Acte de confédéi'otion. (Extrait
Les si^natafares, déplorant le triste état de leur patrie^ provenant de la dissension des habitants, assurent ne viser qn'à ce que les affaires publiques soient mieux adm&ilstrées, et à ce que le gouvernement soit réformé conformément aux lois et aux voeux de la partie la plus saine de la nation. Leur intention est, disent-ils, de défendre de tout leur pouvoir h véritable forme de g'ouvemement républicain, c'est-à-dbre, un gouvernement représentatif ayant pour base la constitution et les privilèges des districts, villes et autres membres, et se fondant sur l'union d'Utrecbt; g'ouvemement dont fera partie un stathoudérat subordonné, conféré héréditairement à la maison d'Orang'e, en tant que cette charge est compatible avec les véritables lois du pajs, et avec l'indépendance des habitants, et le bien-être du pajs. Ils se proposent d'exclure trois sortes de gouvernements qu'ils réputent également nuisibles au pajs, savoir: le pouvoir monarchique, le gouvernement indépendant d'une famille, et la démocratie non représentative."
Les confédérés protestent ensuite, qu'un des principaux buts de leur association est de protéger la religion réformée qu'avec les libertés civiles ils envisagent comme le fonde-
OAUSB omoviiifB. (1785—17880 589
ment le plas sûr de la rëpnbliqoe. fls veulent que les antres cultes jouissent d'une liberté parfaite aussi long'temps qu'ils ne travailleront pas à saper les bases de la république et de l'église dominante.
Les associés s'engag'cnt à reg'arder la cause de leurs concitoyens comme la leur propre, et à empécber qu'on n'use de violence envers ceux qui réclament leurs droits avec modestie et d'une manière lég'ale. Ils empéckeront surtout qu'on ne fasâe marcher contre eux des troupes, décidées à ne jamais prendre le parti d'un g'ouvemement qui voudrait soutenir son autorité les armes à la main.
Les confédérés promettent de s'assister réciproquement, et de travailler sans relâche au rétablissement des droits et privilèges des habitants des sept provinces et des pajs de la généralité. Ils sont prêts à soutenir Me toutes leurs forces, leurs principes et tout membre du gouvernement qui entrera dans leur association, si quelque attaque était dirigée contre eux, comme défenseurs de la liberté et de l'indépendance de la république et des droits de ses habitants.
Les esprits s^étaient partout extrêmement écbauflTés dans la république, lorsque des actes de violence dont la province d^Utrecht fut le théâtre, firent éclater la guerre civile.
Le 16 avril 1674, les états de cette province, d^accord avec Guillaume III, avaient fait un règlement de gouvernement pour la ville d'Utrecht, en vertu duquel le droit de nommer tous les officiers municipaux, et particulièrement aux renouvellements annuels, qui étaient usités dans cette ville, était attribué au statbouder. Ce fut un des droits dans lesquels Guillaume IV rentra, lorsque après une interruption de quarantesix ans la charge de stathouder fut renouvelée en I. 34
580 CAuaK ciNouiinB. (1785—1788.)
1748. n en Jouit jasqu^i sa mort, et son ils après lui jusqu'en 1783(0. Le 19 janvier 1784, le corps municipal d'Utrecbt (vroedshap) s'avisa de nommer, sans le concours du prince, à une place qui était devenue vacante dans son sein. Guillaume Y réclama Tassistance des états de la province pour être maintenu dans Texercice d'un de ses droits, mais les patriotes d'Utrecbt ne se laissèrent pas arrêter. Le 21 juillet 1785, le conseil municipal rédigea un projet de règlement provisoire par lequel il s'attribuait à luimême toutes les nominations. Ce règlement devait être introduit aussitôt que les états de la province auraient, dans la forme constitutionnelle, abrogé le règlement de 1674. Les patriotes ne trouvèrent pas cette mesure assez démocratique j le 1 août suivant, les buit compagnies de volontaires qui s'étaient formées à Utrecbt, nommèrent seize députés ou représentants devant former une espèce de convention nationale, cbargée de pouvoirs extraordinaires. Le vroedshap refusa de reconnaître cette autorité ; un tumulte le força à casser la résolution du 21 juillet, et à traiter les seize représentants comme une autorité lé^le. La tranquillité ne fut pas rétablie pour cela ; une seconde émeute qui se prolongea pendant plusieurs jours arracba, le 20 décembre 1784, au conseil municipal une
(1) Il c»t yrai que pendant sa minorité, les états dIJtrecht l'exercèrent , mais en son nom , et comme ses tuteurs , en vertu du règlement qui avait été fait par cette assemblée relativement à la tutelle du stathouder.
CAUSE oiNaiJliMB. (178&*^17d8.) 531
résolution par laquelle le règlement de 1674 fut abroge (^).
Le 6 mar» 1786, levroedshapj voyant que Topinion publique de la partie saine de la nation n^approuvait pas la révolution du 20 décembre ITBS, déclara nul tout ce qui s^était passé ce jour^-li comme lui ayant été arradié par la force, et refusa de prêter serment au nouveau règlement, à moins que préalablement il ne fût délié par les états de la province de celui qu^il leur avait prêté à Tancien.
Le 20 mars, Jour fixé pour la prestation de serment au nouveau règlement, une des huits compagnies bourgeoises prit les armes pour Tempêcher; les sept autres protégèrent le parti révolutionnaire auquel adhérèrent treize membres sur quarante dont le vroedshap se composait; et il y eut par conséquent scission dans Tàutorité municipale.
Dans Tintervalle, les états de la province de Hollande avaient fait une démarche contraire aux principes de Tunion en requérant le stathoiider de ne pas se servir contre la ville d^Utrecht de troupes qui se trouvaient sur Tétat de leur province. Le 1 et le 2 août, il y eut dans cette ville de nouveaux troubles O,
(1) lioràre de la noblesse et les députés des villes d'Amersfort, Rheanen et Montfort se retirèrent de rassemblée des états de la province y siégeant à Utrecht, en déclarant qu'il n'y avait plus de sûreté pour eux dans cette ville. De là une guerre de plume se fit entre les seize représentants extraordinaires d'Utrecht et la noblesse, et fut suivie de plusieurs scènes violentes.
(2) Les patriotes, à côté de l'ancien conseil municipal, en avaient nommé un nouveau, composé de seize représentants que les corn-
fM CATOB ciNguriulK. (1785^17860
en suite d^iqueUes le premier ordre des ^tats d^trecht qn^on appelait Tordre ecclésiastique (^), ainsi que le second ordre, dit équestre , et les députés des cinq villes dTtrecht, Amersfort, Rheanen, Wjek et Montfort quittèrent la ville d^Utrecht s^ajoumèrent pour le 30 août à Amersfort, dont la garnison avait été renforcée par le prince d^Orange à la demande da bourgmestre d^Amersfort Le nouveau corps municipal d^Utrecht dédara cette assemblée illégale j et, comme il nomma d^autres membres pour représenter Utrecht, 3 j eut, dès ce moment, de doubles états de cette province, comme il y avait double municipalité d^Utrecht. Cet état de concision dura treize mois.
Deux petites villes de la province de Guddre, Hattem et Elbourg, imitèrent, au mois de mai 1786, Texemple d^Utrecht en s^arrogeant le droit de nommer leurs corps municipaux. Les bourgeois prirent les armes et se préparèrent à une défense vigoureuse contre quiconque voudrait leur contester ce droit. Après avoir vainement essayé par la voix de la raison à calmer reflervescence qui régnait dans ces deux viUes, les états de la province de Gueldre requirent, le 31 août 1786, le prince d^Orange, comme capitaine-général de la province, d-y faire entrer des troupes. Les bourgeois qui avaient appelé à leur secours des compagnies armées d^ Amsterdam, de Lejde et de Zwoll,
pagnies armées de citoyens installèrent par force, en proclamant la destitution de Tancien pour avoir désobéi au peuple souverain.
(1) Parce que les membres qui le composent étaient choisis parmi les chanoines (protestants) des diverses églises.
CAUss cinouiAbib. (1785 — 1788.) &33
firent d^alN)rd mine de vouloir résister, mais, le 4 et le 5 septembre, les troupes forcèrent les portes et prirent possession des deux villes.
n en résulta une correspondance très-vive entre les états de Gueldre et de Zutphen d^une part, et les fougueux états de Hollande qui, le 22 septembre 1786, prirent une violente résolution en suspendant Guillaume V de la charge de capitaine-général de leur province. Le prince déclara la résolution inconstitutionnelle et en porta plainte aux Etats-Généraux (^).
Le marquis de Yerac, Mnbassadeur de France à la Haye, qui avait eu beaucoup de part à la résolution des états de Hollande, par laquelle le commandement de la Haje avait été retiré au prince d^Orange, fut désapprouvé par sa cour. Frédéric - Guillaume H,
(l) Pour apprécier cette démarche des états de Hollande, il faut se rappeler que si le prince d'Orange était, en sa qualité de capitaine-général de l'union, le premier fonctionnaire de la république, il en était aussi le chef; que, comme tel, il participait à l'exercice de la souyeraineté, aussi bien que les états des provinces, qui, par eux-mêmes, n'étaient pas le souyerain, mais le représentaient; que si le pouvoir dont le prince avait été revêtu, à titre héréditaire, lui avait été conféré à la demande des peuples par les états des diverses provinces, ce pouvoir créé pour former une autorité centrale, était devenu inamovible , et que l'individu revêtu de telles prérogatives, devait être nécessairement inviolable pour sa personne, si on ne voulait pas que l'autorité fut paralysée entre ses mains, et remplacée par l'anarchie ou le despotisme. Par une conséquence de ces principes, l'armée n'obéissait pas seulement au stathuuder comme à son général, elle lui prêtait un serment d'obéissance que ne reçoit aucun simple général; les ordonnances militaires étaient publiées par lui seul; les places fortes étaient confiées à sa direction; il en nommait les gouverneurs et commandants, et disposait de toutes les charges d'officiers jusqu'à celle de colonel inclusivement. Schoelly Cours d* histoire.
sut CAV8K ciNOcdcMB. (1785 — 17880
beau-frère du priuee d^Orange, étant monté sur le trône le 17 août 1786 , promit aussitôt à sa soeur de sMntéresser au sort de son époux , qu^il espérail pouvoir rétablir dans ses prérogatives par la simple voie d^une négociation.
Le cabinet de Versailles ajant réitéré sa dcda^ ration de vouloir se joindre à la Prusse pour opérer une réconciliation des partis, le roi fit proposer, par son ministre à Paris, le baron de G<dts, une mesure préliminaire qui acheminerait à une conciliation. Le eonunandement de la Haye devait être rendu au prince d^Orange, sans que la résolution du 28 juillet iiit formellement annulée. Les états devaient, de leur propre mouvement, charger le stathouder de ce commandement, sauf à ceux-ci à déclarer que cette résolatiM ne tirerait pas à conséquence, et à se résenrer la faculté de donner, dans des cas extraordinaires et urgents, immédiats à la garnison, tels ordres quMls jugeraient convenables. Si cette proposition était agréée à Versailles, le baron de Goltz devait demander que Tambassadeur de France à la Haye fiit chargé de se réunir au ministre de Prusse, pour demander aux états de Hollande de s^ conformer, et ensuite de travailler à une réconciliation complète, le roi de Prusse se faisant fort d^obtenir le consentement du prince d^Orange à toute modification de la charge de stathouder qui pourrait s^accorder avec son honneur ainsi qu^avec le maintien de cette charge dans son essence; il s^engagerait de plus à ce que le prince accomplit tout ce dont on conviendrait, et tout ce que prescrivait Tancienne constitution de la république, sans tâcher
d^étendre les prérogatives de sa dignité, mais exécuterait de bonne foi la résolution des souverains do chaque province. Le roi ajouta à cette déclaration quMl était persuadé que, pourvu que les états de Hollande voulussent maintenir le stathoudérat dans son état constitutionnel, le prince accepterait un tel arrangement^ mais que, de son côté, il regarderait comme un vain subterfuge de leur part de vouloir décliner toute intervention étrangère, vu qu^aussi peu que le roi de France, il iutentionnait de gêner la souveraineté et la liberté de la république; que, d^un autre côté, le roi pensait qu^on trouverait naturel qu^il prit un vif intérêt à la conservation d^une auguste famille à laquelle il était lié par les liens du sang, et que, d^accord avec le roi de France, Taillé de la république, il voulait le réconcilier avec ses adversaires.
Avant que le cabinet de Versailles eût répondu à cette ouverture, Frédéric-Guillaume II manifesta Tintérêt qu^il prenait aux affaires de Hollande, par Tenvoi d^un ministre médiateur.
Dans la première lettre par laquelle la princesse d^Orange avait réclamé Tappui du roi de Prusse son frère, elle Tavait prié d'envoyer en Hollande un ministre plénipotentiaire qui, agréable à tous les pays, pût remplacer M. de Thulemeyer, son ministre ordinaire (}). Elle proposa au comte de Hertzberg de faire tomber le choix du roi pour cette mission importante, sur le comte de Goertz, comme particulière-
(1) Homme de beaucoup de mérite, mais que les patriotes n'aimaient pas.
536 cAvn civQijriuu. (1785—17880
meiit propre à une négociation A délicate, par ses nuaûères polies et conciliantes et par la fermeté de caractère dont il avait donné des preuves dans ses missions i Munich et à Pétersbourg O.
Ce fut le 24 août que Frédéric - Ginllaume II nomma le comte de Goerts comme son envoyé extraordinaire près des Etats-Généraux auxquels ce misistre remit la lettre suivante de la part de S. M.f).
N*^ VUI
Lettre du roi de Piiuse, Frédério-Gmllaume ii^ adreaie aux ÉtaS'Généraux des Provinces-Ufdes ; du 2 septembre
1786. (Traduit de Fallemand.)
Nous Frédéric par la gtkce de Dieu roi de Prusse, etc. à bos très-Kïhers et bons amis messei^eurs les Etats-Génëraux des P. U. des P. B. salut.
Comme Q a plu à la Providence d'appeler à soi notre oncle chéri, Frédéric II, roi de Prusse et que nous lui avons succédé dans le g'ouvernement de ses états, nous avons
(i) Ce ministre avait d'ailleurs un grand avantage, par les liaisons d'amitié qu'il avait formées à Pétersbourg avec le marquis de Verac et avec le chevalier Harris, depuis lord Malmesbury, qui se trouvait, en 1786, comme ambassadeur d'Angleterre à la Haye; fl était même lié depuis sa première jeunesse avec quelques moaulnres très-influents du parti antîorangiste , qui pouvaient lui procurer la confiance des patriotes.
(2) Les instructions dont ce ministre fut muni, prouvent que le cabinet de Berlin n'était pas encore bien d*accord avec lui-même aur la marche qu'il fallait suivre, et qu'il ne s'attendait pas à ce que son intervention l'entraînerait à une guerre. Sur une seule chose le roi était bien décidé de ne jamais changer; c'était, que S. M. n'abandonnerait jamais sa soeur.
CAUSE ciNQuiiME. (1785 — 1788.) 537
trouvé bon de nommer notre ministre d'Etat et grand-maitre de la g'arderobe, le comte de Goertz, notre envojë extraordinaire et ministre plénipotentiaire auprès de L. H* P., pour leur donner une marque de notre haute estime, ainsi que pour leur faire connaître, combien nous désirons entretenir, ainsi que l'ont fait nos ancêtres depuis bien des siècles, une bonne amitié et un bon voisinage avec la république des Pajs- Bas, et de témoigner en même temps à L. H. P. le vif intérêt que nous prenons en proche voisin, aux malheureux troubles qui déjà depuis longtemps déchirent la république ainsi qu'aux mésintelligences qui dans quelques-unes de ces provinces se sont élevées entre elles et monseigneur le prince stathouder auquel l'on fait éprouver des mortifications qu'assurémrat il n'a point mérité. Comme S. A. le prince d'Orange lui-même, dans plusieurs écrits adressés aux états de Hollande et de Westfrise, a suffisamment démontré, à qud point on a enfreint sur ses droits et sur ses prérogatives, nous ne voulons point importuner L. H. P. par des détails fastidieux; nous nous contentons de nous en rapporter aux lettres que notre prédécesseur leur a écrites en date du 17 septembre 1785, tant à L. H. P. qu'aux états des provinces de Hollande et de Westfrise.
Nous approuvons et renouvelons à la fois ici en entier le contenu de ces lettres si bien intentionnées, en réitérant ici le désir que nous avons de voir bientôt se terminer les différends entre vous et monseigneur le prince d'Orange, ainsi que de voir tout rétabli sur l'ancien pied conformément à la constitution du pajs. — Nous prions surtout L. H. P. de vouloir par leur puissant appui, intervenir auprès des états de Hollande et de Westfrise en faveur de monseigneur le prince d'Orange, afin qu'il puisse sans déroger à son honneur, revenir à la Haye, pour j exercer ses hautes fonctions; et afin que les différends existant encore, soient ajustés, conformément aux intérêts, et à l'honneur des deux partis , ajustement auquel nous et tous les voisins et amis de la république s'empresseront de contribuer par leurs conseils et leur inter-
S38 CAUSE CINQUUBMB. (1785 — 1788.)
veition arec toute rhnpartialité que Ton a droit d^en attendre. Noos avons donné les instmctions nécessaires à cet égard an comte de Goertz pour expliquer à L. H. P. sdnsi qu'aux états de chaque province, s'il le fallait, d'ouvrir en notre nom des nég'ociations à ce sujet Nous prions donc L. H. P. d'accorder une pleine et entière confiance au comte de Goertz, et de traiter avec lui, pour tout ce qui pourrait sembler être convenable aux deux partis. Nous nous flattons que L. H. P. non moins que les états des provinces approuveront le rif intérêt que nous portons à S. A. monseigneur le prince d'Orange comme' notre proche parent, et qu'elles comprendront que sod sort et celui de son auguste épouse, notre soeur chérie, dont les sentnnents tout dévoués à la république rons sont connus, comme ceux de ses enfants ne saurait nous être indlférent* Que d'un autre cdté, nous avons la conrlction, que monseigneur le stathouder ainsi que toute sa famille sont entièrement dévoués à la république, et n'entreprendront nonseulement jamais rien qui put être contraire aux Int^éts du pays et aux prindpes du gouvernement, mais qu'il fera an contraire tout ce qui dépendra de lui, pour contribuer de toutes ses forces à les maintenir. Nous avons au surplus en notre qualité de proche voisin des Provinces-Unies un intérêt majeur à j voir maintenir l'ancienne constitution de la république, et à voir terminer les disputes qui ne sauraient avoir été provoquées que par quelque mésintelligence Involontaire, par une réconciliation franche et sincère. Nous recommandons en conséquence aux soins de L. H. P. ces importantes affaires, en les priant d'être persuadées de toute l'amitié sincère que nous portons à la république, ainsi qu'à chacune des provinces qui la composent.
Berlin, ce 2 septembre 1786.
Fréduric- Guillaume.
FiNKENSTBIN, HBllTIBBRO.
Dans rinstruction que M. de Goertz reçut j il étsût dit que le roi s^en remetti'ait à sa prudence pour agir
CAUSE oiMOûriBME. (1785^—17880 539
diaprés les circonstances; qu^il s^agissait pour le moment d^empécher la guerre civile dans les Provinces- Unies^ et de faire retonmer le stathouder à laHaye^ en lui faisant déférer le commandement de la garnison^ soit par l'expédient qu^on avait proposé à la France^ on par quelque autre moyen, après quoi, on travaillerait à une réconciliation des partis; négociation dont le succès dépendait d^une franche participation de la cour de VersaQles. Il fut reconmiandé à ce ministre de ménager et calmer les anciens amis et adhérents de la maison d^Orange; de leur donner du courage en les assurant de Tintervention énergique du roi, sans toutefois leur promettre un secours armé; de modérer la vivacité du zèle de Fambassadeur d^ Angleterre ; de le faire renoncer à Tidée d^une révolution, et d^éviter en général toute mesure violente qui pourrait produire des résultats dangereux pour le stathoudérat, que, dans ce moment, il suffirait de préserver d^nne ruine complète. On recommanda aussi au comte de sMnsinuer dans TafTection et la confiance de la princesse d'Orange (0-
Le comte de Goertz arriva le 9 septembre 1786 à Loo, où s'étaient réunis tous les membres de la famille du stathouder. Comme on avait, du vivant de Frédéric II, fait de la pari de la France une propo-
(1) Le comte Hertzberg déclara que la conduite du prince n'arait pas toujours été conforme à son intérêt, et que, dans quelques drconstances, il y avait eu même de Tinconséquence ; qu'il était nécessaire de s'entendre arec la princesse, pour ramener S. A. et le maintenir dans la bonne voie.
&40 CAUSE oiMauiiMB. (1785— 178&)
MtioD tendant à engager le prince d^Onui^e à résigner toutes ses charges en faveur de son fils aine, au nom duquel la princesse prendrait la régence, le comte de Ooertz demanda à celle-ci , si dans le cas où il ne resterait pas d^autre moyen de sauver sa famille, elle prêterait la main à un pareil arruigement. La princesse déclara de la manière la plus catégorique, qae jamais, et dans aucun cas, elle ne consentirait a cet expédient (^).
De Loo, le comte de Goertz se rendit à la Haye. Ce fut le 18 septembre qu^il remit ses lettres de créance entre les nuiins du grand-pensionnaire Bleiswick.
Huit jours avant, c^est-à-dire immédiatement après les événements de Hattem et Elbourg, néanmoins avant qu^on en eût connaissance à Versailles, en un mot le 10 septembre, le comte d'^Estemo, ministre de France à Berlin, reçut une dépêche du comte de Vergennes, renfermant la réponse à la proposition que le roi de Prusse avait fait faire à Versailles par le baron de
(1) s. A. R. motivait son refus non-seulement parce que ses devoirs d^épouse et de mère le lui interdisaient, mais aussi par<^ qu^elIe était persuadée qu'une pareille proposition ne serait qu'un piège que lui tendraient les ennemis de sa maison, afin de pouvoir, si elle avait la faiblesse d'y consentir, s'emparer de sa personne et de celles de ses enfants, de mettre la désunion dans la maison, et de lui faire perdre l'affection de la nation, qui serait indignée qu'elle fôt capable de se séparer de son époux. Après s'être livrée ainsi entre les mains de ses ennemis, elle serait peinte à la nation comme une femme ambitieuse, qui avait méconnu ses devoirs, et la partie de la nation à laquelle le nom d'Orange était encore cher, se joindrait à ses ennemis.
CAUSE CINQUiiBME. (1785 — 1788.) 541
Goltz. Comme cette pièce renferme la clef des événements de cette époque^ nous en donnons ici Textrait (')•
N*- IX
Extrait d'une dépêche du comte de Vergennes^ adressée au comte d^Estemo^ ministre de France à Berlin; du
mois de septembre 1786,
(Apres un préambule retnpli d'expressions d'amitié, la dépêche dit).
Le roi est toujours disposé à employer sou influence en Hollande pour arranger les affaires du stathouder d'une manière satisfaisante pour S. M. le roi de Prusse. Mais les moyens pour j parvenir exigent d'autant plus de prudence qu'il est dans les principes du roi de ne pas se mêler des affaires intérieures de la république. Cela parait d'autant plus nécessaire que la cour de Londres, par une conduite différente, s'est aliéné les esprits en Hollande, et a amené cette révolution par laquelle elle a perdu l'alliance avec les Provinces-Unies. Mais indépendamment de ce motif, le roi tient d'autant plus à la résolution de se conduire avec la plus grande circonspection, que M. le prince de Nassau n'a jamais cessé de s'emparer de toutes les occasions, pour manifester son invincible inimitié contre la France, et de donner des marques de haine ou de mépris à ceux de ses concitoyens qui, mieux instruits que lui du véritable intérêt de
(1) Cette dépêche ne se trouvant point dans Fourrage àe M, de FI as San, Hist de la dipL fr,, qui au reste semble ignorer qu'avant la mission de M. de Rayneval, U y avait eu une négociation entre la France et la Prusse relativement aux affaires de la Hollande, nous en donnons ici l'extrait, tel que M. Se h oeil, dans son Cours d'histoire l'a donné sur une traduction allemande du comte de Goertz, qui se trouve dans les mémoires publiés après la mort de ce ministre.
542 CAUBB ciNauiiBUE. (1785—1788.)
U patrie, De partag'eaient pas sa manière de Toir. Dans eei état de choses, le roi peut-il s'intéresser à on prince qui a pour système d*étre l'ennemi de la France et des adhérents de celle-ci? et si S. M. voulait le fafare, ne risquerait- eUe pas de perdre la confiance de ses derniers et de compromettre Falliance qu'elle a conclue avec la république?
A ces considérations je dois en ajouter une avtre qui mérite d'être pesée par S* M. le roi de Pmsse. M. le stathouder est beau -frère de ce monarque;/ c^est un liei, mais ce lien seul est ce qui excite l'intérêt de ce souvenÛB. Toutefois, en écartant ce motif qui, en politique, ne peut être que subordonné, quelle raison Frédéric-Guillaume peot-3 avoir de soutenir les prétentions du stathouder hérédi- Uire?
n est manifeste que le prince veut deux choses : V conserver des prérogatives qui sont dangereuses pour la libarté de la république; 2^ ramener la Hollande à une alliance regardée comme préjudicable. Or, je demande en conscience si le roi de Prusse peut avoir de l'intérêt à soutenir Tun ou Tautre de ces desseins? Nous ne le pensons pas, parce qae nous ne pouvons supposer que ce prince ait adopté un système opposé d'une part à l'indépendance des Provinces-Unies, et de l'autre, aux liens qui l'attachent maintenant à la France. 11 en résulte que le premier sentiment du roi doit être pour la république, et que celui qu'il a pour le prince de Nassau doit lui être entièrement subordonné; et de cette vérité nous tirons la conséquence qu'il faut que l'arrangement à faire pour monsieur le stathouder s'accorde avec l'indépendance et et la sûreté de la république.
Si, comme nous nous eu flattons, nous sommes d'accord sur cette base, il nous sera facile de nous entendre sur les mesures à prendre pour M. le prince de Nassau. Je vais vous exposer clairement les sentiments du roi à cet égard.
Monsieur le stathouder a été jusqu'à présent en possession de trois prérogatives, savoir: 1^ du commandement de la Haye; 2"^ du règlement de 1674; 3^ du droit de patente.
CAUSB oiNomiME. (1785 — 1788.) 543
Je crois devoir m'expliquer d'abord bot le point concernant le règ-lement, parce qu'il est le pins important.
Quoiqu'en disent les adhérents du stathonder, l'existence d'an règlement est un abus dans une république, parce que les mag-istrats sont Jes préposées des villes ; que celles-ci forment les états provinciaux, et que par conséquent celui qui nomme les magistrats est maître i/es états, ce qui veut dire que M. le statbouder qui ne doit être que le premier fonctionnaire de chaque province (^), en est dans le fait le souverain. Cette vérité est aussi évidente qu'effrayante pour les amis de l'ancienne constitution de la république.
Nous croyons en conséquence que les patriotes sont bien fondés à penser qu'il importe beaucoup à la conservation de la république que le règlement de 1674 soit supprimé. Il parait que cette abolition est d'autant plus essentielle pour monsieur le statbouder même, qu'eu dissipant les craintes que son autorité doit nécessairement inspirer, elle facilitera les arrangements pour toutes les autres prérogatives qu'il réclame.
Celle de ces prérogatives à laquelle ce prince parait attacher le plus d'importance, est le commandement à la Haye. Il lui a été retiré, et, selon toute apparence, il ne pourra le recouvrer que par une révolution, sur le succès de laquelle il doit peu compter. Le roi pense qu'au lieu de soutenir que ce commandement est inhérent à sa charge, le prince devrait convenir qu'il ne peut l'avoir que par une concession du souverain. Par un tel aveu, il écartera la première difficulté, et il y a beaucoup d'apparence que, dans ce cas (supposé toutefois Fabolition du règlement), les états se décideraient à rendre an statbouder le commandement à
(1) Nous avons déjà remarqué que ce fait est faux. Celui auquel les troupes prêtent serment n'est pas un simple fonctionnaire: il a part à V exercice de la souveraineté. Tel était, d'après la constitution, le cas du statbouder.
644 CAV8B ciMouiàMs. (1785—17880
la Haje, et néne, avec quelques modHfications, le droit ie patente.
Le roi de Prusse parait être d'accord avec le roi sur ce point, quant au fond, mais il est d'opinion que la restitutioi du commandement devra avoir lieu préalablement, et que les autres points ne pourront être traités et arrangés qu'après la restitution.
Je n'ai qu'une seule observation à faire là -dessus, nais elle me parait décisive; c'est que monsieur le stathoader, peir maintenir le règlement, ne craint pas d'exposer la république aux horreurs d'une guerre civile. En et et, peut-on présumer qu'il voudra renoncer volontairement à cette prérogttive illégale, lorsqu'il aura recouvré l'autorité militaire diBs la province de Hollande? Ne doit-on pas craindre phittt qu'il emploira cette même autorité pour maintenir toutes ses prétentions?
Le roi de Prusse propose à la vérité, un mojen coiiire ces appréhensions ; il se déclare prêt à se cbarg'er de la garantie de l'exécution de tout ce qui, après la restitution do commandement, serait arrêté.
Rien en effet de plus respectable que cette offre, et le roi j a une pleine confiance. Mus il ne s'agit pas de la confiance de S. M., il s'agit de celle des patriotes, d'autaat plus difficile à gagner, que la méfiance qu'ils nourrissent contre M. le prince de Nassau est sans bornes. Ils ne croiront que ce qui est fait, jamais rien de tout ce qu'on leur fait es- . pérer.
Cependant le désir du roi de complaire au roi de Prusse est si vif et si sincère, que S. M. se chargera d'exhorter les patriotes à accomplir les voeux de S. M. le roi, lorsque le point du règlement aura été convenu d'une manière conforme à leurs voeux, et que ce monarque l'aura garanti; le roi lui-même joindra, s'il est nécessaire, sa garantie i celle de S. M. Prussienne.
Tel est le point' d'où dépendent celui du commandement et la pacification intérieure de la république. Nous deman-
dons au roi ie Prusse de deux choses Tune: qn'O engage monsieur le stathouder à renoncer volontairement au règ>lement, ou bien qu'il promette de ne pas le soutenir dans cette partie de ses prétentions. Dans Tun et l'autre cas, le roi emploiera avec chaleur toute son autorité et toute son influence pour que le commandement soit rendu, sous la réserve'mentionnée, à M. le prince de Nassau, et que la jouissance de toutes les autres prérog'atives attachés à sa «Ugnité lui soit assurée.
Le roi désire d'autant plus sincèrement que l'expédient proposé soit ag'réé par le roi de Prusse, qu'il met une grande importance à contribuer à l'arrang-ement d'un différend qui doit être désagréable à ce prince, et à saisir la première occasion qui s'offre pour prouver à ce monarque l'amitié qu1l lui a vouée, ainsi que le désir sincère de la maintenir par tous les mojens qui sont en son pouvoir.
Il me reste à vous parler de la coopération commune dont il est question dans la dépêche adressée au comte de Goltz.
Certainement S. M. serait très-disposée à s'entendre avec le roi de Prusse sur les mojens propres à rétablir la tranquillité dans les Provinces-Unies; mais S. M. considère qu'il ne s'agit que de troubles intérieurs, et que de sa part aussi bien que de celle du roi de Prusse, tindependance de la république serait compromise, si on voulait sHmmiscer en choses concernant uniquement V administration intérieure. Les deux souverains le peuvent d'autant moins, qu'à cet égard ils se sont liées les mains par les déclarations remises en leur ' nom aux Etats - Généraux.
L'impossibilité de traiter en commun à la Haje, ne nous empêchera pas de nous entendre sur les mojens d'amener un accommodement Le roi communiquera avec plaisir au roi de Prusse les démarches auxquelles il autorisera son ambassadeur à la Haje, et S. M. est convaincue que ce prince, de son côté, sera disposé à lui fabre connaître ses vues et ses intentions, ainsi que les instructions, que recevra M. de Thulemejer.
546 CAV8B ciMouitME. (1785 — 1788.)
Cette dépêche Ait suivie, le 14 septembre, d^uc seconde, que les événements de Hattem et Blbov; avaient provoquée.
Les drconstaoces ont bien ehuàgé depuis mM denièfe^ j dit le comte de Verf ennes an eomte d'fistenio. Vos aares appris qae M. le statliooder a Isi— mène allasé le brandon de la guerre civile. Nous ignoroBs les motifs fi ont pu engager M. le statbouder à une pareille désuche, et nous ne connaissons pas les persomies qui ont se la lui conseiller. Tout ce que nous sarons, c'est le fait et TelTet que celui-ci a produits.
Dans Fëtat de sëditon où AL le statbouder s placé la république, on doit sentir, à Berlin, qu'9 ne peut plus être question de faire quelque cbose pour lui restituer le cosmandement de la Haje, et que la seule chose gui poisse nous occuper, aussi bien que la cour de Berlin, eai i*em^ pécber que le feu ne s'étende plus loin. Le roi ne connaît qu'un seul moyen pour atteindre, s'il est possible, ce but, c'est que de part et d'autre nous nous abstenions de nous mêler de ce différend. Dans cette vue^ le roi m'a ordonné it faire ordonner à M. le marquis de Verac, qu'il s'abstieiie soigneusement d'y prendre la moindre part, même indirectement, S. M. étanjt résolue de nY intervenir qu'autant qa'eUe y serait forcée par la nature de ses engagements, qui esbrassent aussi bien l'indépendance des Provinces - Unies qoc la sûreté de leurs possesseurs.
Le roi soubaite que le roi de Prusse donne la même instruction à ses deux ministres à la Haye, et que si ce sonarque croit devoir y ajouter quelque cbose, il les Instruise pour faire sentir à M. le statbouder la faute qu'il a cosmise et la nécessité de la faire oublier par un prompt retour à son devoir.
J'ai fait connaître à M. de Goltz que l'ambassadeur iln roi à la Haye , a l'oeil sur ce qui se fait de la part de l'é-
txMïgery et que S. M. se flatte que le roi de Prusse, dans les circonstances actuefles, appréciera Fintérét et le repos général, bien plus que son attachemeut pour 'madame la princesse, sa soeur*
Je ne puis vous cacher que cette scène scandaleuse a fait une vive impression sur le roi, parce que S. M. était eonvalncue que M. le stathouder attendrait le résultat de l'intérêt que le roi de Prusse prend à sa cause, et que S. M. se serait fait un rrai plaisir d'appu jer d'après ses forces et le voeu de ce jnonarque. Mais aujourd'hui les événements nous font la loi; la bonne volonté du roi est devenue inefficace, et nous devons partir du point où nous sommes, pour empêcher que les choses n'empbrent. Sans doute M. le stathouder se trouve dans le plus g'rand embarras, et il est difficile de prévoir comment il s'en tirera; miûs, au bout du compte, la position ou H se trouve ne peut pas entrer en plus de considérations que les maux qu'une guerre civile peut entraîner après elle.
Comme le roi de Prusse^ sur lequel à cette époque^ le comte de Finkenstein^ partisan du système français^ avait plus dMnfluence que le comte Hertzberg^ partisan du cabinet de Londres , désirait vivement ménager la bonne intelligence avec la cour de Versailles, et qu^il était persuadé qae, sans la coopération de cette cour, un arrangement des affaires de la Hollande serait impossible, il fit répondre aux deux déclarations du comte de Yergennes avec dignité, mais dans des expressions très-conciliantes.
S. M. y déclara que Tabolition totale du règlement de 1674, lui paraissait difficile, à moins de modifications qui pourraient engager le prince à y consentir; en faisant observer d^ailleurs qu^il n^existait pas de
548 CAU81 cinquiImb. (1785—17880
motif de changer le règlement dans les provinces qui ne le demandaient pas. Elle y exprima l.e voea qull soit conclu un armistice entre la république et le prince, et que toute voie de fait soit défendue, afin qu^on ai le temps de travailler à un arrangement solide et satisfaisant pour les deux partis* Le roi, est -il dit, n^a pas Tintention de se mêler des affaires intérieures de la république, mais les affaires actaellefii ne loi paraissent pas, comme à la France, purement intérieures, et il lui semble que si on ne parvient pas i prévenir la guerre civile, il en pourra résulter des circonstances qui influeront sur la tranquillité des autres puissances européennes. Le roi continua en disant que les événements de la Gueldre ne seraient pas parvenus au point qui paraissait avoir indisposé &• M. Très-Chrétienne contre le prince stathouder, si ses ennemis niaient soufflé le feu de la révolte dans les villes de Hattem et Elbourg ; que le prince n^avait pu refuser Tenvoi des troupes sans désobéir aux ordres de la province, qui avait jugé cet envoi nécessaire pour étouffer le mal dans sa naissance; que puisque les conséquences de cette affaire ne s^étaient pas étendues sur les provinces limitrophes, le roi espérait que cet événement n^empêcherait pas S. M. Très-Chrétienne de continuer ses sollicitudes pour apaiser les troubles, et qu^elIe les joindrait pour ce but à celles du roi; que le roi était bien éloigné de vouloir contrarier le système et les alliances subsistant entre la France et la république; qu^il ne se proposait d^autre but, que le rétablissement de la tranquillité et la conservation de la dignité stathoudérienne dans ses par-
CAUSÉ. oiNQViiiMs. (178&— 1788.) 549
ties essefitielles } qbe ses qaalités de voisin et de beau-frère du prince, ki donnaient le droit de s^entremettre pour Tun et Tautre objet, et que la république, sans y voir une atteinte portée à son indépendance, devait, au contraire, reconnaître les . dispositions amicales dont S. M., à Texemple de ses ancêtres, s^empresserait, en tout temps, de lui donner des preuves 5 enfin, que le roi espérait • que S. M. Très-Chrétienne voudrait bien lui communiquer ultérieurement ses vues sur cet objet.
Cette dépèche fit un très-bon effet à Versailles, et, le 1 6 octobre, le comte de Y ergennes dit au baron de Goltz, que le roi de France avait été, par la sagesse du roi de Prusse, confirmé dans le voeu d^arranger les différends de la Hollande d^une manière équitable, et quMl avait résolu de donner à ce monarque une preuve de son amitié, en coopérant à la satisfaction du prince stathouder, et lui faisant accorder la Jouissance perpétuelle de tous les avantages et de toutes les prérogatives qui étaient compatibles avec Tindépendance de la république. Le comte de Yergennes déclara à M. de Bransten, ministre de Hollande à Paris, que le roi désirait qu^on n^exigeât du prince d^Orange aucun sacrifice qui ne fut fondé dans la constitution.
A la même époque, S. M. Prussienne demanda Tinter vention. de la Russie en faveur du prince d^Orange; Timpératrice Catherine répondit que la république ajant, dans deux différentes occasions, décliné sa médiation, elle croyait quMl était au-dessous de sa dignité de Toffrir une troisième fois. Une pareUle demande ayant été faite
SSO CAUiE cifH^iTdMB. (1785^1 7«80
i Madrid, le eomte de Florida Blancft répoodit ^ue S. M. Catholique avait ordonné de témoigner au car billet de Versailles sob désir qu^on mit fin a la perr sécution i laquelle le staikouder était en but» Quant i r Angleterre, le roi de Prusse exprima le désir qu^elle s'abstienne de toute immixtion dans les affaires de la république.
Les ouvertures du cabinet de Versailles avaient été communiquées à Guillaume V. Vers le 1 5 octobre, la déclaration^ de ce prince arriva à Berlin* Dans cette déclaration , après avoir protesté de ses dispositions conciliantes, le stathouder fit observer que le règlement de 1674, dont la France conseillait Pabolition n^existait que dans la seule province d^Utrecbt; que celui de la Gueldre étiût de Tannée 1750, eeuxà^Overjssel et de Frise de 1748, et celui de Groeningae de 1749 5 que tous ces règlements différaient entre eux ; que chacun ne concernait que Tadministration intérieure; que chaque province était souveraine ^ches elle; qu^aucune n^avait le droit de se mêler des affaires d^une autre, nommément dans les discussions auxquelles les règlements donnaient lieu, à moins qae sa médiation n^eût été requise par les états de cette province. „Telle est la base de la liberté publique ,,dont le prince a juré le maintien. Il serait facile ,,de prouver que tout ce qu^on a dit contre ces rë- „glements n^est que Teffet de la passion et de Tintérêt; ,,il ne serait pas plus difficile de faire voir la fausseté ,,du point de vue d^où le comte de Vergennes a en- „visagé le droit du prince de nommer les magistrats „(droit qu^il n^exerce pas seulement dans les provinces
CAUSE ciNQuubiE. (1785 — 17880 ô51
9,où il existe des règlements, mais aussi en Hollande ,,et en Zélande, en vertu du droit de sa charge); ,,mais on croit cette discussion superflue, vu que le ,,statliouder a plus d^une fois déclaré aux états de ^^HoUande quMl était prêt à soumettre aux tribunaux ,,les différends qui, à ce siyet, s^étaient élevés entre ,,lui et la province/^
,,0n peut douter, dit le prince, que la cour de ,,France soit bien informée de Taffaire du commande- ,,ment de la Haye. On paraît croire, à Paris, qu^en „opposition à une prérogative des états, le prince tâche ,,de s^attribuer un pouvoir indépendant d^eux, tandis que „ce conmiandement n^est pas un objet isolé, mais qu^il ,^fait partie des fonctions de capitaine-général, et est „une dépendance du commandement général qui lui a „été conféré sous Tautorité du souverain. Ce corn- ,,mandement ayant été donné sans réserve, il s^ensuit ,,qu^il s^étend sur les troupes qui tiennent garnison & „la Haye."
Le prince réfute de même toutes les antres plaintes et Justifie sa conduite. Il finit par dire : ,,11 n^échap- „pera pas i Téquité de S. M. que la levée de la „suspension de la charge de capitaine - général de „Hollande et «la restitution du commandement des „troupes, particulièrement i la Haye, devraient être „des articles préliminaires, parce qu^elles seules feraient „voir le désir de rétablir la bonne intelligence et „écarter les soupçons offensants. En faisant cette re- ,,marque, le prince ne croit pas avoir besoin d^iyouter „que s^il souhaite être rétabli en activité et dans Tex- „ercice de ses droits, ce n^est que pour les employer
552 CAIJ81& ciNQuiifiME. (1785 — 1788.)
,,au bien-être de la patrie, et non dans le dessein ,,odieux que ses ennemis lui supposent. Il sait que ^^le roi, son beau-frère, lui rend Justice et ne craint ,,pas d^en être méconnu. H est un autre objet qui „exige des mesures promptes et efficaces, c^est la li- ,,cenee des gazettes et feuilles publiques dont Timpa- „dence est montée à un degré inconcevable et qui en- „tretient la nation dans une fermention continuelle; ,,les esprits les plus tranquilles en sont égarés et, pour ,,ainsi dire, privés de la faculté de reconnaître la vé- ,,rité. Personne ne peut douter de la nécessité de „mettre des bornes à ces excès dont les suites dé- „sastreuses se conçoivent facilement.^^
Le comte de Vergennes, à qui le mémoire du prince fut communiqué, dit, le 6 ou le 7 novembre, au baron de Goltz, qu^à cause de quelques expressions qui sy trouvaient, il n^en ferait part aux patriotes qn^en forme d^un extrait. H ajouta, que si ce mémoire ne faisait pas revenir les adversaires du prince à des sentiments .modérés, la France ne se mê' lerait plus de cette affaire, et conseillerait à la Prusse de faire de même et d^abandonner aux deux partis le soin d^arranger leur différend comme ils voudraient.
Pendant ces négociations immédiates entre les cours de Versailles et de Berlin, le comte de Goerts entama, à la Haye, celles dont il était cbargé, en essayant d^opérer une conciliation. Il y éprouva de grandes difficultés, et Tévénement du 22 septembre, qu^il s^était en vain efforcé d^empêcber, le convainquit quMl ne pouvait en venir à bout, si son gouvernement ne prenait une mesure énergique. La proposition qu^il
CAUSE ciNouiiME. (1785 — 1788.) 553
en fit au roi en termes généraux déplut, qui, dans la lettre autographe ci-après, à S. M., lui exprima sa désapprobation.
Lettre autographe du roi de Prusse ^ adressée au
comte de Goertz. (Extrait.)
Le but de votre mission est parement d'aplanir amiablement les dilTérends existants. Les puissances qui désirent parvenir à ce but doivent se conduire en amis qui, par leur intervention, veulent apaiser les troubles intérieurs d'un autre état, n ne serait pas prudent de commencer cette inter* vention par des menaces qu} pourraient augmenter les troubles, exaspérer les esprits et engager la France, qui est intéressée à la conservation de la Hollande, à faire de son côté des démarches pour renforcer son parti. Ainsi, on pourrsdt panrenir à allumer le feu de la guerre, sans avoir un allié, et même sans être sâr de ce que feraient PAngleterre et d'autres puissances. L'empereur verrait volontiers son rival s'affaiblir, sans qu'3 lui en coûtât la moindre chose à lui-même, et attendrait un moment favorable pour lui porter un coup sensible. Je ne puis commencer une guerre uniquement pour l'intérêt de la famille du stathouder; que si je voulais me contenter de simples contestations, la France et Topposition sauraient les apprécier à leur juste valeur, et je me ferais le plus grand tort, si, après avoir fait des démonstrations, je n'agissais pas.
Cependant il faut faire tout ce qui est possible pour soutenir votre négociation: Avant tout, vous devez tacher, d'accord avec la France, de ramener le prince à la Haye; si cela peut se faire d'une manière convenable, il j aura beaucoup de gagné, et Ton pourrait conseiller au prince de céder même sur des articles de grande fanportance. Par une
554 CAVBM ciNouÙME. (1785—1788.)
c^ndiHe fruclie, tous devez chercher i amener le parti rëpnbllcaiii à vous commiiniquer Vuliimatvm de ses prétentions. Il est possible qu'alors beaucoup de persoimes abandonnent ce parti* II faut attendre l'effet que cela produira et voir comment la France voudra accomplir ses oblig-ations.
En même temps, il est nécessaire de se procurer des renseignements sur les vues du parti stathoudérien , sur ses forces, ses ressources et ses espérances. Il faut s'assurer des provinces et des villes sur l'appui desquelles ou poomit compter, si les choses prenaient une mauvaise tournure. Après cela, il faut s'efforcer dinspirer ao prince d'Orang-e de Factivfté et du courage, et lui adjoindre des hommes sdrs fi habiles ; mab il faut luf déclarer d'avance qu'on Fabandomien, s'il ne change pas de conduite. Il serait à désirer qui! eut toujours auprès de lui quelqu'un de notre pjirtl qui îûi en état de le dfariger. Enfin il devient nécessahre de se procurer une connaissance bien exacte des vues de VAMgïeierrej avec laquelle on pourrait sous main agir d'accord, afin que, si les hostilités éclataient, faire cause commune avec elle. Cet état est grandement intéressé à maintenir le stathoudérat et à détacher la Hollande de la France; mais, par rapport à ce dernier point, il ne faut faire aucune démardie décisive avant l'arrivée d'une réponse de la cour de France, que j'attends.
Ce ne sera qu'après avoir exécuté tout ce que Je viens de dire, qu'on pourra juger s'il convient de parler d*an ton ferme, principalement si quelques provmces de la république réclamaient le secours de l'Angleterre et de la Ift^sse. SI, ce cas arrivant, on protestait qu'on n'a pas de vues d'agrandissement, on pourrait, avec beaucoup de vralsaublance, espérer un bon succès, sans en venir à des voies de fait, et il se pourrait que la France, qui est intéressée à éviter la guerre, secondât nos vues plutôt que de les contrarier.
Le comte de Goertz forma différents plans pour procurer au prince d^Orange la majorité dans Tun ou
CAUSE ciNQurisME. (1785 — 1788.) 555
Tautre des corps délibérants, ou pour opérer une réconciliation entre ce prince et Tune ou Tautre province ; mais comme personne ne voulait se mettre en avant, sans être assuré du secours de la Prusse, tous ces plans échouèrent. Frédéric-Guillaume II déclara, le 30 octobre, à son ministre, dans des termes qui marquaient du mécontentement de ce quMl paraissait vouloir Tentrainer à quelque mesure énergique, que, dans aucun cas, il ne voulait faire la guerre pour Taffaire de la Hollande. La mission du comte de Goerts aurait ainsi été finie, sans un nouvel incident qui survint. Le mémoire du prince d^Orange avait produit a Versailles un effet auquel on ne s^attendait pas; au moins le comte de Yergennes s^en servit-il comme d^un prétexte pour annoncer au comte de Goltz, que le roi de France, ayant égard aux plaintes de la Prusse contre la partialité très-passionnée du marquis de Verac, avait résolu d^envoyer à la Haye M. Gérard de Rayneval, conseiller d^Etat, homme tout à fait impartial, pour prendre sur les lieux des informations sur la vraie situation des affaires, et s^efforcer de disposer les esprits à un rapprochement qui pût assurer Tindépendance de la république^ mais aussi conserver au stathouder tous les avantages compatibles avec cette indépendance.
M. Gérard de Rayneval arriva, le 19 novembre, à la Haye, et entra aussitôt en conférence avec le comte de Goertz Q). Les deux ministres s^accordèrent
(1) n était sans caractère public; car, quoiqu'il fût muni, à ce que nous assure M, de Fias 8 an, de lettres de créance, il ne de-
556 CAUSE ciMouitoiE. (1785 — 17880
iur les bases d^an arrangement, et convinrent qne le plénipotentiaire français en consignerait les détails dans une lettre confidentielle quMl adresserait au comte de GoertK, et que celui-ci la porterait i Nimègue, où était alors la cour stathoudérienne , pour négocier Tadmission de ces conditions. M. de Rajneval écrivit effectivement la lettre convenue; mais le comte de Gœrii trouva qu^elle n^était pas conforme aux points sur lesquels ils s^étaient accordés, et le négociateur français, auquel il en fit Tobservation, convint du fait, en déclarant que le refus absolu des patriotes d^y cousenfir, . Tavait forcé de faire quelques changements à son projet de lettre; il assura pourtant que leur intention n^élait pas de porter atteinte aux droits véritablement attachés à la dignité de stathouder, et qu^on réglerait les fonctions de capitaine-général diaprés le commissaire par lequel cette charge avait été primitivement instituée.
M. de Rayneval proposait que le prince, en sa qualité de stathouder de Gueidre, écrivît aux états de cette province, pour leur exprimer le voeu de voir terminer les troubles, et pour les exhorter à ordonner le rappel des troupes entrées à Hattem et Elbourg, ou qui avaient reçu ordre de sy rendre ; la tranquillité se trouvait ainsi rétablie; les états devaient, en pleine liberté, délibérer sur les moyens de consolider
Tait les remettre que lorsque les circonstances Texigeraient. Ainsi les conférences entre les deux négociateurs furent purement confidentielles. Le comte de Goertz se loue beaucoup, dans ses Mémoires, de Pesprit pacifique de M. de RayneTal.
CAUSB ciNQuiBMB. (1785 — 1788.) 557
cette tranquillité d^une manière constitutionnelle; le prince demanderait alors que le premier objet de leur sollicitude fût le règlement, en ajoutant que , quoique les droits que ce règlement lui accordait lui fussent légitimement acquis, il suffisait cependant qu^on les re-^ gardât comme préjudiciables à la liberté, pour qu^il ne balançât pas d^nviter les états à réviser le règlement et à 7 faire^ d^accord avec lui, les changements qu^on Jugerait nécessaires et utiles pour le bien de la patrie. De semblables lettres seraient adressées aux autres provinces où il existait des règlements. Aussitôt après la résolution favorable que les états de Gueldre et d^Utrecht auraient prise à cet égard , la province de Hollande retirerait son cordon, et s^occuperait de la levée de la suspension; puis elle déterminerait d^une manière précise et équitable les fonctions attachées à la charge de capitaine-général.
,,yous m^avez demandé, monsieur le comte^^ c^est ainsi que continuait M. de Rajneval, „en quoi con- ,,sisteront ces fonctions constitutionnelles du capitaine- „général de la province de Hollande. Je ne puis ,,encore j répondre qu^en vous renvoyant au commis- „soire du 27 février 1766, qui, je crois, vous prou- ,,vera que le capitaine-général est soumis à la volonté ,,du souverain, et ne peut absolument rien faire ou „ordonner, qu^avec Tapprobation. des conseillers dé- „putés " Q).
(1) Il faut observer que cette assertion de M. de Rayneval était absolument fiiusse; puisque bien loin d*accorder aux conseillera députés, la moindre autorité en affaires militaires, leur instruction leur
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Quoique le comte de Goerte Jugeât cet arrangement inadmissible ; il le porta cependant le 8 décembre à Nimègue. Ainsi qu^ii Tarait prévu, le prince le rejeta absolument, comme incompatible avec son honneur.
Les états de Gueldre, informés des conditions ^e les patriotes de Hollande prétendaient imposer au statbouder, déclarèrent qu^ils n^accepteraient pas de lois de cette province. Ils annoncèrent leur résolntioi d^employer les moyens qui étaient en leur pouvoir pour conserver la dignité et les prérogatives du stathoudérat.
De plusieurs côtés on s^adressa au prince pour le dissuader de Tacceptation des conditions. Aucune dé** marche dans ce genre ne fit plus d^impression sur le prince d^Orange, et ne lui donna plus de courage, que celle que fit auprès de lui le grand pensionnaire van der Spiegel de Zéelande; homme très-modéré et jouissant d^une grande réputation de prudence.
La princesse d^Orange de son côté, exposa au roi de Prusse les motifs de la conduite du prince son époux. Quoique Frédéric - Guillaume ait été trèschoqué du mémoire de M. Rayneval, sa répugnance pour une guerre, était cependant telle, qu^il persista à exiger que le prince d^Orange cédât sur la principale question, pour sauver au moins quelques débris de sa puissance. Dans une dépêche que le ministre prussien adressa au comte de Goertz, le 1 janvier
enjoint positivement de ne rien faire à cet égard que d'accord avec le capitaine-général y et de ton consentement.
CAUSE ciNOciiMB. (1785—1788.) 559
1787, le roi ajouta de sa propre main ces mots: ^fSi le prince it Orange ne change pae promptey^ment sa manière d^agir^ il te cassera certaineyyment le coV
Rien ne pat fléchir la résolution de Guillaume Y ('). Cependant le comte de Goertz obtint que le prince Tautorisât à s^exprimer dans une note du 10 janvier, remise à M. de Rayneval, d^une manière qui annonçait de sa part beaucoup de facilité, mais en supposant toujours qu^au préalable il fût rétabli dans les fonctions de capitaine-général, et que le commandement de la Haye lui fût rendu.
Dès que M. de Rayneval eut reçu cette note, il fit les préparatifs de son départ quMl exécuta peu de jours après. Le comte de Goertz croyant sa mission finie, demanda, le 16 janvier 1787, son rappel, qu^il obtint le 22. M. de Thulemeyer resta comme ministre de Prusse.
Ce précis des négociations que nous venons de donner, ayant interrompu le récit des événements qui nous restent encore à rapporter, nous allons en reprendre le fil Q).
(1) La princesse, dans une lettre adressée au comte de Goertz, le 31 décembre 1786, justifie cette résolution arec une force d'esprit et une supériorité bien remarquable,
(3) Nous ne pourons nous dispenser de remarquer en cette occasion, ainsi que Ta ûiit Se h oeil dans son Cours d*hist T. XL que c'est avec une grande injustice que tous les écrivains français, et même M. de Lacretelle, entraînés par la prévention ou par une aveugle passion, traitent Tépouse de Guillaume Y. Us la nomment une femme emportée et vindicative; „elle intervenait, dit Festimable
SOO CAUSE CINQUIJBMB. (1785—1788.)
Le 8 Jaillet 1786, les députés de la ville d'Amsterdam siégeant aux états de Hollande, après avoir représenté les désordres qui résultaient de Inexistence d^une foule de corps francs et de compagnies d^exercice, proposèrent de les supprimer. Cette démarche d^lut aux patriotes d^ Amsterdam qui s'agitèrent beaucoup en attendant une occasion de faire éclater Pindignation du peuple souverain. Ils la trouvèrent dans une proposition que la ville de Harlem fit le 30 janvier 1787. Ce Jour-là des députés communiquèrent un projet d'organisation pour les villes, dont l'adoption les aurait rendues presque indépendantes, et demandèrent que la garnison de la Haye fût renforcée par le corps du rhingrave de Salm. Les patriotes d'Amsterdam appuyèrent cette demande ; le 24 février j trois mille cent quinze citoyens de cette Ville, parmi lesquels se trouvaient les officiers et sous-officiers des corps francs présentèrent au corps municipal une adresse pour exiger son consentement à la proposition de la ville de Harlem. Par Tappui du bourgmestre Hoeft,
^historien du dix-huitième siècle, dans tous les débats, pour en ,,accroltre la violence; quelquefois elle répondait elle-même aux ^députés qui avaient été chargés d*exposer au stathouder les grie& „deB états, et quand ils témoignaient leur répugnance pour ce ,,genre inusité de communication, elle criait à Toutrage et montrait „le roi son frère prêt à la venger." — ^ Nous rappelons à Phistorien du dix-huitième siècle un fait qu^il paratt avoir perdu de vue, en écrivant ce passage; c'est qu'à Tépoque où Frédérique-Sophie-Guillelmine pouvait parler du roi son frère, la guerre entre les deux partis était parvenue à un point qui avait rompu toute communication entre le prince d'Orange et les états, et qu'il ne s^agissait plus de faire exposer au prince les griefr des états par les députés.
CAUSB oiNOuiiMB. (1785— -ITSS.) 561
un des patriotes exaltés, et par le moyen ordinaire d^un tumulte, les pétitionnaires obtinrent ce qu^ils avaient demandé.
Le 30 mai 1787, les états de Hollande nommèrent une commission de dix-neuf membres chargés de revoir la constitution des villes de cette province (}). Lorsque la nouvelle de cet événement arriva à Amsterdam, les officiers des corps jfrancs arrachèrent au corps municipal, dont quelques membres étaient absents, une résolution qui ne passa pourtant qu^à la majorité d^une seule voix, et par laquelle les trois députés d^ Amsterdam aux états furent, destitués et remplacés par les pensionnaires Berkel et Yisscher.
A Pexemple d^Utrecht, les patriotes d^ Amsterdam élurent seize représentants munis de pouvoirs extraordinaires qui, par la force des armes, destituèrent, le 3 mai, neuf membres du conseil municipal, et les remplacèrent, le 7, par neuf nouveaux. Un grand nombre de bons citoyens protesta contre cette violence 5 on opposa faction à faction, société patriotique à société patriotique, pamphlet à pamphlet. La fureur des partis ne s^arrêta pas } le 28 mai et les jours suivants, ils commirent des excès criminels; il y eut dans les
(1) Grâce à l'adresse des députés d'Amsterdam, Muelman, Munster et van der Goes, la majorité de cette commission fut composée d'indiyidus qui voulaient maintenir Tancien état des choses; savoir les représentants d^ Amsterdam et de huit autres villes, et celui de la noblesse ; huit membres seulement représentant les neuf villes de Dordrecht, Harlem, Leyde, Gouda, Schiedam, Schewenhowen, Aikmaar, Monikendam et Pnrmerend furent pris parmi les révolutionnaires.
5fiS 0AIJ8B cikoijiIme. (1785 — 17880
roM d^Amsterdam une guerre civile ; un grand nombre de maisons appartenant à des amis du prince forefit pillées et dévastées; plusieurs personnes furent tuées.
On vit à Rotterdam^ ZwoU, Franeker, Kampen et ailleurs des scènes semblables i celles d^Utrecht et d"* Amsterdam. Cependant les deux partis armèrent, et la province de Hollande tira un cordon de troupes le long de ses jfrontières (^)«
Les corps francs de toutes les villes de Hollande tinrent, par députés, une assemblée générale, et présentèrent, le 25 mai 1787, aux états de Hollande une adresse par laquelle ils demandaient que Guillaume y fut privé de ses cltarges de staâiouder et .d^amiral-général, conune il Tétait déjà de celle de capitaine-général. La nutjorité des états suspendf^ le 28 mai, le prince de cette double fonction et résolut de retenir son traitement.
Deux jours auparavant, Guillaume Y ayait adressé aux Etats-Généraux et i ceux de Hollande une déclaration dans laquelle il dit entre autres, qu^on devait attribuer à sa longanimité et i son amour pour la tranquillité publique, que jusqu^à présent il ait supporté avec patience et mépris les désordres qui régnuent dans beaucoup de parties de la république, se bornant
(1) Le rhingraye Frédéric de Salm accepta le commandement de cet troupes fanatiques et indisciplinées; le patriot Ryssel servit sons ses ordres. H y eut le 9 mai 1787, un premier engagement entre les deux partis. Des troupes du stathouder chargées de couper la communication entre Utrecht et la Hollande, ayant rencontré, à Jutphaas, un corps de patriotes commandés par d'Ayerhoudt, furent repoussées.
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à préserver par les moyens les pli» doux ses droits contre toute attaque, afin que le feu de la discorde ne fut pas entretenu et propagé; quHI avait eu la sa-^tisfaction de voir que ses soins n^avaient pas été infructueux même en Hollande, puisque les plus habiles parmi les régents et la plus grande partie des bons bourgeois ne Favaient pas abandonné; que néanmoins il avait eu la douleur dVpprendre que les chefs de la cabale continuaient avec la plus grande opiniâtreté de violer la constitution de leur province qu^ils avaient Jurés de maintenir, de rompre les liens de Tunion et de s^emparer par force de la domination dans les conseils municipaux de leurs villes. Après s^étre plaint des violences que les patriotes armés avaient commises dans la province d^Utrecht, Guillaume V protesta quMl réunirait sa fortune, son autorité et Tinfluence que lui assuraient les hautes dignités dont il était revêtu, aux moyens des états d^Utrecht pour rétablir la tranquillité dans cette province. En conséquence, il invita les états de toutes les sept provinces de Funion, ainsi que les Etats-Généraux, toutes les cours de justice et les bons bourgeois à se joindre a lui pour coopérer à un si noble olyet, en donnant Tassurance qu^il ne demandait qu^à remplir le serment qu^il avait prêté à la patrie en général et à chaque province en particulier, et que son unique intention était d^empêcher toute oppression sans prétendre à un plus grand pouvoir qu^il ne lui en appartenait en vertu des commissions qu^il avait reçues, et par des résolutions d^état, enfin, par une possession légitime. Enfin il exprime son espoir que les états de Hollande révoqueront aussitôt et avant
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toute chose les résolations précipitées et illégitimes qoMls ont prises à Tégard du conmiandeiiieiit de la Haye et de la charge de capitaine-général.
Un événement, arrivé le 28 juin 1787, amm enfin une catastrophe qui changea la face des afiaires, et qui finit par déterminer le roi de Prusse dlntervenir à main armée dans les troubles de la répablique.
La princesse d^Orange, pour travailler à un accommodement, ou peut-être comme les patriotes Tout prétendu, pour opérer un mouvement en faveur de soa parti C)^ résolut de se rendre de Nimègue à la Haye, accompagnée de Tune de ' ses dames d^honneur, mademoiselle de Staarenbourg , et des comtes de Bentink et de Randwyck. Conune les relais placés sur la route, faisaient croire au parti patriote que le. st&tbouder projetait de se rendre à la Haye, le général Ryssel avait reçu ordre d^empêcher ce voyage. Pour arriver à la Haye il fallait que la princesse traversât le cordon de troupes que les états de Hollande avaient tiré
(1) Dans l'ouvrage de M. de Ségur, sur les principaux événements du régne de Guillaume II roi de Prusse, il se trouve un Mémoire sur la révolution de Hollande par Caillard, dans lequel U est porté un jugement sur la princesse d'Orange, qui prouve à qael excès Fauteur a poussé Pesprit de parti. La réputation qu'anciennement on s'est plu à faire à ce diplomate, nous engage à faire connaître en cette occasion l'opinion de M. de Vergennea sur son compte. On lit dans une dépêche du comte de Goltz, ministre de Prusse près la cour de France, que M. de Vergennes lui dit: ,M. „de Verac (ambassadeur de France à la Haye) a faft un bien man- „vais choix, en s'adjoignant un sujet aussi médiocre que Gaillard. „Je m'étonne que le comte de Goertz, qui l'a connu en Russie, l'ait „écouté un instant. Il n'aurait pas dû lui parler d'affaires, ou n'a- ,jouter aucune valeur à ce que cet homme lui disait."
sar la frontière de eette province; arrivée au poste nommé Gotcerwelche-Sluys ^ près de Schoonhoven^ elle fut empêchée de continuer sa route, traitée en captive par la commission de défense siégeant à Woerden, ou, comme disaient les patriotes, entourée d^une garde d^honneur, et ensuite renvoyée. Elle en porta ses plaintes aux corps des états de Hollande, qui lui répondit, le 30 juin, d^une manière évasive, mais approuva tout ce que la commission de Woerden avait fait. En vain les Etats -Généraux, dans rassemblée desquels régnait plus de calme et de modération, voulurent-ils ramener à la raison ces farouches républicains, en leur représentant les suites fâcheuses que cet événement aurait sans doute pour le pays : ceux-ci approuvèrent formellement la conduite de leurs confrères.
Cette imprudence eut les suites que la partie saine de la nation avait prévues : la princesse d^Orange demanda vengeance, à son frère, le roi de Prusse, de Tafiront qu^elle avait essuyé.
Cependant les états de Gueldre, de Zéelande, de Groeningue, de Zutphen et de Drenthe, se prononcèrent contre ceux de Hollande, dont la conduite ne trouva d^approbateurs que parmi les états d'Overyssel (^).
(1) Dans cette province, comme dans celle d'Utrecht, il y avait un schisme; il y existait deux assemblées d'états, dont chacune traitait son adversaire d'illégale. Le parti patriote de Hollande réussit à faire admettre dans le sein des États - Généraux les députés de celle de ces assemblées qui se composait d'anti - orangistes , en excluant ceux des autres. C'était un coup de parti décisif; la faction patriotique obtint ainsi la majorité dans l'assemblée suprême des représentants de l'union.
SM CAVtB OINQUliEMB* (1785—17880
Le 10 Juillet 1787^ le roi de Prusse fit exprimer aux Btats^ Généraux 9 par le baron de Thulemejer, son approbation de leur conduite à Fégard de sa soeur; en demandant néanmoins pour cette princesse une satisfaction éclatante, que ce ministre fat encore chargé d^exiger spécialement des états de Hollande. Vokâ ces deux pièces.