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Lettre du roi de Prusse^ FrédéHc-GtdUawme U^ adre&séc aux ÈtaS'Géiiéraux des Pi*ovinces-Vhies ; du 2 septembre
1786, (Traduit de l'allemand.)
Nous Frédéric par la ^ràce de Dieu roi de Prusse, etc. à nos très-chers et bons amis messef^ears les Etats-Généraux des P. U. des P. B. salut.
Comme il a plu à la Providence d'appeler à soi notre oncle cbériy Frédéric II, roi de Prusse et que nousjui avoas succédé dans le gouvernement de ses états , nous avoiu
(1) Ce. ministre avait d'aiUeurt un graad ayantage, par lêrUfei^ sont d'amitié qu'il avait fonnëes à Pëtersbourg aycc le marquis de Verac et avec le chevaUer Harris, depuis lord Malmesbury, qui se trouvait, en 1786, comme ambassadeur d'Angleterre ^à la Hayê;"il était même lié depuis sa première jeunesse avec queues aembfei très-influents du parti antiorangiste , qui pouvaient lui procurer la confiance des patriotes.
(2) Les instructions dont ce ministre fut muni, prouvent que le cabinet de Berlin n'était pas encore bien d^accord avec luiriiiéaM mtt la marche qu'il fallait suivre, et qu'il ne s'attendait pas à ce qne son intervention l'entrafnerait à une guerre. Sur une seule chose le roi était bien décidé de ne jamais changer; c'était, que 3, M. n'abandonnerait jamais sa soeur.
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trouvé bon de nommer notre ministre d*Etat et graod-maitre de la g'arderobe, le comte de Goertz, notre enrojë extraordinaire et ministre plénipotentiaire auprès de L. H. P., pour leur donner une marque de notre haute estime, ainsi que pour leur faire connaître, combien nous désirons entretènfar, ainsi que l'ont fsAi nos ancêtres depuis bien des siècles, une bonne amitié et un bon voisinage avec la république des Pays* Bas, et de témoigner &k même temps à L. H. P. le vif intérêt que nous prenons en. proche voisin, aux malheureux troubles qui déjà depuis longtemps déchirent la république ainsi qu'aux mésintelligences qui dans quelques-unes de ces provinces se sont élevées entre elles et monseigneur le prince stathouder auquel l'on fait éprouver des mortifications qu'assurément Q n'a point mérité. Comme S. A. le prince d'Orange lui-même, dans plusieurs écrits adressés aux ëtats de Hollande et de Westfrise, a âufSsamment démontré y à quel point on a enfreint, sur sçs. , droits et .sur ses prérogatives^ nous ne voulons . point importuner L. H.iP.. par des détails fa£^idieux; .npus nous contentonsv de nous'^en rapporter aux lettres que notre prédécesseur leur a écrites en. date du 17 septembre 178^, jUnt àL^ H. P. qu'aux états des provinces de-Hollande et de Westfrise.
Nous approuvons -et renouvelons à la fois ici en entier le contenu de ces lettres si bien intentionnées, en réitérant ici le désir .^ue. nous avons, de voir bientôt se terminer les différends entre vous et monseigneur le prince d'Orange, ainsi que de^ voir tout rétabli sur l'ancien pied conformément à la constitution du pays. — Nous prions surtout L. H. P. de vouloir par leur puissant appui, intervenir auprès des états de Hollande et de Westfrise en faveur de monseigneur le prince d'Orange, afin qu'il puisse sans déroger à son honneur, revenir à la Haye, pour y exercer ses hautes fonctions; et afin que les différends existant encore, soient ajustés, conformément aux intérêts, et à l'honneur des deux partis , ajustement auquel nous et tous les voisins et amis de la république s'empresseront de contribuer par leurs conseils et leur inter-:
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reitioii arec toute llmpartiftllté que l'on a droit d'en attendre. Nous avoM donné les instractions nécessaires à cet é^ard a« comte de Goerts pour elcpl^[uer à L« H. P. ainsi qu'aux états de chaque province, s'il le fallait, d'ouvrir en notre nom des négociations à ce sujet Ifous prions donc L. H« P. d'accorder une pleine et entière confiance au conte de Goerts, et de traiter avec laij pour tout ce qui pourrait sembler être convenable aux. deux partis. Nous nous lattons que L. H. P. non noitts que les états des évinces approuveront le vif Intérêt que nous portons à 8. A. monseigneur le prince d'Orange comme notre proche parent, et qu'elles comprendront que sua sort et celui de son auguste épouse, notre soeur chérie, dent les sentiments tout dévoués à la république vous sont connnis^ commo ceux de ses enfantine saurait nous être indifférente Que d'ut autre cêté, nous avonâ la conviction, que monseigneur le stathouder ainsi que toute sa famille sont entièrement dévoués à la république, et n'entreprendront nonseulement jamais rien qui pét être contrafare aux intérêts do pajs et aux principes du gonvemement, mais qu'H fera au contraire tout ce qui dépendra de lui, pour eoiilribuer de toutes ses forces à les maintenir* Nous avons* au «surplus en- totle qualité de proche voisin des Provtnces-Vnles un intérêt- Majeur à j voir mafaitenir Tandenne eoÉStHutiOil de la rt^ublique, et a voir terminer les disputeir qui ne sauraient' avoir été provoquées que par quelque mésintelMgence invtslontaire, par une réconciliation franche et sincère. Nous recommandons en conséquence aux soins de L; H. P. oeA importantes affaires , en les priant d'être persuadées de toute l'anMé shcère que nous, portons à la république, aiiml qu'à dhacflM des provinces qui la composent Beritn, ce 3 septembre 1786.
FRÉoâaie- GuiLLAvraiE.
Dans rinstmction que M. de Goertz reçut , il était dit que le roi s^en remettrait à sa prudence pour agit
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diaprés les circonstances; quMl s'agissait pour le moment d'empêcher la guerre civile dans les Provinces- Unies, et de faire retourner le stathouder à la Haye, en lui faisant déférer le commandement de la garnison, soit par l'expédient qu'on avait proposé à la France, ou par quelque autre moyen, après quoi, on travaillerait à une réconciliation des partis; négociation dont le succès dépendait d'une franche participation de la cour de Versailles. Il fut recommandé à ce ministre de ménager et calmer les anciens amis et adhérents de la maison d'Orange; de leur donner du courage en les assurant de l'intervention énergique du roi, sans toutefois leur promettre un secours armé; de modérer la vivacité du zèle de l'ambassadeur d'Angleterre ; de le faire renoncer à l'idée d'une révolution, et d'éviter en général toute mesure violente qui pourrait produire des résultats dangereux pour le stathoudérat , que, dans ce moment, il suffirait de préserver d'une ruine complète. On recommanda aussi au comte de s'insinuer dans l'affection et la confiance de la princesse d'Orange C).
Le comte de Goertz arriva le 9 septembre 1786 à Loo, où s'étaient réunis tous les membres de la famille du stathouder. Comme on avait, du vivant de Frédéric II, fait de la part de la France une propo-
(1) Le comte Hertzberg déclara que la conduite du prince n'avait pas toujours été conforme à son intérêt, et que, dans quelques drconstanoes, il y avait eu même de l'inconséquence; qu'il était nécessaire de s'entendre avec la princesse, pour ramener S. A. et le maintenir dans la bonne voie.
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sition tendant à engager le prince d^Orange à résigner tontes ses charges en faveur de son fils aîné^ au nom duquel la princesse prendrait la régence, le comte de Goertac demanda à celle-ci, si dans le cas où il ne resterait pas d^autre moyen de sauver sa famille, elle prêterait la main i un pareil arrangement La princesse déclara de la manière la plus catégorique, que Jamais, et dans aucun cas, elle ne consentirait à cet expédient (^).
De Loo, le comte de Goertz se rendit i la Haye. Ce fut le 18 septembre qu^il remit ses lettres de créance entre les mains du grand-pensionnaire Bleiswick.
Huit jours avant, c^est-à-dire immédiatement après les événements de Hattem et Elbourg, néanmoins avant qu^on en eût connaissance à Versailles, en un mot le 10 septembre, le comte d^Esterno, ministre de France à Berlin, reçut une dépêche du comte de Vergennes, renfermant la réponse à la proposition que le roi de Prusse avait fait faire à Versailles par le baron de
(1) s. A. R. motivait son refus non-seulement parce que ses devoirs d^épouse et de mère le lui interdisaient, mais aussi parce qu'elle était persuadée qu'une- pareille proposition ne serait qu'un piège qne lui tendraient les ennemis de sa maison, afin de pouvoir, si elle avait la faiblesse d'y consentir, s'emparer de sa personne et de celles de ses enfants, de mettre la désunion dans la maison, et de lui foire perdre l'affection de la nation, qui serait indignée qu'elle fftt capable de se séparer de son époux. Après s'être livrée ainsi entre les mains de ses ennemis, elle serait peinte à la nation comme une femme ambitieuse, qui avait méconnu ses devoirs, et la partie de la nation à laquelle le nom d'Orange était encore cher, se joindrait à ses ennemis.
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Golte. Comme cette pièce renferme la clef des événements de cette époque, nous en donnons ici Textrait (')•
N'- IX
Extrait (Time dépêche du comte de Vergennes^ adressée^ au comte dEstemo^ ministre de Finance à Berlin; du
mois de septembre 1786*
(Après un préambule rempli d'expressions d'amitié, la dépêche dit).
Le roi est toujours disposé à employer son influence' en Hollande pour arranger les affaires du statliouder d*une manière satisfaisante pour S. M. le roi de Prusse. Mais les mojens pour j parvenir exig'ent d'autant plus de prudence qu'il est dans les principes du roi de ne pas se mêler des affaires intérieures de la république. Cela parait d'autant plus nécessaire que la cour de Londres, par une conduite différente, s'est aliéné les esprits en Hollande, et a amené cette révolution par laquelle elle a perdu l'alliance avec les Provinces-Unies. Mais indépendamment de ce motif, le roi tient d'autant plus à la résoluUon de se conduire avec la plus grande circonspection, que M. le prince de Nassau n'a jamais cessé de s'emparer de toutes les occasions, pour manifester son invincible inimitié contre la France, et de donner des marques de haine ou de mépris à ceux de ses concitoyens qui, mieux instruits que lui du véritable intérêt de
(I) Cette dépêche ne se trouvant point dans l'ouvrage de M. de Flaêsan, Hist. de la dipl. fr,y qui au reste semble ignorer qu'avant la mission de M. de Rayneval, U y avait eu une négodatioB entre la France et la Prusse relativement aux af&ires de la Hollande, nous en donnons ici Pextrait, tel que M. Se h oeil, dans son Cours d'histoire Ta donné sur une traduction allemande du comte de Goertz, qui se trouve dans les mémoires publiés après la mort de ce ministre.
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la patrie, ne partageaient pas sa manière de voir. Dans cet état de choses, le roi peut-il s'intéresser à un prince qni a pour système d'être Pennemi de la France et des adhérents de celle-ci? et si S. M. voulait le faire, ne risquerait- elle pas de perdre la confiance de ses derniers et de compromettre Talliance qu'elle a conclue avec la république?
A ces considérations Je dois en ajouter une autre qui mérite d'être pesée par S. M. le roi de Prusse. M. le stathouder est beau -frère de ce monarque; c*est un lien, mais ce lien seul est ce qui excite l'intérêt de ce souverain. Toutefois, en écartant ce motif qui, en politique, ne peut être que subordonné, quelle raison Frédéric-Guillaume peut-fl avoir de soutenir les prétentions du stathouder héréditaire?
n est manifeste que le prince veut deux choses : 1^ conserver des prérogatives qui sont dangereuses pour la liberté de la république; 2^ ramener la Hollande à une alliance regardée comme préjudicable* Or, je demande en conscience si le roi de Prusse peut avoir de l'intérêt à soutenir l'un ou Tautre de ces desseins? Nous ne le pensons pas, parce qae nous ne pouvons supposer que ce prince ait adopté un système opposé d'une part à l'indépendance des Provinces-Unies, et de l'autre, aux liens qui l'attachent maintenant à la France. Il en résulte que le premier sentiment du roi doit être pour la république, et que celui qu'il a pour le prince de Nassau doit lui être entièrement subordonné; et de cette vérité nous tirons la conséquence qu'il faut que l'arrangement à fure pour.monsiettr le stathouder s'accorde avec l'indépendance et et la sdreté de la république.
Si, comme nous nous en flattons, nous sommes d'accord sur cette base, il nous sera facile de nous entendre sur les mesures à prendre pour M. le prince de Nassau. Je vais vous exposer clairement les sentiments du roi à cet é^ard.
Monsieur le stathouder a été jusqu'à présent en possession de trois prérogatives, savoir: 1^ du commandement de la Hajè; 2° du règlement de 1674; 3° du droit de patente.
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Je croîs devoir m'expliquer d'abord s«r le point concernait le rëg'lement, parce qu'il est le plus important.
Quoiqu'en disent les adhérents du stathouder, l'existence d'un règlement est on abus dans une république, parce que les magistrats sont les préposées des villes; que celles-ci forment les états provinciaux, et que par conséquent celui qoi nomme les mag'istrats est maître des états, ce qui veut dire que M. le stathouder qui ne doit être que le premier fonctionnaire de chaque province ('), en est dans le fait le souverain. Cette vérité est aussi évidente qu'effrayante pour les amis de l'ancienne constitution de la république.
Nous croyons en conséquence que les patriotes sont bien fondés à penser qu'il importe beaucoup, à la conservation de la république que le règlement de 1674 soit supprimé. Il parait que cette abolition est d'autant plus essentielle pour monsieur le stathouder même, qu'en dissipant les craintes que son autorité doit nécessairement inspira, elle facilitera les arrangements pour toutes les autres prérog^atives qu'il réclame.
Celle de ces prérogatives à laquelle ce prince parait attacher le plus d'importance, est le commandement à la Haye. Il lui a été retiré, et, selon toute apparence | il ne pourra le recouvrer que par une révolution, sur le succès de laquelle il doit peu compter. Le roi pense qu'au lieu de soutenir que ce commandement est inhérent à sa charge, le {NTÎncr devrait convenir qu'il ne peut l'avoir que par une concession du souverain. Par un tel aveu, il écartera la première difficulté, et il y a beaucoup d'apparence que, dans ce cas (supposé toutefois Tabolition du règlement), les états se décideraient à rendre au stathouder le commandement à
(1) Nous avons déjà remarqué que ce fait est faux. Celui auquel les troupes prêtent serment n*est pas un simple fonctionnaire: il a part à Vexercice de la souveraineté'. Tel était, d'après la constitution, le cas du stathouder.
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la Haje, et même, avec quelques moiUficatioiis, le droit de patente.
Le roi de Pmsse parait être d'accord avec le roi sur ce point, quant au fond, ma{s il est d'opinion que la restitution du commandement devra arolr lien préalablement, et que lea autres points ne pourront être traités et arrangés qu'après la restitution*
Je n'ai qu'une seule observation à faire là -dessus, mais elle me paraît décisive; c'est que monsieur le stathouder, pour maintenir le règlement, ne craint pas d'exposer la république aux horreurs d'une gtierre civile. En ef et, peut-on présumer qu'il voudra renoncer volontairement à cette prérogative illégale, lorsqu'il aura recouvré Tautorité militaire dans la province de Hollande? Ne doit-on pas craindre plutôt qu'il emploira cette même autorité pour maintenir toutes ses prétentions?
Le roi de Prusse propose à la vérité, un moyen contre ces appréhensions; il se déclare prêta se charger de la garantie de l'exécution de tout ce qui, après la restitution da commandement, serait arrêté.
Rien en effet de plus respectable que cette offre, et le roi y a une pleine confiance. Mais il ne s'agit pas de h confiance de S. M., 0 s'agit de celle des patriotes, d'autant plus difficile à gagner, que la méfiance qu'ils nourrissent contte M. le prince de Nassau est sans bornes. Ils ne croiront que ce qui est fait, jamais rien de tout ce qu'on leur fait espérer.
Cependant le désir du roi de complaire au roi de Prusse est si vif et si sincère, que S. M. se chargera d'exhorter les patriotes à accomplir les voeux de S. M. le roi, lorsque le point du règlement aura été convenu d'une manière conforme à leurs voeux, et que ce monarque l'aura garanti; le roi lui-même joindra, s'il est nécessaire, sa garantie à celle de S. M. Prussienne.
Tel est le point d'où dépendent celui du commandement et la pacification intérieure de la république. Nous deman-
dons au roi de Prusse de deux choses Tune: qu'il engag'O monsieur le stathouder à renoncer volontairement au règlement, ou bien qu'il promette de ne pas le soutenir dans cette partie de ses prétentions. Dans Fun et l'autre cas, le roi emploiera avec chaleur toute son autorité et toute son influence pour que le commandement soit rendu , sous la réserve mentionnée, à M. le prince de Nassau, et que la jouissance de toutes les autres prérogatives attachés à sa dignité lui soit assurée.
Le roi désire d'autant plus sincèrement que l'expédient proposé soit agréé par le roi de Prusse, qu'il met une grande importance à contribuer à l'arrangement d'un différend qui doit être désagréable à ce prince, et à saisir la première occasion qui s'offre pour prouver à ce monarque l'amitié qu'il lui a vouée, ainsi que le désir sincère de la maintenir par tous les moyens qui sont en son pouvoir.
Il me reste à vous parler de la coopération commune dont il est question dans la dépêche adressée an comte de Goltz.
Certainement S. M. serait très-disposée à s'entendre avec le roi de Prusse sur les moyens propres à rétablir la tranquillité dans les Provinces-Unies; mais S. M. considère qu'il ne s'agit que de troubles intérieurs, et que de sa part aussi bien que de celle du roi de Prusse, lindépendance de la république serait compromise, si on voulait s'immiscer en choses concernant uniquement V administration intérieure. Les deux souverains le peuvent d'autant moins, qu'à cet égard ils se sont liées les mains par les déclarations remises en leur nom aux Etats -Généraux.
L'impossibilité de traiter en commun à la Haje, ne nous empêchera pas de nous entendre sur les moyens d'amener un accommodement Le roi communiquera avec plaisir au roi de Prusse les démarches auxquelles il autorisera son ambassadeur à la Haye, et S. M. est convaincue que ce prince, de son côté, sera disposé à lui faire conmdtre ses vues et ses intentions, ainsi que les instructions, que recevra M. de Thulemeyer.
Cette dépêche fut suivie, le 14 septembre, d'une seconde, que les événements de Hattem et Elbourg avaient provoquée.
Les circonstances ont bien changé depuis ma dernière, j dit le comte de Yer^ennes au comte d'Estemo. Vous aurez appris que M. le stathouder a lui-même allumé le brandon de la guerre civile. Nous ignorons les motifs qui ont pu engager M. le stathouder à une pareille démarche ^ et nous ne connaissons pas les personnes qui ont osé la lui conseiller. Tout ce que nous savons, c'est le fait et reffet que celui-ci a produits.
Dans rétat de séditon où AL le stathouder a placé la république, on doit sentir, à Berlin, qu'il ne peut plus être question de faire quelque chose pour lui restituer le commandement de la Ha je, et que la seule chose qui puisse nous occuper, aussi bien que la cour de Berlin, est d'empêcher que le feu ne s'étende plus loin. Le roi ne connaît qu'un seul moyen pour atteindre, s'il est possible, ce but, c'est que de part et d'autre nous nous abstenions de nous mêler de ce différend. Dans cette vue, le roi m'a ordonné de faire ordonner à M. le marquis de Yerac, qu'il s'abstiemie soigneusement d'j prendre la moindre part, même indirectement, S. M. étant résolue de n'y intervenir qu'autant qu'elle y serait forcée par la nature de ses engagements, qui embrassent aussi bien l'indépendance des Provinces -Unies que la sdreté de leurs possesseurs.
Le roi souhaite que le roi de Prusse donne la même instruction à ses deux ministres à la Haye, et que si ce monarque croit devoir y ajouter quelque chose, il les instruise pour faire sentir à M. le stathouder la faute qu'il a commise et la nécessité de la faire oublier par un prompt retour à son devoir.
J'ai fait connaître à M. de Goitz que l'ambassadeur du roi à la Haye , a l'oeil sur ce qui se fait de la part de l'é-
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ttàfiger, et que S. M. se flatte que le roi de Prusse, dans les circonstances actuelles , appréciera Flntërét et le repos général, bien plus que son attachemeut pour madame la princesse, sa soeur.
Je ne puis tous cacher que cette scène scandaleuse a fait une viré impression sur le roi, parce que S. M. était convaincue que M. le stathouder attendrait le résultat de rintérét qUe le roi de Prusse prend à sa cause ^ et que S» M. se serait fait un vrai plaisir d'appuyer d'après ses forces et le voeu de ce monarque. Mais aujourd'hui les événements nous font la loi; la bonne volonté du roi est devenue inefficace, et nous devons partir du point on nous sommes, pour empêcher que les choses n'empirent. Sans doute M. le stathouder se trouve dans le plus g'rand embarras, et n est diffîcUe de prévoir comment il s'en tirera; inais, au bout du compte, la position où il se trouve ne peut pas entrer en plus de considérations que les maux qu'une guerre civile peut entraîner après elle.
Comme le roi de Prusse, sur lequel à cette époque, le comte de Finkenstein, partisan du système français, avait plus d^influence que le comte Hertzberg, partisan du cabinet de Londres, désirait vivement ménager la bonne intelligence avec la cour de Versailles, et quMl était persuadé que, sans la coopération de cette cour, un arrangement des affaires de la Hollande serait impossible, il fit répondre aux deux déclarations du comte de Vergennes avec dignité, mais dans des expressions très-conciliantes.
S. M. y déclara que Tabolition totale du règlement de 1674, lui paraissait -difficile, à moins de modifications qui pourraient engager le prince à y consentir; en faisant observer d^ailleurs qu^il n^existait paa de
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motif de changer le règlement dans les provinces qui ne le demandaient pas. Elle y exprima le voeu qnll soit conclu un armistice entre la république et le prince, et que toute voie de fait soit défendue ^ afin qu^on ai le temps de travailler à un arrangement solide et satisfaisant pour les deux partis. Le roi, est -il dit, n^a pas Tintention de se mêler des affaires intérieures de la république, mais les affaires actuelles ne lai paraissent pas, comme à la France, purement intérieures, et il lui semble que si on ne parvient pas à prévenir la guerre civile, il en pourra résulter des circonstances qui influeront sur la tranquillité des autres puissances européennes. Le roi continua en disant que les événements de la Gueldre ne seraient pas parvenus au point qui paraissait avoir indisposé 9. M. Très-Chrétienne contre le prince stathouder, si ses ennemis n^avaient soufflé le feu de la révolte dans les villes de Hattem et Elbourg ; que le prince n^avait pu refuser Tenvoi des troupes sans désobéir aux ordres de la province, qui avait jugé cet envoi nécessaire pour étoufl^er le mal dans sa naissance; que puisque les conséquences de cette aflîtire ne s^étaient pas étendues sur les provinces limitrophes, le roi espérait que cet événement n'*empécherait pas S. M. Très-Chrétienne de continuer ses sollicitudes pour apaiser les troubles, et qu^elle les Joindrait pour ce l>ut à celles du roi; que le roi était bien éloigné de vouloir contrarier le système et les alliances subsistant entre la France et la république; qu'il ne se proposait d'autre but, que le rétablissement de la tranquillité et la conservation de la dignité stathoudérienne dans ses par-
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ties essentielles; que ses qualités de voisin et de beau-frère du prince, lai donnaient le droit de s^entre* mettre pour Fun et Tautre objet, et que la république, sans y voir une atteinte portée à son indépendance, devait, au contraire, reconnaître les dispositions amicales dont S. M., à Fexemple de ses ancêtres, s^empresserait, en tout temps, de lui donner des preuves; enfin, que le roi espérait que S. M. Très-Chrétienne voudrait bien lui communiquer ultérieurement ses vues sur cet objet.
Cette dépêche fit un très-bon effet à Versailles, et, le 16 octobre, le comte de Vergennes dit au baron de Goltz, que le roi de France avait été, par la sagesse du roi de Prusse, confirmé dans le voeu d^arranger les différends de la Hollande d^une manière équitable, et qu^il avait résolu de donner à ce monarque une preuve de son amitié, en coopérant i la satisfaction du prince stathouder, et lui faisant accorder la jouissance perpétuelle de tous les avantages et de toutes les prérogatives qui étaient compatibles avec Pindépendance de la république. Le comte de Vergennes déclara à M. de Bransten, ministre de Hollande à Paris, que le roi désirait qu^on n^exigeât du prince d^Orange aucun sacrifice qui ne fût fondé dans la constitution.
A la même époque, S. M. Prussienne demanda Fintervention de la Russie en faveur du prince d^Orange ; Fimpératrice Catherine répondit que la république ayant, dans deux différentes occasions, décliné sa médiation, elle croyait quMl était au-dessous de sa dignité de Foffrir une troisième fois. Une pareille demande ayant été faite
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à Madrid 9 le comte de Florida Blanca répondit que S. M. Catholique avait ordonné de témoigner au cabinet de Versailles son désir qu^on mit fin à la persécution à laquelle le stathouder était en but. Quant à TAngleterre, le roi de Prusse exprima le désir qu^elIe s^abstienne de toute iaunUtion dans le9 affaires de la république.
Les ouvertures du cabinet de Versailles avaient été communiquées à Guillaume V. Vers le 15 octobre, la déclaration de ce prince arriva à Berlin, Dans cette déclaration 9 après avoir protesté de ses dispositions conciliantes, le stathouder fit observer que le règlement de 1674, dont la France ccmseillait Tabolition n^existait que dans la seule province d^Utrecht; que celui de la Gueldre était de Tannée 1750, ceux d^Overyssel et de Frise de 1748, et celui de Groeningue de 1749^ que tous ces règlements difi^éraient entre eux ; que chacun ne concernait que Fadministration in*térieurej que chaque province était souveraine chea elle; qu^aucune n^avait le droit de se mêler des affaires d^une autre, nommément dans les discussions auxquelles les règlements, donnident lieu, i moins que sa médiation n^eut été requise par les états de cette province. „Telle est la base de la liberté publique „dont le prince a juré le maintien. Il serait facile ,,de pjrouver que tout ce qu^on a dit contre ces rè- „glemmts n^est que Tefi^et de la passion et de Tintérêt; ,,il ne serait pas plus difficile de faire voir la fausseté „du point de vue d^où le comte de Vergennes a ^- „visagé le droit du prince de nommer les magistrats „(droit quHl n^exerce pas seulement dans les provinces
9,ou il existe des règlements, mais aussi en Hollande ,,et en Zélande, en vertu du droit de sa charge); ,,mais on croit cette discussion superflue, vu que le ,,stathouder a plus d^une fois déclaré aux états de ,^HoIlande quMl était prêt à soumettre aux tribunaux ,,les difiërends qui, à ce sujet, s^étaient élevés entre „lui et la province."
„0n peut douter, dit le prince, que la cour de ,,France soit bien informée de Tafllaire du commande- ,,ment de la Haye. On paraît croire, à Paris, qu^en „opposition à une prérogative des états, le prince tâche ,,de s^attribuer un pouvoir indépendant d^eux, tandis que „ce commandement n^est pas un objet isolé, mais qu^il „fait partie des fonctions de capitaine-général, et est „une dépendance du commandement général qui lui a „été conféré sous Tautorité du souverain. Ce com- „mandement ayant été donné sans réserve, il s^ensuit „qu^il s^étend sur les troupes qui tiennent garnison à „la Haye."
Le prince réfute de même toutes les autre» plaintes et justifie sa conduite. Il finit par dire : ,,I1 n^échap- „pera pas à Féquité de S. M. que la levée de la „suspension de la charge de capitaine - général de „Hollande et la restitution du commandement des „troupes, particulièrement à la Haye, devraient être „des articles préliminaires, parce qu^elles seules feraient „voir le désir de rétablir la bonne intelligence et „écarter les soupçons ofl^ensants. En faisant cette re- ,,marque, le prince ne croit pas avoir besoin d^ajouter „que sll souhaite être rétabli en activité et dans Pex- „ercice de ses droits, ce n^est que pour les employer
9,au bien-être de la patrie, et non dans le dessein 9,odieux que ses ennemis lui supposent II sait que ^^le roi, son beau-frère, lui rend justice et ne craint „pas d^en être méconnu. Il est un autre objet qui „exige des mesures promptes et efficaces, c^est la li- „cence des gazettes et feuilles publiques dont Timpu- ,,dence est montée à un degré inconcevable et qui en- ,,tretient la nation dans une fermention continuelle; ,,les esprits les plus tranquilles en sont égarés et, pour ,,ainsi dire, privés de la faculté de reconnaître la vé- ,,rité. Personne ne peut douter dé la nécessité de ,,mettre des bornes à ces excès dont les suites dé- „sastreuses se conçoivent facilement.^^
Le comte de Vergennes, à qui le mémoire du prince fut communiqué, dit, le 6 ou le 7 novembre, au baron de Goltz, qu^à cause de quelques exprès-* sions qui s^y trouvaient, il n^en ferait part aux pa-* triotes qu^en forme d^un extrait. Il ajouta, que si ce mémoire ne faisait pas revenir les adversaires da prince à des sentiments modérés, la France ne se mê' lerait plus de cette affaire, et conseillerait à la Prusse de faire de même et d^abandonner aux deux partis le soin d^arranger leur différend comme ils voudraient.
Pendant ces négociations immédiates entre les cours de Versailles et de Berlin, le comte de Goertz entama, à la Haye, celles dont il était chargé, en essayant d^opérer une conciliation. Il y éprouva de grandes difficultés, et Tévénement du 22 septembre, quMl s^était en vain efforcé d^empêcher, le convainquit qu^il ne pouvait en venir à bout, si son gouvernement ne prenait une mesure énergique. La proposition quil
en fit au roi en termes généraux déplut, qui, dans la lettre autographe ci-après, à S. M., lui exprima sa désapprobation.
Lettre autogi'aphe du roi de Prusse^ adressée au
comte de Goertz. (Extrait.)
Le but de votre mission est parement d'aplanir amiablement les différends existants. Les puissances qui désirent parvenir à ce but doivent se conduire en amis qui, par leur intervention, veulent apaiser les troubles intérieurs d'un autre état. Il ne serait pas prudent de commencer cette intervention par des menaces qui pourraient au^enter les troubles, exaspérer les esprits et engager la France, qui est intéressée à la conservation de la Hollande, à faire de son côté des démarches pour renforcer son parti. Amsi, on pourrait parvenir à allumer le feu de la guerre, sans avoir un allié, et même sans être sdr de ce que feraient TAngleterre et d'autres puissances. L'empereur verrait volontiers son rival s'affaiblir, sans qu'il lui en coûtât la moindre chose à lui-même , et attendrait un moment favorable pour lui porter un coup sensible. Je ne puis commencer une guerre uniquement pour l'intérêt de la famille du stathouder; que si je voulais me contenter de shnples contestations, la France et l'opposition sauraient les apprécier à leur juste valeur, et je me ferais le plus grand tort, si, après avoir fait des démonstrations, je n'agissais pas.
Cependant il faut faire tout ce qui est possible pour soutenir votre négociation: Avant tout, vous devez tâcher, d'accord avec la France, de ramener le prince à la Ha je; si cela peut se faire d'une manière convenable, il j aura beaucoup de gagné, et Ton pourrait conseiller au prince de céder même sur des articles de grande importance. Par une
conduite franche, tous devez chercher à amener le parti républicain à vous communiquer Vultimatum de ses prétentions. Il est possible qu'alors beaucoup de personnes abandonnent ce parti. 11 faut attendre Teffet que cela produira et voir comment la France voudra accomplir ses oblig-ations.
En même temps, il est nécessaire de se procurer des renseignements sur les vues du parti statfaoudérîen , sur ses forces, ses ressources et ses espérances. Il faut s'assurer des provinces et des vflles sur Tappui desquelles on pourrait compter, si les choses prenaient une mauvaise tournure. Après cela, il faut s'etforcer d'inspirer au prince d'Orange de l'activité et du courage, et lui adjoindre des hommes s^ et habiles; mais il faut lui déclarer d'avance qu'on Tabandonni^, s'il ne change pas de conduite, n serait à désirer qu'il eât toujours auprès de lui quelqu'un de notre parti qui fit en état de le diriger. Enfin il devient nécessaire de se procurer une connaissance bien exacte des vues de l'Angleterre, avec laquelle on pourrait sous main agir d'accord, afin que, si les hostilités éclataient, faire casse commune avec die. Cet état est grandement intéressé à maintenfar le stathoudérat et à détacher la Hollande de la France; mais, par rapport à ce dernier point, il ne faut faire aucnne diémarche décisive avant l'arrivée d'une réponse de la cour de France, que j'attends.
Ce ne sera qu'après avoir exécuté tout ce que je viens de dire, qu'on pourra juger s11 convient de parler d'un ton ferme, principalement si quelques provinces de la répnbfiqoe réclamaient le secours de l'Aj^leterre et de la Prusse. jSi, ce cas arrivant, on protestait qu'on n'a pas de vues d'agrandissement, on pourrait, avec beaucoup de vraisemblance, espérer on bon succès, sans en venir à des voies de fait, et il se pourrait que la France, qui est M;éressëe à éviter la guerre, secondât nos vues phrtôt que de les contrarier.
Le comte de Goerte forma diiFérents plans pour procurer au prince cTOrange la majorité dans Tun ou
Tautre des corps délibérants, ou pour opérer une réconciliation entre ce prince et Tune ou Tautre province ; mais comme personne ne voulait se mettre en avavt, sans être assuré du secours de la Prusse, tous ces plans échouèrent. Frédéric-Guillaume II déclara, le 30 octobre, à son ministre, dans des termes qui marquaient du mécontentement de ce quMl paraissait vouloir Tentrainer à quelque mesure énergique, que, dans aucun cas, il ne voulait faire la guerre pour Taffaire de la Hollande. La mission du comte de Goertz aurait ainsi été finie, sans un nouvel incident qui survint.
Le mémoire du prince d^Orange avait produit à Versailles un effet auquel on ne s^attendait pas; au moins le comte de Vergennes s^en servit-il comme d^un prétexte pour annoncer au comte de Goltz, que le roi de France, ayant égard aux plaintes de la Prusse contre la partialité très-passionnée du marquis de Verac, avait résolu d^envoyer à la Haye M. Gérard de Rayneval, conseiller d^Etat, homme tout à fait impartial, pour prendre sur les lieux des informations sur la vraie situation des affaires, et s^efforcer de disposer les esprits à un rapprochement qui pût assurer Tindépendance de la république^ mais aussi conserver au stathouder tous les avantages compatibles avec cette indépendance.
M. Gérard de Rayneval arriva, le 19 novembre, à la Haye, et entra aussitôt en conférence avec le comte de Goertz Q). Les deux ministres s^accordèrent
(1) U était sans caractère public; car, quoiqu'il fût muni, à ce que nouA assure M. de Fias s an y de lettres de créance, il ne de-
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sur les bases d^un arrangement, et convinrent que le plénipotentiaire français en consignerait les détails dans une lettre confidentielle quMl adresserait au comte de Goertz, et que celui-ci la porterait à Nimègue, où était alors la cour stathoudérienne , pour négocier Fadmission de ces conditions. M. de Rayneval écrivit effectivement la lettre convenue; mais le comte de Goertz trouva qu^elle n^était pas conforme aux points sur lesquels ils s^étaient accordés, et le négociateur français, auquel il en fit Tobservation, convint du fait, en déclarant que le refus absolu des patriotes d^ consentir, Favait forcé de faire quelques changements à son projet de lettre; il assura pourtant que leur intention n^était pas de porter atteinte aux droits véritablement attachés à la dignité de stathouder , et qu^on réglerait les fonctions de capitaine-général diaprés le commissaire par lequel cette charge avait été primitivement instituée.
M. de Rayneval proposait que le prince, en sa qualité de stathouder de Gueldre, écrivît aux états de cette province, pour leur exprimer le voeu de voir terminer les troubles, et pour les exhorter à ordonner le rappel des troupes entrées à Hattem et Elbourg, ou qui avaient reçu ordre de s^j rendre ; la tranquillité se trouvait ainsi rétablie; les états devaient, en pleine liberté, délibérer sur les mojens de consolider
Tait les remettre que lorsque les circonstances l'exigeraient. Ainsi les conférences entre les deux négociateurs furent purement confidentielles. Le comte de Goertz se loue beaucoup, dans ses Mémoires y de l'esprit pacifique de M. de Rayne^al.
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cette tranquillité d^une manière constitutionnelle; le prince demanderait alors que le premier objet de leur sollicitude fût le règlement, en ajoutant que, quoique les droits que ce règlement lui accordait lui fussent légitimement acquis, il suffisait cependant qu^n les regardât comme préjudiciables à la liberté, pour qu^il ne balançât pas dMnviter les états à réviser le règlement et à 7 faire^ d^accord avec lui, les changements qu^on jugerait nécessaires et utiles pour le bien de la patrie. De semblables lettres seraient adressées aux autres provinces où il existait des règlements. Aussitôt après la résolution favorable que les états de Gueldre et d^Utrecht auraient prise à cet égard, la province de Hollande retirerait son cordon, et s^occuperait de la levée de la suspension j puis elle déterminerait d^une manière précise et équitable les fonctions attachées à la charge de capitaine-général.
„Vous m^avez demandé, monsieur le comte^^, c^est ainsi que continuait M. de Rayneval, „en quoi con* „sisteront ces fonctions constitutionnelles du capitaine- „général de la province de Hollande. Je ne puis „encore j répondre qu^en vous renvoyant au conunis-^ ,,soire du 27 février 1766, qui, je crois, vous prou- ,,vera que le capitaine-général est soumis à la volonté „du souverain, et ne peut absolument rien faire ou ,,ordonner, qu'avec Tapprobation des conseillers dé- „putés"0.
(1) Il faut observer que cette assertion de M. de Rayneval était absolument fausse; puisque bien loin d'accorder aux conseillers députés, la moindre autorité en ai&ires militaires, leur instruction leur
Quoique le comte de Goertz Jugeât cet arrangement inadmissible ; il le porta cependant le 8 décembre à Nimègue. Ainsi qu^il Tavait prévu ^ le prince le rejeta absolument ^ comme incompatible avec son honneur*
Les états de Gneldre, informés des conditions que les paMotes de Hollande prétendaient imposer au stathouder^ déclarèrent qu^ils n^accepteraient pas de lois de cette province. Ils annoncèrent leur résolution d^emplojer les moyens qui étaient en leur pouvoir pour conserver la dignité et les prérogatives du stathoudérat.
De plusieurs côtés on s^adressa au prince pour le dissuader de Tacceptation des conditions. Aucune démarche dans ce genre ne fit plus d^impression sur le prince d^Orange^ et ne lui donna plus de courage, que celle que fit auprès de lui le grand pensionnaire van der Spiegel de Zéelande; homme très-modéré et jouissant d^une grande réputation de prudence.
La princesse d^Orange de son côté, exposa au roi de Prusse les motifs de la conduite du prince son époux. Quoique Frédéric -Guillaume ait été trèschoqué du mémoire de M. Rajneval, sa répugnance pour une guerre, était cependant telle, qu^il persista à exiger que le prince d^Orange cédât sur la principale question, pour sauver au moins quelques débris de sa puissance. Dans une dépêche que le ministre prussien adressa au comte de Goertz, le 1 janvier
enjomt positivement de ne rien faire à oet égard que d'accord avec le capitaine-général, et de son contentement.
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1787, le roi ajouta de sa propre main ces mots: ^^8i le prince ff Orange ne change pas prompte^ ^^ment sa manière d'agir^ il se cassera certaine^ fument le coV
Rien ne put fléchir la résolution de Guillaume ¥ Q). Cependant le comte de Goertz obtint que le prince Tautorisât à s^exprimer dans une note du 10 janvier, remise à M. de Rajneval, d^une manière qui annonçait de sa part beaucoup de facilité*, mais en supposant toujours qu^au préalable il fût rétabli dans les fonctions de capitaine-général, et que le commandement de. la Haye lui fût rendu.
Dès que M. de Rayneval eut reçu cette note, il fit les préparatifs de son départ quMl exécuta peu de jours après. Le comte de Goertz crojant sa mission finie, demanda, le 16 janvier 1787, son rappel, qu^il obtint le 22. M. de Thulemejer resta comme ministre de Prusse.
Ce précis des négociations que nous venons de donner, ayant interrompu le récit des événements qui nous restent encore à rapporter, nous allons en reprendre le fil Q).
(1) La princesse, dans une lettre adressée au comte de Goertz, le 31 décembre 1786, justifie cette résolution arec une force d'esprit et une supériorité bien remarquable.
(2) Nous ne pouvons nous dispenser de remarquer en cette occasion, ainsi que Ta fait Schoell dans son Cours d'hist, T, XL que c'est avec une grande injustice que tous les écrirains français, et même M. de Lacretelle, entraînés par la prévention ou par une aveugle passion, traitent Fépouse de Guillaume Y. Us la nomment une femme emportée et vindicative: „elle intervenait, dit l'estimable
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Le 8 jaillet 1786, les députés de la ville d'Amsterdam siégeant aux états de Hollande, après avoir représenté les désordres qui résultaient de Texistence d'une foule de corps francs et de compagnies d'exercice, proposèrent de les supprimer. Cette démarche déplut aux patriotes d'Amsterdam qui s'agitèrent beaucoup en attendant une occasion de faire éclater l'indignation du peuple souverain. Ils la trouvèrent dans une proposition que la ville de Harlem fit le 30 janvier 1787. Ce jour-là des députés communiquèrent un projet d'organisation pour les villes, dont l'adoption les aurait rendues presque indépendantes, et demandèrent que la garnison de la Haye fut renforcée par le corps du rhingrave de Salm. Les patriotes d'Amsterdam appuyèrent cette demande j le 24 février, trois mille cent quinze citoyens de cette ville, parmi lesquels se trouvaient les officiers et sous-officiers des corps francs présentèrent au corps municipal une adresse pour exiger son consentement à la proposition de la ville de Harlem. Par l'appui du bourgmestre Hoeft,
^historien du dix-huitiéme siècle, dans tous les débats, pour en ^accroître la violence; quelquefois elle répondait elle-même aux „députés qui avaient été chargés d'exposer au stathouder les gdeh „dea états, et quand Hb témoignaient leur répugnance pour ce ,)genre inusité de communication, elle criait à Toutrage et montrait „le roi son frère prêt à la venger." — Nous rappelons à l'historien du dix^-huitième siècle un fait qu'il paraît avoir perdu de vue, en écrivant ce passage; c'est qu'à l'époque où Frédérique-Sophie-Guillelmine pouvait parler du roi son frère, la guerre entre les deux partis était parvenue à un point qui avait rompu toute communication entre le prince d'Orange et les états, et qu'il ne s'agissait plus de faire exposer au prince les grie£i des états par les députés.
un des patriotes exaltés, et par le moyen ordinaire d'un tumulte, les pétitionnaires obtinrent ce qu'ils avaient demandé.
Le 30 mai 1787, les états de Hollande nommèrent une commission de dix-neuf membres chargés de revoir la constitution des villes de cette province (}). Lorsque la nouvelle de cet événement arriva à Amsterdam, les officiers des corps francs arrachèrent au corps municipal, dont quelques membres étaient absents, une résolution qui ne passa pourtant qu'à la majorité d'une seule voix, et par laquelle les trois députés d'Amsterdam aux états furent, destitués et remplacés par les pensionnaires Berkel et Visscher.
A l'exemple d'Utrecht, les patriotes d'Amsterdam élurent seize représentants munis de pouvoirs extraordinaires qui, par la force des armes, destituèrent, le 3 mai, neuf membres du conseil municipal, et les remplacèrent, le 7, par neuf nouveaux. Un grand nombre de bons citoyens protesta contre cette violence} on opposa faction à faction, société patriotique à société patriotique, pamphlet à pamphlet. La fureur des partis ne s'arrêta pas ; le 28 mai et les jours suivants, ils commirent des excès criminels; il y eut dans les
(1) Grâce à Padresse des députes d'Amsterdam, Muelman, Munster et Tan der Goes, la majorité de cette commission fut composée d'indiyidus qui voulaient maintenir l'ancien état des choses; savoir les représentants d'Amsterdam et de huit autres villes, et celui de la noblesse; huit membres seulement représentant les neuf villes de Dordrecht, Harlem, Leyde, Gouda, Schiedam, Schewenhowen, AUunaar, Monikendam et Purmerend furent pris parmi les révolutionnaires.
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rues d^Anfltfterdam une guerre civile j un grand nombre de maisons appartenant à des amis du prince furent pillées et dévastées; plusieurs personnes furent tuées.
On vit à Rotterdam, Zwoll, Franeker, Kampen et ailleurs des scènes semblables à celles d^Utrecht et d^Amsterdam. Cependant les deux partis armèrent, et la province de Hollande tira un cordon de troupes le long de ses frontières C).
Les corps francs de toutes les villes de Hollande tinrent, pur députés, une assemblée générale, et présentèrent, le 25 mai 1787, aux états de Hollande une adresse par Ia<(Uelle ils demandaient que Guillaume y fût privé de ses charges de statbouder et d^amiral-général , comme il Fêtait déjà de celle de capitaine-généraL La majorité des états suspendit, le 28 mai, le prince de cette double fonction et résolut de retenir son traitement.
Deux jours auparavant, Guillaume Y avait adressé aux États-Généraux et h ceux de Hollande une déclaration dans laquelle il dit entre autres, qu^on devait attribuer à sa longanimité et à son amour pour la tranquillité publique, que jusqu^à présent il ait supporté avec patience et mépris les désordres qui régnaient dans beaucoup de parties de la république, se bornant
(1) Le rhingraTe Frédéric de Salm accepta le commaiideiiient de ces troupes fanatiques et indisciplinëes ; le patriot Rygsel servit sous ses ordres. H y eut le 9 mai 1787, un premier engagement entre les deux partis. Des troupes du stathouder chargées de couper la communication entre Utrecht et la Hollande, ayant rencontré, à Jutphàas, un corps de patriotes commandés par d'Averhoudt, fuf^nt repoussées.
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à préserver par les moyens les plus doux ses droits contre toute attaque, afin que le feu de la discorde ne fût pas entretenu et propagé ; qu^il avsut eu la satisfaction de voir que ses soins n^avaient pas été infructueux même en Hollande, puisque les plus habiles parmi les régents et la plus grande partie des bons bourgeois ne Pavaient pas abandonné; que néanmoins il avait eu la douleur d^apprendre que les chefs de la cabale continuaient avec la plus grande opiniâtreté de violer la constitution de leur province quMls avaient jurés de maintenir, de rompre les liens de Tunion et de s^emparer par force de la domination dans les conseils municipaux de leurs villes. Après s^étre plaint des violences que les patriotes armés avaient commises dans la province d^Utrecht, Guillaume V protesta qu^il réunirait sa fortune, son autorité et Tinfluence que lui assuraient les hautes dignités dont il était revêtu, aux moyens des états d^Utrecht pour rétablir la tranquillité dans cette province. En conséquence, il invita les états de toutes les sept provinces de Tunion, ainsi que les Etats-Généraux, toutes les cours de justice et les bons bourgeois à se joindre à lui pour coopérer à un si noble objet, en donnant Passurance qu^il ne demandait qu^à remplir le serment quMl avait prêté à la patrie en général et à chaque province en particulier, et que son unique intention était d^empêcher toute oppression sans prétendre à un plus grand pouvoir qu^il ne lui en appartenait en vertu des commissions qu^il avait reçues, et par des résolutions d^état, enfin, par une possession légitime. Enfin il exprime son espoir que les. états de Hollande révoqueront aussitôt et avant
toute chose les résolutions précipitées et illégitimes qu^ils ont prises à Tégard du commandement de la Haye et de la charge de capitaine-général.
Un événement, arrivé le 28 juin 1787 , amena enfin une catastrophe qui changea la face des affaires, et qui finit par déterminer le roi de Prusse dUntervenir à main armée dans les troubles de la république.
La princesse d^Orange, pour travailler à un accommodement, ou peut-être comme les patriotes Tont prétendu, pour opérer un mouvement en faveur de son parti (^), résolut de se rendre de Nimègue à la Haye, accompagnée de Tune de ses dames d^honneur, mademoiselle de Staarenbourg , et des comtes de Bentink et de Randwyck. Comme les relais placés sur la route, faisaient croire au parti patriote que le stathouder projetait de se rendre à la Haye, le général Ryssel avait- reçu ordre d^empêcher ce voyage. Pour arriver à la Haye il fallait que la princesse traversât le cordon de troupes que les états de Hollande avaient tiré
(1) Dans l'ouvrage de M. de Ségur, sur les principaux évënementa du règne de Guillaume II roi de Prusse, il se trouve un Mémoire sur la révolution de Hollande par Gaillard, dans lequel il est porté un jugement sur la princesse d'Orange, qui prouve à quel excès l'auteur a poussé l'esprit de parti. La réputation qu'anciennement on s'est plu à faire à ce diplomate, nous engage à fidre connaître en cette occasion l'opinion de M. de Vergennes sur son compte. On lit dans une dépêche du comte de Goltz, ministre de Prusse près la cour de France, que M. de Vergennes lui dit: „M. „dc Verac (ambassadeur de France à la Haye) a fait un bien mau- „vais choix, en s'adjoignant un sujet aussi médiocre que Gaillard. „Je m'étonne que le comte de Goertz, qui l'a connu en Russie, l'ait „écouté un instant. Il n'aurait pas dû lui parler d'affaires, ou n'a- ,jouter aucune valeur à ce que cet homme lui disaif
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sur la frontière de cette province; arrivée au poste nommé Govoerwelche-^Sluys ^ près de Schoonhoven, elle fut empêchée de continuer sa route, traitée en captive par la commission de défense siégeant à Woerden, ou, comme disaient les patriotes, entourée d^une garde d^honneur, et ensuite renvoyée. Elle en porta ses plaintes aux corps des états de Hollande, qui lui répondit, le 30 juin, d^une manière évasive, mais approuva tout ce que la conmiission de Woerden avait fait. En vain les Etats - Généraux , dans rassemblée desquels régnait plus de calme et de modération, voulurent-ils ramener à là raison ces farouches républicains, en leur représentant les suites fâcheuses que cet événement aurait sans doute pour le pays : ceux-ci approuvèrent formellement la conduite de leurs confrères.
Cette imprudence eut les suites que la partie saine de la nation avait prévues : la princesse d^Orange demanda vengeance, à son frère, le roi de Prusse, de TaiTront qu^elle avait essuyé.
Cependant les états de Gneldre, de Zéelande, de Groeningue, de Zutphen et de Drenthe, se prononcèrent contre ceux de Hollande, dont la conduite ne trouva d^approbateurs que parmi les états d^Overyssel Q).
(1) Dans cette proyince, comme dans celle d'Utrecht, il y avait un schisme ; il y existait deux assemblées d'états, dont chacune traitait son adversaire d'illégale. Le parti patriote de Hollande réussit à faire admettre dans le sein des États -Généraux les députés de celle de ces assemblées qui se composait d'anti - orangistes , en excluant ceux des autres. C^était un coup de parti décisif; la faction patriotique obtint ainsi la majorité dans rassemblée suprême des représentants de l'union.
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Le 10 juillet 1787, le roi de Prusse fit exprimer aux Etats -Généraux^ par le baron de Thulemejer, son approbation de leur conduite à Fégard de sa soeur 5 en demandant néanmoins pour cette princesse une satisfaction éclatante, que ce ministre fut encore chargé dVxiger spécialement des états de H(riUande« Voici ces deux pièces.