‹ Nouvelles causes celebres du droit des gensChapitre 21 sur 33 · N° VD · texte numérisé non relu

N° VD

Discours du gouvei^neur Pownal en faveur de Finàé-

pendance des Etats-Unis.

„Je ne croîs pas que ce soît dans ce jour solennel q«' . „va décider du rétablissement immédiat ou de la ruine îrrc-

„parable de la patrie, qu'il convienne d'examiner si les inl- „nistres actuels doivent continuer à dirig'er le vaisseau de „rétat au milieu des tempêtes, ou en remettre le g-ouvernail „en d'autres mains. Des soins plus g-raves, si je ne me ^trompe, réclament toute votre attention. Quels que soient, „en effet, ces ministres contre lesquels j'entends murmurer „autour de moi, si nous sommes capables de prendre aujourd'- „hni une résolution judicieuse, je ne doute pas qu'ils ne „soîent ég'alement capables de l'exécuter avec succès. „Mais si, persistant dans les mesures qui nous ont jetés „dans cette crise funeste, nous ajoutons à nos anciennes „erreurs, une erreur nouvelle, ni ces ministres, ni d'autres „ne pourront nous conduire au port. D'ailleurs, ceux d'entre „iions qui sont avides de remonter aux causes de nos revers, „et qui les imputent aux serviteurs actuels de la couronne, „iie vont-ils pas avoir toute liberté d'approfondir ce sujet „dans le jug-ement solennel qui s'ouvre en présence de „cette cbambre? De quoi s'ag-it-il, et quel est l'objet de „noâ recherches? L'infidèle et superbe France se lève „contre nous; elle nous menace de la g'uerre, si nous osons „nous montrer sensibles aux outrag-es, si nous n'acceptons „pas les étrang'es conditions qu'elle nous prescrit. Quel „est le citoyen zélé pour sa patrie, quel est le Breton qui „ne s'indigne pas, qui ne brûle de la soif de la veng'eance, „aa récit des sanglantes insultes d'une implacable rivale? „Et moi aussi, le sang* ang-lais coule dans mes veines: je „le sens aux transports qui m'animent, j'approuve les résolu- „tions nobles et g-énéreuses. Mais ce que je condamne, ce que ,Je condanmerai tant qu'il me restera un souffle de force et „de vie, c'est que l'on veuille nous précipiter dans deux guer- 5,res, an lieu d'une seule, et que Ton aime mieux joindre un 5,nouvel ennemi à l'ancien, que de se réconcilier avec celui-ci 9,pour marcher ensehible contre l'autre. Vaincre la France „et l'Amérique ensemble, est une entreprise qu'il faut rang-er ,,au nombre des événements impossibles: triompher de la 9,première, après avoir désarmé la seconde, est non-seule-

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,,ment possible, mais facile. Mais pour atteindre ce bat, ,,il faut reconnaître ce que nous ne pouvons plus empécber ,,dësormais , je veux dire Tindépendance américaine. Or, ,,quels obstacles s'opposent à une résolution aussi salutaire, „ou par quelles raisons peut -on la combattre? Sera-ce „le désir de la g-loire ou l'honneur de la couronne? Mais „rhonneur réside dans la victoire, la honte dans la défaite, „et dans les affaires d'état l'utile est Fbonorable. Con- „sidérons en outre, que reconnaître l'indépendance des Etats- „Unis, c'est reconnaître non-seulement ce qui est, mais en- „core ce que nous avons déjà reconnu, si non dans les „formes, du moins par le fait. Dans les bills mêmes de „conciliation que nous venons d'adopter, nous avouerons, si „nous voulons être vrais, que nous avons renoncé à toute „espèce de suprématie. Si notre intention est de la main — „tenir, nous avons trop accordé; mais' trop peu, si notr „désir de la paix est sincère. Nos efforts mêmes poo: „retenir les Américains dans notre dépendance, leur feron. „mettre plus de prix à se montrer indépendants. On n „Ghan^c pas aussi facilement des inclinations invétérées, & „ce n'est pas en un instant que l'on renverse des résolu „tions enfantées par de long-ues et profondes méditations." „Entrons dans un examen attentif, H nous serons biento „convaincus que la conduite des insurg'és n*est point Teffe „d'un transport de fureur momentanée ou d'effervescence passa „g'ère; mais l'accomplissement bien positif d'un dessein mure „ment délibéré. Ils ont d'abord sondé les gnésj et les trou „yant sûrs ils les ont passés: ils n'ont pas fait un „qa'il n'ait été préparé par le succès de leurs armes, o „provoqué par le voeu unanime des peuples. N'avaient-ii „point rédig'é, dès 1774, cette déclaration des droits in ^compatible avec la suprématie britannique? Ne l'ont-il „pas confirmée par le manifeste qu'ils ont publié pour jus— - „tlfier leur insurrection? Et n'ont-ils pas définitivement- „proclamé leur indépendance, qui n'est que le comble et 1^ „perfectionnement de cet ouvragée, auquel ils travaillaient

^depuis si longtemps, aidés par la nature même des choses, ,,et qalls ont si vaillamment défendu dans trois campag-nes ^^successives? Si, lorsque ce peuple se voyait abandonné „par les potentats de l'Europe, et laissé seul dans la carprière teinte de son sang-; si, lorsque tous ses efforts ne „produisaient que d'affreux revers; si, lorsque son sort „paraissaît désespéré aux yeux du monde entier, il ne se „montra pas une seule fois disposé à plier, si, au contraire, „son inébranlable constance prit le caractère d'une invincible „obstination, que pouvons nous espérer aujourd'hui que la „fortune semble s'être déclarée pour lui, que non-seule- „ment il a su résister à nos armes, mais que d'un côté, „après une glorieuse victoire, il a désarmé les troupes „r07ales les plus valeureuses, et que, de l'autre, il assiège „étroitement dans les murs d'une seule ville une armée na- „giière triomphante? Que pouvons -nous espérer quand il „Yoit l'Europe se lever pour sa défense, quand, reconnu „lndépendant par les plus puissantes nations, il traite avec „elles comme égal, et s'assure de leur alliance; quand déjà „la France se déclare, quand l'Espagne va l'imiter, quand la „HoIlande s'apprête à les suivre ? Est-ce aujourd'hui, je le „répète, que nous pouvons attendre que le peuple américain „abjure le gouvernement libre et national qu'il s'est donné, „poar se soumettre aux lois qu'il nous plaira de dicter à „chacttne de ses provinces? Comment nous flatterions-nous „de vaincre, entouré de ses alliés, l'ennemi qui seul a re- „poussé vos attaques? La France abonde en guerriers in-- „trépides, elle en inondera les plaines de l'Amérique: et „je demande alors si nous aurons la force non de conquérir, „mais de résister. Nous voyons d'ici les côtes de la France, „nous les voyons se couvrir d'apprêtés maritimes formida- „bles: qui nous assurera donc que nous ne devons pas re- „douter d'être attaqués nous-mêmes sur le territoire ou nous „méditons la ruine de l'Amérique qui nous combat, et de „la France qui la seconde? Il faudra donc que les soldats „que nous aurions pu envoyer en Amérique, demeurent dans

,,Ia Grande-Bretag-ne , pour défendre nos saintes lois, nos ,,aatels sacrés et la patrie même, contre la fureur des ,,Français. Déjà la nombreuse flotte de Brest s'apprête à ,,mettre à la voile, déjà les côtes de la Normandie se g'amis- ,,8ent de troupes qui menacent de descendre sur notre terre ^natale. Et nous, que faisons-nous en attendant? Nous „sommes à délibérer s'il vaut mieux avoir plusieurs ennemis „qu'un seul, s'il est plus expédient de combattre à la fois „rAmérique et TEurope conjurés pour notre perte, que d „faire tète à l'Europe avec les armes de l'Amérique réunie „aux nôtres."

„Mais, suis-je le seul à soutenir que le salut de l'Angle „terrre est attaché au parti que je propose? Tous leshom „mes sensés partag^ent mon opinion; la voix unanime de „penples la répète: les fastueuses mais vaines déclamation „des ministres ne leur font entrevoir que des maux irré „parables, prêts à fondre sur la patrie. En voulez-vo „une preuve trop certaine? Les fonds publics ont baiss „dës qu'il a été question de cette nouvelle folie ministérielle „de cette obstination plus écossaise qu'angolaise. Dites-no „ministres, tantôt si crédules dans vos idées, tantôt si opi „niàtres dans vos résolutions, si vous avez aisément rem „remprunt de ces jours derniers, et quel est Fintérêt que „vous en payez. Mais vous vous taisez. N'en serait-ce „donc pas assez pour vous démontrer combien vos mesures „spnt funestes? Je sais que quelques individus répandent, „que reconnaître l'indépendance serait un parti peu honorable, „et qu'il n'offre même aucun avantage certain, puisque rien „ne nous garantit qu'il puisse satisfaire les Américains. „Mais comment se résoudre à croire qu'ils puissent préférer „ralliance de la France à la nôtre? Ne sont-ce plus ces „niêmes Français qui jadis voulurent les soumettre? Ceux, „dont les voeux ne seront accomplis que lorsqu'ils auront „détruît jusqu'au nom anglais, et l'idiome national même? „Comment peut -on douter que les Américains n'aient ;„pas encore réfléchi que l'Angleterre, leur égide, une

„fois renversée, ils seront livrés sans défense au pou- ,,Yoir de la France, qui en disposera à son gré? Comment „enfin, ne s'apercevraient-ils pas de Tartifice des Français, ,,artifice non nouveau, mais préparé et rendu plus dangereux „par notre propre imprudence? Ils travaillent ouvertement „à rompre notre union, pour nous écraser séparément. Les „insurgés, il est vrai, préféreront, à la soumission, Tamitié „et Talliance des Français; mais crojez-moi, quand je vous „affirme qu'ils aimeront infiniment mieux se voir à la fois in- „dépendants et alliés de la Grande-Bretagne. D'ailleurs, „quelqu'un de vous ignore-t-il que les Américains sont ani- „més d'un levain secret contre la France^ qui dans cette „négociation même, a trafiqué de leurs maux, et mis à prix „leur indépendance? Faisons tourner à notre profit, si nous „sommes sages, l'avarice du cabinet de Versailles, et sachons „ainsi nous faire des amis de ceux que nous ne pouvons „plas avoir pour sujets. Indépendamment des motifs que , je viens d'exposer, l'intérêt seul du commerce mutuel suffirait „pour que les Américains ne balançassent jamais entre l'a- „mitié des Français et la nôtre."

„Mais, pourquoi accumuler les arguments pour vous per- „suader ce que je puis vous démontrer jusqu'à l'évidence en ^,un instant? J'ai vu et lu de mes propres yeux une lettre „éGrite par Benjamin Franklin, homme, vous le savez tous, „d'une autorité irréfragable auprès de ses compatriotes. Eh „bien! dans cette lettre expédiée pour Londres depuis la si- „gnature du traité d'alliance entre la France et le congrès, „il affirmait que si la Grande-Bretagne voulait renoncer „à sa suprématie, et traiter avec les Américains comme „avec une nation indépendante, la paix serait immédiatement ^rétablie. Ce ne sont point là les nouvelles ni les fables „dont nos bons ministres se laissent bercer par les émigrés. „Mais si nous pouvons compter sur l'amitié et l'alliance de „r Amérique indépendante, il n'est pas moins évident qu'au „lieu d'en devenir plus faibles, nous n'en serons, malgré „la séparation, que plus aptes à attaquer, et plus vigoureux

^pour nous défendre. Considérez en effet, qa*ane partie ,,de cette armée qui se consume maintenant sans fruit dans ,,nos colonies, pourrait être alors utilement employée à ,,former les g>arnisons du Canada et de la Nouvelle-Ecosse, „qu'elle garantirait de toute insulte. Le reste de ces forces ^servirait à g-arder nos îles et à attaquer celles de la France, „qui, prises ainsi au dépourvu, tomberaient inévitablement „dans nos mains. Quant à notre marine, nous pourrions „la répartir de manière à couvrir à la fois toutes nos pos- ^sessions et notre commerce dans les deux mondes. Dé- „livrés ainsi de toute inquiétude relativement à l'Amérique, „nous aurons la faculté de tourner sans partage notre at- ^tention et nos forces vers la France, et de lui faire payer „cher ses présomptueuses menaces."

„D*aprës ces considérations, je demande que, dédaignant „les demi-mesures, les pouvoirs des commissaires envoyés ^en Amérique soient étendus: je demande qu'ils soient aa- „torisés à traiter et reconnaître les Américains comme une „nation indépendante, sous la clause expresse toutefois, „qu'ils conclueront sur l'beure même avec nous un traité de „commerce, et une alliance offensive et défensive. Et alors, „si je ne m'abuse, nous retirerons plus d'avantage de cette „seule démarche que de plusieurs victoires dans une guerre „désespérée.'*

„Mais loin de là, si nous persistons dans notre opinià- „treté, nous apprendrons à notre irréparable préjudice, com- ^bien il en coûte de croire plus aux apparences qu'à la „réalité, et où conduisent les funestes conseils de la fureur „et de l'orgueil. Oui, soyez convaincus que si les commis- „saires n'ont pas l'autorisation de reconnaître l'indépendance, „leur mission en Amérique, avortera complètement: or, ne „vaudrait-il pas mieux ne point les y envoyer, que de les „exposer à la honte et à la dérision?"

Ces considérations^ graves en elles-mêmes, et le ton imposant de Torateur, firent une vive impression

sur Tesprit de ses auditeurs ; Ton apercevait que plusieurs membres du parti ministériel commençaient à chanceler. Mais le ministre de la guerre, Jenkinson, personnage d^un grand crédit, répondit aussitôt par le discours suivant:

N^ Vin.

Discours du ministre de la guerre^ en réponse à celui

du gotiverneur Pownal.

,,Les nations, comme les individus, doivent obéir aux ,,principes du juste et de Thonnéte: elles le doivent d'autant „plus, que ce n*est g>énéralement que de ce côté que se „tronvent la g'ioire et la grandeur. Est-il rien, d'ailleurs, „de plus funeste à la félicité des états, que l'incertitude et „11nstabi1ité des conseils? Elles décèlent dans ceux qui „gouvement ou faiblesse on timidité d'esprit; elles les em- ,,péchent d'atteindre jamais le but qu'ils s'étaient proposé. „Cet axiome reconnu par toute cette assemblée , j'aurai pea „de peine, je l'espère, à lui persuader que dans la cause „actue11e, où nous voyons les bommes prévenus se passion- „ner pour de vaines chimères, il est aussi conforme à la , Justice et à notre dignité, qu'aux plus cbers intérêts de ,,1'état, de ne point nous écarter de la route que nous sui- „yon9. Pour quelque partie que la fortune se déclare, la „gnerre que nous faisons est une guerre juste. Ainsi l'a „décrété la sagesse du parlement; ainsi l'a proclamé la voix „des peuples; ainsi le veut la nature même des choses. „Maîs, si l'on demande pourquoi cette guerre n'a pas été „plus heureuse, je répondrai que ce n'est pas ici le moment „d'en rechercher les causes. Quoiqu'il en soit, le défaut de „réussite a fait qu'aujourd'hui les Français nous insultent et ,,nous menacent. Y a-t-il ici quelqu'un qui veuille que, ,,dans une telle situation, la Grande-Bretagne perde tout ,,conrage, qu'elle s'abaisse à de honteuses résolutions, et

,,qne de peur des Français, elle s'avoue vaincue par s^; ,,anciens sujets? Mais que dis-je? Il est des hommes q^j ^veulent que nous ajons peur de nous-mêmes: il le^j ,,semble déjà voir les étendards français flotter aux port^a^ ,,de Londres. Mais, dédaig'nant les vaines terreurs de ces ^individus, que je ne sais si je dois appeler ambitieux on ^timides, je m'engage à démontrer que le chemin où nous ^marchons est non-seulement celui de la justice et de l'hon- „neur, mais qu'il doit encore nous conduire au terme de „nos voeux."

„Je dois commencer par demander à ces tendres amis „des rebelles, s'ils sont certains que ce soit l'Amérique en- „tière, ou seulement une poignée de factieux que leur as- „tnce et leur audace ont portés au timon des affaires, qui ré- „clame l'indépendance? Quant à moi, j'avoue que cette îndépen- „dance me semble plutôt une vision dont se repaissent quel- „ques cerveaux amoureux des nouveautés, en deçà et aa „delà de l'Océan, que l'objet réel du désir des peuples. „C'est ce qu'attestent tous les hommes sensés, qui ont va „de près cette multitude égarée; c'est ce que prouvent ces „miHiers de royalistes, qui ont couru se ranger sous les „drapeaux du roi dans le New -York, et qui ont combatta „pour lui dans les plaines de Saratoga et sur les rires „du Brandjwine. C'est enfin ce qu'attestent les prisons „mémes remplies d'habitants qui ont mieux aimé perdre la „liberté que de violer leur foi, et préféré s'exposer à la „mort que de prendre part à la rébellion. S'ils n'ont pa „faîre pour notre cause tout ce que nous pouvions attendre „de leur nombre et de leurs forces, il faut en accuser non „leur tiédeur, mais plutôt le zèle inconsidéré qui les a fait „éclater avant le temps. Tout nous persuade qu'à ces sujets „restés fidèles jusqu'à ce que l'Angleterre ait prétendu an „droit d'imposition, beaucoup d'autres se joindraient aujourd'- „hui qu'elle j a renoncé: déjà tous ont reconnu combien 0 „est plus doux de vivre sous le sceptre d'un prince équî- „table et modéré, que sous la tyrannie d'hommes nouveaux

^et ambitieux. Pourquoi omettrais-je ici les liens du sang*, ^1a langue commune, les intérêts mutuels, la Gonformité des ^moeurs, et le soutenir de l'antique union? J'invoque le ^témoignage même de mon adversaire, relativement à l'avarice ^et aux procédés outrageants de la France, pendant la né- ,,g^c!ation de l'alliance, et je demande, si à ce nouvel ami, cupide, arrogant et infidèle, les Américains ne préféreront i,pas d'anciens et affectueux concitoyens."

„Je ne passerai point sous silence un fait qui est à la ,,connaissance publique: les finances du congrès sont épuisées; ,,868 soldats sont nus et livrés à la famine; il ne peut sub- ,venir à aucun dés besoins de l'état; les créanciers n'ont ,mil recours sur leurs débiteurs; c'est un sujet sans cesse ,renaissant de scandale, de baines privées et de malédic- ,tions unanimes contre le gouvernement. Il n'est, parmi ,168 Américains, personne qui ne voie qu^en acceptant les ,t6nnes offerts par la Grande-Bretagne, le crédit public se ,r6lèverait, les propriétés particulières seraient assurées, et ,Pabondance renaîtrait dans toutes les parties du corps so- ,cial. Ils se prêteront bien plus ardemment à concourir à ,C6t état de prospérité, lorsqu'ils verront la puissante Anjg^Ieterre résolue à redoubler d'énergie pour continuer la ,gaerre. Certes, ils ne croiront pas que les secours qu'ils ,poarront recevoir de l'orgueilleuse France nous réduisent ,d6 sitôt à accepter de honteuses conditions. Oui, je crois ,déjà voir, ou je m'abuse étrangement, les peuples de l'A- ,nérique accourir sous l'étendard royal ; tout les j appelle, ,l6or fidélité envers le souverain,- l'amour du nom anglais, ,l'6spoir d'un meilleur avenir, leur éloignement pour leurs ,ioaveaux alliés; enfin, la.haine qu'ils portent à la tyrannie ^ congrès. C'est alors que nous nous applaudirons de notre ,constance; c'est alors que nous reconnaîtrons que le parti ,16 plus honorable, le plus digne d'un aussi grand royaume, ,6st aussi le plus avantageux et le plus sâr."

„Loin de penser que la nouvelle guerre contre la France 4oiv6 nous effrayer, je n'y vois que des motifs de meilleure I. 27

^espérance. Si Jusqu'à ce jour nous avons obtenu peu de ^^succès sur les Américains, quelle qu'en puisse être la cause, ,,où est l'Anglais qui ne se flatte et ne se persuade même ,,que les Français vont nous offrir les plus glorieux sujets ^de triomphe? Quant à moi, j'en trouve le gage dans le ^jsouvenir de nos anciens exploits, dans Tamour de notre ^antique gloire, dans Tardenir actuelle de nos soldats, et ^surtout dans la force de notre marine. Les avantages „que nous remporterons par terre et par mer sur les Français, ^compenseront les pertes que nous avons essuyées en Amë- „rique. Les insurgés vojant s'évanouir l'espoir qu'ils avaient „mis dans l'efficacité des secours de leurs nouveaux amis, „seront frappés de terreur; ils préféreront la paix certaine „d'un arrangement, à la future indépendance, rendue chaque ,Jour plus incertaine par les défaites multipliées de leurs „alliés. Qui oserait, en outre, affirmer que la fortune ne „nous deviendra point plus favorable sur le territoire même „de l'Amérique. Est-ce trop présumer que de croire que, „lorsque nos armées dirigeront leur marche vers les pro- „vinces ouvertes et fertiles qu'habitent les royalistes, elles „j seront plus heureuses qu'elles n'ont pu l'être dans des „régions montagneuses, sauvages et couvertes de rebelles? „Pour moi, je ne doute nullement que nous ne trouvions dans „Ia Géorgie et les Carolines d'amples dédommagements aux „malheareuses campagnes du New-Jersey et de Pensylvanie. „Mais supposons, ce qu'à Dieu ne plaise, de nouveaux revers, ,jje n'en soutiendrai pas moins qu'il faut poursuivre ce que „nous avons commencé. Si nous perdons nos colonies, nous ne „perdrons point l'honneur: j'aime mieux que l'indépendance ^américaine, si jamais elle doit exister, soit le résultat d'une „inexorable destinée, que d'une lâche condescendance 4e „notre part La France nous trouvera-t-elle tellement dé- „bonnaîres, que l'ombre seule de son înîmiUé nous déter- „mine à lui abandonner nos possessions, à lui céder toute „notre gloire, nous qui avons encore devant les yeux „le temps où, après avoir par nos victoires multipliées

^abakisé son orgueil et sa puissance , nous parcourions ,^en triomphe toutes les mers et tout le continent de ,,rAmëriqae? De quel pays sont donc les auteurs de ^si timides conseils? Anglais , peut- être? Quant à moi, ,Je ne puis le croire. Qui sont ces esprits assez puisillani- ^mes pour vouloir nous ravir notre énergie? Sont-ce des ^femmes ou des enfants? J'inclinerais à le penser, si je ne ,,les voyais souvent apporter au milieu de nous leurs sinis- ^^tres présages, et possédés de la funeste manie de médire ,,de leur patrie, se complaire à disserter sur sa faiblesse „et à exagérer la puissance d'un ambitieux ennemi. Et ^quelle est donc cette France qui doit nous faire trembler ,,mi se montrant? On sont ses matelots exercés aux ma- „iioeuvres? Où sont ses soldats formés dans les combats? „Je dirai à ceux qui ne le savent pas, ou qui feignent de ne „lè point savoir, qu'elle est dans ce moment même attaquée ^d'un mal interne qui paralysera ses forces quand elle voudra j^ mouvoir. Qui de vous ignore, qu'elle éprouve un dé- ^dt annuel de trente millions? Qui ne sait qu'elle compilerait vainement sur des emprunts, les riches capitalistes „j étant aussi méfiants que rares? Et non-seulement la ,,déiance j est extrême, mais l'opinion j est contraire à ,^ nature du gouvernement. Les fréquentes recherches ^auxquelles on s'est livré en France sur les matières d'état, „ont déjà produit que partout Ton entend dire que le ,,Tingtième est un don gratuit, que chacun a le droit de ,Juger de sa nécessité et d'en surveiller l'emploi. Bien „plus, on commence aussi à éprouver en France les funes- ,,tes elTets du zèle ardent avec lequel on a épousé la cause ,,des Américains. Les principes monarchiques, suivis et ^défendus si longtemps par les Français, sont déjà souillés. „par le mélange des maximes républicaines. Ces semence» y^ liberté énervent toujours le gouvernement, et si elles ger- ,^ent, si elles se propagent, nous verrons la cour de Versail- ,,Ies livrée, autant que nulle autre, aux orages des partis."

,,J*enteiids parler de la difficulté des emprunts parmi nons^ 9,et de la baisse des fonds publics; mais déjà les préteurs ,,se sont présentés, déjà ils ont yersé les premiers termes: ,,rintérét qu'ils ont demandé, non -seulement n'est point ,,usuraire, mais il est même beaucoup pins modéré que Ten- „nemi ne l'aurait souhaité, ou que ne Tannonçaient des ora- „teurs de mauvaise au^re. Quant à la baisse des fonds, „elle a été peu importante, et déjà ils se sont relevés. „BIais que dirai -je du g>rand épouvantail de Tinyasion „française? Nous avons une marine formidable, trente mille „hommes d'excellentes troupes réglées; nous pouvons en „un instant rassembler un aussi grand nombre de milices, „que la France se désistera de ses projets, ou qu'elle re- „grettera amèrement d'en avoir tenté l'exécution. On ne „triomphe pas aussi aisément des Bretons: leur patrie n'est „pour,(|iii que ce soit une proie facile. On dit encore qoe „les Américains sont prêts à entrer en alliance avec nous, „qu1ls en ont manifesté le voeu; et aussitôt des hommes „crédules ont embrassé cette idée. Ne savons nous pas „que ceux qui ourdissent ces menées, si toutefois l'on doit „préter l'oreille à de telles rumeurs, sont les mêmes qoi „ont violé la capitulation de Saratoga, les mêmes qui em- „prisonnent, qui torturent, qui massacrent les fidèles sujets „du roi? Pour moi, je crains le don et celui qui le pré- „sente; je crains les embûches américaines; je crains les „suggestions des Français; je crains qu'ils ne veuillent nous „avilir par le refus, après nous avoir trompés par leurs „ofirres."

„Jusqu'ici, je ne vous ai entretenu que de ce que la „politique exige de vous; je vais vous retracer maintenant, „en peu de mots, ce que la reconnaissance, la justice et l'hu- „manité vous prescrivent. Songez à ceux qui, au milieu „des fureurs de la rébellion, se sont conservés fidèles au „roi, à vous, à la patrie. Prenez en pitié ceux qui ont „mis tout leur espoir dans votre constance. Ayez com- „passion des femmes, des veuves, des enfants de ces in-

^ortonées, qui, maintenant exposés sans défense à la fureur yfies insurgés, implorent le ciel pour la prospérité des armes ,yro7aIes, et n'entreroient d'autre terme à leurs tourments, „que dans votre victoire. Voulez-vous, en les abandonnant, „faire retomber sur eux la foi qu'ils ont eue en vous? Les „Anglais montreront -ils moins de longanimité dans leur „propre cause, que les royalistes américains n'en font pa- „raitre? Ah! ces infâmes maximes ne furent jamais celles „de ce généreux royaume! Déjà, au contraire, il me semble „Toir vos nobles coeurs se gonfler de courroux: déjà, ,g'entends vos cris demander vengeance d'aussi cruels ou- ,,trages, tandis que vos mains saisissent les armes qui vont ,,vous l'assurer. Allez, remplissez le destin que le ciel „vous réserve. Sauvez l'honneur du royaume, secourez „Ies malheureux, protégez la fidélité, défendez la patrie. „Que l'Europe reconnaisse, et que la France i^prouve, „à ses dépens, que c'est le pur sang britannique qui coule „encore dans vos veines."

„Pour résumer en peu de mots ce que je sens et ce „que je pense, je fais la motion que la proposition de mon „adversaire étant écartée, le roi soit assuré que ses fidèjes „communes, sont prêtes à lui fournir les moyens nécessaires „ponr soutenir l'honneur de son peuple et la dignité de la „coaronne."

Dès que le ministre de la guerre eut cessé de parler, il se manifesta dans la chambre une vive agitation. Enfin, Ton alla aux voix, et il fut voté presqu^à Punanimité qu^une adresse de remercîments serait présentée au roi, que Ton poursuivrait la guerre contre lesf colonies, et qu^on la déclarerait à la France.

Les pairs délibérèrent sur le même objet , le 7 avril; mais après que le duc de Richmond eut prononcé un discours très-substantiel et très- véhément,

422 CAUSE QUATRlisME. (1778.)

pour prouver quMl était temps de donner une autres direction aux affaires du royaume 5 et de reconnaître^ Tindépendance de TAmérique, le comte de Chatam^ qu5 malgré Tinfirmité mortelle qui Taccablait, s^était train au parlement, se leva, et exprima dans un discouri énergique toute Tindignation que lui inspirait Tidée seul de la renonciation à la souveraineté de FAmérique.

N^- IX

Discours du comte de Chatam.

,,MiIords, je me sois transporté dans cette enceinte, au- ,Joard']iai, en rassemblent le peu de forces qui me restent, ,,poar exprimer l'indig-nation dont je suis pénétré, en voyant „que Ton cherche à vous démontrer qu'il faut renoncer à la ^souveraineté de l'Amérique. Je me réjouis de ce que le ^,torabeau ne s'est pas encore fermé sur ma dépouille mor- „telle, de ce que je respire encore pour élever ma voix ^contre le démembrement do cette antique et noble mo- „narchie. Accablé comme je le suis, et presque terrassé „par mes maux, je ne puis être que d'un faible secours i „ma patrie, dans une crise aussi effrayante. Mais, milords, „tant qu'il me restera un souffle de vie, je ne consen- „tiraî jamais que Ton prive les augustes rejetons de la „maison de Brunsvick, les héritiers de la princesse Sophie, „de la plus belle part de leur succession. Ou est celui qni ^,ose donner un tel conseil? S. M. a hérité d'an empire „aussî vaste en étendue qu'intact dans son honneur. Ter- „nirons-nous l'éclat de notre nation, en renonçant à ses droits „et à ses plus belles possessions? Faudra-t-il que ce noble „rojaume, qui a survécu dans son intégrité aux ravages des „Danois, aux incursions des Ecossais, et à la conquête des ,,Normands, qui, enfin, a bravé et confondu les menaces de yjV Armada espagnole, tombe aujourd'hui prosterné aux pieds

CAUSE QUATRIÈMB. (1778.) 423

^de la maison de Bourbon? Certes , mOords, cette nation ^n'est plus ce qu'elle était. Un peuple qui^ il n'y a en- ,,core que 17 ans, était la terreur de l'univers , pourra-t-il ^ys'abaisser maintenant jusqu'à dire à son plus cruel ennemi: „Tiens, prends tout ce que] nous possédons; seulement, „donne-nous la paix? Non, je ne puis encore le croire.' ,,Aa nom de Dieu, si nous devons opter entre la paix et „la guerre, et que l'une ne puisse se maintenir, pourquoi „ne pas commencer l'autre sans hésiter? J'ignore, à la vé- „rité, quels sont les armements qui se font dans ce royaume; „mais je me flatte, du moins, qu'ils sont suffisants pour dé- „fendre nos justes droits. Mais, milords, tout parti vaut „mieux encore que le désespoir. Réunissons-nous pour faire „nn effort, et, si nous devons tomber, tombons comme des „hoBmies."

Le comte de Chatam ayant fini de parler , le duc de Richmond reprenant la parole lui répondit avec beaucoup d^égardsj il essaya de prouver que la conquête de rAmérique à main armée, était devenue impossible j qu^en conséquence il était plus sage de se rattacher par un traité d^alliance , que de la jeter dans les bras de la France. Le comte de Chatam voulut répliquer, tenta trois fois à se lever: mais ses efforts furent vains ; il tomba enfin évanoui sur son siège (^). Cet événement ayant causé une agitation et un désordre extrême, le duc de Richmond demanda, que, vu cette calamité publique, la chambre s^ajournàt au lendemain.

(1) Le duc de Cumberland et quelques autres des principaux membres de la chambre haute s^empressérent de le secourir. Ils le transportèrent, toujours sans connaissance, dans la pièce voisine, appelée le Salon du prince. Ce fut le 11 mai que William Pitt, comte de Chatam, mourut dans sa soixante-dixième année.

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ce qui fut accordé. Le jour suivant, la motion du duc de Richmond fut remise en délibération; mais elle fut rejetée à la majorité des voix.

La cour de Versailles n^eut pas plutôt reçu la ^ nouvelle de la manière hostile dont S. M. Britannique avait répondu à la déclaration du marquis de Noailles, qu^elle expédia dans tous ses ports Tordre de mettre Fembargo sur tous les bâtiments anglais (^). La France, sortant ainsi de Tétat d^hésitation qu^elle avait dâ s^imposer, sentit qu^il était de sa dignité de prendre Fattitude qui convient à une grande et puissante nation. Elle voulut perfectionner Fouvrage commencé par sa déclaration, et rassurer les esprits de ses nouveaux alliés par une démarche sur laquelle il ne fut plus possible de revenir sans honte. Il fut résolu en conséquence que le roi recevrait les agents américains en audience publique, et les reconnaîtrait ainsi solennellement en leur qualité d^ambassadeurs d^une nation libre et indépendante. Cette audience si mémorable, et tel que Thistoire n^en oflfre peut-être point d^exemples, eut lieu le 21 mars ,1778f).

(1) Cette mesure, prise réciproquement par les deux puissances, ne produisit que peu d'effet: les capitaines des navires marchands, prévoyant une rupture, s'étaient hâtés de regagner leurs côtes.

(2) Il est à remarquer encore, que Ton observa en cette occasion exactement le même cérémonial et les mêmes formalités en usage lors des audiences solennelles données par les rois de France aux représentants des nations souveraines. Les Américains eurent en cette occasion à se féliciter d'un sort plus favorable que celui des autres nations qui étaient parvenues avant eux à l'indépendance; comme les Suisses et les Hollandais particulièrement, qui ne purent

Tout s^acheminait ainsi à une rupture ouverte entre 1 es deux états, et Ton s^attendait à des hostilités pro- ^^haines, quoique la guerre ne fût encore déclarée ni «l^un côté ni de Tautre, selon les usages reçus en Europe. Tous les regards étaient attentifs pour voir lutter la France et F Angleterre : le choc de deux nations aussi puissantes faisait attendre des événements d^une haute importance. On ne tarda pas à voir s^allumer les premiers feux de cet incendie, qui bientôt embrasa les quatre parties du monde.

Le cabinet de Versailles ayant ainsi levé le masque, crut devoir après le long silence quHl avait gardé, publier le mémoire suivant pour exposer les motifs de sa conduite:

Exposé des motifs de la conduite du roi de France relativement à TAngletei^re, en 1779.

Lorsque la providence appela le roi au trône , la France joaissait de la paix la plus profonde. Le premier soin de S. M* fut de manifester à toutes les puissances son désir d'en perpétuer la durée; toutes applaudirent à des dispositions aussi heureuses : le roi d'Angleterre en particulier en tëmoi^a sa satisfaction et donna à S. M* les assurances les plus expressives d'une sincère amitié*

Cette réciprocité de sentiments autorisait le roi à croire, que la cour de Londres était enfin disposée à suivre une

qu'après bien des efforts et de temps, parvenir à se faire reconnaître indépendants, par les puissances mêmes qui les avaient aidés à secouer le joug de leurs anciens maîtres.

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marche plus juste et plus amicale que celle qu'elle avait nue depuis la paix conclue en 1763, et qu'elle mettrait terme aux procédés arbitraires, que les sujets du roi avai&xi/ éprouvés de sa part depuis cette époque dans les quatre parties du monde. S. M. se persuadait qu'elle pouvaA d'autant plus compter sur la vérité des protestations du roi d'Ang'leterre, que le g'erme de la révolution , que FAméiique vient d'éprouver , commençait à se développer de h manière la plus alarmante pour la Grande-Bretagne.

Mais la cour de Londres, prenant pour crainte ou poar faiblesse ce qui n'était que l'effet des dispositions pacifiques du roi, demeura fidèle à son ancien système: elle continua ses vexations et ses actes de violence contre le commerce et la navigation des sujets de S. M.

Le roi, jugeant le roi d'Angleterre d'après ses propres sentiments, lui déféra avec la plus grande francbise tous ses griefs , et il en attendait avec confiance le redressement; il 7 a plus, S. M., instruite des embarras que causaient à la cour de Londres les affaires de l'Amérique septentrionale, évita de les augmenter en insistant trop vivement sur des réparations que le ministère anglais ne cessait de promettre et d'éluder.

Telle était la position des deux cours , lorsque les procédés de celle de Londres forcèrent ses anciennes colonies de recourir à la voie des armes pour maintenir leurs droits, leurs privilèges et leur liberté. Tout le monde connait l'époque où cet événement éclata; les démarches multipliées et infructueuses des Américains pour rentrer dans le sein de leur mère patrie; la manière dont l'Angleterre les repoussa; enfin l'acte de l'indépendance qui en fut et dut être le résultat.

Létat de guerre où les Etats-Unis de l'Amérique septentrionale se trouvèrent nécessairement à l'égard de l'Angleterre, les força de se frayer un chemin pour arriver jusqu'aux autres puissances de l'Europe, et pour ouvrir un commerce direct avec elles: le roi aurait trahi les Intérêts

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les plas essentiels de son royaume, s'il eût refusé de les admettre dans ses ports , et de les faire participer aux avantages dont jouissent toutes les autres nations*

Cette conduite juste , sage et suivie par la plupart des autres états commerçants de l'Europe , engagea la cour de Londres à se permettre les plaintes et les représentations les plus amères: elle s'était persuadée , sans doute , qu'il lui suffirait d'employer le langage de son ambition et de sa iianteur, pour obtenir de la France des preuves d'une déférence sans bornes.

Mais aux propos et aux démarches les moins mesurées, le roi n'opposa constamment que le calme de la justice et de la raison: S* M. fit connaître sans détour au roi d'Angleterre, qu'elle n'était ni ne prétentait être le juge de sa querelle avec ses anciennes colonies, et que ce n'était point & elle à la venger; que par conséquent rien ne lui imposait l'obligation de traiter les Américains comme des rebelles, de leur fermer les ports de son royaume, et encore moins ëlnterdire à ses sujets tout commerce et toute espèce de liaison avec eux.

Cependant le roi voulut bien mettre les entraves, qui pouvaient dépendre de lui, à l'exportation des armes et des munitions de guerre, et il donna même l'assurance la plus positive, que non -seulement il ne protégerait point ce commerce, mais aussi qu'il laisserait à l'Angleterre une entière liberté de réprimer, selon les règles prescrites par les traités, et selon les lois et usages de la mer, tous ceux de ses sujets qui seraient trouvés en contravention à ses défenses* Le roi alla plus loin encore: il se fit un devoir scrupuleux d'exécuter les stipulations du traité de commerce signé à Utrecht, quoique l'Angleterre eut refusé dans le temps de le reconnaître dans toutes ses parties, et que la cour de Londres j contrevint journellement; S. M. défendit en conséquence aux corsaires américains d'armer dans ses ports, d'y vendre leurs prises, et d'y séjourner au delà du temps porté par le traité qui vient d'être cité; elle défendit même

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à ses sujets de faire Tachai de ces prises, et les mena de confiscation, dans le cas où ils transgresseraient ordres; ce qui a eu son effet.

Mais tous ces actes d'une complaisance anssi marquée^ tant de fidélité à remplir un traité que l'on aurait été autorisé à regarder comme non existant, étaient bien loin de satisfaire la cour de Londres: elle prétendait rendre le roi responsable de toutes les transgressions, tandis que le roi d'Angleterre ne pouvait pas lui-même, malgré un acte formel du parlement, empêcher ses propres négociants de fournir des marchandises, et même des munitions de guerre aox colonies.

Il est aisé de comprendre combien le refus de se prêter aux prétentions arbitraires de l'Angleterre dut blesser Tamour-propre de cette puissance, et réveiller son ancienne animosité contre la France: elle s'irrita d'autant plus, qu'elle commençait à éprouver des revers en Amérique; que tout lui pronostiquait la séparation irrévocable de ses anciens colons, et les pertes qui devaient en être la suite inévitable, et qu'elle voyait la France profiter d'une partie d'un commerce qu'elle avait repoussé d'une main indiscrète et s'occuper des moyens de faire respecter son pavillon.

Ce sont toutes ces causes réunies qui augmentèrent le désespoir de la cour de Londres, et qui la portèrent « couvrir les mers d'armateurs munis de lettres de marque d'une teneur vraiment offensive; à violer sans ménagement la foi des traités; à troubler sous les prétextes les plus frivoles et les plus absurdes, le commerce et la navigation des sujets du roi; à s'arroger un empire tyrannique en pleine mer; à prescrire des lois arbitraires, inconnues et niadmissibles; à insulter en plus d'une occasion,' le pavillon de S. M.; enfin à violer son territoire, tant en Europe qu'en Amérique, de la manière la plus caractérisée et la plus insultante.

Si le roi eut moins respecté les droits de l'humanité; s'il eut été moins avare du sang de ses sujets; enfin si, au

liea de suivre Fimpulsion de son propre caractère , il n'eût pris conseil qae de sa dignité blessée, il n'aurait point hésité un instant à user de représailles, et à repousser Tinsulte par la force de ses armes.

Mais S. M. fit taire son juste ressentiment; elle voulut combler la mesure des bons procédés, parce qu'elle avait encore assez d'opinion de ses ennemis, pour se flatter qu'à force de modération et de représentations amicales, elle réussirait enfin à les ramener dans la voie de la conciliation qae leur propre intérêt leur conseillait.

C'est par une suite de ces considérations que le roi déféra à la cour de Londres tous ses g'riefs, S. M. les fit accompa^er des représentations les plus sérieuses, parce qu'elle ne voulait point laisser le roi d'Angleterre dans l'ineertitade sur la disposition ferme, où elle était, de maintenir sa dignité, de protéger les droits et les intérêts de ses sujets, et de faire respecter son pavillon.

Mais la cour de Londres affecta de garder un silence offensant sur la plupart des offices de l'ambassadeur du roi, et lorsqu'elle se détermina à répondre, il ne lui en coûta rien de nier les faits les mieux prouvés, d'avancer des principes contraires au droit des gens, aux traités et aux lois de la mer, et d'encourager des jugements et des confiscations de l'injustice la plus révoltante, en excluant jusqu'aux moyens d'appel.

Tandis que la cour de Londres mettait à une si forte épreuve la modération et la longanimité du roi, elle faisait dans ses ports des préparatifs et des armements qui ne pouvaient avoir l'Amérique pour objet; leur but était par conséquent trop déterminé pour que le roi pût s'j méprendre, et dès lors il devint d'un devoir rigoureux pour S. M. de faire des dispositions capables de prévenir les mauvais desseins de son ennemi, et des déprédations et des insultes pareilles à celles de 1755.

Dans cet état de choses, le roi, qui, malgré des intérêts pressants, s'était refusé jusque-là aux ouvertures des

États-Unis de TAmérique septentrionale, sentit qu'il n'y avait plus an moment à perdre pour former des liaisons arec eux. Leur indépendance était prononcée et établie par le fait; TAng-leterre l'avait, en quelque sorte, reconnue elle-même en laissant subsister des actes qui tiennent à la souveraineté.

Si Tintention du roi eut été de tromper l'Angleterre, et de Finduire à faire de fausses démarches en la laissant dans Terreur, il aurait enseveli dans l'ombre du secret ses engagements avec ses nouveaux alliés; mais les principes de justice qui ont dirigé S. M., et le désir sincère de conserver la paix, la décidèrent à tenir une conduite plas franche et plus noble: S. M. crut se devoir à elle-même d'éclairer le roi d'Angleterre en lui notifiant ses li^dsons avec les Etats-Unis.

Rien ne pouvait être plus simple et moins offensif que la déclaration, que l'ambassadeur de S. M. remit au ministère britannique.

Mais le conseil de Saint-James n'en jugea pas de même, et le roi d'Angleterre, après avoir rompu la paix en rappelant son ambassadeur, dénonça à son parlement la démarche de S. M., comme, un acte d'hostilité, comme tme agression formelle et préméditée.

Cependant ce serait s'abuser de croire que c'est la reconnaissance que le roi a faite de l'indépendance des treize états de l'Amérique septentrionale, qui a Irrité le roi d'Angleterre; ce prince n'ignore pas, sans doute, tous les exemples de ce genre que fournissent les annales britanniques, et même son propre règne: son ressentiment a en un tout antre principe.

Le traité de la France prévenait et rendait inutile le plan formé à Londres d'une coalition momentanée et précaire avec l'Amérique, et il faisait échouer les projets secrets qui avaient conduit S. M. Britannique à une pareille démarche: la véritable cause de l'animosité, que le roi d'Angleterre a manifestée, et qu'il a communiquée à son

parlement, n'est autre que de n'aroir pu rallier à sa couronne les Américains pour les armer contre la France.

Une conduite si extraordinaire indiquait évidemment au roi à quoi il devait s'attendre de la part de la cour de Londres; et s'il avait pu lui rester le moindre doute à cet é^ard, S. M. en eût bientôt trouvé l'éclaircissement dans les préparatifs immenses, qui redoublèrent avec la plus étonnante précipitation dans tous les ports d'Angleterre.

Des démonstrations aussi manifestement dirigées contre la France durent fake la loi à S. M.; elle se mît en état de repousser la force par la force. C'est dans cette vue qu'elle pressa les armements dans ses ports, et qu'elle envoya en Amérique une escadre sous le commandement du comte d'Estaing.

Il est notoire que les forces de la France furent les premières en état d'agir; il était au pouvoir du roi de porter à l'Angleterre les coups les plus imprévus et les plus sensibles; on avouera même que S. M. s'en occupait, et que ses projets allaient éclater, lorsqu'une parole de paix l'arrêta. Le roi Catholique lui fit part du désir que la cour de Londres laissait entrevoir pour une conciliation par la médiation de l'Espagne. Ce monarque ne voulut pas paraître comme médiateur sans être assuré préalablement d'une acceptation claire et positive, dans le cas où il offrirait son entremise; et sans connaître les objets principaux qui pourraient servir de base à la négociation.

Le roi reçut cette ouverture avec une satisfaction proportionnée au voeu qu'il a toujours fait pour le maintien de la paix. Quoique le roi d'Espagne eût déclaré d'abord, qu'il lui était indifférent qu'on acceptât, ou qu'on refusât sa médiation, et que nonobstant les ouvertures qu'il faisait, il laissât le roi son neveu dans une entière liberté d'agir selon ses vues, non-seulement S. M. accepta la médiation, mais elle suspendît sur-le-champ la sortie de sa flotte de Brest, et consentit à communiquer ses conditions de paix aussitôt que l'Angleterre aurwt articulé d'une ma-

nière positive son désir pour une réconciliation^ dans laquelle seraient compris les Etats-Unis de FAmérique, la France ne devant et ne voulant pas les abandonner.

Rien assurément ne pouvait être plus conforme aux intentions apparentes de la cour de Londres que cette détermination. Le roi Catholique ne perdit sans doute pas un moment pour agir en conséquence auprès du roi d'Ang-leterre et de son ministère; mais celui-ci ne tarda pas i convaincre la cour de Madrid, que ses ouvertures de paix n'avaient point été sincères. Le ministre britannique répondit sans détour 9 qu'il ne pouvait être question de réconciliation et de paix, qu'après que la France aurait retiré sa déclaration du 13 mars de Tannée dernière.

Cette réponse était injurieuse pour l'Espagne comme pour la France, et elle décelait, de la manière la plus évidente, les vues hostiles de l'Angleterre. Les deux monarques l'envisagèrent sous ce point de vue ; et quoique le roi, toujours animé par son amour pour la paix laissât encore S. M. le maître de donner, s'il le jugeait à propos, suite à la médiation, ce prince ordonna à son chargé d'affaires à Londres de garder désormais le silence sur cet objet.

Cependant l'espoir d'une conciliation flattait encore le coeur du roi, lorsque les escadres commandées par les amiraux Keppel et Byron sortirent des ports d'Angleterre: cette démonstration acheva de déchirer le voile léger sous lequel la cour de Londres cherchait à cacher ses véritables intentions. Il n'était plus permis d'ajouter foi à ses hisinuations insidieuses, ni de douter de ses projets d'agresi^o; et dans cet état des choses S. M* se trouva forcée de changer la direction des mesures qu'elle avait prise précédemment pour la sûreté de ses possessions et du commerce de ses sujets.

L'événement démontra bientôt combien la prévoyance du roi avait été juste. Tout le monde sait de quelle manière la frégate de S. M., la Belle -Poule ^ fut atta-

qoée par une frégate anglaise, à la vue même des côtes cl^ France; il n'est pas moins notoire que detax autres fré- S^ates et nn moindre bâtiment furent interceptés par surprise, et conduits dans les ports d'Angleterre.

La sortie de l'armée navale, que le roi avait mise sous les ordres du comte d'Orvîllîers, deviùt nécessaire pour rompre les desseins. des ennemis de sa couronne, et pour venger les insultes qu'ils venaient de faire à son pavillon. La providence fit triompher les armes de S. M.^ le comte d'Orvilliers, attaqué par la flotte anglaise, la combattit, et la força à la retraite après lui avoir causé un dommage considérable.

Depuis cette époque les hostilités ont continué entre les deux couronnes, sans déclarations de guerre. La cour de Londres n'en a point fait, parce qu'elle manquait de mojens pour la justifier; d'ailleurs elle n'a osé accuser publiquement la France d'être l'agresseur, après l'enlèvement que les escadres anglaises avaient fait de trois bâtiments de S. M., et elle sentait qu'elle aurait eu trop à rougir lorsque l'exécution des ordres, qu'elle avait fait passer clandestinement aux Indes, aurait éclairé l'Europe sur la confiance qu'on devait avoir dans ses dispositions pacifiques, et aurait mis toutes les puissances en état de juger, à laquelle des deux, de la France ou de l'Angleterre, devait être décernée la qualification de perfidie, que le ministère anglais ne perd aucune occasion de donner à la France.

Quant au roi, s'il a différé de porter à la connaissance de toutes les nations la multiplicité des griefs qu'il avait ~ contre la cour de Londres, et de démontrer la nécessité absolue où elle l'a mis de prendre les ^mes, c'est qu'il ne cessait de se flatter, que le ministère britannique rentrerait enfin en lui-même, et que la justice, et plus encore la position critique dans laquelle il avait mis sa patrie, l'engager^t à changer de conduite.

Cette espérance paraissait d'autant mieux fondée, que les ministres anglais ne cessaient de détacher des émissaires h 28

pour sonder les dispositions du roî^ tandis que le roi d'Espagne continuait de lui parler de paix. S. M., loin de démentir les sentiments qu'elle avait toujours manifestés^ se prêta au contraire avec empressement aux nouvelles exhortations du roi son oncle: et pour convaincre ce prince de sa sincérité et de sa persévérance , elle lui confia sans reserve les conditioi^s modérées auxquelles elle était prête à poser les armes.

Le roi Catholique communiqua à la cour de Londres les assurances, qu'il venait de recevoir de S. M., et il pressa cette cour d'effectuer enfin un rapprochement pour lequel elle avait, de son côté, témoigné le plus g^rand désir; mais le ministère britannique, en feignant toujours de souhaiter la paix, ne répondit aux démarches officieuses do roi d'Espagne qu'en lui faisant des propositions déclînatoires et inadmissibles.

Il était donc de la dernière évidence que TAngletene ne voulait point la paix, et qu'elle n'avait d'autre bot que de gagner le temps qu'exigeaient ses préparatifs de guerre. Le roi d'Espagne sentait parfaitement cette vérité; il ne sentait pas moins combien sa dignité se trouvait codh promise. Cependant ce prince était tellement touché des calamités inséparables de la guerre, et il étidt tellement préoccupé de l'espoir d'en arrêter encore le cours, qu'il oublia tout ce que la conduite de la cour de Londres arait d'offensant pour lui, pour ne s'occuper que des moyens de remplir ses vues pacifiques.

C'est dans cette intention que S. M. C. proposa au roi un nouveau plan, selon lequel les puissances belligérantes feraient une trêve à longues années. Ce plan fut agréé par S. M., à condition que les Etats-Unis j seraient compris, et qu'ils seraient traités, durant la trêve, comme indépendants de fait; et pour donner d'autant plus de facilité au roi d'Angleterre, de souscrire à cette condition essentielle, S. M. consentait que ce prince traitât avec le congrès, soit dûrectement, soit par l'entremise du roi d'Espagne.

En conséquence de ces ouvertures S. M. C. rédigea la proposition qu'il s'ag'issait de faire à la cour de Londres. Indépendamment d'une trêve illimitée , durant laquelle les Etats-Unis seraient regardés comme indépendants de fait, ce prince, voulant épuiser tous les moyens qui pourraient arrêter l'effusion du sang humain, prit même sur lui de proposer, relativement à l'Amérique, que chacun resterait en possession de ce qu'il occuperait au moment de la signature de la trêve.

n n'est sans doute personne qui n'eût jugé que ces conditions seraient acceptées; cependant elles ont été refusées. La cour de Londres les a rejetées * de la manière la plus formelle, et n'a montré de disposition à la paix, qa'antant * que le roi abandonnerait les Américains à euxmêmes.

Après une déclaration aussi tranchante, la continuation de la guerre est devenue inévitable, et dès lors S. M. a dû inviter le roi Catholique à se joindre à elle, en vertu de leurs engagements, pour venger leurs griefs respectifs, et pour mettre un terme à l'empire tyrannique que l'Angleterre a nsurpé et prétend conserver sur toutes les mers.

L'exposé succinct qui vient d'être fait des vues politiques, des procédés et des événements successifs qui ont occasionné la rupture entre les cours de Versailles et de Londres, mettra l'Europe en état de faire le parallèle entre la conduite du roi et celle du roi d'Angleterre, de rendre justice à la pureté et à la droiture des intentions qui ont dirigé celle de S. M., et' de juger, lequel des deux souverains est le véritable auteur de la guerre qui afflige leurs états, et lequel des deux sera responsable des malheurs qu'elle entraînera après elle(*)«

(1) Il est constant que la guerre qui éclata en 1778, l'Angleterre l'avait provoquée par les vexations qu'elle faisait éprouver à la navigation française ; mais le cabinet de Versailles ne se détermina pas par ce seul motif à s'unir aux Américains; outre les motifs justifica-

A cet exposé des motifs de la conduite de la cour de Versailles^ relativement à TAngleterre, la cour de Londres répondit par le mémoire suivant:

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