DE BUSSY
Les articles qui renfermaient les points les plus onéreux de ces propositions définitives du cabinet britannique, étaient les suivants:
L^art. 1. Qui ôtait entièrement aux Français la liberté de la pêche de la morue 5 et la démolition de Dunkerque exigée dans Tart. 4, ne rendait cette liberté que dans une partie , avec de certaines restrictions qui n^étaient pas expliquées.
L'art. 2. Duquel on pouvait inférer que PAngleterre prétendait, non-seulement conserver la possession exclusive de tout le Canada, mais se rendre aussi la maîtresse de tous pays neutres situés entre le Canada et la Louisiane, pour se trouver plus à portée d'envahir, quand elle le jugerait à propos, cette dernière colonie.
L'art. 3. Qui confirmait en faveur des Anglais la possession entière de la côte d'Afrique, et ôtait aux Français tout établissement dans cette partie pour la traite des nègres.
L'art. 9. Qui anéantissait la compagnie française des Indes.
Les art. 7 et 13. Qui étaient en quelque sorte en contradiction, attendu que par le premier l'Angleterre proposait à la France d'évacuer l'Allemagne, et dans le second elle convenait, que les deux cours soutiendraient leurs alliés dans cette partie de l'Europe.
Les articles qui énonçaient les avantages que l'Angleterre voulait s'assurer , étaient clairs , décisifs et même impératifs: tandis que ceux qui regardaient les intérêts de la France, étaient obscurs, sujets à diverses interprétations, et laissaient une suite de discussions qui, en laissant subsister le germe de la guerre, auraient encore tourné au préjudice de la France^ si elle accordait les demandes de l'Angleterre»
S. M. Catholique apprenant que le ministère britan-» nique avait été choqué du mémoire relativement à FEspagne, elle chargea son ambassadeur près la cour de Londres le comte de Fuentès, de remettre à M. Pitt la note ci^après interprétative à ce mémoire.
CAUSE PREMlfiRK. (1761.) Tl
N"- xxm.
Note du marquis de Fuentès^ ambassadeur d'Espague à la cow de Londres^ adressée à M. Pitt,
Le roi Très -Chrétien qai souhaite de rendre utile et durable la paix qu'il s'était proposé de traiter avec l'Angleterre, confia d'abord ses intentions au roi mon maître, lai marquant le plaisir arec lequel il saisissait cette occasion de lui montrer sa considération aux offres réitérés que S. M. Catholique avait fait ég'alement à lui et à l'Ang'leterre, pour faciliter une réconciliation convenable et permanente.
C'est par des principes si sincères que S. M. Très- Cbrétienne proposa au roi mon maître la g'arantie dans le traité de paix, puisque cela pourrait convenir ég'alement à la France et à l'Ang'leterre, et lui témoi^a en même temps ses sincères dispositions par rapport aux sacrifices qu'il se proposait de faire pour donner la tranquQlité à l'Europe avec une paix solide et honorable.
Une telle démarche de S. M. Très -Chrétienne a dii infiniment obliger le roi mon maître, qui j trouvait l'uniformité de ses mêmes sentiments, et remplir à son égard, avec la correspondance la plus marquée, tous les engagements qui les unissent et par les liens du sang et par leurs intérêts mutuels, et d'ailleurs reconnaissait dans les intentions du roi de France cette humanité et grandeur d'âme qui lui sont propres, en rendant de son cdté la paix aussi permanente que les vicissitudes humaines peuvent le permettre. C'est avec la même candeur et franchise, que le roi mon maître confia à jS. M. Très -Chrétienne, qu'il aurait souhaité que S. M. Britannique n'eut point fait de difficulté, d'agréer la garantie en considération des griefs de l'Espagne avec l'Angleterre, puîsqu'Elle a tout lieu de croire que S. M. Britannique est dans les mêmes bonnes dispositions de les terminer à l'amiable selon la raison et la justice.
Cette confiance que le roi mon maître a faite à la France, lui a donné lieu de témoigner à S. M. Britannique
la pureté de ses intentions poar le rétablissement de la paix, piiisqu'en lui proposant la garantie de l'Espace, Elle lui marque ses désirs sincères, de voir terminer en même temps ses intérêts, qui pourraient un jour rallumer le feu d'une nouvelle g'uerre, qu'on tâche présentement d'éteindre*
Si les intentions de S. M. Très- Chrétienne et du roi mon maître ne se trouvaient pas remplies de bonne foi, le roi mon maître se flatte que S. M. Britannique lui rendra la Justice d'envisag'er comme telles les siennes, puisque si elles portaient à tout autre principe, S. M. Catholique donnant cours à sa candeur, aurait parlé d'EUe-même et selon sa dig'uité.
Je ne puis pas me dispenser de tous dire, monsieur, que le roi mon maître apprendra avec surprise, que le mémoire de la France pourrait faire dans l'esprit de S. M. Britannique .une sensation toute opposée aux véritables intentions des deux souverains.
Mais S. M. Catholique s'en consolera toutefois qu'elle verra qu'on fait le prog-rès qu'EUe a toujours souhaité dans la négociation de la paix, soit particulière entre la France et la Grande-Bretagne, ou générale; puisque ses désirs sincères sont de la perpétuer à jamais, étant tout germe qui puisse malheureusement reproduire un jour la guerre.
C'est pourquoi le roi mon maître se flatte que S. M. Britannique, animée des mêmes sentiments d'humanité pour la tranquillité publique, soit dans les mêmes intentions de terminer les disputes de l'Angleterre avec une puissance, qui lui a donné des preuves si réitérées de son amitié, an même temps qu'on se propose de donner une paix générale ^ toute l'Europe.