Mon âge et mes sentiments pour la conserration de la paix sont connus de tout le monde, et je ne saurais lui en donner une preuve plus réelle que par la démarche que je fais. Mon coeur maternel est justement allarmé de voir à l'armée deux de mes fils et un beau -fils chéri. Je fais ce pas sans en avofar prévenu l'empereur mon fils; et je lui demande même pour tout le monde le secret, quel qu'en soit le succès. Mes voeux tendent à faire renouer et terminer la négociation, dirigée jusqu'à cette heure par S. M. l'empereur, et rompue à mon plus grand regret. C'est le baron Thugut, muni d'instructions et d'un plein pouvoir, qui lui remettra celle-ci en main propre. Souhaitant ardemment qu'elle puisse remplir nos voeux, conformément à notre dignité et satisfaction, je la prie de vouloir répondre avec les mêmes sentiments aux vifs désirs que j'sd de rétablir notre bonne intelligence pour toujours, pour le bien du genre humain, et même de nos familles, étant

de Votre" Majesté

la bonne soeur et cousine Marie-Thérèse.

Post'Scriptum à la lettre ci- dessus.

Le 12.

C'est dans ce moment qu'arrivent les nouvelles du 8 et

du 9 de l'armée, qui m'annoncent son arrivée vis-à-vis de

nous. Je m'empresse d'autant plus à expédier ceci, crainte

de quelque accident qui changerait la situation présente. Je

200 CAUSE TROISUBBIE. (1778.)

compte après le départ de Thu^t, expédier un courrier à Tempereur, pour empêcher par là peut-être quelques pas précipités, ce que je souhaite de bon coeur. Je suis,

de Votre Majesté,

la bonne soeur et cousine Marie-Thérèse.

Plein pouvoir écrit de la propre main de Fimpéraù^ereine^ envoyé en original au baron de Thugut^ à Wels^

dorf; du 17 juillet 1778.

Plein pouYofar pour le baron de Thu^ut, afin de conclure avec S. M. le roi de Prusse une convention, selon les intenUons que je lui ai confiées. Le 12 juillet 1778. '

Marie-Thérèse.

Propositiofit de S. M. Fimpératrice-reine.

1) L'impératrice g'ardera de ses possessions actuelles en Bavière une étendue de pays d'un million de revenus et rendra le reste à l'électeur palatin.

2) Elle conviendra incessamment avec l'électeur palatin d'un échange à faire de g'ré à ^é de ces possessions contre quelqu'autre partie de la Bavière, dont le revenu n'ira pas au delà d'un million, et qui n'avoisinera pas Ratisbonne, ni aura Tinconvénient de couper la Bavière en deux, comme les possessions actuelles.

3) Elle réunira ses bons officieux à ceux de S. M. le roi de Prusse pour ménager sans délai un arrangement juste et équitable entre l'électeur palatin et l'électeur de Saxe relativement aux prétentions de ce dernier sur l'alleu de Bavière.

Addition du roi de Prusse^ aux propositions ci-dessus.

4) L'impératrice ne voudra- 1 -elle pas relâcher de ses droits sur quelques fiefs de la Saxe, dont elle prétend la suzeraineté en qualité de reine de Bohême?

5) Ne pourra-t-on pas accommoder le dac de Mecklembourg* par quelque petit fief de l'Empire?

6) Est-ce que Ton conviendra encore de réguler la succession de Bareuth et d'Anspach selon qu'on l'avait stipulé dans le traité, en y ajoutant que l'électeur de Saxe se fer» rendre Thommage éventuel des deux margraviats, et que le roi de Prusse recevra ég'alement l'hommage de la Lusace?

7) Lèvera-t-on le blocus de la ville de Ratidionne, oA la diète de l'Empire est rassemblée?

Voilà à peu près des points dont il faudrait convenir, pour pouvoir signer des prélimin^res.

Nous faisons suivre ici la correspondance qui s^établit entre LL. MM. ainsi que les pièces y ayant rapport 9 jusqu^à Fouverture des conférences de Braunau Q).

N«- XX

Réponse du roi de Prusse à la lettre de rimpérattHee"

reine,

ce 17 juiUet 1778.

Madame ma soeur!

M. Thugut m'a rendu la lettre dont Y. M. L et R. a voulu le charger pour moi. Personne ne le connaît ici, ni ne saura qu'il j a été. D était digne du caractère de V. M. I. et R. de donner des marques de magnanimité et de modération dans une affaire litigieuse, après avoir soutenu

(1) Cette négociatioii eut lieu à l'insu de Tempereur Joseph II. Quand il en fut instruit, il en témoigna un si yif déplaisir, qu'il alla jusqu'à menacer d'établir sa résidence hors de la monarchie autrichienne, à Aix-la-Chapelle, ou dans quelque autre ^ille impériale. Pour Pappaiser, Marie -Thérèse rejeta la proposition du roi, et en fit faire une, le 10 août, par le prince Kaunitz, dont elle pouvait facilement prévoir qu'elle ne serait point acceptée.

892 CAUSB TROlSlilIB. (1778.)

la succession de ses pères avec une fermeté héroïque. Le tendre attachement que V. M. L marque pour l'empereur son fils et pour des princes remplis de mérite, doit lui attirer les applaudissements de toutes les âmes sensibles, et cela augmente, s'il se peut, la haute considération que j'ai pour sa personne sacrée. M. de Thu^t a minuté quelques points, pour servir de base à une suspension d'armes. J'ai dd j ajouter quelques articles, mais dont en partie l'on était déjà convenu, et d'autres que je crois, ne rencontreront g'uères de difficultés. En attendant, madame, que la réponse arrive, je ménag'erai si bien mes démarches, que Y. M. L n'aura rien à craindre pour son sang', et pour un empereur que j'aime, et que je considère, quoique nous soyons dans des principes diiférents à l'égard des affafares d'Allemagne. M. Thugut va partir incessamment pour Vienne , et je croîs que dans six ou sept jours il pourra être de retour. En attendant je fais venir des ministres, pour mettre la dernière main à cette négociation, au cas que V. M. I. et R. daigne agréer quelques articles nécessaires que j'ai ajoutés, pour que les préliminaires puissent être signés. Je suis avec la plus haute considération,

madame ma soeur de Votre Majesté Impériale et Royale

le bon frère et cousin Frédéric.

N^-XXI

Seconde letù*e de Vimpéi^airic&-Teine^ adressée au roi^ envoyée som simple couvert du prince Galitzin^ sans

lettre d^envoi de ce ministre,

ce 22 juillet 1778.

Monsieur mon frère et cousin!

Thugut est arrivé hier fort tard, et m'a remis la lettre

de V. M. du 17 de ce mois. J'y ai vu à ma grande sa-

CAUSE TROISliMlU (1778.) 293

Usfaction ses sentiments conformes aax miens pour la paix, et tout ce qu'elle veut me dire d'obligeant Ayant informé, l'empereur de l'expédition de Thu^t, je rais lui communiquer tout de suite ce qu'il m'a rapporté. Je m'empresserai, dès que je serai en état, de lui donner tous les éclaircissements qu'elle me demande. En attendant je suis avec toute l'estime,

monsieur mon frère et cousin,

bonne soeur et cousine MAUB-TiiàiàsB.

N«- xxn.

Réponse du roi de Prusse, à la lettre de Fimpératrice-

reine.

ce 35 JuiUet 1778.

Madame ma soeur!

La lettre que Y. M. I. et R. a eu la bonté de m'écrire, m'est bien parvenue. J'attendrai, madame, ce qu'elle et son auguste fils jug'eront à propos de décider sur la situation actuelle des aifaires , et je dois prévoir des suites heureuses de leur sagesse et de leur modération. Je réitère encore à y. M. I. et R. l'assurance que je lui ai donnée précédemment, que je compasserai si bien mes démarches, qu'elle pourra être sans inquiétude sur le sort des personnes qui à bon droit lui sont chères et précieuses. Rien de décisif ne se passera avant, madame, que V. M. I. et R. n'ait jugé à propos de me faire tenir sa réponse. Je suis avec toute l'admiration et la plus haute considération,

madame ma soeur de Votre Majesté Impériale et Royale le bon frère et cousin Frédubic.

S94 CAUSE TROISliSME* (1778.)

N*»- xxra.

Seconde lettre du roi de Prusse, adressée à Vimpéra-

trice-reine.

ce 28 juniet 1778.

Madame ma soenr!

Quelque éloignement que j'aie d'importuner V. M. I. et R. par mes lettres, j'ai cm cependant devoir dans les conjonctures actuelles lui présenter quelques idées qui me sont Tenues touchant la pacification g^énérale de l'Allemagne. Je les ai crues les plus propres à concilier promptement les présents démêlés. Je les soumets aux lumières supérieures de y. M. L, la priant , supposé même qu'elle ne dut pas les a^éer, de les attribuer uniquement à la sincérité avec laquelle j'entre dans ses rues pacifiques, et au désir de sauver tant de peuples innocents des malheurs et des fléaux que la g^uerre attire inévitablement après elle. Je suis avec les sentiments de la plus haute considération,

madame ma soeur, de Votre Majesté Impériale et Royale le bon frère et cousin Fri^'dëric.

Propositions pour un nott/veau plan général de conciliation^ annexées à la lettre d-dessiis.

1) S. M. rimpératrice-reine restituera à Télecteur palatin tout ce qu'elle a occupé en Bavière et dans le Haut-Palatinat. Ce prince lui cédera en retour le district de Burg*hausen depuis Passau le long* de Tlnn jusqu'au confluent de la Salza, et le long de la Salza jusqu'aux frontières de Salzbourg, près de Wildshut; le reste du district deBurghausen, ainsi que la rivière de Tlnn, devant rester à la maison palatine. Par ce moyen la cour de Vienne obtiendrait sans contestation une province grande et fertile, qui arron-

CAUSB TRoisisaiB. (1778.) 285

dirait si bien l'Autriche , qui est bordée d'une belle rivière ^ et qui contient la forteresse de Schardingen avec d'autres villed considérables. La Bavière ne serait pas coupée en deux, et la ville de Ratisbonne, ainsi que la diète , resteraient libres.

2) Si la cour de Vienne avait de la répugnance à in*' demniser la maison palatine par quelque cession en pajs, elle pourrait la faire en quelque façon, quoique d'une marnière nullement proportionnée à cette cession, en renonçant i ses féodalités, ou droits de suaeraineté, dans le Haut? Palatinat et en Saxe, et en payant un million d'écus à Télecteur de Saxe. Par ces deux derniers articles la cour de Vienne satisferait l'électeur de Saxe sur ses prétentions al-« lodlales, à la place de l'électeur palatin, libérerait celui-d de cette obligation, et indemnisersdt en quelque façon là maison palatine de la perte du district de Burghausen. On pourrait ajouter pour la satisfaction de l'électeur de Saxe^ la petite principauté de Mindelheim, comme un franc alleO) et le petit district de Rothenberg, appartenant au Haut- Palatinat, mais enclavé dans le territoire de Nuremberg. Tou^ tes les considérations d'équité, d'honneur et d'intérêt exigent que l'échange des districts occupés en Bavière, la satisfaction de la maison palatine et de celle de Saxe, en général l'arrangement de la succession de Bavière, ne soient pas renvoyés à une négociation et discussion particulière, mais qu'on régie le tout dès à présent, avec la concurrence de S. M. le roi de Prusse, comme ami et allié de ces deux maisons. On pourrait leur proposer ce plan et les inviter à j accéder, dès que LL. MM. II. en seraient d'accord avec S. M. le roi de Prusse ; et on a tout lien d'espérer qu'elles ne s'y refuseront pas, vu la nature du plan et des cir^ constances.

3) Dès que la succession de Bavière serait ainsi arrangée, S. M. I., ainsi que l'électeur de Saxe, renonceraient à toutes prétentions ultérieures sur la Bavière et le Haut- Palatinat, et on assurerait expressément la succession de ces deux pays sans exception, aux princes palatins de

296 CAUSE TROISIBBIB. (1778.)

Deux -Ponts, après rextinction de la ligne présente de Salzbach.

4) Les fiefs devenus vacants à TEmpire par la mort du dernier électeur de Bavière , seraient conférés à l'électeur palatin, et après lui à la ligne de Deux-Ponts.

5) S. M. Tempereur voudra bien conférer un de ces petits fiefs aux ducs de Mecklembourg , ou bien leur donner le privilège de non appelkmdo dans tout leur ducbé, pour les indemniser de leurs prétentions sur une partie dtu landgraviat de Leucbtenberg.

6) LL. MM. l'empereur et l'Impératrice-reine voudront bien renoncer aux droits de féodalité on autres que la couronne de Bohême pourrait avoir dans les pajs d'Anspach et Bareuth, et s'engager à ne jamais mettre aucune opposition à ce que les pays d'Anspach et Bareuth puissent être incorporés à la primogéniture de l'électorat de Brandebourg. Si S. M. le roi de Prusse et l'électeur de Saxe pouvaient convenir de faire un échange des pays d'Anspach et Bareuth contre les margraviats de la Haute et Basse-Lusace, et de quelques autres districts selon leur convenance, LL. MM. IL etRR. n'y seraient aucunement contraires, et elles renonceraient plutôt dans le cas existant à tout droit de féodalité, de réversion d'achat, ou autres droits qu'elles pourraient avoir sur la Lusace entière , ou sur quelques parties de ce pays, de sorte que S. M. le roi de Prusse et ses héritiers et successeurs pussent posséder ce pays libre de toutes prétentions de la part de la maison d'Autriche.

Ce plan parait conforme à l'équité, aux circonstances, et au plus grand avantage de la maison d'Autriche. Si l'on pouvait s'accorder là-dessus, il ne serait pas difficile de le rédiger en forme d'articles préliminaires, ou de traité définitif.

CAUSE TROISIfiMB. (1778.) 297

N»- XXIV

Lettre de Vimpératnce-reine^ adressée au roi de Prusse*

ce 1 août 1778.

Monsieur mon frère et coosin!

Le baron Thug^at allait partir pour se rendre auprès de y. M., lorsqu'Q me parvint sa lettre du 28 juillet, accompa^ée d'un nouveau plan g'énéral de conciliation. Je l'avais chargé de tous ces éclaircissements qu'elle aurait pu souhaiter, et des propositions réciproques de ma part qui me paraissaient pouvoir amener un arrangement entre nous. M^ celles que Y. M. vient de me faire à mon grand regret, changent si fort l'état des choses, qu'il n'est pas possible que je puisse lui en dire ma pensée tout de suite. Je tacherai de le faire le plutôt que possible, et c'est pow l'en prévenir, que je lui adresse la présente, en la priant d'être persuadée de la considération avec laquelle je suis,

monsieur mon frère et cousin, de Votre Majesté

bonne soeur et cousine Marib-Thérèse.

N«- XXV

Réponse du roi de Prusse à la lettre de F impératrice-

reine.

ce 5 août 1778.

Madame ma soeur et cousine!

Je viens de recevoir la lettre que V. M. L et R. a eu la bonté de m'écrire. Je sens, madame, que deâ choses de cette importance demandent une mdre délibération. J'attendrai donc avec patience les résolutions que V. M. I. et R» aura prises et qu'elle daignera me communiquer par monsieur

CAUSE TROisiicaiB. (1778.)

de Thug'ut, en rassurant des sentiments de la plus haute considération avec lesquels je suis à jamais,

madame ma soeur et cousine,

de Votre Majesté Impériale et Rojale

le bon frère et cousin

FftlâDKRIC.

N^- XXVI

Lettre de Vimpératrice-reme^ adressée au roi de Prusse*

ce 6 août 1778.

Monsieur mon frère et cousin!

J'ai annoncé à V. M. par ma lettre du I que je lui ferais tenir le plutôt que possible ma pensée sur la proposition d'un nouveau plan général de conciliation. En conséquence Thugut est chargé de lui faire une contre-propodtion de ma part, pour terminer tout d'un coup les malheurs d'une guerre cruelle et destructive. Je me rapporte à ce que Thugut lui exposera, et je suis avec toute la considération,

monsieur mon frère et cousin,

de Votre Majesté

bonne soeur et cousine Mabie-Thérèse.

Contre -proposition^ dont il est question dans la lettre

ci 'dessus.

L'impératrice-reine n'étant pas animée de vues d'agrandissement, et ne désirant principalement que le maintien de sa dignité, de sa considération politique et de l'équilibre en Allemagne, sa susdite majesté déclare qu'elle est disposée et déterminée à restituer tout ce qu'elle a fait occuper par ses troupes en Bavière et dans le Haut-Palatinat, et à délier l'électeur palatin des engagements qu'Q a pris avec elle par la convention du 3 janvier, sous la condition sine qua non qu'il plaise à S. M. Prussienne de s'engager en due

fonne^ pour elle et ses saccessenrs, de ne pas réunir les deux margraviats de Bareath et d'Anspach à la primogéniture de sa maison , aassi longtemps qu'il j existera des princes puînés ^ ainsi qu'il est statué dans la sanction pragmatique établie dans la maison de Brandebourg , et qui étant confirmée par les empereurs et l'Empire, a obtenu force de loi publique. Comme au moyen d'un tel arrangement toute la succession de Bavière serait remise dans son état primitif, la discussion et le jugement des prétentions des autres parties intéressées à ladite succession seraient renvoyées aux voies ordinaires de justice prescrites par les lois et la constitution de l'Empire, conformément à ce que S* M. Prussienne dès le commencement avait proposé elle-même.

N'» xxvn.

Réponse du roi de Prusse^ à la lettre de Timpéralrice^

revue.

ce 10 août 1778.

Madame ma soeur et cousine!

M. Tbugut m'a rendu la lettre que V. M. I. et R. a eu la bonté de m'écrire. Il m'a décliné les propositions dont il était chargé, et comme elles n'étalent pas conciliantes, Q remarqua l'éloignement que je témoignais pour les accepter. Il me dit qu'il j avait peut-être des moyens qui restaient encore pour pacifier les troubles de rAllemagne, et qu'Q avait été chargé par V. M. I. et R. d'en faire les ouvertures. Sur quoi je lui ai proposé de s'aboucher avec mes ministres, pour essayer si cette dernière tentative réussira mieux que les précédentes. V. M. I. et R. me rendra au moins le témoignage, que si cette oeuvre salutaire ne parvient pas à une heureuse fin, ce ne sera pas ma faute. Je suis avec la plus haute considération,

madame ma soeur et cousine,

de Votre Majesté Impériale et Royale le bon frère et cousin Fr^débic.

Les ministres prussiens, MM. les comtes de Hertzberg et Finkenstein étant arrivés au quartier général du roi, de nouvelles conférences Q s'ouvrirent au couvent de Braunau, en Bohême qui donnèrent lieu à réchange des pièces suivantes:

N"- xxvra.

Propositions de Pimpératrice-reinej remises par M. de Tktigui aux ministres du roi y dans la première confé* renjce tenue au couvent de BrawnaUj en Bohême; le

13 août 1778.

1) Llmpératrice- reine bornerait les avantages qui doivent lui revenir de sa prétention sur la succession de Bavière et de sa convention avec l'électeur palatin, à Tacquisition d'un revenu d'un seul million de florins.

2) L'électeur palatin et la maison palatine en retour céderaient à l'impératrice -reine, et respectivement échangeraient avec elle, la partie de la Bavière et du Haut-Palatinat renfermée dans la délimitation ci-dessous expliquée.

La lig^ne de démarcation commencerait auprès de Kufsteîn dans le Tyrol; elle suivrait le cours de l'Inn jusqu'à Wasserbourg; de là elle serait continuée vers Landshut à Lanckwat, ensuite à Perbing', Donaustauf, Nittenau, Neubourg, Retz jusqu'à Waldmunchen le long* du grand chemin qui conduit à Toms en Bohême.

Cette cession se ferait en la manière suivante. L'on ferait une évaluation exacte de tous les revenus de cette étendue de pays. Cette évaluation serait faite sur les lieux

(1) Les deux ministres prussiens les poussèrent avec tant de yivacité, qu'ils les firent finir en trois jours , afin de ne pas faire languir la campagne, comme cela pouvait être le dessein du cabinet de Vienne, et pour que le roi put d'autant plutôt réclamer l'intervention de i'impérateice Catherine II.

CAUSE TROISIÈMIU (1778.) 301

diaprés les comptes originaux de la recette générale existants dans les dépôts de Munich; elle serait réglée et vérifiée par une commission composée d'un commissaire de rimpératrice- reine, d'un autre de l'électeur palatin , et d'un troisième nommé par de duc de Deux-Ponts.

Cette évaluation faite , il en serait prélevé un million de fioiins pour le préciput gue Fimpératrice -reine se serait rései^vé et sa susdite majesté compenserait exactement et fidèlement tout l'excédent par la cession qu'elle ferait à rélecteur palatin d'autres possessions d'un revenu ég>al, et de telle autre manière dont les trois commissaires cidessus mentionnés librement et de plein ^é conviendraient entre eux.

L'impératrice -reine céderait nommément à l'électeur palatin tout ce qu'elle possède dans le cercle de Souabe, en cas que les revenus de la nouvelle acquisition qu'elle ferait en Bavière et dans le Haut-Palatinat, déduction faite de son préciput d'un revenu d'un million de florins , fussent trouvés égaux aux revenus des susdites possessions en Souabe, dont l'évaluation serait également constatée par l'exhibition des comptes originaux de la recette. Si les revenus de la nouvelle acquisition en Bavière se trouvaient être moindres, les cessions que l'impératrice-reine ferait en Souabe, y seraient proportionnées, et si les revenus de l'acquisition en Bavière et dans le Haut-Palatinat excédaient le préciput de l'impératrice-reine ensemble avec les revenus des possessions autrichiennes dans le cercle de Souabe, sa susdite majesté dédommagerait également avec exactitude et fidélité l'électeur palatin, soit par d'autres cessions d'un revenu égal dans les Paj-s-Bas, soit en se chargeant d'une partie proportionnée des dettes de la Bavière^ soit en telle autre manière dont les trois commissaires ci -dessus mentionnés librement et de plein gré se seraient accordés entre eux.

3) S. M. l'impératrice -rehie s'engagerait, pour elle et ses héritiers, de ne faire aucune opposition à la réunion des

SOS CAUSE TROISliMB* (1778.)

deox margraviats de Bareuth et d'Anspach à la primogénitare, de Félectorat de Brandebourg' (^) , et si S. M. le roi de Prusse trouvait à propo&T de faire un échange des pays de Bareuth et d'AnspacIi contre la Haute et la Basse-Lusace, rimpératrice-reine non-seulement n'y apporterait point d'obstacle, mais faciliterait plutôt cet échange en ce qui dépendrait d'elle, et nommément par la renonciation qu'elle ferait à ses droits de féodalité, de réversion et autres sur la Haute et Basse-Lusace*

4) L'on traiterait aussi dans la présente négociation sur la satisfaction à procurer à l'électeur de Saxe de la part de l'électeur palatin relativement à ses prétentions allodiales, par l'entremise des bons offices réunis de S. M. l'impératrice-reine et de S. M. le roi de Prusse.

5) Pour faciliter l'arrangement sur les prétentions allodiales de l'électeur de Saxe, l'impératrice-reine renoncerait

(1) Pour mettre le lecteur au fait de cet incident, il convient de remarquer, que le roi de Prusse s'était arrangé en 1752, avec ses frères et cousins, de manière qu'à l'extinction des mâles des branches d'Anspach et de Bareuth, les états qu'ils laisseraient seraient incorporés à la primogéniture de Brandebourg. Ce pacte de Camille changait les dispositions d'un règlement de succession arrêté en 1473, dans la maison de Brandebourg, qui portait que, s'il n'y avait qu^un seul margrave dans la maison, il lui serait libre de réunir les états de toutes les branches, mais que s'il y en avait deux, l'aîné aurait l'électorat, et le cadet les terres de Franconie.

Le roi de Prusse pensait que le règlement de 1473, étant un simple arrangement de famille, pouvait être changé par la famille, sans que personne y pût trouver à redire. La maison d'Autriche soutenait au contraire: 1) que ce règlement était une vraie pragmatique sanction, qui, ayant été formellement confirmée par l'empereur et l'Empire, ne pouvait être altérée que de leur consentement ; 2) que les mêmes raisons d'équilibre dans Empire, que le roi de Prusse allé^ guait contre la réunion de la Bavière aux états d'Autriche, empêchaient aussi celle des margraviats de Franconie à la primogéniture de Brandebourg, attendu qu'une pareille réunion altérerait la constitution des cercles, et particulièrement celle du cercle de Franconie.

CAUSE TROKIISIMB. (1778.) 303

à ses droits de féodalité et autres qu'elle a sur quelques fiefs en Saxe.

6) S. M. Timpératrice- reine réunirait ses voix à celle de S. M. le roi de Prusse, pour faire conférer par Tempéreur et l'Empire au duc de Mecklembourg* un des petits fiefs vacants.

N^- XXIX

Réponse des mimsires de S. M. Prussienne aux prapo^ sitions faites par M. de Thugut au nom de Fimpéra-

ùnce-reine.

Ces propositions consistent dans une altemaUve, dont la première partie porte: que S. M. Timpératrice-reine voudridl restituer tout ce qu'elle a fait occuper en Bavière et dans le Haut-Palatinat, et délier l'électeur palatin de la conv^tion du 3 janvier, sous la condition que le r(rf de Prusse s'engage de ne pas réunir les deux mar^aviats de Bareut|i et d'Anspach à la primogéniture de sa maison aussi long*temps qu'il j existerait des princes puinés, ainsi qu'il était statué dans la sanction pragmatique de la maison de Brandebourg, qui étant confirmée par l'empereur et l'Empire, avait obtenu force de loi publique.

Cette proposition est inadmissible, par les raisons qui ont déjà souvent été alléguées et détaillées dans les con« férences de Berlin. La succession aux margraviats d'Ans** pacb et de Bareutb appartient incontestablement à la maison de Brandebourg seule; il n'appartient qu'à cette maison seule de régler l'ordre de la succession, et cet ordre a été réglé par le consentement unanime de tous les membres de la sus^ dite maison. La prétendue sanction pragmatique n'est autre cbose que le testament de l'électeur Albert I, qui a été fait par cet électeur et a été confirmé à sa demande par l'em-» pereur Frédéric m. Il a donc aussi pu être changé et a été changé par ses successeurs, du consentement unanime des membres de la maison de Brandebourg. La confirmation

S04 CAUSE TROISliMB. (1778.)

impériale, qui n'est qu'une formalité ordinaire, ne saurait avoir force qu'en faveur des parties intéressées, qui sont les seuls princes de Brandebourg*, et qui y ont renoncé. Elle ne saurait être réclamée par un autre état de l'Empire non intéressé à cet ordre de succession, qui par la même raison n'a aussi aucun droit d'j intervenir, ni d'en dispenser. On peut dire la même chose de l'Empire, dont la concurrence à la susdite confirmation de Frédéric III ne consiste que dans le simple énoncé de cette confirmation, qu'elle avait été faite du consentement de l'Empire. Par toutes ces raisons, jS^. M. le roi de Prusse ne saurait jamais admettre aucune parité ni compensation entre l'ordre réglé de la succession incontestable de sa maison aux margraviats d'Anspach et de Bareuth, et la prétention non fondée de la maison d'Autriche sur la succession de Bavière, qui n'appartient qu'à la maison palatine, comme on a prouvé l'un et l'autre point de la manière la plus évidente. L'équité ne permet pas d'attribuer le refus de la susdite proposition iiu désir d'un agrandissement injuste et dangereux pour les voisins. Le roi a donné des preuves assez convaincantes de son désintéressement dans tout le cours de la négociation précédente, en n'insistant que sur les intérêts de ses alliés, sans chercher aucun avantage particulier. S. M. est d'ailleurs trop persuadée des hautes lumières et des sentiments élevés de S. M. l'impératrice-reîne, pour pouvoir s'imaginer que cette auguste princesse veuille envier et contester d'avance à la maison de Brandebourg une succession légitime, mais incertaine et éloignée, ni qu'elle puisse j attacher le maintien de sa dignité, de sa considération politique, et de l'équilibre en Allemagne. L'observation par laquelle on finit la première proposition, serait bonne et conforme à la justice et aux intentions du roi, si l'arrangement proposé pouvait être concilié avec les droits incontestables de la maison de Brandebourg. Cet arrangement est aussi énoncé â^une manière^ que s'il pouvait en être question^ il resterait encore douteux si sous le nom des parties intéressées la cour de Vienne

ne voudrait pas revenir à ses prétentions et les faire valoir d'une autre manière également préjudiciable.

Le second membre de ralternative proposée par M. de Thug'ut se réduit à un nouvel arrangement, selon lequel l'impératrice -reine voudrait acquérir la partie de la Bavière et du Haut-Palatinat qui est exprimée dans le second article des susdites propositions. On n'a qu'à comparer avec la carte g'éographique de Bavière la démarcation énoncée dans cet article, pour voir d'un coup d'oeil combien cette acquisition serait immense et dangereuse pour tout l'Empire, et combien l'arrangement proposé serait préjudiciable à la maison palatine, et anéantirait toute son existence politique. La cour de Vienne couperait la Bavière par une ligne transversale depuis le Tyrol jusqu'à la Bohême, elle obtiendrait non-seulement toute la Basse -Bavière, sur laquelle elle forme des prétentions, mais aussi une grande partie de la Haute -Bavière, sur laquelle elle n'en a formé aucune jusqu'ici; elle emporterait si non la partie la plus grande de la Bavière et du Haut-Palatinat, du moins la plus fertile, la plus riche et la plus peuplée, contenant les rivières du Danube, de l'Iser, de l'Iiln et de la Saka, avec les riches salines de Reichenhall, et elle ne laisserait à la maison palatine que la partie la plus mauvaise de ces deux duchés, qui ne consiste qu'en bois et en sable, qui ne peut se soutenir sans le secours de l'autre partie, et en serait toujours dépendante, et qui resterait pourtant chargée d'un fardeau immense de dettes. La partie de la Bavière dont on demande la cession, et dont le prix principal consiste dans la contiguité et les qualités intrinsèques, ne saurait jamais être compensée par des équivalents éloignés, éparpillés, et d'une qualité fort inférieure à tous égards. En général toute la méthode proposée d'acquérir la partie de la Bavière qu'on demande, et surtout l'excédent de la prétention autrichienne par une évaluation en revenus et par des équivalents, est aussi nouvelle que préjudiciable par ses conséquences. D'abord la cour de Vienne n'a aucun droit fondé sur aucune partie de I 20

306 CAUSE TROISlàME. (1778.)

la Bavière; si elle en avait, elle l'auriût sur une partie déterminée de paySj mais non sur un million de revenus. Si dans les pourparlers de la nëg'ociation précédente il a été question d'un certidn revenu, on n'a pas songé d'accorder à la cour de Vienne un préciput; mais on a toujours ofTert des territoires déterminés, et on a demandé des équivalents en territoires déterminés^ en admettant pour le bien de la paix des équivalents moindres que les pays cédés, et en supposant ainsi que la cour de Vienne g-ag'nerait par là le préciput de revenus qu'elle a en vue. Pour sentir de quelle dang'ereuse conséquence serait pour la maison palatine l'évaluation des pays à céder par des revenus actuels, on n'a qu'à considérer que la Bavière est jusqu'ici notoirement le pays ie plus mal administré de toute l'Allema^e^ de sorte qu'un districte qui rapporte à présent un million de revenus, en rapporterait bientôt le double et le triple à la cour de Vienne, et la maison palatine j perdrait ce que la maison d'Autriche j g'a^erait*

Si l'on voulait aussi renvoyer l'évaluation et l'échange en question à une commission à établir entre les commissaires de l'impératrice-reine , de l'électeur palatin et du diic de Deux-Ponts, le sort de la maison palatine, et surtout celui du duc de Deux-Ponts, serait exposé à des événements éloignés et incertains, dont on sent aisément les suites sans les détailler ici, et le roi perdrait par là tout le but de son intervention.

Le même renvoi de l'arrangement général de la succession de Bavière, ne permettrait pas d'arranger dans la négociation présente la satisfaction de l'électeur de Saxe, que M. de Thugut a proposé dans le quatrième article, et en général Tarrangement quil vient de proposer, mettrait la maison palatine entièrement hors d'état de contribuer à la satisfaction de celle de Saxe.

Quand on voudra peser avec équité et sans prévention toutes les considérations qu'on vient d'alléguer en précis, on ne saurait trouver étrange que S. M. ne puisse pas don-

CAUSE TROISièMB. (1778.) 309

net les mains à ces propositions, et à un arrangement qui démembrerait d^nne manière énorme l'important daché de Bavière; qui anéantirait presque la maison palatine, et la priverait de la plus grande et de la plus précieuse partie de son patrimoine incontestable; arrangement auquel par ces raisons le duc de Deux-Ponts ne consentirait jamais, comme il Ta déclaré positivement; qui enlèverait les moyens de procurer à la maison de Saxe une satisfaction raisonnable sur ses prétentions allodiales ; qui procurerait à la maison d'Autriche sans aucun titre valable un agrandissement exorbitant, qui renverserait ainsi tout l'équilibre du pouvoir en Allemagne; qui afTecterait par ses conséquences la liberté et la sûreté de tout l'Empire et de son système, et par ses suites ause^ celle du roi; et serait par là et à tous égards directement contraire à la dignité et aux intérêts les plus essentiels de S. M., ainsi qu'aux engagements qu'elle a pris, et au but qu'elle s'est proposé en intervenant dans l'afTaire de Bavière.

Le roi rend justice aux sentiments de S. M. l'impératrice-reine, et il est persuadé que ses dispositions pour la conservation de la paix sont aussi pures et aussi sincères que les siennes ; mais 'S. M. regrette que les propositions qu'on a faites en son nom ne répondent pas à un but si salutaire.

Dans la précédente négociation le roi a offert pour le bien de la paix, de s'employer à procurer à S. M. l'impératrîce-reine, par un arrangement général de la succession bavaroise, la, cession de deux districts de la Bavière considérables et avantageusement situés pour arrondir la Bohême et l'Autriche, contre des équivalents en pays trèsmédiocres. Dans la présente négociation S. M. a fait offrir un de ces districts contre un équivalent très -peu considérable en argent et en cession de droits de nulle valeur, sans exiger qu'il soit donné en pays; et elle croit avoir donné par là des preuves éclatantes de la plus grande modération, et de son désir sincère de complaire à LL. MM.

306 CAUSE TROISlisME. (17780

II., et de contribaer à leur satisfaction; mais comme toutes ces propositions n'ont pas été acceptées, S. M. ne saurait s'empêcher de s'en dédire et d'attendre qu'un cbangement de principes amène une négociation plus heureuse et plus efficace.

N°- XXX

Note du baron de Thugut, adressée aux minisires de S. M. Prussienne y après avoir reçu la réponse ci-

dessus; du 13 août 1778.

Le baron de Thu^t est sensiblement affligé de ce que la rupture dont la présente négociation à peine commencée est menacée, parait éloigner de nouveau la fin si désirable des malheurs qu'a entraînés la mé^telligence survenue entre les deux cours. Pour ne laisser rien manquer du côté de son zèle, et pour constater la droiture des désirs pacifiques de l'impératrice -reine, il a l'honneur de déclarer d'après les intentions que S. M. lui a confiées, que le but principal de S. susdite M., dans les limites qui ont été proposées pour la cession et respectivement échange en Bavière, n'a point été une vue d'agrandissement, mais plutôt celle d'une communication et d'une liaison convenable entre ses différents états , laquelle d'ailleurs paraissait pouvoir être obtenue sans préjudice de la maison palatine, au moyen de la compensation exacte et fidèle qui a été offerte de tout ce qui surpasserait un revenu d'un million de florins ; qu'en conséquence de cela, si pour la cession et respectivement l'échange en Bavière, un projet de limites comme celui qui se trouve marqué sur la carte ci -jointe, est jugé acceptable, il poursuivra avec plaisir la négociation sur le pied de l'évaluation proposée, et si une telle évaluation, malgré la facilité et l'exactitude qui semble devoir en résulter pour les compensations, est absolument jugée inadmissible, il écrira à Vienne pour demander des ordres, et pour être autorisé sur des

CAUSE TROISlisME. (1778.) 909

cquiralents qu'on pourra offrir d'après le principe dont la cour de Berlin jusqu'à présent est convenue elle-même, qu'il est juste qu'il revienne à S. M. l'impératrice -reine un avantage raisonnable de ses droits sur la succession de Bavière' et de sa convention avec l'électeur palatin. Braunau, le 15 août 1778.

Encore dans la même journée les ministres- du roi adressèrent la réponse suivante à M. de Thugut.

N«- XXXI

Réponse des ministres de S. M. Prussienne à la note du baron de Tkuffut^ du IS août 1778.

Le ministère du roi a examiné avec le zèle le plus sincère, pour le rétablissement de la bonne intelligence entre les deux cours, la note que M. le baron de Thugut vient de lui remettre, après avoir reçu la réponse de S. M. aux nouvelles propositions de S. M. l'impératrice-reine. Il regrette de ne trouver rien dans cette note qui puisse apporter un changement à la réponse susdite. Quoique l'étendue du territoire qu'on j demande, soit moindre que celle des propositions précédentes, elle embrasse toujours une partie du Danube, tout le courant des rivières de l'Inn et de la Salza, la moitié du district de Straubing et tout le district fertile et considérable de Burghausen, avec les salines de Reicbenhall, qui sont absolument nécessaires à la Bavière, et trop importantes pour pouvoir être compensées par quelque objet que ce soit.

, L'évaluation des territoires de Bavière d'après les revenus présents ne saurait jamais avoir lieu, sans tourner à un profit exorbitant de la maison d'Autriche, et à une perte

8 M CAUSE TBOISliBMB. (1778.)

trop grande de la maison palatioe, par les raisons qu'on a déjà allégoées, qae ces pays administrés au plus mal jasquld, produiraient à une meilleure administration en peu de temps un surplus trop grand pour pouroir servir à évaluer le prix du pajs même, et à le proportionner au prix d'un autre pays dont les revenus ont été poussés au degré dont il est susceptible.

Le principe supposé: que S. M. l'impératrice -reine doit, par une suite de ses droits sur la succession de Bavière et de sa convention avec l'électeur palatin^ prélever un million de retenus sur l'échange en question, est une supposition que la cour de Berlin n'a jamais reconnue et ne pourra jamais admettre, non plus qu'une reconnaissance des droits de la maison d'Autriche sur la Bavière. On a {ait voir dans la réponse précédente, qu'on mettait l'arvantage de S. SL l'impératrice- reine dans la qualité intrinsèque des pays qu'elle obtiendrait par l'échange, sans compter que l'avantage qui résulte de la contiguïté et de l'arrondissement, est déjà assez grand. Si le million de florins devait être prélevé de la portion de la Bavière diminuée qu'on demande dans la dernière note, surtout si elle était évaluée selon le revenu présent, l'équivalent de la maison palatine serait tellement diminué, qu'il serait réduit à peu de chose.

Enfin tout renvoi des échanges à faire et en général de l'arrangement final de la succesôon de Bavière sans la concurrence du roi, est contraire au but que S. M. s'est proposé dans son intervention, et à celui d'un accommodement > stable et solide, qu'on doit supposer aux deux cours.

Quand on réunit toutes ces considérations, on trouvera que les mêmes obstacles qui ont rendu inadmissibles les précédentes propositions de la cour de Vienne, s'opposent aussi au nouveau projet de M. le baron de Thugut. S. M. Timpératrice- reine obtiendrait toujours par cet arrangement, non une simple ligne de communication entre ses états, laquelle subsiste déjà assez indépendamment de cette acquisi-

CAUSE TROISliMB. (1778.) 311

tion, mds plutôt an agrandissement trop considérable, gratuit et dépourvu de titres. On ne saurait donc que se référer à la première réponse qui a été donnée ce matin à M. le baron de Thugut, et attendre qu'un changement de principes amène des circonstances plus favorables pour le succès d'une négociation future.

Braunan, le 15 août 1778.

FlNKBNSTBIlf. HkRTZBBRG.

Les conférences étant ainsi rompues le 13 août 1778, M. de Thugut, ainsi que les ministres prussiens s^en retournèrent à Vienne et à Berlin (^). Ce ne fut qu^au mois de décembre de la même année, que les négociations furent reprises à Breslau, sous la médiation de la Russie et de la France.

LMmpératrice Catherine II pour donner du poids à sa médiation (^) , fit marcher sur les frontières de la Galicie, un corps de troupes commandé par Nicolas Wasiliewitsch , prince de Repnin. Le 20 décembre, ce général déploya le caractère de ministre plénipotentiaire, et la veille, la cour de Saint-Péters-

(1) Dès le commencement de la guerre, la cour de Berlin fit publier un exposé de cette négociation infructaeuse, sons le titre de: Déclaration ultérieure de S, M. le roi de Prusse aux hauts coétats de VEmpire^ concernant les procédés contraires à la justice et à la paix publique de S. M. V impératrice-reine de Hongrie et de Bohême à l'égard de la succession de Bavière. Avec quelques pièces annexés, Berlin, au mois d'octobre ±778.

(2) Catherine II était mécontente de la cour de Vienne, qui l'avait contrariée dans ses démêlés avec la Porte, tandis que le roi de Prusse avait puissamment contribué à les faire terminer, à la satisfaction de l'impératrice, en engageant le ministre de France à conseiller au divan de faire un arrangement arec elle.

312 CAUSE TBOIsriSME. (1778.)

bourg fit remettre à celle de Vienne une déclaration sur les motifs de sa conduite.

Peu atvant la remise de cette note, Pimpératrice Marie-Thérèse elle-même avait réclamé la médiation de la France et de la I^ussie. Frédéric II communiqua confidentiellement à la cour de Versailles un plan de pacification, que cette cour transmit comme son ouvrage au cabinet de Vienne, qui Pagréa également. On indiqua alors un congrès à Teschen, dans la Silésie autrichienne, dont Touverture se fit le 14 mars 1779, pour 7 mettre la dernière main à la conclusion du traité. H fut signé le 13 mai 1779, anniversaire de la naissance de Marie - Thérèse ; et la paix, publiée à 'Berlin, le 22, et à Vienne le 24 du même mois , après quoi les armées se retirèrent (}).

C^est ainsi que se termina une guerre qui eut ceci de particulier, que la maison palatine, pour les intérêts de laquelle elle avait été entreprise, n'j prit aucune part; que la Bavière, qui était le pays contesté, n'y fut point enveloppée; et que tout Tavan-

(l) Trois traités principaux, qui étaient censés n'en faire qu'un, furent signés à Teschen, savoir: 1) Le traité de paix entre Timpératrice-reine et le roi de Prusse, dans lequel fut compris l'électeur de Saxe. — 2) Une convention entre l'impératrice-reine et l'électeur palatin, qui règle le différend sur la succession de la Bavière, et dans laquelle est compris le duc de Deux-Ponts. — 3) Une convention entre l'électeur palatin et l'électeur de Saxe, relative à la succession allodiale que l'électeur de Saxe avait réclamée. — Les deux puissances médiatrices se chargèrent de la garantie du traité ainsi que de toutes les conventions et stipulations qui en faisaient partie. — Voyez le texte du traité, dans le Recueil des Iraités, etc. de Martens, nouv. édit, T. III, p, 661.

tage de Fa paix fut pour l'électeur Charles-Théodore, contre le gré duquel la guerre avait été faite.

Ainsi que nous Pavons indiqué à la p. 21 8, nous faisont suivre ici un abrégé de la négociation secrète dont, à Foccasion de cette mémorable discussion, le comte de Goertz fut chargé par le roi de Prusse.

Négociation secrète du comte de GoertxQ).

Comme il a été dit plus haut, Frédéric II reçut la nouvelle de la mort de Félecteur de Bavière Maximilieu - Joseph , le 3 janvier 1778. Sentant la nécessité de trouver une personne qui put sans éclat se présenter à Manheim et à Deux-Ponts , pour lui procurer des notions justes sur les sentiments des princes de cette maison, et Finstruire, sUls soutiendraient leurs droits à Théritage de Télecteur, ou si au contraire ils s'étaient peut-être liés les mains par des conventions sur lesquelles le roi n'avait pu obtenir encore que des renseignements peu exactes, et si, enfin il y avait moyen de porter l'un ou l'autre de ces princes, à protester contre toute infraction à leurs droits, et à réclamer l'assistance de l'Empire ; le roi jeta les yeux sur le comte Eustache de Goertz , qui , rethré des affaires, s'était établi depuis plusieurs années à Wei-

(1) Extrait de l'ouvrage publié par le comte de Goertz, sous le titre dé Mémoire historique de la négociation en Ï77S, pour la sue^ cession de la Bavière, Francfort 1812.

314 CAUSE TROISISME. (1778.)

mar (')• Le roi se trouvant à cette époque à Berlin, fit appeler secrètement de Potsdam le comte de Goertz, général à son service , et frère du comte Eustache, avec Tordre de se rendre la nuit même encore auprès de lui. — S. M., s^ouvrit au général sur ses intentions, et rengagea à faire à son frère la proposition de cette commission. Le général, sentant dans quel embarras une proposition si inattendue d^une commission tant épineuse et aussi importante pouvait jeter son frère, répondit, que quoiquMl connût Tattacbement de son frère pour S. M., et son désir de le lui prouver par des services, il lui demandait la permission de porter lui-même les ordres de S. M. à Weimar, afin de s^assurer que son frère ne balanceât point, et ne perdit pas de temps à les exécuter. Le roi applaudit à cette idée, et lui envoya dès le lendemain un aperçu par écrit, de ses projets, pour porter en toute diligence à son frère, cette pièce qui devait lui servir dUnstruction. Munis de cette pièce, écrite en entier de la main propre de S. M., mais sans être signée, le général quitta Berlin, et arriva le 8 janvier à Weimar. — Voici cette espèce d'instruction que reçut le comte de Goertz, et qui lui fit

(1) Quoique Frédéric II ne connut d'abord le comte de Goertz que très -superficiellement, et lorsque celui-ci était encore gouverneur des princes de Saxe- Weimar, celui-ci sut cependant tellement inspirer de la confiance au roi que S. M. n'hésita point à le charger de cette mission délicate et épineuse. Le comte d'ailleurs n'étant point) et n'ayant jamais été ayant cette époque , au service du roi, cette mission secrète pouvait se faire sans donner le moindre ombrage.

CAUSE TROISIJBMK. (1778.) 315

connaître une partie des idées du roi, et les points que S. M. voulait avoir éclaircis sans être compromise.

Instructions données ^ar le roi de Prusse au comte de

Goertz.

(Sur feuille volante.)

Vu la mort de rëlecteur de Bavière ^ on désirerait de savoir dans quelles dispositions se trouve la coar palatine; s'entend si elle est convenue avec rAutricbe sur le partage de la Bavière, ou si elle compte prendre d'autres mesures. J'ai un traité qu'on prétend authentique qui doit être signé de la cour palatine et g'aranti par la France, en faveur de la cession des Deux -Ponts à cette couronne, mais il sera facile de juger de l'authenticité de la chose, par la contenance paisible ou inquiète de la cour palatine. Si cette cour et le duc des Deux -Ponts étaient gagnés par l'Autriche, Q reste à savoir si le second prince de Deux -Ponts, ou le prince de Blrkenfeld ne pourrait pas en être assez mécontent pour protester contre cet accommodement, ou réclamer l'assistance de l'empire romain, en provoquant sur d'anciens pactes de la Bavière et des palatins relatifs à la succession de ces provinces, signés l'année 1348, ou si ces gens sont si faibles qu'il n'y ait aucune partie à en pouvoir tirer; tses éclaircissements sont de la dernière importance dans la conjoncture actuelle, et peuvent procurer toutes les lumières nécessaires dans cette situation délicate où se trouve le saint -empire romsdn, et l'on aurait comme de raison de grandes obligations à celui qui pourrait débrouiller c^te fusée.

Le général de Goertz sut si bien combattre les objections que lui fit son frère, que ce dernier, s^étant persuadé par tout ce que le général lui disait

316 CAUSE TROISIJBME. (1778.)

de positif sur la détennination bien décidée du roi^ de ne point vouloir souflrir le démembrement de la Bavière, se décida d^autant plus à accepter la mission, qu'il conçut Fespoîr de pouvoir peut - être servir d'instrument à prévenir de grands malheurs. Dès le lendemain, 9 Janvier, il annonça devoir faire un prochain voyage, prétextant que son frère étant venu pour s'entendre avec lui sur des affaires de famille et sur des procès qu'ils avaient au tribunal de l'Empire (Reichskammergerichi)^ l'avait décidé à partir promptement pour Wetzlar. Le comte de Goertz se mit en conséquence le 12 au soir en route, en chargeant son frère, qui retourna la même nuit à Potsdam, de la lettre ci-après pour le roi:

Lettre du comte ^de Goertz, adressée à S. M. le roi de

Prusse; du 10 janviei* 1778.

Weîmar, le 10 janvier 1778.

Sire!

^on frère m'a remis les ordres de V. M., je les exécuterai avec la plus respectueuse soumission. Le plus ardent désir de mon âme a été depuis longtemps, de pouvoir vous prouver, sire, toute l'étendue de mon zèle et de mon dévouement. Heureux, si les circonstances si intéressantes peuvent m'en fournir l'occasion.

Je pars ce soir, sire, et comme j'ai reçu la nouvelle que l'électeur s'est rendu dans ses nouveaux états, j'ai cru ne pouvoir mieux remplir les vues.de Y. M., qu'en allant à Munich. D'après l'extrait ci-joint de ce que m'écrit un homme instruit de ces environs, d'après la nouvelle que des

CAUSE TROIS! JBBIE. (1778.) 317

troupes autrichiennes sont déjà entrées en Bavière, et la patente que l'électeur palatin a fait publier, je préfère la route par le coeur de la Franconie, afin que, si l'électeur ne trouvait pas à propos de poursuivre sa route pour la Bavière, je puisse prendre mes mesures en conséquence. Je ne connais que peu de personnes à Munich. Ce que je connais de la cour palatine, à commencer par Télecteur et tout ce qui l'entoure, est à la vérité, d'un caractère trèsfaible. Le duc de Deux -Ponts doit avoir de l'énergie, mais passe pour être farouche et de difficile accès. Le prince Maximilien de Deux -Ponts doit être intéressant, et joindre du nerf à une grande élévation d'âme, mais il est au service de France. Les Birkenfeld n'annoncent pas une grande ressource; le père est fort vieux, le fils aine est au service d'Autriche, et le cadet, le .prince Guillaume, an service palatin. Malgré cela, sire, je doute qu'on souscrive, au moins sans se plaindre, aux dures conditions que la cour de Vienne voudra imposer. Mon frère remettra le chiffre entre les mains de Y. M. et lui rendra de bouche des précautions que nous avons cru devoir prendre pour la correspondance.

Je suis, etc. etc. etc.

Comme il fallait trouver une personne par Pentremise de laquelle, la correspondance qui devait s^établir entre le roi et le comte de Goertz, put être voilée, le choix de M. de Goertz tomba sur un négociant, nommé Streiber, d^Eisenach, homme intelligent, intègre et discret. S^étant entendu avec lui sur Fobjet de la correspondance, M. de Goertz prit la route vers Wurzbourg, où il s'attendait à recueillir quelques notions importantes. Aussi y rencontra-t-il d'anciennes connaissances, et même des amis intimes, dont tout en leur cachant le motif de son voyage, il re-

318 CAUSA troisiIbmb. (1778.)

cueillit assez de données pour en faire un rapport au roi (le 14 janvier) ^ dans lequel il manda à S. M.:

,,Que, diaprés les nouvelles qu'il avait pu re- ^^cueillir^ il paraissait que la cour palatine n'avait 9,point encore pris aucun engagement avec la cour de ^^Yienne au sujet de cette succession; que Ton sa- ^^vait qu'aussitôt le décès de l'électeur de Bavière, ,,le ministre de cette cour avait proclamé successeur, ,,1'électeur Charles-Théodore, lui avait fait prêter hom- ,^mage et publier des patentes en sous nom; que l'é- ,,Iecteur s'était rendu en toute diligence dans ses nou- ^veaux états; qu'un de ses amis qui se trouvait à „Manheim, au moment du décès de l'électeur, l'as- „8urait, qu'il y avait eu une grande consternation: „que l'on avait les nouvelles les plus positives qu'un ,,corps de 20,000 Autrichiens avait ordre de pénétrer „en Bavière, et devait déjà y être entré; que le mi- „nistre de France près l'électeur palatin, M. Odune, ,,était resté à Manheim , et n'avait pu se déterminer „à suivre l'électeur, tandis que le baron de Lehrbach, ,,ministre impérial, ne s'étant point trouvé à Manheim „lors du départ de S. A. B. de cette ville, l'avait „suivi en toute diligence à Munich, aussitôt que la „nouvelle lui en était parvenue."

Le comte de Goertz comprenant que des arguments soutenus de 20,000 hommes, l'emporteraient infailliblement, et intimideraient un prince reconnu d'un caractère aussi faible qu'était celui du nouvel électeur, représenta au roi que, pour pouvoir inspirer de la confiance, il serait urgent que S. M. le munit d'une lettre de créance, qui le revêtit d'un caractère officiel, afin

CAUSB TROISIÈME. (1778.) 319

de pouvoir en son nom parler au prince et à ses ministres. Après avoir expédié son rapport au roi, M. de Goertz partit pour Nuremberg , où il ne recueillit d^autres nouvelles positives que celle de la marcbe des troupes autrichiennes et de la consternation générale. On 7 avait débité la fausse nouvelle, que Télecteur s^était déjà retiré de Munich à Neubourg. M, de Goertz manda donc au roi, ^^qu^il se rendrait à Ratisbonne, ,,pour voir, sMl pouvait approfondir avec plus de cer<- ,,titude le véritable état des affaires, et qu^il y atten- „drait ses ordres.^^ Il y arriva le 16 Janvier, msûs ne tarda pas à s^apercevoir que Ton était dans la plus profonde ignorance, tant sur ce qui se passait i Munich, que sur les véritables intentions de la cour de Vienne; ce qui rengagea d^en écrire au roi et dUnstruire S. M. quMl allait se rendre de suite à Munich, où il sollicitait le roi de vouloir bien lui faire parvenir ses lettres de créance.

Arrivé à Munich avec son compagnon de voyage, le comte de Loeben, frère du ministre électoral de Saxe à la diète, M. de Goertz se fit présenter le même jour à rélecteur, qui lui parut très-embarrassé et trèsinquiet. Une consternation générale s^était emparée de tous les esprits à Papproche des troupes autrichiennes , et on n^en parlait qu^avec désolation. M. de Goertz apprit en outre avec certitude, que feu Pélecteur avait fait un pacte de famille et un testament i Tinsu de ses ministres, à Texception du chancelier M. Kreitmeyer et du conseiller Obermeyerj que Pélecteur palatin y avait concouru sans la participation de son ministère, hors le baron deZedlitzj que Tâme

320 CAUSE TROISliME. (1778.)

de toute cette négociation avait été la duchesse Clémentine de Bavière 5 que le pacte de co-possession de Fan 1774, diaprés lequel les patentes poiir la prise de possession, publiées d^abord après la mort de Maximilien - Joseph , avait été fait de la même manière 5 que tout cela avait été traité entre les deux électeurs sans que ni la cour de Vienne, ni celle de France en eussent eu la moindre connaissance; que la mort avait surpris ce prince, et que son intention avait été de faire garantir ces pactes par quelques puissances étrangères. Le comte de Goertz s^assura encore, que déjà dès Tannée 1775, la cour palatine, et surtout Félee^ teur avaient négocié à la cour de Vienne un accommodenïent au sujet de cette succession 5 que cette négociation avait été dirigée par M. de Beckers, ministre de S. A* E«, mort depuis quelques mois, et M. de Ritter, envoyé palatin à la cour de Vienne, et que Ton supposait à Munich, que ce dernier avait signé un arrangement, sans y être autorisé par son maître (^). Les troupes autrichiennes avançaient pendant ce temps-là en Bavière, sans que Ton sut pour quel motif, ni à quel titre. Les deux ministres impériaux, le comte de Hartig, accrédité près Télecteur défunt, et le baron de Lehrbach, accrédité près le nouvel électeur, se bornaient à assurer, que les prétentions de

(1) D'autres soupçonnaient Télecteur capable d'aycir déjà donné des pleins pouvoirs illimités à ce ministre, tout dévoué à la cour de Vienne, pour signer telles conditions qu'il pourrait obtenir; et que l'on n'avait encore que des idées erronées et très-vagues, tant sur le principe et le titre sur lesquels la cour de Vienne fonderait ses prétentions, ainsi que sur les territoires sur lesquels elle ferait des réclamations.

leur cour se régleraient plutôt diaprés la modération de LL. MM. II. et RR., et sur Téloignement qu^elles avaient de voir diminuer les possessions d^un état de FEmpire, que sur leurs droits^ qui s^étendraient bien au delà. Du reste, le comte de Goertz, diaprés les renseignements qui lui étaient parvenus de plusieurs côtés, était fondé à croire que Ton n^avait point fait encore de démarche pour s^assurer du consentement du duc de Deux-Ponts, en qualité d^héritier présomptif, ni de celui des autres princes de la maison palatine. D^on autre côté, les ouvertures que M. de Barbès-Marbois, chargé d^affaires de France près la cour électorale, lui fit en suite des liaisons entérieures que M. de Goerts entretenait avec ce diplomate, durent le persuader que le cabinet de Versailles n^était nullement d^accord avec la cour ^ de Vienne sur les démarches présentes , ni sur le démembrement de la Bavière, qu^il regardait tout au contraire, comme très-opposé aux intérêts de la France.

Les propos du ministre impérial, aussi bien que Timpossibilité de pouvoir sans être avoué publiquement, agir efficacement et s^ouvrir avec quelque espoir de succès, décidèrent le comte de Goertz à quitter Munich, et à retourner à Ratisbonne avec ces notions, pour en faire part au roi, et surtout pour mander à S. M. que, dans Taccablement où il avait tout trouvé, il avait pu remarquer, que Ton mettait seul encore son espoir en S. M., qui était regardée comme étant le seul prince qui pût sauver encore ce pays du malheureux sort qui le menaçait. Le comte, après s^étre rendu le 20 au matin à Taudience de Télecteur, et pris congé de S. I. 21

A. E. se rendit à Batisbonne, où à peine arrivé^ il apprit que la cour impériale avait ratifié et échangé le 15 janvier, une convention avec Pélecteur, par laquelle Taffaire de la succession de Bavière avait été arrangée à Famiable. U se hâta donc d^'expédier de suite une estafette à son correspondant à Eisenach, pour annoncer au iroi cette importante nouvelle.

Dans son rapport au roi, M. de Goertz désignait d^une manière générale les limites connues du pays eédé par cette convention, déjà signée le 3 janvier, entre le ministre palatin près la cour de Vienne, vendu à elle, et M. de Ritter, avant d^ avoir été autorisé, et que Télecteur avait eu la faiblesse de ratifier le 15 du même mois. U tpucha en même temps Tarticle de la Saxe, et fit connaître à S. M. que cette cour, ne se voyant point écoutée sur les prétentions qu^elle s^efforçait de faire valoir sur les biens allodiaux, il serait facile de rengager à mettre opposition à cet arrangement, n demanda enfin des ordres ultérieurs, et si diaprés cet événement, qui lui était toute probabilité de succès près de Télecteur, il devait poursuivre sa route et aller trouver le duc de Deux-Ponts.

Dans une seconde dépêche adressée au roi, M. de Goertz manda à S. M.:

,,Que non-seulement tous les ministres des cours ,,protestantes , mais même les ministres catholiques pa- „raissaient révoltés de cet événement, dont les suites ,,ne sauraient être que bien funestes à la liberté et à ,,la constitution de TAUemagne.^^

„I1 représenta surtout, que la Saxe devait en être ,,le plus allarmée, et conséquemment prendre le parti

9,que le roi avait désiré que prissent les princes pa-^ ,,Iatins; mais qu^il serait essentiel pour ^intérêt du roi, ,,de prévenir les démarches de la cour de Vienne à ,,Dresde, de crainte que le sacrifice de quelques mil- ,,lions, ne gagnât Félecteur."

M. de Goertz crut devoir faire observer au roi dans ce rapport, qu^il 7 avait encore des points à discuter, et une probabilité d^en faire revenir Télecteur palatin , si on pouvait parvenir à lui faire quitter Mu-> nich, à le ramener à Manheim près de Félectrice, et à Féloigner des troupes autrichiennes, en lui faisant comprendre tout Todieux de sa convention* Il poursuivit même cette idée 5 et par les soins du ministre de Saxe, il se ménagea une entrevue secrète le 24 au soir, avec M. Brentano , ministre palatin. Le lendemain, il fit part au roi de cette démarche, en réponse à un ordre quMl en avait reçu, dans lequel ce monarque approuvait ce quMl lui avait mandé par sa première lettre du 10, et par celle du 26, où il lui marquait:

„Que tout lui faisait présumer que Télecteur n^au- „rait peut-être pas encore ratifié la convention du dé- „membrement5 et que pouvant et devant être choqué ,,des prétentions outrées de la cour de Vienne, il en ,,pourrait résulter la possibilité et les moyens de „rompre cette convention désavantageuse et équivoque; ,,qu^ainsi il s^était adressé à un homme sûr, qui, par „zèle patriotique, s^était chargé de faire parvenir di- „rectement à Félecteur Tassurance, que sMl voulait „revenir du pas quUl avait fait, et réclamer à cet ef- „fet, ou Fintervention de FEmpire . on directement celle ,,du roi, il pouvait compter sur sa protection efficace,

324 CAUSE TROISliMB. (1778.)

j^et que sans se nommer, il lui avait fait insinuer, ,,quMl se trouvait à Ratisbonne quelqu^un de confiance ,,prêt à entrer en négociation^ et disposé à se rendre ,,en secret auprès de la personne de Félecteur, ou à ,,s^aboucher en lieu tiers avec un de ses ministres/^

Déjà le 25 janvier, M, Brentano avait rendu compte à rélecteur de toute Touverture que lui avait faite le comte de Goertzj et ce fut le 28, quMl lui communiqua la réponse ostensible quHl venait de recevoir, et qui portait:

,,QuUl devait charger Fhomme de confiance qui lui ,,avait parlé au nom du roi de Prusse , de témoigner ,,à S. M, toute la reconnaissance dont Félecteur était „pénétré de Touverture quMl lui avait fait faire, et „ses regrets de ne pouvoir plus profiter de ses oflres, „a7ant pris des engagements solennels avec Timpé- „ratrice-reine , signé un accommodement, et faisant „sentir d^ailleurs, que les troupes autrichiennes oc- „cupaient la moitié de son pays/^

Le comte de Goertz ne connaissant pas assez le caractère de duplicité et de faiblesse de cette cour, prit cette dernière raison pour la meilleure et la plus décisive. Tout en rendant encore le même jour compte au roi de cette réponse négative, il lui restait encore de Pespoir de rendre cette démarche utile dans la suite. Le même jour encore M. de Goertz reçut une dépêche chiffrée du roi, en réponse à celle quMl lui avait adressée de Wûrtzbourg , par laquelle S. M. lui envoyait pour Pélecteur palatin la lettre de créance en forme, qu'il avait demandée, mais en lui enjoignant de n'en faire usage qu'envers l'électeur même.

CAUSE TROISIJSME* (1778.) 325

et de cacher autant que possible aux Autrichiens, • quMI avait quelque commission du roi , n^étant pas encore temps , comme S. M, s^exprimait , de se découvrir à eux. Au bas de cette dépêche , le roi avait mis de sa propre main les mots suivants: ^^Qu^on ne fasse rien sans Vaveu de la France^' Q).

En attendant la réponse négative de Félecteur, qui était parvenue au comte de Goertz par le ministre palatin, M. Brentano, celui-ci ne pouvait doutant moins faire usage de la lettre de créance qu^il venait de recevoir du roi, que S. M. avait ordonné que la commission restât un profond secret pour la cour de Vienne, H crut donc devoir attendre les ordres ultérieurs du roi, en réponse au rapport qu^il avait envoyé à S. M, pour Finstruire de Fexistence de la convention.

(1) Cet ordre positif, parut à M. de Goertz n'avoir pu être donné par le roi, qu'avec la certitude que S. M. devait avoir des dispositions favorables de la cour de France, et que d'après des assurances positives qu'il en aurait reçues. -— Quelque était le motif du roi, dit le comte de Goertz dans son mémoire y en ajoutant ces mots significatifisi en clair à sa dépêche chiffrée, s'il n'eut lieu que par hasard, comme cela est le plus vraisemblable, ils n'ont pas peu contribué au succès de la négociation. Il en fit usage envers les niinistres du duc de Deux-Ponts, pour leur faire entrevoir que le roi s'était entendu avec la France, et que cette circonstance seule devait être une garantie pour le duc, que S. M. n'avait aucune vue particulière d'intérêt, en offrant son appui et sa protection à la maison palatine. Vis-à-vis des ministres de France même, tant à Munich qu'à Manheim, ces peu de mots écrits et signés de la main du roi, ne pouvaient que leur paraître une preuve d'ua concert établi entre ces deux cours: et ces ministres n'étant au £sdt de rien, croyaient prévenir les intentions de la cour de Versailles, en travaillant avec intelligence et ardeur à la réussite de la négociation du ministre pnùsien.

Les ministres impériaux de leur côté, afin d^intimider encore plas les esprits, répandirent partout que tout se faisait d^accord avec la cour de Berlin, et que même le baron de Riedesel, ministre de Prusse à Vienne, avait eu ordre de féliciter Tempereur de cette acquisition (}).

Le 31 janvier, une estafette apporta les ordres suivants à M. de Goertz:

Lettre du roi de Puisse^ adressée au comte de Goertz.

M. le comte de Goertz ! Je n'ai que deux mots à répondre à votre lettre du 21. — Il est de la dernière importance que vous alliez prendre une audience particulière de l'électeur pour lu! remettre votre lettre de créance. Il ne vous sera pas difficile alors d'approfondir ses sentiments et ses arrangéements, ou de voir au moins ce qui reste à faire pour les intérêts de l'Allemagne. Mais en cas que S. A. S. vous refusât, il faudrait vous adi*esser au duc de Deux -Ponts; pour apprendre si ce prince n'interposera pas de protestation contre tout ce qu'on vient de faire sans sa participation. On prétend au moins que la convention ne regarde que l'électeur seul, et que les intérêts des autres branches palatines jont

(1) Dans un rapport que M. de Goertz adressa au roi le 30 janvier, pour rendre compte à S. M. de ces démarches, crut, pour sa justification, devoir lui faire observer, que dès le lendemain du jour où la nouvelle de la mort de Pélecteur était arrivée à Vienne, les troupes autrichiennes avaient eu ordre de se mettre en marche, et que les pleins pouvoirs de l'électeur palatin pour son ministre à cette cour, pour signer la convention^ avaient été expédiés, le 10 janvier, le même jour où le comte avait pu se mettre en route pour se rendre auprès de ce prince; et que par conséquent il lui avait été de tonte impossibilité de prévenir ce coup.

CAUSE TROISIÈMB. (1778.) 321

cté entièrement nég'Iigés. Il serait sans doute bien fàehenx, si TOUS trouviez partout des portes fermées. Je me repose entièrement sur votre prudence et savoir-faire. Sur ce, etc. etc. etc.

M. de Goertz jugeant diaprés cela qu^il était de toute urgence de se rendre le plutôt possible près le duc de Deux-Ponts, se décida de quitter sans délai Ratisbonne, après avoir toutefois dans un rapport au roi, expliqué les motifs de son départ, et communiqué à S. M. les notions intéressantes qui lui avaient été faites par le baron de Leyden , ministre bavarois , ainsi que la lettre qu^il avait cru devoir adresser à la duchesse Clémentine de Bavière (')•

N«- IV

Rapport du comte de Goertz^ adressé au roi de Prusse;

du 1 février 1778.

Rapport au roi.

Ratiflbonney le I février 1778.

Sire!

L'estafette avec la très -gracieuse lettre de V. M. en date du 26 m'est parvenue avant -hier. Elle m'y ordonne de me rendre auprès de l'électeur, de lui remettre mes lettres de créance, d'approfondir ses sentiments, et de voir s'il j a encore quelque chose à faire près de lui, si non de me rendre auprès du duc de Deux -Ponts. Ma très -soumise du 26 aura instruit V. M. de la démarche décisive que j'ai

(1) C'pst de cette lettre que M. de Goertz, dans son Mém. hist. de la négociation en 1778, dit, qu'elle a surtout contribué au succès de cette singulière et épineuse négociation.

SS8 cAVsm TMinàiiB. (177&)

faite asprès de réledev. CeUe da 28, porte déjà la réponse né^Uve, d'me Bunière assex forte: ajani d'adUenrs, à ce qae j'ose aie llaUer, approfondi autant qne je Taiirais pa à Monlch même, les sentiments et le yrai état des choses; ne pouvant j reparaître sans donner trop d'ombra^, et perdant probablement dans ce moment où la plaie est encore trop fraîche et Teng'a^ement trop nonvean, on temps prédeax à pouvoir être employé avec pins de succès auprès du duc de Deux -Ponts; je crois plutôt remplir les vues de V.M., en me mettant incessamment en route pour m'assurer du duc* Je pars cette nuit, je passerai par Manheim, tâcherai d'y affermir, madame l'électrice, et ceux qui peuvent être de quelque influence et qui me sont connus pour patriotiques: je ne m'j arrêterai qu'un jour, et delà me rendrai en toute diligence auprès du duc. Il j a toute apparence de croire qu'il n'a pas encore pris de pàrtL Quoique suffisamment légitimé par V. M«, pour mériter croyance, je croîs pourtant devoir hasarder de lui demander encore une lettre de créance pour ce prince, comme une marque de la bîenveillanee de V. M. envers loi; cela le flattera, et servira peut-être encore à rendre le ministre de France, qui doit se trouver à Deux -Ponts, plus ouvert envers moi. Les ordres de V. M. peuvent dorénavant me parvenir en droiture à Deux -Ponts, car j'ai tout lieu de croire que le cours des postes sera assez libre. J'ose depuis hier, sire, reprendre de nouvelles et fortes espérances, que l'état des choses pourra changer dans peu, au gré de V. M.

Le baron de Lejden, ministre électoral de Bavière près la diète, le seul homme de la Bavière peut-être, qui au mérite personnel, joigne du nerf et des sentiments patriotiques, et qui pour cette raison est poursuivi par la cour impériale, est arrivé avant- hier; j'ai eu cette nuit une conférence avec lui. Gémissant sur le sort de sa patrie, il a repris vie, en apprenant la protection queV. M. est prête d'accorder à son maître et à la bonne cause, et j'ai osé la

CAUSB TROISIÈBIE, (1778.) 329

lai assurer aussi pour sa personne. Il est convenue que dans ce moment, ma présence ne ferait que donner de Tombrag^e à Munich, mais qu'elle serait des plus essentielles a Deux -Ponts, le duc n'ayant point encore consenti. Il est convaincu, sire, que les choses n'en resteront pas là, que son maître se lassera du joug>, se jetera dans vos bras, et que tout s'achemine déjà vers ce point. Les états de Bavière ayant appris cet honteux démembrement, ont présenté une requête et fait des représentations à l'électeur. Ils se trouvent avoir des privilèges de plusieurs empereurs, qui défendent tout démembrement des provinces. Cela a étonné l'électeur, qui a demandé qu'ils produisissent ces titres, lis vont le faire, et partant de ces privilèges, on proposera i la cour de Vienne un troc des états de la Bavière contre le Haut-Palatinat Ce projet sera accepté à ce qu'on croit, parce qu'on se presse à la cour impériale de tout terminer. La paix de Westphalie serait par là infractée et cet arrangement ne peut avoir lieu que du consentement de l'Empire et des garants de la paix. Comme madame la duchesse de Bavière, particulièrement attachée à V. M., et possédant à un certain point la confiance de l'électeur, est l'àme de tout cela, j'ai hasardé d'après l'avis du baron de Leyden, de lui écrire la lettre ci -jointe, et d'y ajouter aussi la copie de mes lettres de créance que ledit baron de Leyden loi fait parvenir. Elle pourra dans l'occasion en faire usage auprès de l'électeur, et saura indiquer le moment où il sera temps de porter le coup. M. de Leyden, membre des états, s'est aussi chargé de faire connaître aux bonnes tètes l'espérance qu'elles peuvent se faire de la haute protection de V. M. Puisse mon zèle, sire, ne pas m'a voir conduit an delà de ce que votre sagesse aurait voulu, et pnisse-t-il me valoir, ce qui fait toute mon ambition, la continuation de votre bienveillance royale. — M. de Leyden paraît persuadé que l'impératrice -reine, voyant V. M. et la France décidées à ne pas souffrir ce démembrement, ne consentira pas à la guerre, et qu'elle l'emportera sur l'empereur. M. de

330 CAUSE TROISIÈHUE. (1778.)

-Lejden m'a assuré que déjà le 3 le prince Kauuîtz et M. de Riiter, envojé palatin, avaient signé la convention à Vienne, qu'on avait menacé M. de Ritter (d'après ce qu'il mande luimême), cette âme vénale et pusillanime, pour souscrire cet acte, et que l'électeur avait entièrement ratifié la convention, qui cependant doit viser à un échange.

J'attends de Munich, ce soir encore, un homme de confiance, sur et intelligent. Je rapporterai à V. M. ce qui me sera parvenu par lui. Le contenu de cette dépêche me paraissent assez important, mais trop long pour que je puisse, manquant de secrétaire, le mettre en chiffres^ je charge un officier de V..M., qui est id en recrue, un lieutenant des dragons de Below, de la mettre à une poste sure, fut-ce jusqu'à Bareuth, pour de là la faire parvenir à V. M. par estafette. Il a fallu que je me servisse de tontes les voies possibles pour faire passer mes lettres sans risque, me livrer toujours à la société, et ne point avoir du tout l'air occupé pour ne pas être découvert. — Je crois avoir réussi entièrement, et ces sages politiques de la diète seront un jour fort piqués d'avoir été joués. Sorti de Ratisbonne, je serai plus à mon aise. Il est encore à observer que dans la convention faite à Vienne, on s'est réservé de faire des échanges dans la suite. Mes deux dernières ont été du 29 et du 30 en chiffres. Je suis, etc. etc. etc.

Très -soumise apostille.

L'homme de confiance qui est revenu, sire, ne fait que me confirmer en partie ce que le baron de Leyden m'avait communiqué. Tout ce qui me surprend, c'est qu'il croit être sûr. que le ministre de France à Munich, le chevalier de la Luzerne, n'a pas encore d'ordres positifs de sa cour sur ce sujet important, et qu'on s'occupe à faire un troc du Haut-Palatinat et de la principauté de Neubourg contre la Bavière. Ce serait tout ce qu'il y aurait à désirer.

Lettre du comte de Goej^tz^ adressée à la duchesse de Bavièi^e; datée de Ratisbonne^ le 1 février* 1778.

Madame!

S. M. le roi de Prusse m'ajant chargé, dans les circonstances présentes 9 de lettres de créance pour S.A.Mgr. l'électeur, dont je prends la liberté de joindre ici la copie à V. A. S., m'a en même temps ordonné de vous renouveler particulièrement, madame, la haute estime et l'amitié qu'il vous porte. Connaissant les sentiments patriotiques de V. A. S., S. M. n'a point douté que vous ne daigniez, madame, appujer auprès de S. A. Électorale, non-seulement les assurances d'estime, d'amitié et d'affection que le roi mon maître lui porte, mais comptant encore sur votre zèle pour la gloire de votre maison et pour le bonheur de ses peuples, il s'est flatté de plus, que V. A. S. voudra bien se prêter à m'honorer de ses ordres, pour remplir d'autant mieux ses intentions dans l'objet de ma négociation^ qui regarde la succession paisible, tranquille et entière des états de la Bavière. Si les circonstances présentes, et le parti que monseigneur l'électeur a pris avec la maison d'Autriche, paraissent pour ce moment rendre mon ministère inutile, et si la crainte de donner trop d'ombrage, m'empêche de me mettre aux pieds de S. A. S., vos sentiments reconnus et votre sagesse, madame, sauront peut-être dans la suite, en trouver de plus favorables, qui mettent S. M. à même de prouver son entière affection à S. A. S. Electorale et à toute sa maison, et à toute l'Allemagne, son désir sincère de maintenir sa constitution. S. M. n'attend que l'occasion de faire connaître ses senthnents et ses principes à la face de la diète de l'Empire, et de les soutenir d'une manière digne d'elle. Trop heureux si ces circonstances, en remplissant les ordres d'un grand roi, peuvent me mettre à même, madame, de mériter votre bienveillance. Je serai toujours prêt à remplir ses ordres, persuadé qu'ils seront parfûte-

332 CAUSB TROISIÈME. ^(1778.)

ment confonnes aux vues de S. M. Je sais avec an profond respect, etc. etc. etc.

Le comte de Goertz apprit qu^avant son départ de Deux-Ponts, le duc avait expédié à son ministre, M. de Hofenfels, Tordre de signer en son nom la convention 5 lui mandant i la fois quMl allait se rendre auprès de Félecteur pour faire ses derniers adieux à la Bavière. Déjà M. de Hofenfels avait fait les plus fortes représentations au duc, pour le détourner d^accéder à cette ignomineuse convention, et pour rengager à s'en retourner à Deux -Ponts sous un prétexte quelconque afin d'y entendre les ouvertures que le comte de Goertz était chargé de lui faire au nom de S. M. Prussienne ; S. A. toutefois craignant un éclat, ne voulut point se décider à ce parti, et se contenta d'adresser la lettre suivante écrite de sa main au comte de Goertz.

N«- VI

Lettre du duc de Deux -Ponts ^ adressée au comte de

Goertz,

Augsbourg, 3 février 1778; à six heures du soir.

Monsieur!

Dans ce moment, le sieur de Hofenfels vient de me rendre compte du contenu de la lettre que vous lui avez fait rhonneur de lui écrire, monsieur le comte. On ne saurait être plus sensible que je le suis aux bontés que le roi votre maître veut bien me témoigner, en s'intéressant autant au bien-être de ma maison, et au sort malbeureux de la Bavière. Que dis -je! son malheur cesse, dès que S. M. veut bien y prendre part. Je vais à Munich^ où je ne

CAUSB TROISIÈME. (1778.) 333

resterai qne quatre jours, non ponr signer, chose à laquelle je ne pense pas, et que, j'en donne ma parole d'honneur, je ne ferai pas, mais pour j faire simplement ma cour à l'électeur qui m'a demandé. Je sais trop ce que je dois à ma maison et au roi de France, qui a été de tout temps le protecteur de ma maison, et à S. M. Prussienne, dès qu'elle veut bien m'accorder ses bontés, pour faire une pareille démarche, sans leurs agréments; c'est de quoi je vous prie de Youloir bien informer le roi votre maître, en l'assurant de ma sincère reconnaissance et de mon profond respect.

Hofenfels vous dira le reste, monsieur, ainsi je finis par vous prier d'être persuadé de l'estime la plus distin^ée avec laquelle j'ai l'honneur d'être, monsieur,

votre très-humble et très-obéissant serviteur. Charles, duc de Deux -Ponts.

Avant que cette lettre parvint à M. de Goertz, ce ministre avait pris la résolution, pour se rapprocher le plus possible du foyer où tout devait se décider, de se rendre à Augsbourg; mais encore avant d^y arriver, il informa le roi de la situation des affaires^ et expédia un courrier directement au duc de Deux- Ponts à Munich^ porteur de la lettre suivante:

N» vn.

Lettre du comte de Goertz, adressée au duc de Deux- Ponts.

Bopfingen, 9 février 1778.

Monseigneur!

S. M. le roi de Prusse m'ajant ordonné de me rendre auprès de V. A. S., je m'étais mis avant -hier en route pour Deux -Ponts, dans l'espoir de pouvoir m'acquitter des ordres de mon matfare.

Mais apprenant à Canstadt que V. Â. S. j a^ait passé ayant -hier poor se rendre à Municli, je n'ai point balancé à prendre la même route, et j'ose tous dépêcher ce courrier, pour TOUS supplier de me donner vos ordres, où et quand, V. A. S. me permettra de m'acquitter près d'elle de la commission dont S. M. m'a honoré. Je les attendrai à Au^sbourg', où je serai vers lé soir, sous le nom de baron de Stauchheim. Elle daignera ou me permettra de me rendre à Munich, ou il lui plaira de charg^er un de ses ministres, ou une personne de confiance suffisamment autorisée de sa part, de me trouver dans la dite ville, ou à tel autre endroit qu'elle voudra m'indiquer. — Par une estafette envoyée avant -hier à M. le baron de Hofenfels, son ministre près de l'électeur à Munich, Y* A. S. sera déjà instruite d'une partie de ma commission, et des sentiments pleins d'amitié et de confiance que S. M. lui porte dans les circonstances si intéressantes pour la grandeur et la gloire de votre auguste maison, ainsi que de la sollicitude de S. M. pour les intérêts de tout TEmpire, aussi bien que pour la conservation du repos public. Les vues paisibles, autant que la gloire et le bonheur de l'Allemag'ne peuvent le permettre, lui font désirer de ne point encore paraître publiquement dans ces circonstances délicates, et c'est ce qui a engagé sa sagesse de me prescrire de tenir caché autant que possible, que S. M. m'a honoré de quelque commission. Je ne pourrai donc point, monseigneur, me montrer en public à Munich, mais je pourrais, si elle l'ordonne, y arriver de nuit. Je me persuade que V. A. S. ne sera pas insensible aux marques d'amitié non équivoques du roi mon maître, et qu'elle voudra bien me faire parvenir ses ordres.

Je suis avec un profond respect, etc.

Dès le lendemain de son arrivée à Augsbourg^ le comte de Goertz reçut de M. de Hofenfels la réponse suivante, au nom du duc son maître, par laquelle il rengagea à se rendre incognito à Municb:

jn"' vin.

Lettre du baron de Hofenfels^ adressée au comte de

Goertz.

J'ai reçu la lettre que V. Exe. m'a fait l'honneur de m'adresser par une estafette, le deux de février à onze heures du sohr. Etant sur le point d'aller an devant S. A. S. mon maître, il m'a fallu attendre son arrivée, pour mettr^e sous ses jeux ce que vous m'avez fait l'honneur de me mander, monsieur. Ce prince, sensible aux marques de bonté et d'amitié de S. M. le roi de Prusse, vous a témoigné luimême par écrit sa façon de penser, conforme aux intentions du roi votre souverain, et j'ai eu l'honneur de vous expliquer en même temps plus particulièrement les sentiments de ce prince. Mais par malheur, le courrier charg'é ^e vous porter ces deux lettres ou à Maiiheim ou à Deux- Ponts, doit vous avoir manqué nécessairement. Peut-être sera-t-il déjà de retour, et vous les aura -t- il remises. Le courrier que V. Exe. m'a adressé aujourd'hui est arrivé vers midi, et S. A. S. ne pouvant dans ce moment ni quitter la cour électorale, ni m'envojer ailleurs sans donner de l'ombrage, ni se confier à d'autres personnes dans des affaires si intéressantes pour S. M. le roi de Prusse et pour elle-même, me charge de vous prier, monsieur le comte, de vous rendre ici incognito, sons un autre nom que vous trouverez bon de choisir. V. Exe. trouvera demain vers les 5 heures du soir, au premier village d'ici, nommé Mosach un homme de confiance qui vous conduira dans le jardin ducal, où vous trouverez dans la maison du jardin des chambres préparées. D'avance je puis avoir l'honneur d'assurer, monsieur le comte, que monseigneur le duc mon maître ne consentira à rien qui puisse être contraire à ses vrais intérêts, et que ni les persuasions nt les forces dont les Autrichiens ont menacé l'électeur palatin, ne seront capables de le faire changer de sentiments. Il continuera dans ses principes, à plus forte raison quand 11 pourra se flatter d'être soutenu par un si grand roi que

336 CAUSE TROISIJBME. (1778.)

Totre mattre. — Je n'ai pas beaucoup Tusage d'écrire le français, pourtant ne voulant pas vous faire réponse dans une autre langue, Y. Exe. me pardonnera si je ne peux pas exprimer aussi bien que je le désirerais, les hauts sentiments d'estime et de reconnaissance que je vous porte, pour le zélé attachement que vous marquez, monsieur, pour le bien de la maison palatine que j'ai l'honneur de servie', et dont les intérêts sont inséparables. J'aspire après le moment, etc. etc.

J'ai l'honneur d'être, etc. etc. etc.

HOFENFELS.

M. de Goertz se hâta avant de partir d^Augsbourg, d^adresser la dépêche suivante à S. M. Prussienne :

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