IT- IV
Rcqpport du. comte de Goertz ^ adressé au roi de Prusse;
du 1 février 1778.
Rapport au roi.
Ratiabonne, le 1 février 1778.
Sire!
L'estafette avec la très -gracieuse lettre de V. M. en date du 26 m'est parvenue avant -hier. Elle m'y ordonne de me rendre auprès de Tëlecteur, de lui remettre mes lettres de créance, d'approfondir ses sentiments, et de voir s'il j a encore quelque chose à faire près de lui, si non de me rendre auprès du duc de Deux -Ponts. Ma très -soumise du 26 aura instruit Y. M. de la démarche décisive que j'ai
(1) C'est de cette lettre que M. de Goertz, dans son Mém, hist, de la négociation en 1778, dit, qu^elie a surtout contribué au succès de cette singulière et épineuse négociation.
328 CAUSB TROISliCMB. (1778.)
faite auprès de Télectear. Celle dn 28, porte dë)à la réponse négative, d'une manière assez forte: ajant d'ailleurs, ^^ à ce que j'ose me flatter, approfondi autant que je l'ainrais^^
pu à Munich même, les sentiments et le vrai état des cho
ses; ne pouvant y reparaître sans donner trop d'ombrage, e perdant probablement dans ce moment où la plaie est encor trop fraîche et l'engagement trop nouveau, un temps pré cieux à pouvoir être employé avec plus de succès aupr du duc de Deux -Ponts; je crois plutôt remplir les vues di V.M., en me mettant incessamment en route pour m'assurei do duc Je pars cette nuit, je passerai par Manheim, tâcherai d'y affermir, madame l'électrice, et ceux qui peuvent être de quelque influence et qui me sont connus pour patrio-
tiques: je ne m^y arrêterai qu'un jour, et delà me rendra: en toute diligence auprès du duc. Il y a toute apparen de croire qu'il n'a pas encore pris de parti. Quoique suf
fisamment légitimé par Y. M., pour mériter croyance je crois pourtant devoir hasarder de lui demander ei core une lettre de créance pour ce prince, comme uni marque de la bienveillance de Y. M. envers lui; ceh le flattera, et servira peut-être encore à rendre le ministre de France, qui doit se trouver à Deux -Ponts, plu^^^ ouvert envers moi. Les ordres de Y. M. peuvent dorénavant me parvenir en droiture à Deux -Ponts, car j'ai ton! lieu de croire que le cours des postes sera assez libre. J'oser* depuis hier, sire, reprendre de nouvelles et fortes espé— rances, que l'état des choses pourra changer dans pen, aa gré de Y. M.
Le baron de Leyden, ministre électoral de Bavière près la diète, le seul homme de la Bavière peut-être, qui au mérite personnel, joigne du nerf et des sentiments patriotiques, et qui pour cette raison est poursuivi par la cour impériale,, est arrivé avant- hier; j'ai eu cette nuit une conférence avec lui. Gémissant sur le sort de sa patrie, il a repris vie, en apprenant la protection que Y. M. est prête d'accorder à son maître et à la bonne cause, et j'ai osé 1/
lui assurer aussi pour sa personne. Il est convenue que dans ce moment, ma présence ne ferait que donner de l'ombrage à Munich, mais qu'elle serait des plus essentielles à Deux -Ponts 9 le duc n'ayant point encore consenti. Il est convaincu, sire, que les choses n'en resteront pas là, que son maître se lassera du joug-, se jetera dans vos bras, et qae tout s'achemine déjà vers ce point. Les états de Bavière aj^ant appris cet honteux démembrement, ont présenté une requête et fait des représentations à l'électeur. Ils se trouvent avoir des privilèges de plusieurs empereurs, qui défendent tout démembrement des provinces. Cela a étonné rélecteur, qui a demandé qu'ils produisissent ces titres. Ils Tont le faire, et partant de ces privilèges, on proposera à la cour de Vienne un troc des états de la Bavière contre le Hant-Palatinat. Ce projet sera accepté à ce qu'on croit, parce qu'on se presse à la cour impériale de tout terminer. La paix de Westphalie serait par là infractée et cet arrangement ne peut avoir lieu que du consentement de l'Empire et des garants de la paix. Comme madame la duchesse de Bavière, particulièrement attachée à V. M., et possédant à un certain point la confiance de l'électeur, est l'àme de tout cela, j'ai hasardé d'après l'avis du baron de Lejden, de lui écrire la lettre ci -jointe, et d'y ajouter aussi la copie de mes lettres de créance que ledit baron de Leyden lui fait parvenir. Elle pourra dans l'occasion en faire usage auprès de l'électeur, et^aura indiquer le moment où il sera temps de porter le coup. M. de Lejden, membre des états, s'est aussi chargé de faire connaître aux bonnes têtes l'espérance qu'elles peuvent se faire de la haute protection de y. M. Puisse mon zèle, sire, ne pas m'avoir conduit au delà de ce que votre sagesse aurait voulu, et puisse-t-il me valoir, ce qui fait toute mon ambition, la continuation de votre bienveillance royale.-^ M. de Leyden parait persuadé que l'impératrice -reine, voyant V. M. et la France décidées à ne pas souffrir ce démembrement, ne consentira pas à la guerre, et qu'elle remportera sur l'empereur. M. de
330 CAUSE TROISÙBÙB. (1778»)
Lejden m'a assuré que déjà le 3 le prince Kaanitz et M. de Ritter, envoyé palatin, avaient sig'né la convention à Vienne, qu'on avait menacé M. de Ritter (d'après ce qu'il mande luimême), cette âme vénale et pusillanime, pour souscrire cet acte, et que Télecteur avait entièrement ratifié la convention, qui cependant doit viser à un échange.
J'attends de Munich, ce soir encore, un homme de confiance, sdr et intelligent* Je rapporterai à V. M. ce qui me sera parvenu par lui. Le contenu de cette dépêche me paraissent assez important, mais trop long* pour que je puisse, manquant de secrétaire, le mettre en chiffres^ je charg^e un officier de V. M., qui est ici en recrue, nn lieutenant des dragons de Below, de la mettre à une poste sâre, fut-ce jusqu'à Bareuth, pour de là la fidre parvenir à V. M. par estafette. Il a fallu que je me servisse de toutes les voies possibles pour faire passer mes lettres sans risque, me livrer toujours à la société, et ne point avoir dm tout l'air occupé pour ne pas être découvert. — Je crois avoir réussi entièrement, et ces sag'es politiques de la diète seront on jour fort piqués d'avoir été joués. Sorti de Ratisbonne, je serai plus à mon aise. D est encore à observer que dans la convention faite à Vienne, on s'est réservé de faire des échanges dans la suite. Mes deux dernières ont été
du 29 et du 30 en chiffres. Je suis, etc. etc. etc.
Très -soumise apostille.
L'homme de confiance qui est revenu, sire, ne fait que me confirmer en partie ce que le baron de Lejden m'avait communiqué. Tout ce qui me surprend, c'est qu'il croit être sur que le ministre de France à Munich, le chevalier de la Luzerne, n'a pas encore d'ordres positifs de sa cour sur ce sujet important, et qu'on s'occupe à faire un troc du Ilaut-Palatînat et de la principauté de Neubourg contre la Bavière. Ce serait tout ce qu'il y aurait à désirer.
CAUSE TBOISIÂMB. (1778.) 331
JLf^itre du comte de Goei'tZy adressée à la duchesse de Bavière; datée de Raiisbonne^ le i févriei* 1778.
Madame!
S. M. le roi de Prasse m'ayant chargé, dans les circonstances présentes, de lettres de créance pour S. A. Mgr. \^ électeur, dont je prends la liberté de joindre ici la copie à y. A. S., m'a en même temps ordonné de vous renouveler particulièrement, madame, la haute estime et l'amitié qu'il TOUS porte. Connaissant les sentiments patriotiques de V. A. S., S. M. n'a point douté que vous ne daigniez, madame, appuyer auprès de S. A. Électorale, non-seulement les assurances d'estime, d'amitié et d'affection que le roi mon maître lui porte, mais comptant encore sur votre zèle pour la gloire de votre maison et pour le bonheur de ses peuples, n s'est flatté de plus, que Y. A. S. voudra bien se prêter à m'honorer de ses ordres, pour remplir d'autant mieux ses faitentions dans l'objet de ma négociation, qui regarde la succession paisible, tranquille et entière des états de la Bavière. Si les cû'constances présentes, et le parti que monseigneur l'électeur a pris avec la maison d'Autriche, paraissent pour ce moment rendre mon ministère inutile, et si la crainte de donner trop d'ombrage, m'empêche de me mettre aux pieds de S. A. S., vos sentiments reconnus et votre sagesse, madame, sauront peut-être dans la suite, en trouver de plus favorables, qui mettent S. M. à même de prouver son entière affection à S. A. S. Electorale et à toute sa maison, et à toute l'Allemagne, son désir sincère de maintenir sa constitution. S. M. n'attend que l'occasion de faire connaitre ses sentiments et ses principes à la face de la diète de l'Empire, et de les soutenir d'une manière digne d'elle. Trop heureux si ces circonstances, en remplissant les ordres d'un grand roi, peuvent me mettre à même, madame, de mériter votre bienveillance. Je serai toujours prêt à remplir ses ordres, persuadé qu'ils seront parfaite-
332 CAUSE TROISISSMB. (1778.)
ment confonnes aux vues de S. M. Je suis arec un profond respect, etc. etc. etc.
Le comte de Goertz apprit qu^avant son départ de Deux-Ponts, le duc avait expédié à son ministre, M. de Hofenfels, Tordre de signer en son nom la convention; lui mandant à la fois quMl allait se rendre auprès de Félecteur pour faire ses derniers adieux à la Bavière. Déjà M., de Hofenfels avait fait les plus fortes représentations au duc, pour le détourner d^accéder à cette ignomineuse convention ^ et pour rengager à s^en retourner à Deux -Ponts sous un prétexte quelconque afin d^j entendre les ouvertures que le comte de Goertz était chargé de lui faire au nom de S. M. Prussienne 5 S. A. toutefois craignant un éclat, ne voulut point se décider à ce parti, et se contenta d^adresser la lettre suivante écrite de sa main au comte de Goertz.
N«- VI
Lettre du duc de Deux- Ponts ^ adressée au comte de
Goei'tz,
Augsbourg, 3 février 1778; à six heures du soir.
Monsieur!
Dans ce moment, le sieur de Hofenfels vient de me rendre compte du contenu de la lettre que vous lui avez fait l'honneur de lui écrûre, monsieur le comte. On ne saurait être plus sensible que je le suis aux bontés que le roi votre maître veut bien me témoigner, en s'intéressant autant au bien -être de ma maison, et au sort malheureux de la Bavière. Que dis -je! son malheur cesse, dès que S. M. veut bien j prendre part. Je vais à Munich, où je ne
resterai qae quatre jours, non pour si^er, chose à laquelle je ne pense pas, et que, j'en donne ma parole d'honneur, je ne ferai pas, mais pour y faire simplement ma cour à Télecieur qui m'a demandé. Je sais trop ce que je dois à ma maison et 'au' roi de France, qui a été de tout temps le prctecteur de ma maison, et à S* M* Prussienne, dès qu'elle v^eut bien m'accorder ses bontés, pour faire une pareille démarche, sans leurs agréments; c'est de quoi je vous prie de vouloir bien informer le roi votre maître, en l'assurant de ma sincère reconnaissance et de mon profond respect.
Hofenfels vous dira le reste, monsieur, ainsi je finis par ^oas prier d'être persuadé de l'estime la plus distin^ée >^vec laquelle j'ai l'honneur d'être, monsieur,
votre très-humble et très-obéissant serviteur. Charles, duc de Deux -Ponts.
Avant que cette lettre parvint à M. de Goertz^ ce ministre avait pris la résolution, pour se rapprocher le plus possible du foyer où tout devait se décider, de se rendre à Augsbourg; mais encore avant d^y arriver, il informa le roi de la situation des affaires, et expédia un courrier directement au duc de Deux- Ponts ' à Munich^ porteur de la lettre suivante :
N" vn.
I^ettre du comte de GœrtZy adressée au duc de Deux-
Ponts.
Bopfingen, 9 février 1778.
Monseigneur!
S. M. le roi de Prusse m'ayant ordonné de me rendre auprès de V. A. S-, je m'étais mis avant -hier en route !pour Deux-Ponts, dans l'espoir de pouvoir m'acquitter des ^irdres de mon maître.
S34 CAUSE TROISlisME. (1778.)
Mais apprenant à Canstadt que Y. A. S. y avait passé avant -hier pour se rendre à Munich, je n'ai point balancé à prendre la même route, et j'ose vous dépécher ce courrier, pour vous supplier de me donner vos ordres, où et quand. Y* A. S* me permettra de m'acquitter près d'elle de la commission dont S. M. m'a honoré. Je les attendrai à Augsbourg*, où je serai vers le soir, sous le nom de baron de Stauchheîm* Elle daignera ou me permettra de me rendre à Munich , ou il lui plaira de charger un de ses mi-^ nistres, ou une personne de confiance suffisamment autorisée de sa part, de me trouver dans la dite ville, ou à tel autre endroit qu'elle voudra m'indiquer. — Par une estafette envoyée avant -hier à M. le baron de Hofenfels, son ministre près de l'électeur à Munich, Y* A. S. sera déjà instruite d'une partie de ma commission, et des sentbnents pleins d'amitié et de confiance que S. M. lui porte dans les circonstances si intéressantes pour la grandeur et la gloire de votre auguste maison, ainsi que de la sollicitude de S. M. pour les intérêts de tout l'Empire, aussi bien que pour la conservation du repos public* Les vues paisibles, autant que la gloire et le bonheur de l'Allemagne' peuvent le permettre, lui font désirer de ne point encore paraître publiquement dans ces circonstances délicates, et c'est ce qui a engagé sa sagesse de me prescrire de tenir caché autant que possible, que S. M* m'a honoré de quelque commission. Je ne pourrai donc point, monseigneur, me montrer en public à Munich, mais je pourrais, si elle l'ordonne, j arriver de nuit. Je me persuade que Y. A. S. ne sera pas insensible aux marques d'amitié non équivoques du roi mon inaitre, et qu'elle voudra bien me faire parvenir ses ordres.
Je suis avec un profond respect, etc.
Dès le lendemain de son arrivée à Augsbourg, le comte de Goertz reçut de M. de Hofenfels la réponse suivante, au nom du duc son maître, par laquelle il rengagea à se rendre incognito à Munich:
îT- vin.
Lé^itre du bar (m de Hofenfels, adressée au comte de
Goertz.
J'ai reça la lettre que Y. Exe. m'a fait Tlionneur de n^adresser par une estafette, le deux de février à onze heures du soir. Étant sur le point d'aller au devant S. A. S. mon maître, il m'a fallu attendre son arrivée, pour mettre BOUS ses yeux ce que vous m'avez fait Thonneur de me mander, monsieur. Ce prince, sensible aux marques de bonté et d'amitié de S. M. le roi de Prusse, vous a témoigné luimême par écrit sa façon de penser, conforme aux intentions du roi votre souverain, et j'ai eu l'honneur de vous expliquer en même temps plus particulièrement les sentiments de ce prince. Mais par malheur, le courrier charg>é de vous porter ces deux lettres ou à Manheim ou à Deux- Ponts, ioit vous avoir manqué nécessairement. Peut-être sera-t-il déjà de retour, et vous les aura -t- il remises. Le courrier qaeV. Exe. m'a adressé aujourd'hui est arrivé vers midi, et 8* A. S. ne pouvant dans ce moment ni quitter la cour électorale, ni m'envoyer ailleurs sans donner de l'ombrage, ni se confier à d'autres personnes dans des affaires si intéressantes pour S. M. le roi de Prusse et pour elle-même, me chargée de vous prier, monsieur le comte, de vous rendre ici incognito, sous un autre nom que vous trouverez bon de choisir. Y. Exe. trouvera demain vers les 5 heures du soir, au premier village d'ici, nommé Mosach un homme de confiance qui vous conduira dans le jardin ducal, où vous trouverez dans la maison du jardin des chambres préparées. D'avance je puis avoir l'honneur d'assurer, monsieur le comte, que monseigneur le duc mon maître ne consentira à rien qui puisse être contraire à ses vrais intérêts, et que ni les persuasions ni les forces dont les Autrichiens ont menacé l'électeur palatin, ne seront capables de le faire changer de sentiments. 11 continuera dans ses principes, à plus forte raison quand il pourra se flatter d'être soutenu par un si grand roi que
336 CAUSE TROISIJBME. (1778.)
votre maître. — Je n'ai pas beaucoup Tusag'e d'écrire le français, pourtant ne voulant pas vous faire réponse dans une autre langue, V. Exe. me pardonnera si je ne peux pas. exprimer aussi bien que je le désirerais, les hauts sentiments d'estime et de reconnaissance que je vous porte, pour le zélé attachement que vous marquez, monsieur, pour le bien de la maison palatine que j'ai l'honneur de servir, ei dont les intérêts sont inséparables. J'aspire après le moment, etc. etc.
J'ai l'honneur d'être, etc. etc. etc.
HOFENFBLS.
M. de Goertz se hâta avant de partir d^Augs— bourg j d^adresser la dépêche suivante à S. M. Prussienne :
N«- IX
Lettre du comte de Goertz, adressée au roi de Prusse
Sbe!
Mon courrier est de retour depuis une heure. Le duo me demande à Munich; je pars dans une heure, pour y ar-* river le soir, et je serai log>é dans la maison du jardin de la duchesse de Bavière. L'homme de confiance qui m'écrit, me dit d'avance que le duc, appuyé de Y. M., ne céd^a ni aux menaces ni aux persuasions. J'espère faire signée au duc, lui faire protester à la diète, et alors avoir rempli les vues de Y. M. Je suppose que le duc enverra on courrier à Y. M. et alors je pourrais recevoir ses ordres sur ces qu'elle ordonnera de moi, etc. etc.
Arrivé vers les cinq heures du soir aux portes de Munich, M. de Goertz, par les soins d^un nommé André, caissier de la duchesse de Bavière, qui Jouis—
sait de toute la confiance de S. A., fut d^abord conduit dans un jardin situé hors de la ville, et de là au château de la duchesse, où il trouva le duc et ses deux ministres MM. de Hofenfels et d^Ehsebeck. Ce prince et ses ministres étant toutefois attendus au eercle chez Télecteur, cette entrevue ne fut que trèscourte. M. de Goertz ayant prévu que sa mystérieuse commission ne lui permettrait pas d^avoir de longs entretiens avec S. A. avait profité du temps qu^il avait dû rester dans Tattente d^une réponse du duc de Deux-Ponts à Augsbourg, pour rédiger le mémoire suivant, destiné à être remis à S. A. S., et pour coucher par écrit les points principaux qui devaient engager ces ministres à déterminer le duc leur maître, d^accepter les oflVes du roi de Prusse.
Mémoire du comte de Goertz.
S. M. le roi de Prusse accoutamée à veiller sur tout ce ^oi peut intéresser la conservation de la constitution de l^Empire. et les droits des princes souverains ses coëtats, ^'a pu voir avec indifférence, à la mort de l'électeur de -Bavière, dernier de la branche Wllhclmîne, enfreindre ce ^d est et doit être de plus sacré pour la conservation de 'a liberté g^ermanique, de sa constitution et le droit de succession indubitablement établi dans la maison palatine; et elle ^e persuade que S. A. S., monseignieur le duc de Deux- ^onts, comme héritier présomptif, a encore plus de titres ^our n'y avoir pu être que très -sensible. Les sentiments ^Patriotiques reconnus de S. M., et son équité, lui font dési- ^<r de pouvoir coopérer dans ces circonstances si délicates ^t si intéressantes, à tout ce qui peut tendre à' la conser- I. 22
yation des droits de la maison palatine, et particulièreniei de ceux de B. A. S., aussitôt que monseig'neur le di voudra bien lui en fournir les moyens. S. M., depuis dernière guerre si glorieusement terminée , jouissant de félicité la plus douce d'un souverain, celle de répandre ai tant que possible le bonheur sur toutes ses provinces, peut rien désirer avec plus d'ardeur que de conserver cet^ paix, et elle se flatte ne pouvoir mieux obtenir ce but, nw fait Tobjet de tous ses voeux, ^e quand au défaut de S. A. S. Electorale monseigneur l'électeur, S. A. monseigneur le duc voudra porter à la diète de l'Empire les plaintes de sa maison contre cet accommodement signé entre la cour de Vienne, et monseigneur l'électeur, après la mort de l'électeur de Bavière. S. M. étant par là autorisée avec ses coétats et des puissances telles que la France, à pouvoir épouser les intérêts de la maison palatine, elle doit espérer qu'on se prêtera à des moyens qui termineront à l'amiable ce qui peut avoir rapport à -cette importante succession. Tout autre, même l'entier abandon de toutes les prétentions les moins fondées, lui font entrevoir avec certitude des troubles, qu'elle désirerait éviter, vu qu'ils pourront faire le malheur des provinces de l'Allemagne; sa gloire, sa justice et ses devoirs, comme membre de l'Empire, tout j étant trop fortement intéressé. Monseigneur le duc entrant dans les vues si équitables et si généreuses de S. M., le soussigné a ordre de S. M. d'assurer à S. A. S., que dès ce moment, elle mettra tous les soins à lui prouver dans cette importante occasion, et dans toutes celles qui pourront se présenter, toute son amitié et son affection, et qu'elle ne se départira point de ses intérêts.
Munich, le 6 février 1778.
Le comte de Goertz.
CAUSE TROISliCME. (17780 339
N°- XI
t^cints principaux pour engager le ministère de monseigneur le duc de Deux-Ponts à conseiller à S. A. S. d^cccepter les offres amicales et généreuses de S. M. le
roi de Prusse.
1) Limportance de Fobjet n'étant pas à prévoir dans tons les événements, monseigneur le duc pourrait avoir des conditions pires que celles qu'il aurait en souscrivant au démembrement des provinces de la Bavière, tel qu'il a été arrêté par la convention sig'née le 3 janvier, à Vienne.
2) S. M. le roi de Prusse désire que monseigneur le doc ne fasse rien sans l'aveu de la France; des puissances aussi respectables que la France et la Prusse, peuvent assorément espérer que leur appui ne saurait être préjudiciable.
3) Monseigneur le duc, dans cette circonstance si délicate et si importante, n'ayant pas recours à ces puissances, pourrait encore, lors de l'avènement à l'électorat, se voir exposé à de nouveaux sacrifices, et peut-être ne serait -il pins possible à ces puissances de lui offrir leur interposition aussi efficacement que S. M. le fait dans ce moment.
4) La Saxe, ayant des prétentions très -considérables sur les allodiaux, pourrait obtenir l'intercession de ces mêmes puissances. Si pour conserver alors les provinces cédées par la convention, la maison d'Autriche exigeait encore qu'on se prêtât à toutes ses demandes, la succession si considérable des états de la Bavière se réduirait à la fin, pour la maison palatine, à la moindre partie.
5) La conservation de la paix, si désirable pour tout l'Empire et pour l'Europe entière, ne parait point possible, si de la part de la maison palatine on se refuse à toute interposition de l'Empire et des puissances, qui pour leur gloire et pour l'intérêt de l'Allemagne, ne peuvent être indifférents à ce démembrement d'un électorat, auquel d'ailleurs les lois fondamentales de l'Empire et les privilèges de la Bavière s'opposent vigoureusement.
340 CAUSE TROISliMB. (1778.)
Encore dans la même soirée où M. de Goertzs avait eu la première entrevue avec le duc de Deux — . Ponts, il eut un long entretien avec la duchesse dc^ Bavière, dans lequel cette princesse le mit au fait deis circonstances les plus intéressantes dont jusqu^alors ïZ2 n^avait point eu de connaissance. S. A. lui appris Texistence du pacte de famille et de succession éven — tuelle établi entre feu Télecteur de Bavière, Maxi — milien - Joseph , et Télecteur palatin actuel , Charles ^ Théodore, dans les années 1766, 1771 et 1774 pa^:i lesquels les deux électeurs, sous le sceau du plu.^ grand secret, s^étaient engagés de la manière la plus in — violable, à n^admettre aucune divisibilité dans les étatsi^ pays et biens des deux branches de la famille de Wit— telsbach: que ces négociations s^étaient faites avec le plus grand secret, directement entre les deux électeurs, par Pentremise de la duchesse, et avec Punique concours d^un ministre le plus aflGdé de chaque côté: que le plan avait été, de se procurer par ces pactes la garantie des cours de Versailles et de Berlin : que cette négociation aurait été entamée directement avec ces deux cours dans Tannée même, sans la mort inattendue de rélecteur : que le baron de Lejden avait été destiné à se rendre à Versailles , pour entamer et suivre cette négociation, et qu^elle (la duchesse de Bavière) aurait été elle-même à Berlin, pour mettre tout sous les yeux du roi, et en obtenir la garantie: que c'était en conséquence de ces pactes de famille et en vertu des patentes déjà signées par Télecteur actuel, qu-elle avait fait prendre possession de tous les états de Bavière au nom de Télecteur* au moment de la
^^miort du dernier électeur: que malheureusement Félec-
^ ^^eur, Charles Théodore^ si faible de caractère, contre
^^la fol de ses engagements, avait par un autre de ses
^^ministres, M, deBecker, vendu secrètement à la cour
^^de Vienne, ainsi que par sa créature, M. de Ritter^
^^lomme vil, qui de simple laquai était monté jus-
^^qu^au rang de ministre de Télecteur à Vienne, né-
9<^^ocié avec cette cour, pour acheter par des cessions,
^^la succession paisible des états que la maison d^Au-
^^triche veut bien lui laisser: que cette négociation frau-
^^doleuse avait été poussée avec vigueur, au moment
^^de la mort de Télecteur: qu^en conséquence la prise
^^de possession au nom de Télecteur, à Tavénement de
^^1a succession ouverte, avait singulièrement surpris la
,^eour de Vienne, qui craignait aussi d^être jouée par
„rélecteur Charles Théodore ; que de là il en était ré-
,,sulté la marche subite des troupes autrichiennes sur le
^territoire bavarois, pour prendre par la force des ar-
„mes, ce qu^on lui refuserait par une négociation hon-
„teuse, mais entamée : qu^en même temps on avait exigé
,,impérieusement du sieur Ritter, de signer sans attendre
„d^autorisation ni d^nstruction, cette fameuse convention
,,da 3 janvier, qui n^était au fond qu^un simple projet
,,sur lequel dans le principe, on avait voulu négocier,
,,et à laquelle on ne s^était pas même donné le temps
^,d^arranger la forme ordinaire d'un traité : que ce pro-
,,jet informe, auquel par la signature du ministre pa-
,,latin, on avait donné la qualification d'une convention,
^,avait été ratifié par l'électeur: qu'il était encore im-
,,possible de fixer l'opinion, sur ce qui avait le plus
^,déterminé ce prince à oublier ainsi sa gloire, ses de-
342 CAUSE TROISIJBMK. (1778.)
,,voirs, ses vrais intérêts, et enfreindre le premier les ^^paetes de sueeession et de famille conclus par lai-méme ,,entre les deux électeurs : que la peur et rattachement ,,pour ses enfants naturels, auxquels la cour de Vienne ^^probablement avait promis des avantages, et peut-être- ,,la perspective d^une dignité royale pour lui, avait pro — ,,bablement agi sur lui: qu^une forte preuve de la du — „plicité de ce prince, fournissait encore un autre pact^ „de succession signé au mois d^août 1777, entre le d „de Deux-Ponts et lui, par lequel Télecteur s^était en 99gagé de ne rien statuer pour la succession de Ba ,,vière, sans le concours du.duc/^
Avec de tels éclaircissements, et appujé de la du ekesse, M. de Goertz se vit en état d^entrer dès 1 lendemain en négociation directe avec les ministres MM, de Hofenfels et d^Ehsebeck* Ceux-ci lui appriren que M. de Lehrbach, ministre impérial, ainsi que les ininistres de Télecteur, ne songeaient à rien moins qu^à livrer toute la Bavière à la domination de la maison d^Autriche, et à priver celle de Wittelsbach de son ancien patrimoine* M. de Hofenfels révolté du ton de hauteur et du peu de ménagement que mit le ministre impérial en étalant les vues ambitieuses de la cour de Vienne, se convainquit, quMl ne restait plus d^aatre parti à prendre à son maître, qu^à accepter les oflfres du roi de Prusse. Il fut convenu dès le soir même encore, que le duc adresserait une lettre au roi, par laquelle il s^engagerait à ne jamais consentir au démembrement de la Bavière, à réclamer sa protection, à abandonner entièrement au roi ses intérêts et ceux de sa maison, et à s^adresser diaprés ses eon-
is
QAUSB TROISIEME. (17780 343
»eils, à la diète de TEmpire pour protester contre la convention du 3 janvier, en demandant Tintervention des électeurs et états de TEmpire pour le redressement de ses griefs.
M. de Goertz sentant combien il exposait par là le duc à la vengeance et à la haine de la cour de Vienne^ croyait indispensable, pour prévenir les suites qui pourraient résulter pour S. A. de cette première démarche , vu Tâge avancé du roi, que le duc s^adressfit aussi au prince de prusse comme successeur au trône, pour se concilier d^avance sa protection et son appui (0. "
MM. de Hofenfels et d^Ehsebeck acceptèrent sans difficulté cette proposition. U paraissait encore essentiel à M. de Goertz^ pour plus de sûreté du duc, que ce prince fît part au roi de France, de sa situation et de sa démarche décisive envers S. M. Prussienne, en réclamant également la protection et Tappui de S. M. Très - Chrétien. Il fut convenu en conséquence que ces deux ministres s^uvriraient au clieyalier de la Luzerne, ministre de France, pour
1) M. de Goertz, dans son Mémoire hist. sur cette négociation, ^t à ce sujet, pour prouver combien cette démarche eut Papprol>ation du roi, que son frère (général prussien) auquel il avait envoyé la lettre pour le prince db prvssb croyant devoir préalablement demander l'autorisation du roi pour cette remise, S. M. lui répondit avec chaleur: „C'est un conseil bien sage que votre frère a, „donné au duc. — Remettez sur-le-champ la lettre à mon neveu: à ,,mon âge, il est très-important pour l'intérêt du duc, de se concilier ,,1'amitié du prince de prusse : je ne puis que l'approuver et je n'au • ,,rai8 pu lui donner un meilleur conseil."
faire prévenir S. M. Très - Chrétienne par lui, de la. démarche que Ton allait faire.
Ce ministre toutefois, ignorant entièrement les sentiments et les intentions de sa cour, sur tout ce qui se passait en Bavière, et se trouvant depuis la mort de rélecteur sans instruction, leur fit déclarer par M. de Barbés-Marbois, secrétaire de la légation française, que quoique son sentiment particulier le portait à croire à Finjustice des démarches de la cour de Vienne, et à la nécessité pour Thonneur et Tintérêt de sa cour, de s^opposer au démembrement de la Bavière au détriment de la maison palatine, le traité de Versailles et Pâlliance de S. M. Très-Chrétienne avec TAutriche, ne lui permettaient cependant pas de prononcer sur les intentions de sa cour, avant que d^en avoir reçu des ordres.
La lettre du duc de Deux-Ponts au roi de Prusse, après s^être fait attendre plusieurs jours, parvint enfin à M. de Goertz, qui Fexpédia^de suite au roi(^), en raccompagnant d^un rapport détaillé sur la situation des aflîiires.
N«- xn.
Lettre du duc de Deux-Ponts ^ adressée au roi de Prusse,
Sirel Je suis on ne saurait être plus sensible à la part que V. M. veut bien prendre au bien-être de la maî-
(l) Cette lettre, dit M. de Goertz dans son Mânoire historique, etc, f fut le premier pilier de l'édifice qui conserva à PAllemagne son indépendance, et donna à la maison de Brandebourg le moyen et le titre de devenir le défenseur de la maison palatine et de la constitution germanique.
8011 palatine, aa repos de rÂllemagne et à la consenration de sa constitution; de même qu'aux sentiments g'ënéreax de la bonté qu'elle a dai^é me faire proposer par son ministre, M* le comte de Goertz; car sans les assurances de Y. M., je succomberais dans la situation critique où je me trouve. Dès mon avènement à la régence, mes premiers soins furent, en me rapprochant des chefs de ma maison, d'affermir la plus étroite liaison avec eux, et d'éloigner soigneusement tout ce qui pourrait être contraire à ce but. J'ai si bien réussi, que S. Â. S. Electorale Palatine, mon oncle, en daignant me favoriser de son amitié et de sa confiance, s'est engagé même solennellement par un traité d'union fait il y a six mois , de réunir nos soins pour régler par une pragmatique sanction, l'ordre de succession et toot ce qui reg'arde les intérêts de la maison. Il ne manquait aux traités de 1766, 1771 et 1774, faits dans cet esprit, qne l'approbation de Y.' M. et la garantie des autres pirfssances; mais la cour de Yîenne a trouvé le mojen, en Imposant à mon oncle, l'électeur, et en attirant dans ses intérêts quelques ministres infidèles, de bouleverser ces traités, faits à l'approbation de tout le monde, par un autre arrangement fait le trois de janvier à Yienne, sans ma participation; ce qui entraine nécessairement la ruine de la maison palatine. Cet arrangement suppose une seconde convention à faire dont je n'ai jusqu'ici aucune connaissance; cependant l'électeur promet de faire mettre sous mes yeux, les propositions dont il s'agit, et le ministre de Tempereur s'engage à déterminer sa cour à remédier entièrement à toutes les réflexions que j'y pourrais faire. Je prévois presque avec certitude, que ce ministre réalisera aussi peu les promesses qu'il vient de me faire, que celles que sa cour m'a fait proposer par lui-même et par le Sr. de Ritter, il y a trois mois. Mais la situation particulière et critique où je me trouve, de même que la prudence, ne me permettent pas dans l'instant de me refuser aux offres qu'on me fait pour écouter les propositions de la seconde convention. Y. M. trouvera elle-
f346 CAUSE TROlSlisBIE. (1778.)
même qu'il est de la dernière importance d'être Instruit de tonte la nég'odation, et de tout ce qui peut j avoir rapport, et ce n'est qu'alors qu'on sera en état de prendre des meéures convenables. Je ne m'écarterai jamais des sentimem de reconnaissance et de respect vis-à-vis l'électeur ^ mo oncle 9 et il sera assez malheureux et trop tôt pour moi, en me refusant de me conformer à ses vues, il en pr sujet de mécontentement. Le moment malheureux, à ce qu je vois, n'est pas éloigné. On attend le sieur de Ritter i tous moments, et le mystère se développera incessamment. — En suivant les ordres de V. M», je n'entreprendra! rien, sans l'aveu de la France, et étant fermement décidé de ne rien faire qui soit contre mon vrai intérêt, mon honneur et ma réputation, principes dont jt ne me suis jamais écarté, je ne fais pas mystère de ma situation à V. M. Je sauverai alors mes droits par une protestation solennelle à h diète de l'Empfare, et j'ose supplier V. M. de vouloir bien daigner les soutenir, en prenant sur elle la garantie des susdits traités d'union de 1766, 1771 et 1774, et en engageant la cour de France, et les autres puissances et états [^^^' de l'Empire intéressés, à y accéder également — Je n'oublierai jamais que je devrai à V. M. la conservation de ma maison, et son ministre, M. le comte de Goertz, sera lin- |^ terprète des sentiments de reconnaissance et du profond re- ii^^'Ç' spect qui m'attacheront toujours à Y. M., et avec. lesquels |^ je suis, etc. etc. etc.
Dans le rapport détaillé qui accompagna cette lettre du dac, M. de Goertz «^appliqua à faire agréer an roi denx points, qu^il regardait comme essentiels pour attacher, non-seulement la maison palatine, mais encore pour inspirer aussi à toute FAIlemagne cette confiance dans sa justice et son désintéressement, sans lesquels la maison de Brandebourg ne saurait tenir la balance contre celle de rAutriche, et quil était nécessaire d^ac-
(guérir au souverain qui avait, peu d^années auparavant, copartagé la Pologne.
Le premier point était, que le roi voulût autoriser M. de Goertz à assurer au duc, quMl se désisterait en sa faveur des prétentions qu^il avait sur la succession des duchés de Juliers et de Berg; et le second, qu^il accorderait la garantie des derniers pactes de famille entre les deux électeurs, par lesquels toutes les possessions bavaroises ~ palatines étaient réunies indissolublement sous un seul souverain. M. de Goertz crut encore nécessaire de ne pas s^éloigner du duc , et se décida diaprés le désir et les instances de la duchesse de Bavière, à représenter au roi la nécessité de s^arréter encore quelque temps à Deux- Ponts auprès de ce prince.
Ce ne fut que le 11 février que M. de Goertz quitta son séjour mystérieux de Munich, dont Jusque là ni rélecteur ni le ministre impérial n^avaient eu le moindre soupçon, pour se rendre à Deux-Ponts, où il reçut de nouveaux ordres du roi , ainsi que les lettres de créance pour le duc.
Le profond silence que la cour de France observa pendant longtemps sur tout ce qui se passa en Allemagne et en Bavière, avait accrédité Topinion, que les cours de Versailles et de Vienne étaient d^accord sur les acquisitions que cette dernière avait IMntention de faire en Bavière; opinion que les ministres autrichiens trouvèrent de leur intérêt de propager le plus que possible, pour intimider les princes de la maison palatine, si dépendants de la cour de France, et même les autres princes de FAllemagne. M. de Vergenues,
croyant enfin devoir s^expliquer, adressa auxministreâ de France dans lés cours étrangères la lettre circulaire suivante:
aie
N°- Xffl.
Lettre circulai!' e adressée par M. de Vergennes, a\ ministres de France aca*édités près les cours étranger i
Versailles^ le 10 février 1778.
Nous apprenons, monsieur, avec une surprise extrême, qu^J se répand en Allemagne le bruit, que tout ce qui se passe ^ Bavière est l'effet d'un concert avec le roi. Nous ne pouvons regarder cette assertion que comme l'opinion de quelques spéculatifs oisifs, qui vole de bouche en bouche, sans que personne 9^ ' donne la peine d'en approfondir le fondement. Elle ne mérîteraS en conséquence que du mépris de notre part, si dans le^ circonstances actuelles, la persuasion qu'on laisserait s'établir pouvait être sans suites; mais le roi juge à propos d'e3 prévenir les progrès, et S. M. vous charge en conséquence d'opposer à cette assertion , une dénégation formel! -^ et de saisir toutes les occasions qui se présenteront poiL la décréditer.
Cette démarche, monsieur, suffira probablement pour rectifier l'opinion publique. Mais si les ministres de la cour cm vous êtes, ou d'autres personnes dont la conviction seraS intéressante à opérer, vous parlaient de cet objet plus particulièrement, vous ne vous refuserez pas de leur faire parfl que les cours de Vienne et de Manheim ont en effet confié au rotf le projet qu'elles avaient, de convenir d'un arrangement amiable, relativement à la succession de la Bavière, afin d^ prévenir les troubles qui pourraient résulter de l'ouverture de cette succession, si rien ne se trouvait réglé d'avance^ Le roi qui s'occupe constamment du maintien de la tranquillité en Allemagne comme d'un devoir, en sa qualité d^ garant de la paix de Westphalie, et comme d'an intérêt
^ne son amour pour la paix lui rend intéressant, marqua la satisfaction que lui donnait un projet si propre à la maintenir; mais en même temps S. M. demanda d'être instruite préalablement des titres sur lesquels la cour de Vienne fondait les droits qu'elle réclamait , ainsi que la nature et rétendue des cessions dont elle se proposait de former sa compensation. — La nég'ociation était dans cet état, monsieur lorsque la mort inopinée de l'électeur de Bavière eng'a^ea la cour de Vienne à s'arranger immédiatement avec l'électeur palatin, et la date même de la convention signée le 3 janvier, 4 jours après le décès de Télecteur de Bavière, prouve que le concert projeté avec la cour de France, n'avait pu avoir lieu.
Le roi n'a donc eu part qu'à une simple préconsultation, qoî n'avait été accompagnée d'aucun des détails nécessaires, pour mettre S. M. en état d'influer par ses bons offices ou par un concert formel, à l'accommodement dont elle a simplement applaudi l'idée vague et générale, sans avoir en aucune part directe ou indirecte à tout ce qui regarde et ce qui s'est fait depuis, entre la cour de Vienne et l'électeur palatin.
Nous donnons encore ici trois lettres , qu^adressa 8. M. Prussienne à la duchesse de Bavière^ au duc de Deux-Ponts^ et au comte de Goertz^ qui attestent combien la détermination du roi, d^ épouser la cause de la succession de la Bavière, était ferme, et combien S. M. approuvait à la fois la conduite de son nûnistre :
-S'- XIV
Lettre du roi de Prusse, adressée à la duchesse de
Bavière; du 13 février 177S.
Madame ma cousine!
Ah! madame, que n'étiez -vous électeur, nous n'aurions P^ vu arriver les honteux événements, dont tout bon Aile-
mand doit rougir jusqu'au fond du coeur. Au moins la Bm.
viëre devra-t-elle à Y. A. d'avoir redressé le mal autasmi qu'il était possible. Pourvu que le duc de Deux- Pondis tienne ferme, je ne désespère de rien, et il faut espérer par un effet de la justice divine, que les auteurs de ces troubles en porteront la peine.
Dans quelque éloi^nement que je me trouve de V. A.., j'ai constamment été un de ses admirateurs. Je lui ai applaudi de loin comme les chrétiens fêtent les anges, dont ils publient les merveilles, mais qu'ils ne voient jamais. J'espère, madame, dans cette occasion ne pas me rendre indigène de votre confiance, ni des bontés que vous me marquez, étant avec toute l'estime imaginable, madame ma cousine
de Votre Altesse Sérénlssime
le très-affectionné cousin et a^mi Frédéric.
N^- XV
Lettre du roi de Prusse^ adressée au duc de Dew^^"
Ponts; du 13 février 177 S.
Monsieur mon cousin!
Ce fut une vraie satisfaction pour moi de recevoir 1^ lettre de V. A. et d'y voir les sentiments pleins de noblesse et de fermeté qu'elle y témoigne. Il est certain que V. -^* rendait le mal de la Bavière irréparable, si elle eut jc^^* son consentement.
Vous aviez, mon prince, tout à perdjre par un acco:^*^" modement et rien à gagner, au lieu qu'en protestant con.'^^ un accord frauduleux, vous vous réservez les ressources, ^^ vous voir soutenu par des amis dans vos justes dro^*^* V. A. en trouvera sûrement. La France et la Suède y sC^^* obligées comme garants de la paix de Westpbalie, et ^ dois également soutenir les droits et privilèges de la -^'' berté germanique, contre l'oppression et l'usarpation ^
ceux qui yealent s'arroger une autorité despotique dans l'Cmpire. Je prie Y. A. de me communiquer les pactes flaits entre elle et Tëlecteur palatin, pour me concerter arec la France sur les moyens les plus efficaces pour lui g'aranilv ses droits.
Je suis arec toute l'estime possible
monsieur mon cousin
de Votre Altesse
le trës-alTectionné Fréoéric.
N^- XVI
Lettre du roi de Prusse^ adressée au comte de Goertz;
12 février 1778.
Monsieur le comte de Goertz, mon g'ënëral-major, votre frère, m'a fidèlement remis les lettres du duc de Deux-Ponts, de la duchesse de Bayière ainsi que vos deux dépêches du 8, qu'un courrier de Munich lui a apportées. J'ai sur-lechamp répondu de ma propre main aux deux premières. Le même courrier sera le porteur de ma réponse à la duchesse, et Totre frère les. réexpédiera sur Munich. Celle au duc de Deux -Ponts est jointe à la présente, vous aurez soin de la remettre entre les mains de S. A. S.
En attendant, je suis à la vérité très-charmé des progrès que vous avez déjà faits auprès de ce prince; mais je ne vous dissimulerai en même temps pas, que je ne suis point sans appréhension sur les conférences avec le Sr. de Liehrbach, et quil me reste encore toujours quelque crainte qu'il ne fasse changer S. A. S. d'idée et de parti. Une fois que ce prince aura fait remettre sa protestation, son premier soin doit être, ce me semble, de l'adresser au collëg'e électoral, et de réclamer solennellement la protection de la France et de la Suède, comme garants de la paix de Westphalie. Pour ce qui regarde au contraire la garantie, qu'il demande des pactes de famille, vous n'avez
yiét:
352 CAUSE TROISli:ME. (1778.)
qa'à donner les assurances les plus positives à S. A. S« qu'elle ne rencontrera aucune difficulté de ma part, et qm pour cet effet, j'attendrai incessamment leur communication. Au reste tous faites parfaitement bien de suivre le duc à Deux-Ponts, afin de Fentretenir et de l'affermir dans le{ bonnes dispositions qu'il a manifestées, et de le prémuniicrT toujours davantag-e contre les suggestions et les paroles emmiellées des Autrichiens. Quant à Félecteur palatin at
contraire, 11 faut Fabandonner entièrement à son sort; c'es* son propre ouvrage. Il n'a qu'à s'en prendre à soi-mémi de toutes les suites qui en résulteront; et après Fextrémi faiblesse qu'il a eue de se laisser embé^uiner par la cou:
de Vienne, ce serait peine perdue, que de vouloir seule -
ment tenter de le ramener.
Sur ce, je prie Dieu, qu'il vous ait, M. le comte d» Je Goertz, en sa sainte et di^ne garde.
Si vous pouviez me marquer quelques articles de c^ ^e traité frauduleux des Autrichiens, vous me feriez ^an^ -i
plaisir. Vous jfaites des merveilles; mais c'est à la perse ^
vérance du prince de Deux -Ponts qu'A est réservé d«^ e couronner roeuvre(*).
Frkdéric.
Le prince de Prusse n'ayant pas moins bien ac
cueilli la démarche du duc, de s'être adressé à lui^ ^9 en témoigna sa satisfaction à M. de Goertz dans h lettre suivante:
N°- xvn.
Lettre du prince de Prvsse (^), adressée au comte d
Goertz; du 12 février 1778.
Monsieur le comte. Je suis instruit de la commlsslo secrète dont le roi vous a chargé, et je le suis aussi d
(1) Cette apostille était écrite de la main propre du roi.
(2) Depuis, Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse.
CAUSE TROISIÈMB. (1778.) 353
U réussite de vos négt)ciatioiis auprès du duc de Deux- Ponts. J'approuve non-seulement le choix que le roi a fait de vous, mais je vous remercie encore du zèle que vous mettez aux intérêts de notre maison. Vous recevrez cijoint 9 la réponse à la lettre du duc^ duquel j'ai appris des détails par le comte, votre frère. Vous ajouterez beaucoup aux oblig'ations que je vous ai, si vous voulez bien Qi'instraire, selon vos offres, de ce qui pourra se passer de plus intéressant. Assurez-vous au reste du désir que j'ai de vous être en revanche de quelque utilité, étant sincèrement,
monsieur le comte,
votre très -affectionné ami FRÉoéRic- Guillaume.
M. de Goertz, par la lettre qu^il reçut du roi, était non-seulement autorisé à assurer au duc que S. %. garantirait les pactes de famille, mais encore, diaprés ce que son frère le général lui mandait, il ne put point douter, que le roi ne ferait aucune difficulté de donner au duc toutes les sûretés possibles au sujet de sa succession future des duchés de Juliers et de Berg 0).
Le duc de Deux-Ponts, sur les instances de 3IM. de Goertz et de Hofenfels^ partit de Munich sans ^voir signé la convention et accepté la toison (for que l'empereur d'Autriche lui avait offerte (^). S. A,
(1) Motif que les ennemis de la Prusse faisaient yaloîr auprès de ^^ prince, pour lui faire craindre que le roi ne lui demandât cette suc- ^^«sîon, pour prix de ce qu'il ferait en faveur de la maison palatine.
(2) Le duc répondit à l'empereur, que quoique sentant tout le Lpxix de cette distinction, il devait le supplier de lui permettre de
354 CAUSE TROISliMB. (1778.)
se trouvait d^autant plus flatté de la manière dont le roi lui avait marqué dans sa réponse son estime, et assuré de sa protection, que S. M. s^était engagée i garantir les pactes de famille , et par conséquent i se désister volontairement de ses prétentions sur la succession de Juliers et de Berg (^). Le roi chargea encore M. de Goertz dMnstruire S. A. qu^il allait s^entendre avec la cour de France, et lui demander de se joindre à lui pour garantir les pactes de sa maison; attendu que la maison palatine ainsi que la France, par ce même traité avaient garanti la Silésie à la Prusse, et que le roi souhaitait faire renouveler cette garantie , et engager le duc à solliciter de la cour de Versailles sa co-garantie.
Cette cour ayant toutefois hésité d^accorder cette garantie, le roi de Prusse ne sVn tint pas à cette considération. S* M. avait conseillé ,au duc de Deux- Ponts de réclamer outre Tintervention de TEmpire celle des garants de la paix de Westphalie , et par conséquent de s^adresser aussi i la cour de Suède. Le duc par suite de ce conseil, adressa i Télecteur son
pouvoir différer de l'accepter, jusqu'à ce que toutes les affaires de la succession de la Bayiére fussent terminées. Ce n'était pas la toison seule que le duc refusa; on lui aVait encore proposé que l'électeur et l'empereur se chargeraient du payement de ses dettes, et que la cour de Vienne lui accorderait le subside qu'il avait jusqu'à cette époque reçu de la France.
(1) Prétentions que le roi pouvait former, puisque l'électeur palatin et la France même lors de la guerre de sept ans, avaient rompu le traité d'alliance défensive qu'il avait sous la garantie de cette couronne, faite avec la maison palatine par rapport à ses duchés.
CAUSB TROISIBMB. (1778.) 355
<^iicle, une lettre, par laquelle il Finstruisit dWoir
réclamé rintervention de la diète (}).
La réponse que fit le roi de France i la lettre du
dac, fut accompagnée d^une déclaration ministérielle
dont la substance était:
y^Que S.* M. Très-Chrétienne toujours attachée aux ^^intérèts de TAUemagne, de la maison palatine et par- ^^ticulièrement i ceux du duc, avait été attentive sur ,^ses démarches, mais n^ avait pas voulu le gêner ^ ,,i{ue le duc, confirmant par sa conduite noble, ferme et ,^prudente, les dispositions qu^on avait déjà pour lui, ,,le roi Très-Chrétien approuvant les démarches quMl „aTait déjà faites envers S. M. Prussienne et celles ,,qu^il allait faire envers ses coétats, employerait, de ^concert avec le roi de Prusse, toutes les voies de ^^conciliation , toulant pour cet effet même se servir ,,de cette alliance qui subsistait entre lui et la maison „d^ Autriche ^ qujà tout événement , il ne séparerait „pomt ses intérêts de ceux du duc, et qu^il remplirait ,,tous les devoirs , que sa qualité de garant de la paix ,,de Westphalie lui prescrivait/'
Dans un mémoire particulier de la cour de Versailles , on s'expliqua encore sur les bruits qui s'étaient répandues et que les ministres de l'électeur paraissaient avoir accrédités, comme si c'eût été du su, et avec l'approbation de S. M, Très -Chrétienne que cet arrangement entre l'électeur et la cour de Vienne avait eu lieu. Ce mémoire portait:
„Qu'effectivement dans le cours de l'année pré- ,,cédente, les deux cours de Manheim et de Vienne
-ir.
^^avaient prévenu celle de Versailles de leurs inten- ,,tions de s^entendre avant Tévénement, sur Tobjet de ^^la succession de la Bavière, afin de prévenir par là, ,,tout ce qui pourrait interrompre, la tranquillité et ame- ,,ner des troubles; que le roi n^avait pu qu^applaudir ,,à des intentions aussi salutaires, et s^était même of- „fert d^y concourir; mais que de la part du prince de ,,Kaunitz, il lui était venue à ses offres, la réponse ,,que, diaprés les propres dispositions de LL. MM. „II. et RR., cette affaire était tout près d^être arran- ,,gée, leurs dites majestés ne voulant qu^ écouter leur ,,modération, qui contenterait la cour de France et éton- ,,nerait PEurope; et que depuis ce moment, ni Fane ,,ni Tautre de ces deux cours nVvait plus rien fait ,,parvenir à la connaissance de celle de France/^
Ces explications données par la ccAir de Versailles furent dWtant plus agréables au duc, que le traité de subsides entre S. A. et cette cour, était près d^expirer, et que Ton craignait que la France ne voulut le renouveler. Toutefois le comte d'Okelly, ministre de France, qui se trouvait alors auprès du duc, reçut peu après Tordre de déclarer que le roi était prêt à en accorder le renouvellement. M. de Goertz crut entrevoir le motif qui faisait agir le cabinet de Versailles, savoir celui de ménager le duc par des cajoleries, pour empêcher ce prince à s^abandonner entièrement au^roi de Prusse. Quant au ministre français, M. de Goertz ne pouvait se dissimuler, vu la guerre qui était prête à éclater avec l'Angleterre au sujet de ses colonies Américaines, que celui-ci voyait volontiers le roi devenir le champion du duc de Deux-
Ponts, et s^embarqaer dans une guerre arec FAutriche y qui ne manquerait pas de donner de Toccupation aux deux puissances. Il se persuada également que la France ne voulait pas qu^un prince destiné à devenir un des plus puissant souverain de rjilemagne se détachât entièrement d^elle. Le duc ne manqua pas de s^en apercevoir, et éprouva beaucoup de satisfaction de voir que sa position prit un aspect plus brillant pour Tavenir. La cour de Vienne de son côté, employa tous les moyens pour gagner ce prince. Par une proposition que le ministre de Tempereur, le baron de Lehrbach, fit au baron de Hofenfels, S. M. offrit au duc de lui céder dès à présent le comté de Falkenstein, et de se charger des 12,000 florins de dettes dont étaient grevées ses t^res et possessions en Bohème , quMl avait héritées da duc Clément de Bavière; ainsi que de lui faire payer, en outre une somme considérable indéterminée; avec la menace toutefois, qu^en cas de refus, on exeiterût les créanciers, et ne se refuserait pas à faire justice à leur demande. Ces propositions étaient jointes i d^autres, personellement lucratives pour le baron de Hofenfels; mais elles ne tentèrent ni le duc ni son ministre. Ce prince au contraire adressa de suite des lettres très-respectueuses, mais à la fois très-déterminées tant à Timpératrice - reine qu^à Tempereur, dans lesquelles il leur notifia la démarche quMl venait de faire vis - à - vis de ses coétats et la diète de TEmpire ; se confiant au sentiment de justice de LL. MM. IL et RR. , qui ne la désapprouveraient certainement pas.
358 CAUSE TROISIBMB. (1778.)
M. de GoertK, adressant vers cette époque t:^^ rapport au roi, y joignit un précis de la condui^^ que la cour de France avidt conseillé au duc de suivie en cette occasion.
N«- xvm.
Précis de la conduite que la France désire voir suivie par S. A. iS. le duc de Deux-Ponts.
,,Adresser avant tout directement ses griefs à l'empereur ,,et à rimpératrlce-relue; leur témoigner avec franchise et Té- ,,rité que les ministres impériaux et palatins ne lui ayant ^présenté aucun des titres qui fondent la convention, il ayait 9,été hors d'état ày accéder sans connaissance de cause; et 9,déclarer, que des considérations qui tiennent également à 9^on honneur y au droit du sang, et à d'antres droits acquis ^^de sa maison, ne lui permettent pas de souscrire à un ar- ^rangement, avant que les bases n'en soient sufGsamment ^constatées."
,,0n marquera le désir le plus empressé de plaire à l'em- ,,pereur et à l'impératrice et à mériter leurs bontés et leurs ^amitiés. Il les priera de bien vouloir lui communiquer les ^titres sur lesquels Os fondent leurs réclamations, et de „trouyer bon que la matière soit éclaircie par une discussion „amiable, d'après laquelle il se montrera résolu de donner „à l'empereur et à l'impératrice toute la satisfaction et toutes „les preuves qui sont compatibles avec les devoirs que lui „imposent la justice, l'honneur de sa maison et de sa pos- „terité."
Ces conseils paraissaient prouver clairement , que la France souhaitait que le duc ne suivît pas exclusivement les conseils du roi de Prusse , mais qu^il adoptât une conduite plus conciliante et plus dépendante
CAUSE TROISISBIE. (1778.) 359
a cabinet de Versailleci. De son côté la cour de
ienne fit faire des insinuations captieuses au duc^ en
lui faisant dire ^^qu^il n^avait tenu qu^i elle de se dé-
^^barrasser de Fopposition du roi de Prusse, qui s^é-
^^tait expliqué envers elle de se contenter de la pe-
9,tite principauté de Leuchtenberg , et qu^il ne deviut
,,donc pas compter sur ce secours; que la cour de
^^France lui avait également déclaré ministériellement,
^qu^elle ne voyait pas comment dans une affaire où
,,les deux parties intéressées étaient d^accord, on pou-
^^vfut soumettre les droits i Texamen d^un tiers/^
Le duc avait reçu avec la plus vive reconnaissance les nouvelles assurances de la protection du roi de Prusse; mais encore le prince Maximilien, frère de ce prince, quoiqu^au service de France, écrivit de son propre mouvement une lettre i M. de Goertz, qui (dit Tanteur du JUém. hist) fait trop d^honneur a ce jeune prince pour ne pas trouver place ici:
N^- XIX
Lettre du pf*ince Maximïlien de Deux-Ponts^ adressée an comte de Goertz; Strasbourg^ le 4 mars 1778.
Je saisis avec empressenieot roccasion que veut bien me fournir M. le comte de Vlllars, en me chargeant de vous envoyer le paquet ci-joint, pour vous témoigner, M. le comte, tonte ma reconnaissance de l'excellente conduite que vous faites tenir an duc, mon frère. Les bons conseils que vous lui avez donnés jusqu'ici, non-seulement ont immortalisé son nom, mais relèveront encore une maison, à laquelle une conduite, qu'il ne m'appartient pas de blâmer, aurait ôté d'un seul irait de plume toute son existence. Le respect
360 CAUSE TROISIBMB. (1778.)
me ferme la bouche; mais ce que je puis tous dire c'est que j'étais dans un tel désespoir qu'il ne fallait pas moins que la nouvelle de l'arrivée d'un homme de mérite à Deux- Ponts, pour ranimer mon courage. J'espère dans peu avoir le plaisir de faire votre connaissance, et de vous assurer en personne de l'estime la plus parfaite et de la considération la plus distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être, monsieur le comte,
votre très-humble et très-obéissant serviteur. Le prince de Deux-Ponts.
Sur ces entrefaits, les Autrichiens prirent possession des districts cédés à LL. MM. diaprés la convention, et en reçurent les serments de fidélité et d^hommage. Le baron de Lehrbach adressa non-seulement des menaces au baron de Hofenfels, ministre du duc, pour être resté à Munich , mais il poussa Tindécence de ses procédés injurieuses jusqu^à refuser, quoiquVccrédité, par LL. MM. U. et RR. auprès du duc, d^accepter les lettres que ce prince avait écrites à S. M. Timpératricereîne, ainsi qu^à Pempereur, prétendant qu^il ne pouvait en recevoir de S. A. pour LL. MM. , que lorsque le duc aurait souscrit à la convention. Le ministre impérial déclara encore que Tempereur aurait fait mettre sous les jeux du duc tous les titres de sa maison, mais qu^ajant reçu à sa cour le comte de Goertz^ comme ministre de Prusse, puissance ennemie déclaré de la maison d^ Autriche , il ne traiterait avec lui, qu^après que le comte se serait rendu i Deux-Ponts.
Dans un nouveau rapport que M. de Goertz adressa à la même époque au roi, se trouvent consignées plusieurs circonstances relatives à ce qui se passiut
CAUSB TROISIEME. (1778.) 361
à la coar de rélecteur palatin, après la démarche que le duc de Deux-Ponts venait de faire au sujet de la succession de Bavière vis-à-vis de ses coétats, qui nous engagent à en donner ici le texte.
Rapport du comte de Gœrtz^ adressé au roi de Prusse; daté de Deux ^ Ponts ^ le 11 mars 177 S.
Sire!
Le courrier de Y. M. avec les ordres gracieux du 5 de mars N"' 5, m'est arrivé, cette nuit. Il me manque encore N®' 4. J'ai remis au duc le mémoire de V. M. à la cour de Vienne, la réplique de cette cour et votre duplique. Il D'à pa qn'étre de plus sensiblement touché de l'intérêt que Tons prenez, sire, à son bien-être, et à celui de sa maison, et il m'a chargé de vous en témoigner sa plus respectueuse reconnaissance.
Dans ce moment où la cour impériale use de toutes ses menaces, avec ce ton qui ne lui a que trop souvent réussi, ce prince qnoique extrêmement agité, surtout par une méfiance contre la France, met toute sa confiance en V. M.
Par la poste d'hier, j'ai fait parthr mon rapport N^* 3. des dernières nouvelles reçues de la diète et de Munich. N'étant peut-être point encore parvenu à V. M. au retour de ce courrier, je joins copie de cette dépêche qui était en cMfJres: V. M. verra par là, l'effet que la déclaration du duc et ses démarches ont fait sur l'électeur, sur son ministère et sur le ministre impérial. L'électeur et le sieur de Lehrbach, qui apparemment avaient promis à la cour de Vienne l'accession du duc, se voient doublement Jpeinés. L'électeur même, pendant une courte audience qu'il donna au sieur de Hofenfels en présence du sieur de Vicregg,
a oublié son caractère naturel, et ne s'est expliqué que d'un ton de colère. Son ministre Vîere^g prit exactement des vertig'es, le sieur de Lehrbach ne se livra qu'à des menaces, et ne fit que prédire les malheurs qui arriveraient au duc ; que sa cour allait finalement s'arranger arec Félecteur; que le duc et sa maison en seraient exclus ainsi que des fiefs de Bavière ; que l'empereur rendrait, en partie mais à rélecteur seul, comme si sa capitulation ne le mettait pas hors d'état de donner ses fiefs, s'ils étaient elTectivement vacants, sans le consentement des états de l'Empire. Enfin il jeta feu et flamme contre moi, sur mon séjour à Municb, sur celui que je fais ici; trop honteux de voir que dans le temps où ce ministre impérial se permettait des plaisanteries sur mon inutile séjour à Deux-Ponts, j'étais dans les mêmes murs que lui. Je ne puis qu'être extrêmement flatté de tous les propos peu mesurés qu'il tient à ce sujet sur mon compte. L'électeur a même déclaré à la duchesse qu'il ferait faire des recherches sur mon séjour dans son jardin et que cela n'en resterait pas là. Tout ce qu'on entend de là est an fond des plus risibles, et jamais grande et si importante aifaire n'a été traitée avec tant d'inconséquence, plus de précipitation, moins de vérité, par des têtes plus lég'ères, et par des personnes moins habiles et moins fidèles. Le refus que fit le ministre impérial d'accepter les lettres du duc à l'empereur et à l'impératrice-reine, est extrêmement sensible à ce prince, qui en veut à la France de ce qu'elle l'a engagé à cette démarche. J'ai pris la liberté de loi conseiller, en cas que le sieur de Lehrbach persistât dans son refus, de demander au comte de Vergennes, que monsieor le baron de Breteuil eut ordre de les remettre. On loi fait sonner haut la protection de l'empereur accordée à l'électeor pour Juliers et Berg. Enfin tout cela agite sing'nlièrement ce prince, qui avec les meilleures dispositions, n'a point la: pratique des affaires, et est naturellement inquiet. H a en hier un vif entretien avec le ministre de France, qui malheureusement n'a ni connaissances ni talents, et ce matin je
CAUSB TROISIÎBME. (1778.) 363
reçois le mémoire ci -joint en original , par lequel V. M. Terra tonte l'inquiétude , et surtout le violent désir de se Toir assuré par la garantie.
Je rais leur répondre en attendant préliminairement, et Tojant que dans ce moment le temps est précieux, je réexpédie ce courrier, sire, pour mettre le tout sous vos jeux: J'ose encore réitérer mes soumises instances à Y. M. et la prier, si elle ne trouve point par sa sagesse de trop grands inconvénients, de daigner s'assurer de ce prince et de sa maison à jamais, en lui accordant ce qui fait l'objet passionné de ses voeux; car sans cette assurance, je craindrais toujours, qu'en cas que le sieur deLehrbach vint ici avec ses menaces et ses foudres autrichiens et impériaux, il ne les accompagnât d'olTres, et alors il j aurait pour le moins bien des inconséquences à appréhender. Je suis encore trop peu instruit du secret des cabinets, ainsi je puis bien me tromper; mais d'après ce que Y. M. fait pour le comble de sa gloire immortelle, pour le bonheur de FAUemagne et pour la conservation de sa constitution, si elle accorde encore cette garantie à la maison palatine, il me parait, qu'elle s'assurerait par là non -seulement de cette maison, la plus puissante des princes de TEmpire, mais encore pour longtemps, une prépondérance dans toutes les affaires de TAUemagne. Dans ces circonstances encore bien critiques, il serait criminel de ma part, sire, de penser à ma retraite. J'ai en l'honneur de répondre à ce sujet dans ma très-soumise N°' 2. Je sens de plus en plus qu'il est de l'intérêt et du bien du service de Y. M., qu'elle conserve pour quelque temps quelqu'un ici. Sans être trop présomptueux, Ijes bontés distinguées que le duc me témoigne, la bienveillance que m'accorde la duchesse de Bavière, les connaissances que j'ai liées avec nombre de personnes intéressantes, la confiance que parait me donner chez bien du monde, le succès heureux et trop inattendu que j'ai eu dans ces deux mois, tout m'engage à croire moi-même que je serais peutêtre plus utile à Y. M. qu'un autre plus éclairé et plus
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expert que moi. Je me voue, sire, sans réserve à votre service pour la vie, et c'est de votre volonté que dépendra dorénavant mon sort. Après avoir servi, de l'aveu de l'Europe, le plus g^rand des hommes, je serais humilié d'en servir un autre. Ce fut de tout temps mon ambition. J'avouerai même à Y. M. avec la plus respectueuse franchise, qu'au moment que mon frère est venu m'apporter ses ordres à Weimar, j'avais préparé une lettre que je voulais hasarder, et vous adresser, sire, pour vous demander ce bonheur et la place vacante par monsieur le comte de Werthem. Puisque Y. M. a daigné m'emplojer, trop heureux d'avoir pu en quelque manière servir un si grand roi, je ne hasarderais plus aucune demande; c'est à sa bienveillance et à sa justice que je remets ma carrière et j'emplojerai tout mon zèle le plus ardent dont seul je puis répondre, pour mériter l'honneur de vous servir, etc. etc.
Très-soumise apostille.
Le duc parait toujours de plus en plus inquiet. Un^ garantie secrète l'attacherait à jamais. On doit publîevr aujourd'hui 11, le testament à Munich. J'irai demain à quel — ques lieues d'ici voir une ancienne connaissance qui a été secrétaire de M. de Yergennes à Constantinople pendant plusieurs années, et qui est revenu dimanche passé de Paris* Peut-être apprendrai-je des choses qui pourront être agréables à Y. M.
On voit diaprés ce rapport, que M. de Goertz croyait que la déclaration du duc avait été remise à ïm^ diète 5 mais déjà le lendemain il arriva un courrier è^ Deux -Ponts, par lequel on fut instruit des intri^ei^ que Ton avait employées pour empêcher qu^elIe n9 pût être portée devant la diète.
Le baron de Hofenfels, pour ne plus perdre un instant^ se décida à se rendre lui-même à Ratisbonne^ pour faire distribuer selon le style comitial^ ad aedeê legatarum ^ par le secrétaire de légation attaché à la mission de Deux - Ponts à la diète , cette déclaration si importante qui donnait tant d^embarras à la maison d^ Autriche.
Frédéric II, dès le moment que la mort inopinée de rélecteur de Bavière lui avait fait connaître les vues ambitieuses de la cour de Vienne, s^empressa de représenter à Timpératrice de Russie, son alliée, la nécessité dans laquelle il se trouvait de s^opposer à im agrandissement de cette cour, aussi préjudiciable ^ la sûreté et aux intérêts de la Prusse qu^à ceux ^e PAllemagne, et le désir que S. M. avait de pré- ^^nîr une guerre prochaine. Ayant trouvé cette prin- ^^sse disposée à y concourir par une intervention, le ^Oi ordonna à M. de Goertz d^engager le duc de -'-^eux- Ponts d'écrire à Timpératrice de Russie, pour 'l^i demander sa protection et son intervention. Ce ^« fut cependant qu'après bien des hésitation que ce l^irince ^'^y décida. Le roi trouvant dans la conduite ^<) la France des raisons pour la soupçonner de du- Illicite, et de vouloir s'entendre secrètement avec la «our de Vienne j ou entrevoyant au moins des preu- "ves de trop grande faiblesse, pour pouvoir espérer d'^arracher à cette cour sa co-garantie pour les pactes de famille de la maison palatine, crut par conséquent devoir tarder encore à donner à lui seul un tel acte ^ S. A. Ce délai devenait un objet d'inquiétude pour ^® duc et Ml ministres^ qui depuis longtemps n'avaient
aucune confiance dans la sincérité des intentions de la France 9 et qui soupçonnaient le roi de Prusse de faire servir la concurrence de cette cour^ de prétexte pour ne point accorder cette garantie. — Par les nouveaux ordres du roi ^ qui étaient les premiers qui parvinrent à M. de Goertz munis des signatures des ministres du cabinet , il fut encore chargé d^assurer le duc de la satisfaction que sa conduite avaif donné à S. M.; de lui faire sentir les motifs qui lui faisaient retarder Texpédition de cet acte formel, et qui étaient fondés sur ce que la cour de Versailles loi avait témoigné qu^elle se prêterait à accorder cette garantie. M. de Goertz voyant que les protestations verbales ne rassuraient point les ministres, hasarda de leur donner dans une note écrite, des assurances for-melles et dans les termes les plus positifs pour fran— quilliser les esprits inquiets. Cette note, qui fiit précédée d^une explication vive que M. de Goertz ei^t avec le ministre du duc, ainsi qu^avec S. A. elle-mêm.^? rendit le calme à tous les deux princes.
Le duc de Deux -Ponts ainsi que ses ministr^^^ toujours indécis et défiants, craignaient d^étre abaK^** donnés par la France, et par la suite même par ^^ roi. Ils avaient de vives inquiétudes pour les duchés ^de Juliers et de Berg, puisque la cour de Vienne et r^S* lecteur leur faisaient toujours craindre que le roi :^^^ les demandât pour prix de son intervention. C^^^ pourquoi ils imaginèrent de prévenir ces dangers, ^^ demandant à M. de Goertz de proposer au roi ,,1^^^ „dès que S. M. voudrait garantir au duc ses pacf^^^ „de famille, la succession entière de tow ses ét9^
^^possédés par Télecteur palatin, y compris Juliers et
^^Berg 9 toute la Bavière , et les états et les pays pos-
))Sédés par feu Télecteur Maximilien , ce prince s^en-
^^gerait dès à présent par un traité solennel, à ne
^jamais se séparer de S. M.; à n^écouter ni* accep-
9,ter aucune proposition sans son gracieux agrément j
9)à agir dès à présent et pour toujours, d^un par-
;,fait accord dans toutes les délibérations de la diète,
„et d^assurer enfin au roi un secours de douze mille
^^ommes, pour toute guerre que S. M. aurait à sou-
^^tenir comme électeur/^
M. de Goertz fit part de ces propositions au roi, et dut désirer d^autant plus vivement qu^elles fussent ci-cceptées par S. M., que la réponse de S. M. Très- CI?]irétienne à la réclamation que le duc lui avait adres- ^^, comme garant de la paix de Westphalie, et pour 1^ demander la garantie des pactes de famille conjointement avec le roi de Prusse, était très -vague* C?e n^était qu^une communication faite au duc de celle ^ne le roi de France avait donné à S* M. Prussienne portant: ,,que le roi de France ne prendrait directe- 9^ment aucune part à Tafiuire de la succession de la ^^Bavière, qu^elle attendait la décision de cette af^^ ^^faire pour se déclarer sur la garantie que le due ^^lui avait demandée des pactes de famille^ et que, ^^quant à la conduite du duc, S. M. Très-Chrétienne ^^voulait bien lui conseiller de continuer à être ferme, „et de ne pas se priver des droits quMl pouvait avoir/^ --- — Un langage aussi froid, aussi insignifiant, et si propre à confirmer au duc que sa méfiance n^avait été que trop imidée, causa les plus vives allarmes, et
368 CAUSE TROISIJBME. (1778.)
obligea M. de Goertz d^user de tous ses moyens pour inspirer de la fermeté et du courage. Il ne manqua pas non plus de s^expliquer énergiquement avec le ministre de France , en ne lui cachant pas qu^une conduite aussi faible était équivalent à une renonciation à la qualité de garant de la paix de Westphalie, laquelle était cependant si précieuse pour S. M. Très - Chrétienne.
A peine cette réponse du cabinet de Versailles futelle parvenue au roi de Prusse, qu^il envoya par un courrier expédié de Berlin le 28 mars à M. de Goertz, un acte formel de garantie au duc de Deux -Ponts, par lequel S. M. s^engageait ^^à soutenir de toute ss^ ^^puissance, les droits de la maison palatine à la suc— ^^cession des états de Bavière, contre les prétentions ,,injustes de la cour de Vieune.^^ M. de Goertz eut ordre de faire accepter cet acte par le duc, et de réchanger contre un contre - déclaration de ce prince^ par laquelle il s^engagea à ne point souscrire à aucune condition d^acconunodement ni d^arrangement avec la cour de Vienne, sans Taveu du roi. H fut en oU" tre muni de pleins pouvoirs, pour signer un traité foi*" mel, dans le cas que S. A. et ses ministres le dé" siraient. M. de Goertz croyant plus convenable et plti^ facile à faire adopter le premier moyen, eut soin d^ laisser ignorer à la cour de Deux -Ponts les pouvoif^ quHl avait reçus, et se contenta d'envoyer au roi ï* contre-déclaration signée de S. A.
Dès ce moment, le duc de Deux-Ponts se trou^* à jamais lié à S. M. qui se mit alors à la tête de
armées^ pour défendre les droits de la maison palatine, la constitution de FAllemagne et sa liberté*
La mission du comte de Goerte se trouvant ainsi terminée, ce ministre quitta Deux-* Ponts et se rendit diaprés les ordres de Frédéric II, à Berlin, où S* M*, en reconnaissance de ses services, le nomma ministre
d^Etat et le revêtit à la fois d^une des grandes charges de cour*
Différends survenus en 1778^ entre la Grc m-
de - Bretagne et la France ^ au sujet de la
reconnaissance de tindépendance des co lonies anglo - américaines Q).
Jr EU de temps après la paix qui fut signée à P^^rîs le 5 novembre ITBS, entre la France 5 TEspagne c' TAngleterrCj il s'éleva entre les colonies anglo-anr»^^" ricaines et la mère patrie une contestation mémoral^l^? à la suite de laquelle de nouveaux différends prir^^°^ naissance entre la France et l'Angleterre 5 et finir^^"* par allumer une nouvelle guerre non-seulement en^^® ces deux puissances, mais encore dans les deux mond^^^*
(1) Cette guerre pour Tindépendance des colonies anglo-am^^"' caines , qui doit être considérée comme l'événement le plus import*^^^ du 18® siècle, et qui a eu, et qui aura des conséquences dans -^^ âges les plus reculés, a agité en même temps une question du df^'^ des gens, d'une haute importance, savoir: y, jusqu'à quel point ^^^^ jySujeta peuvent-ils être considérés comme rebelles, et conséquemm ^^^ „quand est- il permis ou défendu à une puissance étrangère en tet^J^ „de paix, d'embrasser leur cause, sans violer les principes du dr^^^ „des gens?**
Les colonies anglo - américaines reconnaissaient le roi d^ Angleterre pour leur souverain; mais elles n^a- «j'aient jamais été soumises à Tautorité et à la législation du parlement. Elles avaient leurs assemblées particulières et une administration distincte, conune rirlande. Après la paix de 1763, le parlement crut luste de les imposer , par le motif que la guerre de 1756 9 ayant été entreprise pour leur défense, il était [convenable qu^elles supportassent leur quote-part des taxes destinées à éteindre la dette publique qui en avait été la suite. En conséquence, le parlement rendit, au mois de mars 1765, un bill qui établissait L'^impôt du timbre dans les colonies anglo-américaines.
Cet acte excita le plus vif mécontentement dans les colonies, qui contestèrent au parlement le droit de les taxer, diaprés le principe, qu^aucun Anglais ne pouvait être imposé que par ses représentants; qu'elles n^étaient pas représentées dans le parlement, et que la métropole devait se contenter des bénéfices du monopole de son commerce, comme un équivalent des contributions.
Le parlement, en 1766, révoqua Timpôt du timbre^ mais en même temps il rendit un acte, portant: „que 5,les colonies étaient de droit subordonnées et dépen- „dantes de la couronne et du parlement de la Gran- „de-Bretagne , en qui résidaient Tautorité et la puis- ^^sance de faire des lois et des statuts obligatoires „pour les colonies, dans tous les cas possibles.^'
En 1767, le parlement revenant au projet de soumettre les colonies au moins à des impôts indirects, établit des taxes sur le thé, le papier peint, le verre,
3T2 CAUSE QUATRiiSME. (1778.)
le plomb, le carton et les couleurs importées en
Amérique.
Les colonies se récrièrent contre cette nouvelle disposition; et Tesprit de mécontentement se manifestant de plus en plus, le parlement, par un bill rendu en 1769, ordonna Tenvoi de troupes en Amérique, pour y faire respecter sa suprématie. Lord North, étant parvenu en 1770, à la tète de Tadministration, fit rendre un bill qui, abolissant toutes les taxes, ne laissait subsister que celle sur le thé.
La compagnie des Indes qui en avait une grande quantité dans ses magasins, en fit charger, en 1773, trois vaisseaux qui se rendirent à Boston.
Une assemblée des citoyens de cette ville arrêta, que les cargaisons de thé ne seraient point débarquées, et que les capitaines les rapporteraient en Angleterre. Le gouverneur de Boston ayant refusé de faire exécuter cet arrêté, le peuple soulevé, jeta à la mer trois cent quarante-deux caisses de thé apportées sur les trois navires anglais.
Voulant punir les Bostoniens de cet acte de rébellion, ainsi que de plusieurs outrages faits aux fonctionnaires de Tautorité royale (^), le parlement reiidit, en 1774, un
(1) Un chef des douanes de Boston ayant hautement désapprouvé la conduite des habitants mutinés, fut' goudronné et emplumé de la tête aux pieds, exposé trois jours aux insultes de la populace, conduit au pied de la potence, frappé de verges et contraint à rem^cicr le peuple de ce qu'il lui accordait la vie. Le général Hutsdiîn son , sur la dénonciation des habitants de la campagne, fat, par ordre du comité bostonien , promené en effigie sur un tombereau ; et la même effigie, après avoir été exposée deux heures sur la place publique, fut brûlée au pied du gibet. '
CAUS£ QUATRiifiMB. (1778.) 373
bill qui mettait le port de Boston en interdit, y supprimait la douane 9 et déclarait infracteur des lois et comme tel punissable 9 tout individu qui ferait un chargement^ dans cette ville et son district de marchandises, etc. Le parlement, par d^autres bills supprima la charte du gouvernement démocratique de Massachussets ; y substitua le gouvernement royal, et autorisa encore le gouvernement des colonies à traduire en Angleterre les Américains accusés de rébellion, pour y être jurés à la cour du banc du roi.
Le général Gaye fut envoyé en même temps & toston, avec des troupes et des vaisseaux pour faire xécuter les bills que le peuple de Boston avait brûlés. Un comité formé dans cette ville, et auquel assis- ^^^ent plusieurs députés des autres provinces, publia m acte intitulé : Convention solennelle. Par cet acte «s Bostoniens déclarèrent qu^à compter du 30 août de ^année suivante, ils rompraient toute relation de com- ^^^erce avec la métropole. Divers comités formés dans \e» autres provinces anglo-américaines, se décidèrent ^ea après à former à Philadelphie, un congrès général composé des députés des différentes colonies, dont l'ouverture se fit à la fin de 1774. Ce congrès déclara injuste , oppressif et inconstitutionnel le dernier acte du parlement contre la province du Massachussetsj arrêta de repousser la force par la force, et de présenter une adresse au roi et à la chambre des communes.
Au mois de février 1775, le parlement rendit de nouveaux bills contre les colonies. En même temps, le ministère anglais fit passer des renforts au gêné-
rai Gaye. Les premières hostilités entre les Anglais et les Américains^ éclatèrent le 19 avril 1775, et elles furent le signal d^une insurrection générale dans presque toutes les colonies. Des combats et des sièges meurtriers eurent lieu de part et d^autre, mais avec des succès divers^ qui pourtant furent assez souvent favorables aux Américains , dont Georges Washington était général en chef.
Le 4 juillet 1776, les treize colonies confédérées, dont les députés s^étaient prononcés en faveur de Findépendance, rompirent tous leurs liens avec la couronne d^ Angleterre en se déclarant indépendantes et libres. Voici le manifeste que le congrès fit publier pour justifier sa résolution.
Déclaration des représentants des États-Unis de F Amérique^ assemblés en congi'ès général, le 4 juillet 1776 (').
Lorsque, dans le cours des événements humains, il devient nécessabre poiu* on peuple de dissoudre les liens politiques, qui Tont attaché jusqu' alors à un autre, et de prendre entre les puissances de la terre l'état séparé et é^al, auquel la loi de la nature et le maître suprême qui la gouverne, lui donnent droit; alors un respect convenable
(1) Cette déclaration qui fut attribuée particulièrement à 'Jefferaon, excita un enthousiasme général dans toutes les provinces, et Ton prît les résolutions les plus vigoureuses pour la défense de la liberté et de rindépendance. Ce fut le 4 octobre 1776, que toutes les provinces y ayant accédé , il fut conclu une confédération générale entre les treize états qui prirent par cet acte le titre d'États ^ Unis de l'Amérique septentrionale.
OAUSB QUATRiiMB. (1778.) 3T5
pour ropinion des hommes exige, quil expose les raisons qd le portent à cette séparation.
Noos regardons comme des yérités évidentes par ellesmêmes', ,,que tons les hommes ont été créés égaux; qu'ils „ont reçn de leur Créateur certains droits inaliénables ; qu'au ^nombre de ces droits sont la vie, la liberté et la recherche ,,du bonheur; que c'est pour assurer ces droits que lesgou- 9,vemements ont été institués parmi les hommes, et qu'ils 9,ne tirent leur juste pouvoir que du consentement de ceux ^,qui sont gouvernés; que toutes les fois, qu'une forme de :>, gouvernement devient destructive de ces fins, le peuple est en •9^, droit de l'altérer ou de l'abolir, et d'instituer un nouveau ^,gouvemement, en établissant ses fondements sur les prin- ^,çipe8 et en organisant ses pouvoirs en la forme, qui lui ^^,paraitra la plus propre pour effectuer sa sdreté et son bon- ^,heur." La prudence veut, il est vrai, que des gouverne- J^ents établis depuis un long temps ne soient point changés ^^ur des causes légères et passagères; et par cette raison ^expérience de tous les siècles a aussi prouvé, que le ^enre humain est plus disposa à souffrir, aussi longtemps '^ue les maux sont supportables, qu'à se faire droit à luimême, en abolissant des formes, auxquelles il est accoutumé. JHals, lorsque une longue suite d'abus et d'usurpations, ajant Invariablement le même objet pour but, prouve évidemment un dessein de soumettre le peuple à un despotisme absolu, Il est en droit, il est même de son devoir, de secouer le joug d'un pareil gouvernement, et de se pourvoir de nouveaux gardiens pour sa sûreté future.
Telle a été la patiente longanimité de ces colonies, et telle est à présent la nécessité, qui les force à altérer le sjstème de leurs précédents gouvernements. L'histoire du présent .... de la Grande-Bretagne est une histoire d'injustices et d'usurpations réitérées, tout ayant directement pour objet l'établissement d'une tyrannie absolue sur ce pays. Ponr le prouver, soumettons les faits au jugement du monde impartial.
376 CAUSE QUATRdBBIE. (1778.)
Il a refuse de donner son consentement à des lois^ les plus salutaires et les pins nécessaires pour le Men public
Il a défendu à ses ^ouvemears de passer des lois d'une importance immédiate et pressante, à moins qu'elles ne fussent suspendues dans leur effet , jusqu'à ce qu'on edt obtenu son consentement; et lorsqu'elles ont été ainsi suspendues, Oa finalement négligé d'j faire .aucune attention.
n a refusé de passer d'autres lois pour assigner de grandes étendues de terrain à des habitants, à moins que ces habitants ne renonçassent à leur droit d'avoir des représentants dans le corps législatif, droit inestimable pour eux, et uniquement à craindre pour des tjrans.
n a convoqué les corps législatifs en des places inusitées, incommodes et éloignées du dépôt des arcUves publiques, uniquement dans la vue de les fatiguer au point de se soumettre à ses mesures.
Il a itérativement dissous les chambres des représentants, pour s'être opposées avec une fermeté mâle aux atteintes, qu'il portait aux droits du peuple.
n a refusé pendant un Ioi\g temps après les avoir ainsi dissoutes, d'en faire établir d'antres; au mojen de quoi le pouvoir législatif, ne pouvant être absolument annihilé, est retombé au peuple en corps, qui a dû l'exercer; l'état restant en attendant exposé à tous les dangers d'une invasion au dehors et à des convulsions au dedans.
n s'est efforcé de prévenir la population de ces états; empêchant dans cette vue des lois pour naturaliser des étrangers; refusant d'en passer d'autres pour les encourager à se transplanter ici; et haussant les conditions de nouvelles attributions de terrain.
n a mis des entraves à l'administration de la justice, en refusant de consentir à des lois pour établir des pouvoirs judiciaires.
n a nommé des juges uniquement dépendants de sa volonté, tant à l'égard de la conservation de leurs places que du montant et du payement de leurs salaires.
CAUSB QUATRIEME* (1778.) 3T7
Il a créé ane malUtade d'olOces nouveaux, et il a envoyé ici des essaims d'employés pour harasser le peuple, pour le ronger et dévorer sa subsistance.
n a entretenu en temps de paix, au milieu de nous, des 1^ J armées permanentes sans le consentement de nos assemblées législatrices.
n a tâché de rendre l'état militaire indépendant du pouroir civil, et même supérieur.
D s'est concerté avec d'autres pour nous assujetUr à lasie jurisdiction, étrangère à notre constitution, et inconnue i^ nos lois; donnant son consentement à leurs prétendus act^SB de législation, „pour mettre de gros corps de gens »^ armés en quartier parmi nous; pour les garantir au moyen ^^'utt fantâme de jugement de toute punition pour les meur- ^'^es, qu'ils pourraient commettre contre les habitants de ^^es états; pour couper notre commerce avec toutes les »;iparties du monde ; pour nous imposer des taxes sans notre ^consentement; pour nous priver en plusieurs cas, de Ta- ^^antage d'un jugement par jurés; pour nous transporter ^au delà des mers, afin d'y être jugés pour de prétendus ^ délits; pour abolir le système libre des lois anglaises dans ^une province voisine, en y établissant un gouvernement »^iniUtidre, et reculant ses limites, afin d'en faire à la fois »^iin exemple et un instrument propre à introduire la même » ^f orme absolue dans ces colonies ; pour nous ravir nos char* ^^tes, abroger nos lois les plus précieuses, et altérer fon- ►^damentalement la forme de nos gouvernements; pourinter- P'^^&te nos propres corps législatifs, et se déclarer eux-mêmes >9Tevétus du pouvoir de faire des lois, obligatoires pour >9iious dans tous les cas quelconques."
D a abdiqué le gouvernement de ce pays en nous déc^larant déchus de sa protection, et en nous faisant la lierre.
n a fait exercer la piraterie sur nos mers, ravager nos J. ootes, brâler nos villes et ôter la vie à nos habitants.
SÎ8 CAUSE QUATRIEBIE. (1778.)
A cette heure même il s'occupe à faire transporter ici de grosses armées de mercenaires étrangers, pour compléter les oeuvres de la mort', de la désolation et de fa tyrannie, déjà commencées avec des circonstances de cruauté et de perfidie, dont à peine l'on trouverait des exemple dans les siècles les plus barbares, et qui sont entièremen indigne du chef d'une nation civilisée.
Il a forcé nos concitoyens, faits prisonniers en plein mer^ à porter les armes contre leur patrie, à devenir le
bourreaux de leurs amis et de leurs frères, ou à tombeE^n-:] eux-mêmes entre leurs mains.
H a excité parmi nous des séditions intestines; il s'es^ -ai efforcé de soulever contre les habitants de nos frontières les impitoyables Indiens sauvages, dont la manière connue de guerroyer est une destruction générale, sans distinctio] d'âge, de sexe, ni de condition.
A chaque degré de ces oppressions, nous avons, les termes les plus humbles, sollicité du redressement. No^ss -s requêtes itératives n'ont eu pour réponse que des injnstice^^ ^^ réitérées. Un prince dont le caractère est ainsi marqué pai^c^ -> tontes les actions, qui peuvent entrer dans celui d'un tyran^ ^9 est Incapable d'être le gouverneur d'un peuple libre.
Et ce n'est point que nous ayons manqué d'attention, l'égard de nos frères britanniques. Nous les avons avertis de temps en temps des tentatives fidtes par leur puissance législatrice, pour étendre sur nous une jinrisdietion^B^^ illégitime. Nous leur avons rappelé les circonstances Ai notre émigration et de notre établissement en ce pays. Nous en avons appelé à leur justice, à leur magnanimité^^^ naturelle; et nous les avons conjurés, par les liens de Botre^^^ tendresse mutuelle, de désavouer ces usurpations, qui Interrompraient inévitablement notre connexion et notre spondance réciproque; mais, eux aussi, ils ont à la voix de la justice et de la parenté. II ne nous donc que de nous soumettre tranquillement à la nécessité^ '^^^ qui ordonne notre séparation, et de les regarder, de mêmc-^" ^
que nous regardons le reste du genre humain, comme nos ennemis en guerre, comme nos amis durant la paix.
A ces causes, nous, les représentants des États-Unis de r Amérique y assemblés en congrès général, attestant le Juge suprême de l'univers de la droiture de nos intentions, an nom et de Fautorité du bon peuple de ces colonies, publions solennellement et déclarons, que ces Colonies -Unies sont, et de droit doivent être, des états libres et indépendants; qu'elles sont franches et exemptes de toute obéissance à la couronne britannique; que toute connexion politique entre elle et la Grande-Bretagne est et doit être entièrement dissoute; et qu'à titre d'états libres et indépendants elles sont pleinement autorisées à faire la guerre, conclure la paix, former des alliances, établir des règlements de commerce, faire tous autres actes et régler tous autres objets, qu'A appartient à des états indépendants. Et nous reposant fermement sur la protection de la providence divine, nous engageons mutuellement, l'un envers l'autre, pour le maintien de la présente déclaration, nos vies, nos biens, et notre honneur sacré. Signé par ordre et de la part du congrès,
Jean Hancock, p7*ésident.
Charles Thompson , secrétaire.
La cour de Versailles^ même avant cet acte d^indépendance, envisageant dans les Angle - américains des auxiliaires naturels , les avait assistés sous main, soit en souffrant que des spéculateurs mercantiles, fissent passer aux Angle - américains , des armes, des habillements et des munitions j soit en leur fournissant des secours directs d^argent, dès le mai 1776, ainsi qu^on peut s^en convaincre par la lettre ci-après du comte de Vergennes au roi.
380 CAUSE QUATRiinu:. (1778.)
Lettre du conite de Vergennes à Louis XVI; du 2 mai
Sire!
,,J'ai rhonneur de mettre aux pieds de V* M., la feuille ,,qui doit m'autoriser à fournir un million de livides pow le yySei'vice des colonies anglaises ^ si elle daig'ue la rêvé- „tir de son approuvé. Je joins pareillement , sire, le ,,projet de la réponse que je me propose de faire au sieur ,,de Beaumarchais, si V. M. l'approuve; je la supplie de ,,youloir bien me la renvoyer tout de suite. Elle ne pÀr- ,,tira pas écrite de ma main, ni même de celle d'aucun de „mes commis ou secrétaires. J'y emploirai celle de mon fils, „qui ne peut être connue; et quoiqu'il ne soit que dans sa „quinziëme année, je puis répondre affirmativement de sa „discrétion. Comme il importe que cette opération ne puisse „être pénétrée, ou du moins imputée au gouvernement, je „compte, si Y. M. le permet, mander ici le sieur Montan- „doin. Le prétexte apparent sera de lui demander compte „de ses correspondances avec les Américains, et le motif „réel de le charger de leur faire passer les fonds que Y. M. „veut bien leur accorder, en les chargeant de toutes les „précautions à prendre, comme s'ils en faisaient l'avance „poiir leur propre compte (^). C'est sur quoi je prends en- „core la liberté de demander les ordres de Y. M. Cela „fait, j'écrirai à M. le marquis de Grimaldi Q, je l'Infor- „merai avec détail de notre opération, et je lui proposerai „de la doubler.
„Je suis, etc."0.
(1) Il y a ici, dit M. de Flassan avec raison dans son HisL de la dipL fr., obscurité. Il semble qu'il devrait y avoir: ,,en le char- ,^eant de toutes les précautions à prendre, comme 8*il en faisait „V avance pour son propre compte": ce qui du reste ne change point le fond de la lettre.
(2) Ministre et secrétaire d'État des dépêches en Espagne.
(3) Cette pièce importante, dit M. de Flassan dans son Hist de
CAUSE QUATIuiSBIK. (1778.) 381
Lord Stormont , ambassadeur de S. M. Britannique près la cour de France, ayant adressé le 13 juillet 1 777, une note au comte de Yergennes, pour se plaindre de la protection que le gouvernement français acc^ordait aux corsaires américains qui se permettaient es actes de violence sur les côtes de PAngleterre, n Taccusant à la fois de favoriser par là la révolte es Anglo-américains j ce ministre crut devoir disculer le roi son maître de ce soupçon comme d^un oue fait en son honneur, et adressa en conséquence Ist note verbale suivante à lord Stormont, qui est la remière explication sérieuse et détaillée qui eut lieu ntre les deux cours.
âipL fr,y qui atteste la part directe que la cour de Versailles prit ^ la réyolatîon d'Amérique, même avant Tacte d'indépendance, semble ^Ki contradiction avec les principes moraux de M. de Vergennes. Elle X^eut néanmoins être colorée par les diverses tentatives, que fit, dît- OQy le ministère britannique, pour détacher les États-Unis de la France. n est certain que des émissaires anglais firent parvenir des lettre» secrètes et des insinuations aux députés du congrès de Paris. Voici entre autre une anecdote positive : M. Franklin reçut une lettre d'un émissaire anglais, dans laquelle celui-ci lui donna rendez -vous à midi dans Téglise de Notre-Dame , près du grand Saint-Christophe, et pour se faire connaître, il prévint M. Franklin, qu'il tiendrait une rose à la main, et qu'il la laisserait tomber dès que M. Franklin paraîtrait. Celui-ci communiqua la lettre au ministre firançais. II fat convenu qu'il n'irait pas au rendez- vous, mais que le lieutenant de police y enverrait un de ses agents. Celui-ci se rendit à Notre- Dame à l'heure indiquée, et vit en effet arriver un inconnu, une rose à la main, et rôdant autour du grand Saint - Christophe. Au bout dHine demi-heure, l'homme à la rose, se retira, fit des détours dans les rues, entra enfin dans un hôtel garni, rue du Colombier, fit mettre des chevaux de poste, et reprit la route de Calais.
Note vei*bale du comte de Vergennes, adressée à Stœ'tnonty ambassadeur d^ Angleterre pj'ès la cour d^^'
France; du 15 juillet 1777.
^Monsieur, j'ai rendu compte au roi des différents objets — ;
„de plaintes que V. Exe. m'a déférés de l'ordre exprès de s= 4
9,cour, et notamment des violences que certains corsaire=-fi
^américains, lesquels sortis des ports de France avec înjonc
,,tion de n'y pas revenir, se sont permises sur les côt^^ 3 ,,d' Angleterre, d'où ils sont venus se réfugier de nouveaux -jn ^France.
„J'ai mis sous les yeux du roi, les considérations q „y. Exe. m'a présentées sur ces procédés repréhensibles, 1 „conséquences qu'elle en a tirées par rapport à l'intégrifc-é „de la neutralité que nous professions , le déplaisir que ■. e „roi, votre maître, éprouve à la vue de circonstances „pables de troubler et altérer la bonne intelligence entre „deux nations, et le désir qu'il a, qu'on prévienne de pa „et d'autre, tout ce qui pourrait Tînterrompre.
„S. M. dédaigne toute autre gloire que celle qui e^^' „due aux bienfaiteurs de l'humanité, et elle se livre d'autac^^ „plus confîdemment à ce sentiment magnanime, que sa puisp —
„sance est assez connue pour qu'on ne puisse pas en sus
„cepter le motif.
„C'est d'après cette conviction que le roi me charge d^^ „déclarer à V. Exe. : que fidèle à Vobse^^vation de» traités'^ y^que S. M. s'attend qui ne seront pas moins exajotemen.^ jyobservés de la part de F Angleterre^ elle ne permettrez ^^rien qui pourrait y déroger; et que sensible aux plaîn— „tes que vous avez eu commission de me porter contre Ie5 „trois corsaires (américains) la Représailles le Lexingjyton et le Dolphin^ lesquels, après avoir eu injonction „de sortir des ports de France pour n'y plus revenir, y „sont cependant rentrés malgré cette défense; S. M., bien '^ „éloignée d'approuver cette navette que les traités répron-
CAUSE QUATRublE. (1778.) 383
^^rent, en est aa contraire très-mécontente , et ne peut mi- ^^eux en témoi^er son mécontentement qu'en ordonnant, comme ^elle le fait, de séquestrer lesdits corsaires dans les ports ,,oà ils peuvent être relâchés, pour j être retenus jusqu'à ^ce qu'on puisse avoir des sûretés suffisantes, qu'ils retour- „neront en droiture dans leur patrie, sans infester de nou- „veau les mers d'Europe."
„Quant aux prises que ces corsaires ou d'autres, peuvent „avoir amenées, ou pourront amener par la suite dans nos „ports, les ordres sont renouvelés non-seulement pour qu'on „n'en permette pas la vente; mais encore* pour qu'on les „fasse partir aussitôt que le vent et les circonstances du „temp8, pourront le permettre, sans se prêter à aucune des ^exceptions que la cupidité des vendeurs et des acheteurs „est Ingénieuse à former; et il est enjoint aux officiers pré- „posés i cet effet, d'y tenir sévèrement la main, sauf à en ^répondre en leur propre et privé nom. Il leur est pareille- „ment recommandé de veiller soig'neusement à ce que les „fa€ilité9 de commerce dont les Américains jouissent dans „les ports de France, n'excèdent pas celles d'un commerce „pennis."
,,SI quelque sujet anglais se croit fondé à intenter une „action personnelle contre quelqu'un des susdits corsaires, la „vole des tribunaux leur est ouverte ici comme en Angleterre. „£a loi décide les affaires contentieuses^ et jamais ^^Vautcrité''
„Pour ce qui est du Dolphin^ que V. Exe. prétend „étre un bâtiment français armé en France avec l'équipage „de la même nation, et n'ayant qu'un seul officier américain, „rexamen le plus impartial en sera fait, et si la chose est „effectivement telle qu'elle vous a été représentée, il en sera „fait justice."
„Les ordres ont été adressés à Cherbourg, pour y prendre „connalssance de l'espèce de l'armement qui y est entré de „relàche, que Y. Exe. dit avoir été fait à Brehat^ et que „ron a mandé venir du Maryland. La vérification pourra être
384 CAUSE QUATIUJBME. (1778.)
,^d'autant plus difficile à faire, qne V. Exe. n'i^ore pas qai ,,le commandant de ce bateaa a été attiré par snp^clierle^ ^ ,,à bord d'un bâtiment anglais, et que s'étant jeté à l'es ,,pour réparer son erreur, il a été repris par un acte di ^violence qui a contenu la chaloupe du port qui l'avait coi „duit. Cette entreprise étant un attentat contraire au r^ „spect dû au territoire de France et à sa neutralité, je a^ „puis me dispenser de réclamer ledit capitaine américidn, ^t ,Je prie V. Exe. de vouloir bien en faire l'office le pins „prompt à sa cour."
L'empressement du roi à faire justice sur les grieWle „dont la légitimité est prouvée, lui est nne assurance qia^^ „votre cour apportera de son côté, la même attention ^ „faire cesser et réparer ceux dont nous n'avons que tnm^ „souventà nous plaindre, et donnera des ordres plus précSs „pour faire cesser les vexations auxquelles lè commerce A< „ses sujets est sans cesse exposé. S. M. n'entend poivst „les protéger dans un commerce contrabre à l'esprit et ^ „la lettre des traités, mais elle ne peut consentir qu'à M^ „faveur de frivoles distinctions, on arrête et on confisque 1^^ „navires, les cargaisons et les équipages, sous prétexta ^ „qu'ils ont à bord des denrées et marchandises qui peavetm^ „étre du cru des colonies de l'Amérique septentrionale. Um.^ „pareille jurisprudence ne pourrait se concilier ni avec l3 , Justice, ni avec les assurances amicales que Y. Exe e&i „chargée de renouveler. Soyons justes respectivement, ei „nous serons unis(')."
Pendant qne le gouvernement anglais fit tous ses efforts pour soutenir la lutte dans laquelle il étut engagé, le congrès américain redoublait d^activité dans
(I) On voit, dit M. de Flassan^ dans son HUL de la dipL fr.y qo'à trayers les assurances d'amitié et de justice, renfermées dans cette note il règne pourtant un ton aigre. L'affectation de répéter quon ne cède point à la crainte, est Tannonce trop certaine qu'on aura bientôt recours à la force; et c'est ce qui arriva.
ri
sofi instances auprès, de la cour de Versailles. Là mission de Silas Deane, qui avait été chargé de traiter avec les puissances de PEurope les intérêts de TAmérique, ayant eu peu de succès à la cour de Versailles, le congrès se décida à 7 envoyer, en décembre 1776, le docteur Benjamin Franklin (^), en qualité A^agent des Etats-Unis 5 qui dès son début, obtint un accueil favorable du ministère français. Mais quelque pressantes que fussent aussi les sollicitations de ce nouvel agent auprès des ministres frifnçais, pour les déterminer à prendre un parti définitif, il ne pouvait obtenir d^abord que des réponses évasives et dilatoires.
Dans cette première période de la révolution. dMfflériqne, et dans Fincertitude de Fissue qu^elle pourrait avoir, la France hésitait à épouser la querelle d^oii peuple dont les forces ne paraissaient point suffisantes, pour soutenir le fardeau d^une si périlleuse entreprise. Elle craignait que les insurgés ne s^en désistassent tout d^un coup, pour reprendre tous leurs liens avec l'Angleterre. Les personnages qui dirigeaient les conseils de la France, n'ignoraient pas
(1) Franklin, né à Boston en 1706, avait exercé la profession d'imprimeur. Entraîné par son génie, il se distingua bientôt comme physicien, économiste, administrateur. Il s'était jeté dans la révolution d'Amérique à l'âge de 71 ans, et fut élevé en 1776, président de la convention américaine. Quoique sa politique s'éloignât de celle des cabinets d'Europe , il sut se plier à la nouveauté des circonstances, et réussit dans sa négociation, non par une politique astucieuse des chemins détournés, mais par des discours laconiques et sensés, claires et énergiques. C'était un superbe vieillard d'une tenue simple et d'une grande affabilité , plein de courage et de confiance dans ses concitoyens et dans l'avenir.
qu^au moment même où elle se déclarerait, le ministère britannique 9 en acquiesçant aux concessions demandées par les Américains , pouvait leur faire tomber subitement les armes des mains, et qu^alors la France se trouverait seule chargée du poids d^une guerre sans motif et sans but.
Ces considérations, soigneusement pesées par les ministres français^ faisaient que, réprimant Tardeur qui les excitait à la guerre, ils couvraient leurs projets d^un voile impénétrable, et traînaient les négociations en longueur. Ds se bornaient à des paroles bienveillantes envers les Américains, et à leur accorder sous main les secours dont nous avons déjà fait mention. Et encore ces secours étaient-ils fournis plus ou moins mystérieusement, plus Ofi moins libéralement, selon que la fortune se montrait propice ou contraire aux armes américaines Q).
C^est ainsi que la France, suivant, sans s^écarter, le chemin que lui traçait la raison d^état, qui devait présider à ses démarches, amusait, d^un coté, les ministres anglais par des protestations d^amitié, et,
(1) Telle était, à eet égard, la résenre qoe s'était imposée, ou dont Youlait se parer la France, soit pour ne pas rompre avant le temps arec TAngleterre, soit pour mieax mettre les Américains dans sa dépendance, et les amener à souscrire à toutes ses demandes, que, lorsqu'on reçut à Paris la nourelle de la prise de Tyconderago, et de la marche victorieuse de Burgoyne sur Albany, événements qui semblaient décider en faveur des Anglais , il fut aussitôt envoyé à Nantes et autres ports du royaume, défense d'y recevoir les corsaires américains, à moins que ce ne fût par indispensable nécessité, comme de radouber leurs vaisseaux, faire des vivres, ou échapper aux périls de mer.
de Tautre^ encourageiût les Américains par des secours secrets, irritant leur ardeur par Pincertitude et la modicité même de ces secours, et raffermissant leur l'ésolution par les promesses continuelles d^une coopéi*ation future. Libre de ses mouvements, elle ne se liait par cette conduite à aucun parti: elle attendait paisiblement quelle direction prendraient les érénements. I^es agents américains ne se lassaient point cependant 4e presser et d^obséder le cabinet de Versailles, pour n arracher un aveu positif. Mais les ministres franais ne se lassaient point non plus de leur opposer as les motifs qui pouvaient appuyer leur système de cmporisation. Le docteur Franklin et ses collègnes eusses enfin à bout et voulant sans plus attendre sorir de ce labyrinthe, imaginèrent un moyen de réuire les ministres français eux-mêmes à la nécessité e s^expliquer: ce fut de leur insinuer que, si la rance ne se prononçait sans délai, les Américains e pouvaient plus différer à reprendre, de gré ou de îorce, le joug de TAngleterre.
Ils remirent en conséquence, vers le milieu d^août 777, un mémoire dans lequel ils exposaient que, i la cour de Versailles se persuadait que la guerre ût encore se soutenir longtemps sans son intervention, elle était dans une profonde erreur.
N^- IV-
Substance du mémoire présenté par les commissaires américains j au cabinet de Vei'sailles.
En effet le gouvernement britannique a tout à perdre ^t rien à ga^er dans la continuation de cette guerre;
388 CAPSE QUATRIEME. (1778.)
se flattant de pouvoir conquérir PAniérique dans le coub^ de cette campagne, il va y déployer toutes ses forces; espère que si la fortune favorise ses armes, quelques vicr: toires, jointes à la détresse des colons, seront suffisant^ pour les décider à retourner sous sa dépendance, à des conditions plus ou moins rigoureuses; il voit très-bien que, s^!/ peut aspirer à subjuguer un jour FAmérique, ce doit être dans Tannée présente, ou jamais. Pourrait -il efTectivement compter sur des succès plus décisifs dans les années subséquentes, lorsque les Américains auront triomphé des premières difficultés, lorsque Torganisation de leur nouveau gouvernement aura pris plus de consistance, et que leurs troupes seront mieux armées, mieux disciplinées, plus agaerries? Les ministres britanniques ne se dissimulent nullement que prolonger la guerre au delà de cette année, ne serait que prolonger le péril, et exciter dans FEurope on embrasement général. Aussi ne peut-on pas douter, qa' après avoir fait un nouvel essai dans cette campagne, ils ne se déterminent, quelle qu'en soit Fissue, à faire la paix aux meilleures conditions possibles. S'ils ne peuvent recouvrer les colonies à titre de sujettes, ils reconnaîtront leur indépendance et se les attacheront comme alliées. D ne reste donc d'autres moyens à la France, pour empécker que les colons ne se rapprochent de la Grande-Bretagne en l'une ou l'autre de ces qualités, que de contracter immédiatement avec eux tels engagements qui ferment la voie à tout autre, et qui, consolidant irrévocablement les relations de commerce et d'amitié, mettent les Américains en état de repousser les attaques et de dédaigner les offres de leur ennemi actuel.
La France doit se souvenir que le premier but de Finsurrection de FAmérique n'a pas été d'obtenir l'indépendance, mais le redressement de ses griefs. Il existe dans son sein un grand nombre d'individus qui verraient encore avec plaisir le rétablissement d'une obéissance limitée envers la couronne britannique. Si la majorité s'est prononcée en faveur de
CAU8£ QUATRIÈME. (1778.) 389
rindépendance, c'était dans la conviction que la France, consaltant ses plus chers intérêts, leur aurait prodij^ué ouvertenent les secours les plus efficaces. Mais, aujourd'hui que déchus de leurs espérances, ils voient plusieurs princes européens fournir des troupes pour les soumettre, un autre (le roi de Portugal) proscrire leur commerce; d'autres enfin rester spectateurs indifférents de si grands débats, il n'est que trop probable que, ne comptant plus sur aucune assistance étrangère, et vivement pressés par l'ennemi et leur detresse, ils accepteront les conditions que l'intérêt ou le caprice du cabinet de Saint-James voudra bien leur accorder. C'est un fait que lord Georges Germaine lui-même a déclaré naguère, dans la chambre des communes; avouant ahisl que le principal espoir qu'il eut de terminer la guerre d'Amérique cette année, reposait sur le découragement des colons, en voyant qu'il ne leur était plus permis de se flatter des secours de la France. Les partisans que l'Angleterre compte encore en Amérique, ne manqueront pas de fomenter et d'accroître le dépit et la consternation de leurs adversaires, par des rapports insidieux! Déjà ils ne mettent que trop d'empressement à répandre de toutes parts que la France, également ennemie des deux parties, n'excite le feu de la guerre actuelle que pour faûre de l'une et de l'autre les instruments de leur destruction mutuelle.
Si, de cette manière, ou par quelque autre voie, la Grande-Bretagne parvient à dissoudre l'union des colonies, et à renouer les liens qui les attachaient à elle, la France perdra sans retour l'occasion la plus favorable qui se soit jamais offerte à aucune nation, d'humilier l'orgueil et la puissance d'un ennemi héréditaire.
Mais ce n'est point seulement l'occasion d'abaisser la Grande-Bretagne qu'aura perdue la France par son inactivité présente. Sa propre sûreté sera compromise, et ses possessions américaines seront en danger, aussitôt que l'Angleterre et l'Amérique seront réconciliées. Le roi Georges et ses ministres n'ignorent point assurément que la France
a excité et soutenu les colonies dans lenr insorrection: ils ne sont pas moins irrités contre elle qne si elle leur eut déclaré une guerre ouverte. Et, il faut en contenir, la France a trop fait si elle ne prétend pas faire quelque chose de plus. Est-il permis de douter que, dès que la Grande- Bretagne n'aura plus d'ennemis sur le continent américain, i quelques conditions qu'elle y ait rétabli la paix, toutes les forces dont elle j peut disposer maintenant, ne soi jetées aussitôt dans les AntQles françaises, pour que le conquête serv*e d'indemnité aux pertes et aux qu'elle a faites dans cette guerre? Croira-t-on enfin qu TAngleterre ne saisisse pas l'occasion de tirer vengeanc de l'outrage que lui a fait la France^ en excitant et soute nant secrètement la révolte de ses colons?
Telle fut la substance du mémoire remis au gouvernement français pour fixer ses irrésolutions : mai^^& -^ ce fut encore sans succès. Les ministres ne ftirent pas moins ingénieux à trouver de nouvelles défaites n ils voulaient attendre quelle tournure prendrait cette guerre (*).
Rebutés par tant de délais, les commissaires américains ne conservèrent plus aucun doute sur la politique secrète qui dirigeait la France en cette conjoncture. Peu s^en fallut que, dans leur désespoir, ils ne rompissent toute négociation avec un gouver-
(I) D'ailleurs, tout faisant présager à cette époque, le triomphe certain des armes britanniques, un arrangement entre la métropole et les colonies paraissait moins probable que jamais, et c'était tout ce que le gouvernement français eût le plus redouté. Les ministres d'ÀDgleterre, yictorieux en Amérique, n*auraient plus accepté d'autres conditions que celle d'une soumission totale: et les Français semblaient préférer encore cette extrémité à l'indépendance, pourru qu'eUe ne fut amenée que par une guerre longue et destructive.
CAUSE QUATaiiHB. (1778.) 391
nement qui comptait leur propre infortune au nombre de ses avantages.
Ne pourant donc plus espérer de réussir auprès de la France ^ et toute autre perspective de salut leur étant interdite 9 les Américains reportèrent leurs vues sur TAngleterre elle-même : ils lui proposèrent de reconnaître son indépendance. Ce point capital une fois obtenu 9 ils auraient cédé sur tous les autres qui avaient fait le premier sujet de querelle , afin de sauver Thonneur de la mère patrie. Us représentaient que si le ministère britannique savait profiter de leurs dispositions 9 il s^en rapportaient à eux du soin de stipuler un arrangement tellement utile à la prospérité de TAngleterre, qu^elle chercherait vainement à se procurer de semblables avantages par toute autre voie.
. Toutefois 9 le cabinet de Saint -James enorgueilli des premiers succès du général Burgoyne, et croyant que la fortune ne pouvait plus lui échs^iper, refusa de prêter Toreille à toute proposition d^arrangement O. Mais bientôt la défaite de ce général, et la capitulation de ses troupes en constatant avec éclat la grandeur naissante de rAmérique, donnant une nouvelle audace aux insurgés, donna aussi de nouvelles espérances et de
(l) L'ayeuglement des ministres anglais était profond: les Américains, au milieu des revers les plus accablants, et privés de tout espoir de secours, refusant opiniâtrement de renoncer à leur indépendance, prétendant même en faire une condition indispensable de leur réconciliation, il était évident que la réunion des deux états, était devenue indispensable; et que, puisque la nécessité des choses et rînezorable fatalité voulaient que l'Amérique ne fdt plus sujette, il valait mieux l'avoir pour alliée que pour ennemie.
nouvelles craintes aux Français. Leur situation réci proque devint moins compliquée; et les uns et la autres commencèrent à manifester des résolutions pliLss positives (^).
Les Américains espéraient par cette conduite, par — venir enfin à une solution définitive, et ce fut en cett^ vue que le même aviso qui porta en Angleterre Lst nouvelle de la capitulation de Saratoga (^) , y rentml aussi des dépêches dans lesquelles on fit sentir qo.^ les Américains, rebutés des lenteurs excessives de France , et courroucés de n^en avoir point reçu milieu de leurs revers des secours ostensibles plus ef^-ficaces, désiraient vivement se lier avec TAngleterr^^j et conclure avec elle un traité de commerce, pourv — « qu^elle reconnût son indépendance. Pour donner pliM-S de poids à ces paroles, on disait encore dans ces dé - — pêches, que les colons éprouveraient une satisfactio particulière à se rapprocher de leur ancienne patri atibndu que, dans le cas contraire, ils seraient obli
(1) La conduite des Américains fit éclater alors aatant de 8a( cité que d^expérience dans les affaires d'état. Ds réfléchirent qw leurs succès accroissant leurs forces, rendant leur alliance plus dé — "^ sirable, et ne laissant plus de doutes dans les esprits éclairés leur indépendance future, il devait être de leur politique, de donnei
de la jalousie à la France, en feignant de vouloir s'allier à l'Angle "
terre, et de l'inquiétude à l'Angleterre, en affectant de vouloir s'unir*^ avec la France.
(2) L'échec qu'éprouva le général anglais Burgoyne consolida, l'indépendance de l'Amérique, par la capitulation de Saratoga (16 octobre) en vertu de laquelle les débris de son corps d'armée de 600(K hommes mirent bas les armes et furent embarqués à Boston pour êtretransportés en Europe.
ses de se jeter dans les bras de rennemi implacable et invétéré du nom anglais (}).
Ces négociations n^étaient point ignorées du cabinet de Versailles, puisqu^on en avait fait part au d^octeur Franklin, qui sut s^en servir avec beaucoup d^adresse , en donnant de Fombrage aux ministres français. Ce plénipotentiaire avait vers le même temps, ^eçu Tordre de renouveler ses instances auprès du gouvernement français, pour qu^enfin il se prononçât, Vu qu^autrement il était à craindre que TAngleterre, convaincue par la catastrophe de Burgoyne, et même par les inutiles victoires de sir William Howe, que la conquête de FAmérique, par la force des armes, était une chimère, ne reconnut Findépendance. Les Américains, ajouta-t-il, délaissés par les Français, se verront forcés d^écouter les propositions des Anglais, pour ne pas rejeter la seule voie de salut qui leur reste; et Farrangement ne pourra se conclure qu^au préjudice irréparable des intérêts de la France.
Les* ministres français, voyant que le temps était venu où, pour ne point perdre le fruit de toute leur politique, il fallait renoncer à Fartifice, adoptèrent une marche plus franche et plus généreuse 5 redoutant les
(1) Ces démarches des chefs de la réyoludon américaine, leur étaient commandées aussi par le Toeu des peuples, qui ne se seraient "Vus qu'avec peine précipiter brusquement dans le parti de la France, sans avoir épuisé d'abord tous les moyens de s'accommoder avec l'Angleterre. Les préventions qu'ils nourrissaient contre la France, étaient encore dans toute leur force; et l'idée que cette puissance ^vait spéculé sur leurs malheurs, avait redoublé l'éloignement qu'ils avaient pour elle.
mesures que la sagesse des ministres anglais pourr leur inspirer, ils se décidèrent à mettre un terme a Bégociations quMls avaient entamées depuis longtem avec les Américains, et si astucieusement prolongeais.
La résolution de prendre enfin une part active dans cette guerre , en tendant une main secourable atsix Américains , ne pouvait être , d^ailleurs , que trèss agréable à la plus grande partie de la nation fraimçaise (*).
Les Français avaient d^ailleurs en cette conjonc^tore, Fespérance ou plutôt la certitude que TEspagi^me prendrait part à la querelle. C^était un motif puissant à ajouter à ceux qui les dirigeaient. Ce royaunmB-c avait une marine formidable, et il était animé d^un t^^l désir d^en faire Fessai contre TAngleterre, que la col:^ de Versailles , fidèle à son plan de circonspectioK^^ avait cru jusquMci devoir plutôt contenir qu^exciter celK < de Madrid. On ne doutait nullement que toutes Ic^^ forces réunies de la maison de Bourbon, préparées de^ — puis si longtemps et dirigées vers le même -bot, n^ fussent plus que suffisantes pour abaisser Fintolérable orgeuil des Anglais, protéger de riches cargaisons contre leurs insultes, et parvenir même à faire passer le commerce des deux Indes, presqu^en entier, dsms
(1) Le trafic qui s'était établi entre la France et l'Amérique, depuis le commencement des troubles , et principalement depuis les hostilités ouvertes, avait produit d'immenses bénéfices aux négociants français. Tous désiraient donc ardemment que le nouvel ordre de choses se consolidât par l'indépendance, afin de ne plus voir revivre les temps où les lois prohibitives du parlement, et surtout l'acte de navigation, les auraient privés de tous ces avantages.
les mains des Français et des Espagnols. Ainsi favorisé par les circonstances et par le voeu de la nation, le ministère français avait plus besoin de consulter la prudence pour ne point précipiter ses résolutions , que de se livrer à une ardeur qui pouvait Texciter à se commettre aux hasards de la fortune (^).
Ne pouvant donc résister plus longtemps aux instances des agents américains, il résolut enfin de saisir Toccasion et de conclure avec TAmérique le traité qui avait été Tobjet de si longues négociations.
Mais comme, jusqu^à ce jour, IMntention de la France avait été d^éluder un engagement formel, les articles de la convention, quoique longtemps et fréquemment débattus, n^étaient pas encore arrêtés.
n était à craindre, si Ton hésitait d^avantage, que le gouvernement anglais ne cherchât à renouer quelle intelligence avec les Américains: en conséquence, le ministère français se résolut à notifier aux agents américains, les préliminaires du traité d^amitié et de commerce à stipuler entre les deux états. Cette communication fut faite le 16 décembre 1777, par M.
Gérard (j) , secrétaire du conseil d^Etat du roi. lies préliminaires portaient en substance: ,,Que la France, non-seulement reconnaîtrait, mais „soutiendrait même de toutes ses forces Tindépendance ^,des États-Unis, et conclurait avec eux un traité d^a-
(1) Jamais, certes, un gouvernement n'eut a prendre un parti auquel il fàt plus vÎTement engagé par le voeu unanime de ses sujets, ou qui lui promit de plus brillants avantages.
(2) Titre nouveau donné momentanément aux deux chefs du département des affaires étrangères.
^^mitié et de commerce; que dans les stipulations mgiile ^jce traité, elle ne se prévaudrait aucunement de Jia ^^situation actuelle des Etats-Unis, mais que les ax:*- ,,ticles en seraient de la même nature que si lesd5€s ,,états étaient établis depuis longtemps, et constitués ^,dans toute la plénitude de leurs forces; que S. IM. ,,Très-Chrétienne prévoyait bien qu'en prenant ce parli ,,elle entrerait probablement en guerre avec la Grau- ,,de-Bretagne, mais qu'elle n'exigeait à cet égard au- ,,cune indemnité de la part des Etats-Unis, ne. pré— ,,tendant point agir uniquement en cette circonstance „pour leur propre intérêt, puis qu'indépendamment de ,,la bienveillance qu'elle leur portait, elle ne se di^^- „simulait pas que la puissance de l'Angleterre ser^U „diininuée par le démembrement de ses colonies. IL^^^ „roi attendait seulement avec pleine confiance des Etat^^* „Unis, que quelle que fût la paix qui serait conclue ^ ,,un jour, ils ne renonceraient jamais à leur indépei»-'* „dance, et ne rentreraient, en aucun cas, sous E^ ,,domination britannique."
Cette déclaration de la part de France, rassura les esprits en Amérique: elle fut suivie de négociations très -actives pendant tout le mois de janvier. On en donna aussitôt communication à l'Espagne, afin qu'elle pût également, si tel était son projet, adhérer à la convention. On ne tarda jpas à recevoir une réponse favorable de cette cour.
Toutes les difficultés étant applanies et les conditions agréées de part et d'autre, un traité d'amitié entre S. M. Très-Chrétien et les Etats-Unis d'Ame-
que fut signé le 6 février 1778 0. Par ce traité, ans lequel le roi de France considérait les Etats ois d^ Amérique comme une nation indépendante^ irent réglés entre Tune et Pautre partie, divers in- ^réts maritimes et commerciaux, relativement aux droits ne les navires marchands acquitteraient dans les ports e Tétat allié. On régla la protection réciproque des Giisseaux en temps de guerre, le droit de pêche, et >écialement celui que les Français exerçaient sur les uies de Terre-Neuve , en vertu des traités d'Utrecht t de Paris 5 le droit d^aubaine , dont furent dedans exempts tant les Français en Amérique, que les américains en France ; Texercice du commerce et admission d'os corsaires chez Tune des parties contactantes, dans le cas où Tautre serait en guerre vec une puissance tierce. A cet effet, pour préenir tout motif de discussion, on détermina dans un Tticle exprès, les objets qui, en temps de guerre, loirent être réputés de contrebande, et ceux qui doirent être réputés libres, et peuvent conséquemment ^tre transportés et conduits librement par les sujets les deux puissances dans les places ennemies, sauf celles néanmoins qui se trouveraient, à cette époque^ issiégées*, bloquées ou investies. Il int encore sti- »ulé que les vaisseaux et bâtiments des parties conractantes, ne seraient assujettis à aucune visite ou echerche devant se faire avant le chargement des narchandises , et celle de contrebande être saisies sur
(1) Il fat signé au nom du roi par M. Gérard, et pour les États Jnis, par Benjamin Franklin, Silas Deane et Arthur Lee.
la plaie^ et non plus , si elles avaient été embarquées hors les cas cependant où Ton aurait des indices cer tains ou des preuves de fraude. On convint^ en outre que pour faciliter le commerce des Etats-Unis ave la France, S. M. Très - Chrétienne leur accorderait tant en Europe que dans les îles d^ Amérique soumi ses à sa domination, plusieurs ports francs. Le s^obligea finalement à employer ses bons offices et s médiation auprès de Tempereur de Maroc, et auprè des régences d^ Alger, Tripoli, Tunis, et autres puis sances de la côte de Barbarie, pour qu^il fût pourv de la meilleure manière possible à la conunodité à la sûreté des sujets, navires, et marchandises d TAmérique (^).
Comme il était facile de prévoir, que bien que France ne^ se fût pas obligée à fournir des d^aucune espèce aux Etats-Unis, la Grande-Bretagne néanmoins, comme profondément blessée dans son or gueil et dans ses intérêts les plus chers, manifeste rait un vif ressentiment, et déclarerait probablemen la guerre à la France, les parties contractantes con durent le même jour encore un autre traité 'év^ituel d^alliance offensive et défensive, qui devait avoir m effet dès que la guerre éclaterait entre la France e l'Angleterre.
(1) Il faut observer que ce traité, outre la reconnaûsance que Pon y faisait de l'indépendance américaine, était entièrement anbver nf des principes qu'avait constamment voulu suivre le gouTerneneni britannique, soit relativement au commerce des neutres en temps d guerre, soit par rapport au blocus des ports d'un état enneaii pa les escadres anglaises.
Les deux parties s^engagèrent à s^assister réciiroquement de leurs bons offices , de leurs conseils et e leurs armes. H fut stipulé, que Tobjet essentiel t direct de, Falliance, était de maintenir réellement î liberté^ la êouveraineté et V indépendance de$ Uaiê-'Unis. On régla que si les possessions qui res« ient à TAngleterre, sur le continent américain ou ig îles Bermudes. venaient à être conquises. eUes ^Tiendraient confédérées ou dépendantes des Etats nis; mais si Ton prenait quelqu'une des îles situées IBS Fintérieur ou à Tentrée du golfe .du Mexique, le appartiendrait à la couronne de France. H fut inrenu qu'aucune des deux parties ne pourrait con- [are de trêve ou de paix avec la Grande-Bretagne, um le consentement de Tautre. Elles s'obligèrent ivtuellement à ne mettre bas les armes que lorsque âidépendance des Etats-Unis serait formellement ou udtement reconnue dans les traités qui termineraient k guerre. Elles se garantirent l'une à l'autre, c'est- -dire, les Etats-Unis au roi de France, ses prémtes possessions en Amérique, ainsi que celles qu'il (Hirrait obtenir par le traité de paix, et le roi de ^ranee, aux Etats-Unis, la liberté, la souveraineté t l'indépendance absolues et illimitées, tant en fait e gouvernement que de commerce , et de plus les pos- Msions, extensions et conquêtes que la confédération ourrait acquérir dans les domaines de la Grande-Breigne, dans l'Amérique septentrionale. Un article à part i secret reservait au roi d'Espagne la faculté d'accéder Ml traité d'amitié et de commerce, ainsi qu'à celui d'aliance y à l'époque où il le jugerait convenable.
Bien avant que Ton eut connaissance en Angleterre de Texistence de ces traités^ on ne doutait nullement que la France ne voulut saisir les moyens qu se présentaient à elle de reparer ses anciennes pertes. Cette crise occupait fortement Tattention publique et Ton n^entrevoyait plus d^autre perspective que ceU^ d^une lutte aussi longue que périlleuse, ou d^un accommodement peu honorable avec le peuple même qui Ton avait toujours refusé d^entendre et que Ton avM exaspéré par tant d^outrages avant de lui faire un* guerre si cruelle. Quoique les ministres et leurs adhérents ne manquassent point de raisons spécieuses pou se Justifier et autoriser leur conduite, Fopinion générale tendait néanmoins à regarde^ comme plus prudea de prêter enfin Foreille aux réclamations des Américains. On se rattachait au parti plusieurs fois mi en avant par les orateurs de Topposition qui avait cott' seillé de cesser les hostilités et d^ouvrir une négociation qui pouvait conduire à un arrangement avouai par la politique. De toute part Ton se plaignait dV voir vu négliger tant d^occasions favora1)les de conciliation et de paix. Toutes les tentatives faites jusqu^à cette époque pour mettre les insurgés sous le Joii| par la force des armes , ayant complètement échouéi Ton regrettait amèrement qu^avant d^entreprendre de nouveaux eflbrts dont Finutilité assurait le triomphe de Fennemi, on n^eût pas voulu écouter les propositions d^accord soumises au parlement par le comte de Chatam dans la séance du 20 mai de Tannée précédente. Prévoyant le^ calamités qui allaient fondre sur sa patrie, puisque les ministres étaient résolus di
prendre les partis les plus extrêmes, et ne doutant pas qu^aux dangers de la guerre cîvîle ne se joignissent ceux de la guerre extérieure, cet homme illustre, quoique courbe par Tâge et accablé par une maladie pave, s^était fait porter à la chambre des pairs. Ranimant cette éloquence admirable qui captivait tous les esprits, il fit les plus nobles efforts pour calmer les haines, pour éteindre le feu de la guerre, pour ob-^ ^( tenbr la révocation de ces lois funestes qui Pavaient allumé et s^opposaient au retour de la concorde, dans le discours suivant.
lHicofU7*s du comte de Ckatam eii faveur d'un accommodement avec FAméinque^ tenu dans la séance du par^
lement du 20 mai 1777.
Milords, le moment où je vous parle va fuir. Six se- ^tiahes peut-être, et pas plus, nous sont laissées pour dé- ^oorner les périls qui nous menacent. L'orag'e qui depuis l«ng^mps s'est formé sur nos têtes, est au moment d'éclater: déjà la foudre se fait entendre. Après tout ce qui ^st arrivé jusqu'ici, le gouvernement éprouvera quelque {idne, sans doute, à se rapprocher de ceux qui ont bravé le roi, le parlement et la nation. Je ne prétends, quant à ^iiMiI, braver personne: mais si l'on. ne met point un terme à ^ette guerre, c'en est fait de notre patrie. Je ne me fie ipas en ceci au jugement porté dans l'état actuel de ma Santé, mais sur le jugement de mes plus beaux jours, sur l€ résultat de quarante ans d'attention consacrée à l'Amérique. Les colons sont rebelles! s'écrîe-t-on. Mais pourquoi s«nt ils rebelles? Est -ce parce qu'ils veulent défendre leurs droits imprescriptibles? Qu'ont fait jadis ces rebellesi? I. 26
Il m'en souvient, et je vais vous le dire: ils coururent aar armes, ils formèrent quatre rëg-iments, ils arrachèrent Louisbourg aux vétérans de la France. Mais, me crie-t-on encore, ils se sont portés à de graves excès! cela est vrai, et je ne veux pas me faire leur panégyriste; mais je veux du moins relever les erreurs fatales que robstination a fait prévaloir. N'a- 1- on pas fermé à ces colons tout accès h la miséricorde et à la justice? On peut encore les prendre au mot sur leurs premières protestations. Savez-vous* quelle est l'importance de l'Amérique? Cesi an double marché où vous trouvez à la fois des consommateurs et des fournisseurs. Et ce double marché, si ridhe en productions navales, vous êtes au moment de le céder à votre rival héréditaire! si vous n'y prenez garde, l'Amérique, qui déjà vous a conduits à une guerre de quatre ans, vous conduira à la mort. C'est le propre du sage que de savoir s'arrêter à temps. Vous avez dépeuplé toute la Basse -Saxe, mais croyez -vous que quarante mille mercenaires allemands soient en état de tenir tête à dix nOIe Anglais libres? Ils peuvent ravager leur pays; le conquérir, jamais. Mais c'est vous qui dites : Nous voulons codquérir. Quoi? La carte de l'Amérique. Je me sens fort sur ce . point, et me voici prêt à entrer en lice avec tout homme le I guerre. Qu'avez- vous fait lorsque vous n'avez plus été assistés par vos flottes? Si vos troupes se rassemblent dans leurs quartiers d'hiver, elles y meurent de faim; si eOes se dispersent, l'Américain les enlève. J'ai appris ce qu'il faillait penser des espérances du printemps et des promesses de l'hiver. Je connais les discours fastueux des minfetres. Mais surviennent enfin les tempêtes de l'équinoxe. Les ninistres vous disent que vous aurez une armée aussi forte que celle de Tannée dernière, qui n'était pas assez forte. Vous n'avez encore acquis dans l'Amérique, que des cantonnements. Vous avez enseigné pendant trois années consécutives, l'art de la guerre aux colons. Ils se sont montrés d*habiles écoliers, et j'ose affirmer à vos seigneuries
CAUSE QUATRIEMB. (1778.) 403
qo'il 7 a en Amérique un nombre suffisant d'officiers capables de commander les armées de tous les potentats de VEorope. Vous avez envoyé trop de troupes dans vos colonies poarj faire la paix; pas assez pour 7 faire la guerre. Je suppose que tous en acheviez la conquête: qu'en résultera-t-îl? Ferez -vous qu'ils vous respecteront? Ferezfins qu'ils vous aimeront? Ferez-vous qu'ils ne s'habilleront qse de vos étoffes? Jamais. Ils vous rendront pour prix de cette guerre cruelle une haine irréconciliable. Il vous en coûtera douze millions de 1. sterling* par an, pour donner l'Amérique i la France. Tous les avantages, tous les bénéfices seront pHT elle, et la vieille Angleterre payera pour tous. Votre commerce languit, vos impôts s'aggravent, vos revenus diniDoent: et pendant ce temps, la France accroît ses forces; elle attire à elle ce commerce qui formait vos matelots, qui alimentait vos iles , qui était le principal fondement de Titre richesse, de votre prospérité et de votre puissance. On a tenté Tasservissenient absolu: que l'on tente l'entier nAressement des griefs. Le parlement fera voir ainsi que m esprit est incliné à la paix; et la voie de la conciliation mn ouverte. Les ministres affirment que les insurgés ■'ont pas encore traité avec la France: je veux le croire; leur honneur est à couvert. Mais si demain l'on apprend que ce traité existe, demain il faut déclarer la guerre à la France, n'eussions -nous que cinq vaisseaux dans nos ports. Hais la France prolongera les délais autant qu'il sera en lOB pouvoir, pour nous voir nous consumer. Nous voilà imcàla merci de toutes les petites chancelleries de l'AUevàgnel et les prétentions de la France croîtront chaque iour Jusqu'à ce qu'enfin elle jette le masque, et devienne Nurtie principale ou dans la paix ou dans la guerre. On Murle de la dignité de la couronne: mais n'en perdra-t-elle f%3 moins en révoquant ses, lois qu'en se soumettant aux lemandes des chancelleries germaniques? Nous sommes les issaillants: nous avons attaqué les colons aussi réellement lue l'Armada espagnole voulait attaquer l'Angleterre. La
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compassion et la clémence ne peuvent nuire. Le trône du roi «era consolidé par l'amour des peuples: des millions d'hommes qui aujourd'hui le maudissent et s'arment contre lui, invoqueront le ciel en sa faveur. La révocation des lois, l'amnistie, produiront des dissensions en Amérique, la concorde en Ang-leterre. Mettez donc l'Amérique dans la possibilité de faire un choix: jusqu'à ce jour elle ne l'a pas eue. L'Angleterre lui a dit: Rends les aimes; elle a répondu comme les Spartiates: Viens les prendre,
NiM^autorité d^un tel homme, ni la force de son discours, ni les maux présents, ni la crainte mémo de ceux dont on était menacé, ne purent faire adopter la proposition du comte de Chatam.
Au reste, que la marche des ministres en cette conjoncture, fût libre ou forcée, lord North, dans la séance de la chambre des communes, du 25 février 1778, prononça un discours très-étendu sur les circonstances actuelles, dans lequel il disait entre autre: que la fortune s^était montrée tellement contraire, qu^il avait été impossible de s^assurer les avantages que Ton' s^était cru en droit d^espérer; et finit, en faisant remarquer que , bien que la Grande-Bretagne fût très en état de continuer la guerre, tant par le nombre de ses troupes et la force de sa marine, que par les ressources de ses finances, que Ton pouvait encore accroître par un emprunt à de légers intérêts, cependant, diaprés le désir dont tout bon gouvernement de-' vait être animé, de mettre fin à la guen*e, et surtout aux guerres civiles, le ministère s^était déterminé à soumettre aux délibérations de la chambre certaines propositions d^accommodement , dont il attendait les plus heureux résultats.
L^attention générale se manifesta par un profond silence 5 aucun signe d^approbation ne fut donné par Pun ou Fautre parti. Quelques-uns étaient saisis de crainte^ tous d^étonnement; tant était différent le langage actuel des ministres de ce qu^il avait été jusque- \àm On en concluait qu^ils y avaient été forcés par |uelque cause grave.
M. Fox saisit ce moment pour s^écrier que le traité Talliance entre la France et les États-Unis, était déjà ûgné: Tagitation et le tumulte devinrent alors extrêmes. Lord North fit la motion que le parlement ne pût, à Tavenir, imposer aucun impôt ou taxe dans les colonies de FAmérique septentrionale, sauf ceux qui seraient jugés avantageux au commerce 5 et que, dans ce cas, le produit en serait perçu sous Tautorité dae colonies respectives, pour être employé à leur uage et profit. Il proposa en outre, qu^il fût nommé dnq commissaires revêtus de la faculté d^applanir avec tonte assemblée ou personne, les différends survenus entre, la Grande-Bretagne et ses colonies, sous la réserve toutefois qu^aucun de ces accords ne pourrait avoir son effet, que lorsqu^ll serait ratifié par le parlement. Ces commissaires devaient être également autorisés à publier des armistices, partout où ils le jugeraient à propos, à suspendre les lois prohibitives, et généralement toutes les lois promulguées depuis le 10 février 1763, et à délivrer des amnisties à quiconque leur en semblerait digne. Us devaient enfin avoir la fa«- Gulté de nommer les . gouverneurs et les capitainesgénéraux des provinces pacifiées. Les bills proposés passèrent presque sans opposition dans le parlement;
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mais au dehors ils excitèrent un mécontentement presque général.
Ce fut au milieu de cette complication d^événe* ments et de révolutions nouvelles, tandis que toute la nation britannique en attendait impatiemment le résultat, que la cour de Versailles, ne pouvant cacher plas longtemps les engagements politiques qu^elle venait de contracter avec les Etats-Unis, fit remettre le 15 de mars 1778, par le marquis de Noailles, ambassadeur près la cour de Londres, à lord Weymouth, secrétaire d^Etat pour les affaires étrangères d^ Angleterre, la déclaration suivante, qui fut en quelque sorte le signal de la guerre.
N^- VI
Déclaration remise par le marquis de Noailles^ ambassadeur de France près la cour de Londres^ à lord îfeymoutk, sea'étaire d'État de S. M. Britannique; du iS
mars 1778,
,,Les Etats-Unis de rAmërique septentrionale , qui sont •,en pleine possession de l'Indépendance, prononcée par leur acte „dn 4 juillet 1776, ajant fait proposer au roi de consolider „par une convention formelle les liaisons qui ont commencé „à s'établir entre les deux nations, les plénipotentiaires „respectifs ont signé un traité d'amitié et de commerce, „destiné à servir de base à la bonne correspondance ma- „tuelle."
„S. M. étant résolue de cultiver la bonne intelligence „subsistante entre la France et la Grande-Bretagne, par „tous les moyens compatibles avec sa dignité et avec le ,4>ien de ces sujets, croit devoir faire part de cette démarche
' y^ la cour de Londres, et lui déclarer en même temps que „les parties contractantes ont eu Tattention de ne stipuler ,,ancun avantag^e exclusif en faveur de la nation française, ,,et que les Etats-Unis ont conservé la liberté de traiter avec ,,tootes les nations quelconques, sur le même pied d'ég>alité „et de réciprocité. En faisant cette communication à la „coiir de Londres, le roi est dans la ferme persuasion qu'elle „j trouvera de nouvelles preuves des dispositions constantes „ei sincère de S. M. pour la paix ; et que S. M. Britanni- „qoe, animées des mêmes sentiments, évitera de son côté „toui ce qui pourrait altérer la bonne harmonie, et qu'elle „prendra particulièrement des mesures efficaces pour empê- „clier que le commerce des sujets de S. M., avec les „Etats-Unis de l'Amérique septentrionale, ne soit troublé, et „ponr faire observer à cet égard les usages reçus entre „nations commerçantes, et les règles qui peuvent être cen- „sées subsistantes entre les couronnes de France et de la „Grande-Bretagne."
„Dans cette juste confiance, l'ambassadeur soussigné pour- „rait croire superflu de prévenir le ministère britannique que „le roi, son maître, étant déterminé à protéger efficacement „la liberté légitime du commerce de ses sujets, et de sou- „tenir Fhonneur de son pavillon, S. M. a pris, en consé- „qnence, des mesures éventuelles avec les Etats-Unis de ,4'Amérique septentrionale.''
Cette déclaration, si grave par son objet , et remise assez brusquement par Tambassadeur français, blessa vivement Torgueil nationaL Lord North communiqua, le 17 mars, la note du ministre de France à la chambre des communes, avec un message du roi, contenant en substance, que dès que la déclaration de la cour de Versailles était parvenue à S. M., elle en avait rappelé son ambassadeur, qu^elle avait ordonné par voie de représailles la saisie de tous les bâti-
ments français qui se trouvaient dans ses ports; que c'était malgré elle que la tranquillité de FBurope était troublée, puisqu'elle ne pensait pas qu'on pût lui reprocher de s'être montrée sensible à une agression aussi iiyuste que non provoquée contre l'honneur de sa couronne et les intérêts directs de son royaume, agVession contraire aux assurances les plus solennelles, attentatoire aux lois des nations, et injurieuse aux droits de toutes les puissances souveraines de l'Europe. Le roi terminait en disant que, plein de confiance dans le zèle de ses peuples, il espérait se voir en état de se défendre contre les insultes, de repousser les attaques, de maintenir et de conserver la puissance et la dignité de sa couronne.
Cette résolution ne surprit personne: elle était déjà l'objet des entretiens publics. Lord North vota l'adresse ordinaire de remerciment au roi, avec l'assurance de l'appui du parlement. Un député, nommé Baker, demanda que S. M. fût prié d'éloigner de ses conseils les personnes en qui la nation ne pouvait plas mettre aucune espèce de confiance. Cette motion fut vivement appuyée. C'est alors que se leva le gouverneur Pownal, homme d'importance, et distingué par une connaissance particulière des afiîtires de l'Amérique, pour prononcer le discours suivant :