DU REGIME ALIMENTAIRE
Nous avons dit depuis longtemps, dans un de nos ouvrages' que l'alimentation jouait un rôle considérable dans l'orga nisme humain et faisait à peu ; /j près seule laquaiité et la finesse \'fffK d'une race.
Nous disions ^ que, dans une salle de spectacle on reconnaissait
' Le Magnétisme à la recherche d' une posi lion sociale, 1886 Deiuu, éditeur.
parfaitement ceux qui étaient à leur place de ceux qui, par faveur, avaient obtenu un billet, les plaçant momentanément en dehors de leur sphère sociale. En effet, en dehors de l'élégance du costume, en dehors des manières distinguées que donne Thabitude du monde, il est une nuance du teint, une finesse de chair qui font qu'on reconnaît au premier coup d'œil un gentilhomme chez lui, d'un lourdaud en rupture de boutique.
En effet, nous pourrions, à ce sujet, formuler la loi suivante : Les matériaux de construction ne peuvent bâtir des édifices solides qu'en raison directe de leur résistance.
Or, toute substance alimentaire de choix ne l'est pas seulement par le coup d'œil et la saveur, elle l'est aussi par ses quahtés de résistance et de durée. De là, des réparations durables, des entretiens sérieux,des fortifiants qui résistent aux attaques du temps ; d'où il résulte : une constitution plus solide, quoique plus fine ; une énergie plus grande, quoique de forme plus délicate; une lonaévité plus étendue, malgré les orages qui
assaillent la vie de l'homme du monde.
Nous avons dit dans le précédent chapitre que la quantité des produits était en raison inverse de leur qualité. En effet, si les riches se reproduisent moins, ils ont, en revanche, une longévité plus grande : la moyenne de la vie est de quarante-sept ans pour la riche Normandie, alors qu'elle n'est que de trente ans pour la pauvre Bretagne.
D'où il suit que si l'homme du monde fait moins d'enfants, il a plus de chances de les conserver, car, outre que ceux-ci procèdent de matériaux plus résistants, ils ont encore l'hygiène pour les préserver et une saine nourriture pour les développer.
On entrevoit d'ici le rôle que joue l'alimentation de choix dans la reproduction : elle diminue la quantité, alors qu'elle donne la qualité et la résistance. Il s'ensuit que si la stérilité a pour seule cause un régime alimentaire trop riche, il faut réformer celui-ci ou le modifier dans sa quantité tout au moins ; il faut sortir de table avec la faim et prendre un exercice salutaire ; en
2o8 NOUVELLES CAUSES DE STERILITE
un mot, suivre l'avis donné par le professeur Behier à l'un de ses riches clients qui se plaignait de son embonpoint :
« Vivez avec trois francs, monsieur le marquis, mais gagnez-les. »
Si l'on veut se rendre compte de l'influence de la nourriture sur la reproduction, qu'on prenne douze lapins, qu'on en mette six dans une cage et six dans une autre ; qu'on nourrisse les six premiers à profusion avec ' de l'avoine, du pain, du son, des pommes de terre et les herbes qu'ils aiment ;
qu'on nourrisse les six autres avec parcimonie, on verra, après six mois de ce régime, que les premiers lapins ne se reproduisent plus, alors que les derniers pullulent à faire craquer la cage.
Comment expliquer cette influence de la nutrition ?
Nous pensons que c'est une afl'aire de saturation. Mettez un peu de sel dans un verre d'eau, il se dissoudra ; mettez-en beaucoup, l'excès se précipitera au fond du verre sans se dissoudre.
Alimentez une femme jusqu'à saturation, elle sera sans appétit, sans- désir, sans soif charnelle ; elle sera saturée de partout, aucun point de son économie n'appellera à son secours; cette femme n'aura aucune tendance à s'assimiler des cellules étrangères, sa nature les repoussera par instinct, quelle que soit la voie qu'on choisisse pour lui offrir cette assimilation; en un mot, il n'y a pas d'endosmose pour cause de saturation.
Si nous prenons, au contraire, une malheureuse dont la misère physiologique est
manifeste, elle absorbera comme une éponge sèche tout ce qu'on lui présentera : qu'on lui frictionne la peau avec un corps gras, qu'on lui donne un lavement alimentaire, qu'on lui donne une nourriture grossière, peu importe, tout s'assimilera, tout fera corps avec elle, et, si vous lui faites la charité d'une cellule] spermatique, elle la recevra comme une manne céleste et l'assimilera.
C'est ainsi que se font les enfants chez les malheureux : il y a toujours place pour un repas fût-il offert par des voies détournées.
DE l'obésité
^ 'après ce que nous venons de dire, on con- \ çoit le mécanisme de \ la stérilité : l'économie \ n'a aucune tendance à / s'assimiler quoi que ce soit ; la richesse des tissus est trop grande pour qu'elle profite d'une aumône, surtout lorsqu'elle est offerte par les voies détournées d'une assimilation normale.
Mais ce n'est ici qu'une affaire d'indifférence physiologique. On peut encore saisir un moment propice^d'appétit pour quel'of-
frande soit la bienvenue ; le corps a des crises de désassimilation dont on peut profiter, une maladie passagère;, une simple indisposition suffisent quelquefois pour redonner à la femme toute son aptitude à concevoir. On voit chaque jour de ces grossesses survenir après une maladie dont la diète d'une part et la désassimilation de l'autre ont fait tous les frais de traitement.
Or, ici la nature nous montre la voie à suivre pour obtenir un succès; c'est à nous à l'aider dans le même sens ; nous ne pouvons pas, il est vrai, provoquer impunément la maladie ; mais puisque nous savons ce qui se passe dans l'économie au moment de cette crise, nous pouvons provoquer artificiellement la diète et hâter la désassimilation par des prescriptions dont nous avons les recettes et dont nous reparlerons au chapitre Traitement.
Il est un autre état constitutionnel beaucoup plus grave que la saturation simple : nous voulons parler de la sursaturation graisseuse qui conduit à l'obésité. Ici, ce
n'est plus seulement de l'indifférence physiologique qu'il s'agit, il y a là une inaptitude complète d'assimilation par la voie externe ; la graisse envahit tous les tissus, les recouvre d'une couche isolante sur laquelle rien ne se greffe; l'ovaire est recouvert d'un panicule graisseux qui l'étouffé, ses fonctions physiologiques sont ralenties ou abolies; l'ovule lui-même est infiltré dans ses enveloppes, il n'envoie plus ses prolongements en doigt de gant au-devant du spermatozoaire et celui-ci ne peut plus l'entamer par son éperon; c'est une cible où tous les dards s'émoussent et rebondissent.
L'obésité pourrait donc trouver sa place dans la stérilité mécanique, car en dehors de l'ovaire ou de l'ovule, tous les organes génitaux sont plus ou moins infiltrés, déplacés dans leurs rapports ; l'utérus est perdu au milieu du bassin, car ce n'est plus avec un spéculum ordinaire qu'on peut l'atteindre, il fout un verre de lampe de grande taille pour y parvenir, et l'on se demande ce que peut bien faire le mari en pareille
occurrence, car il ne suffit pas qu'il ait de la bonne volonté, il faut encore qu'il ait des arguments à longue portée, et pour peu que le mari soit obèse lui-même, on voit d'ici la triste figure que ces organes peuvent faire lorsqu'ils sont mis en rapport. Cela devient de l'amour platonique au premier chef, et, entre mari et femme, il faudrait, pour le moins un téléphone pour se transmettre des politesses.
Nous devons dire cependant que l'obésité n'est pas un obstacle absolu de stériUté, car nous connaissons, dans notre clientèle deux cas pour le moins où l'obésité est à ce point développée, que c'est à croire qu'on a souflîé de la baudruche à pleine peau, tellement celle-ci est luisante et tendue : malgré cela, elles ont pu concevoir et nourrir, l'une trois, l'autre cinq enfants dans d'excellentes conditions. Mais, vraiment, nous ne nous expliquons pas comment les choses ont pu se passer ; il faut croire qu'il y a des grâces d'état et des accommodements, même avec l'impossible.
Je ne sais vraiment lequel complimenter le plus de la femme qui conçoit dans un tel état de graisse ou du mari qui ensemence un tel terrain ; c'est à se faire offrir le prix Montyon pour cause de dévouement.