INFLUENCE DES RACES
'aime beaucoup les animaux et je me rappelle que, lorsque j'étais à la campagne, je mettais tous mes soins dans l'élevage de ceux-ci.
Or, mes goûts, mes inclinations m'ont toujours porté vers le beau, je n'aime pas ce qui est commun, je suis artiste par tempérament; je me passe volontiers des choses lorsque je ne puis pas y mettre le prix, mais lorsque j'achète, je veux qu'on me
donne ce qu'il y a de mieux dans la maison.
Si je fais cette profession de foi, c'est moins pour en tirer vanité que pour vous exposer l'allégorie suivante :
Je m'étais procuré à prix d'or de superbes poules au plumage argenté avec collerette et huppes noires, les pattes étaient roses et les ongles nacrés ; c'était, en un mot des poules de race à deux louis la pièce. J'avais aussi deux superbes serins hollandais qui faisaient l'admiration de mon voisinage : on m'en retenait des petits.
Amère dérision du sort ! mes poules ne pondaient pas, mes serins ne chantaient pas Sur ma plainte au marchand, celui-ci me répondit: «On ne peut pas tout avoir, monsieur, vous avez le plumage^ vous n'aurez pas le ramage. » J'avais^ en effet, de fort belles poules, mais je ne mangeais pas d'œufs; j'avais de forts beaux serins, mais ils ne couvaient pas ou pondaient des œufs clairs. En un mot, j'avais la satisfiiction des yeux, rarement autre chose.
l86 NOUVELLES CAUSES DE STERILITE
Depuis lors, devenu par expérience plus pratique, je n'ai que des poules de ferme au plumage rouillé. . . mais elles pondent ; je n'ai que de vulgaires canaris jaunes, mais ils chantent et font des petits. Tout ce peuple de gueux pullule à vous en taire perdre la tête, il sort des couvées de partout, je mange œufs et poulets, je donne des oiseaux à qui en veut, et il m'en reste toujours !
Consolez-vous, lectrices distinguées, belles nés de haute lignée, nobles dames au eur sensible, vous êtes de la race des fées,
VOUS ensorcelez, mais vous ne pondez pas souvent, ou si vous pondez, vos œufs sont clairs comme vos jolis yeux, ils sont frais mais n'éclosent pas.
Consolez-vous aussi, chers lecteurs qui descendez des Croisés, l'origine de votre race remonte trop haut pour qu'elle ne s'éteigne pas : les vieilles souches ne donnent plus que de grêle rameaux; les troncs recouverts par les siècles ne donnent plus que de la mousse ; consolez-vous, car on dit qu'au jeu de l'amour un muletier vaut trois rois.
Consolez-vous aussi, ôvous ! les hommes de génie 1 pendant que vous avez l'esprit dans les nuées, pendant que vous créez de sublimes et grandes choses, pendant que vous peuplez la terre de vos chefs-d'œuvre, votre semence s'atrophie ; votre épithélium cérébrale donne de trop beaux échantillons de vous-même pour que votre épithélium génital fournisse sa part. Pendant que le flambeau de votre esprit éclaire le monde, la modeste flamme de Votre... matière s'éteint.
l88 NOUVELLES CAUSES DE STÉRILITÉ
Si les gens d'esprit supérieur ne se multiplient pas entre eux, qu'ils se consolent, car l'espèce humaine n'a aucune tendance à devenir meilleure par des à-coups ; les arbres géants donnent trop d'ombre autour d'eux pour qu'il y pousse même des pygmées.
On dit qu'on n'a jiim.iis tous les dons à la fois
Et que les grands esprits, d'ailleurs très estimables,
Ont fort peu de talent pour former leurs semblables.
(Destouches.)