DES CONTRASTES
onlraria contrariis curanlur. C'est, en effet, une loi naturelle et bien humaine que celle-ci ; nous aimons les contrastes, c'est pour eux que nous vivons, c'est par eux que nous mourons.
Toute lumière appelle une ombre, toute teinte sa couleur complémentaire :
l'une fait valoir l'autre, et la puissance du coloris est d'autant plus grande que le
demande
contraste entre les deux tons est plus grand.
Les bruns aiment les blondes, les grands aiment les petits, les vieux aiment les jeunes ; les gens supérieurs aiment à s'entourer de sots ; les jolies têtes adorent les monstres; les gras recherchent les maigres, les causeurs ceux qui écoutent ; les forts aiment les fliibles, les puissants aiment les humbles et le loup la brebis.
Et qu'on remarque bien que la réciproque existe toujours, la brebis peut être exceptée, et encore... !
Nous passerions en revue toute la gamme des qualificatifs que nous trouverions toujours la vérité de cette maxime. D'où il résulte que le meilleur condiment de l'amour, c'est le contraste.
Les conditions et qualités moyennes seules sont aptes à se satisfaire mutuellement.
Q.ue pouvons-nous tirer de cette loi d'affinité des constras.tes au point de vue de la fécondation ?
C'est que les races ont peu de propension à sortir de leur type régulier. Arrive- t-on
par des croisements à forcer la main à la nature en produisant des variétés plus ou moins éloignées du type primitif, qu'aussitôt, progressivement, insensiblement, les variétés créées disparaissent et reprennent les caractères du type commun en se rapprochant de plus en plus de celui-ci.
Il y a là une loi d'atavisme bien connue et contre laquelle nous ne pouvons que nous incliner.
Nous avons même remarqué que plus on s'éloignait du type commun, plus grandes étaient les chances de stérilité : l'homme trop grand ne se reproduit pas, le géant est stérile, le nain l'est aussi. Dans un même ordre d'idées, tout ce qui s'éloigne du juste milieu, soit par l'âge, la couleur, la santé, la forme, la constitution, l'esprit même a moins de chances de se reproduire si on ne recherche pas le contraste.
Si nous aimons le contraste, c'est par une loi naturelle ; nous voulons instinctivement nous rapprocher du type régulier de notre race en procréant un être mixte, cor-
rigeant ainsi nos excès par les excès con traires.
Sommes-nous trop grand, nous aimons à prendre une femme trop petite de façon à ramener la taille à son état normal ; c'est instinctif; nous la prendrons d'autant plus petite et plus délicate que nous serons plus grand et plus robuste; c'est ce qu'on peut nommer l'affinité des contrastes. Et, quelle que soit l'exagération qui nous concerne, qu'il s'agisse de la couleur de nos cheveux, de notre âge, de notre constitution, de nos défauts, nous cherchons toujours à nous corriger par le croisement des qualités contraires.
L'homme âgé qui veut sûrement se reproduire ne le pourra qu'autant qu'il prendra une très jeune femme;. on dirait même que la semence endormie du vieillard ne se réveille qu'au contact d'une jeune chair.
Nous croyons même que la réciproque existe et que toute femme mûre ne devient absolument mère qu'à la condition de prendre un jeune époux; la vigueur de la
semence triomphe ici du terrain refroidi.
Nous ne voulons cependant pas prêcher ici en faveur de l'immoralité de ces unions, qu'on dit mal assorties, car nous ne faisons que constater une loi des contraires qui •existe; et, lorsque, pour des raisons de famille, de nom ou de fortune, on tient à avoir des enfants, il est bon, tout au moins, qu'on sache quelles sont les meilleures conditions qu'on doive rechercher pour les obtenir.
"V"^, 1° Plus un être occupe le bas de
^ \ l'échelle animale, plus il est apte à se \ \ multiplier.
2° Dans une même espèce, plus la misère est grande, plus elle produit.
3° La quantité des produits est en raison inverse de leur qualité.
4° Plus grande est la natalité d'un pa5's, plus courte est sa longévité moyenne.
5° Si dans un individu on ne considère que les cellules, plus celles-ci seront nobles, moins elles se reproduiront.
6° Toute dépense cérébrale enlève dix fois son équivalent de dépenses génitales.
Si ces lois n'ont jamais été formulées, elles sont cependant bien connues de tout le monde. Depuis longtemps les statistiques démontrent clairement que plus un pays est pauvre, plus il est peuplé et plus il fournit de sujets à l'émigration; tels sont l'Irlande, l'Italie et l'Allemagne.
Si nous prenons la ville de Paris pour exemple, nous trouvons dans les trois arrondissements suivants, VIII% X"^ et XVIII% qui représentent assez bien les trois classes de la société, une natalité inversement proportionnelle à sa richesse :
VHP arr. Quartier riche : rapport des naissances aux mariages, 1,9.
X'= arr. Quartier bourgeois : rapport des naissances aux mariages, 4, i .
XVII? arr. Quartier pauvre : rapport des naissances aux mariages, 6,5.
D'où l'on est en droit de conclure que plus la misère est grande, plus la population est prolifique.
On invoquera peut-être d'autres raisons que la misère; on dira que si les riches n'ont pas d'enfants, c'est qu'ils n'en veulent pas et qu'ils font tout ce qu'il faut pour n'en pas avoir, tandis que l'ouvrier va carrément au but et ne triche jamais.
Nous autres médecins, nous savons le contraire; nous ne rencontrons la stérilité que dans les classes riches, nous savons tous les efforts qui sont faits de ce côté pour ob~ tenir des enfants. Nous savons aussi que le plus grand nombre des ouvriers mariés sont Malthusiens et font tout ce qu'ils peuvent pour ne pas augmenter leurs charges ; ils ont cependant des enfants, malgré les précautions les mieux prises. D'où il faut conclure que c'est une affaire de terrain. Ne voyons-nous pas, en culture, les horticulteurs rendre les fleurs stériles par l'engrais ? ils transforment à volonté les étamines et les pistils en pétales; les fleurs deviennent
doubles, c'est vrai, mais aux dépens de leur reproduction. Veut-on leur redonner leur fécondité ? il suffit de les remettre en pleine terre : livrées à elles-mêmes, les corolles disparaissent, mais étamines et pistils reprennent leurs fonctions.
La vache normande devient stérile au milieu des gras pâturages de sa Normandie où elle engraisse ; la vache bretonne, au contraire, produit beaucoup, alors qu'elle n'a qu'une maigre nourriture au miUeu des landes incultes de sa Bretagne. D'où nous devons conclure que le genre d'ahmentation peut avoir une grande influence sur la stériUté et que nous devons quelques conseils à ce sujet.