RÊVERIES SOLITAIRES
Le plus puissant facteur de la stérilité est peut-être encore l'onanisme dans les deux sexes.
Si nous plaçons l'onanisme dans le groupe de la stérilité constitutionnelle, c'est que nous pensons que cette funeste habitude est un puissant modificateur de l'organisme et, comme tel, rentre dans ce groupe.
En effet, qu'il s'agisse de l'instruction, des habitudes, des vertus ou des vices, il faut toujours remonter à la jeunesse du sujet pour en reconnaître toute la profondeur. On pourrait même formuler cette loi : les vices ou les vertus ont des racines d'au-
tant plus profondes dans l'organisme que l'époque de leur développement se rapproche le plus de la naissance.
Nous avons dit dans un de nos ouvrages ' comment les enfants contractaient la funeste habitude de l'onanisme dès l'âge le plus tendre, alors qu'ils n'avaient pas été dépravés par l'exemple ou les conseils de • leurs petits camarades ; nous disions et nous répétons ici que c'est souvent un manque de propreté des parties génitales qui engendre ce vice honteux.
Les enfants sont souvent atteints d'un prurit local qui les porte à se frotter, à se gratter pour se soustraire très naturellement à la démangeaison ; de là, un chatouillement plus ou moins agréable se manifeste, une habitude s'établit; celle-ci dégénère bientôt en un vice qu'on peut difficilement réprimer, alors qu'au début il eût suffi de quelques bains ou d'un lavage journalier
.^Traité d-hygiéue. Adrien Delahaye et Lecrosnier, éditeurs. Paris, 1880.
pour le faire 'disparaître, car la matière sébacée est seule cause du prurit.
Chez les fillettes particulièrement, il se développe en raison même de la grande surface des muqueuses, une vulvite, simple d'abord; celle-ci ne tarde pas, si l'on n'y prend garde, à dégénérer en vulvite purulente. Non seulement l'écoulement affaiblit l'enfant, mais encore cette affection acquiert des propriétés virulentes extrêmes, car si l'on examine le pus au microscope, on reconnaît parfaitement la présence du gonococcus.
Or, le gonococcus est très contagieux, il l'est dix fois plus que l'acarus de la gale; on conçoit donc combien il est important de traiter ces vulvites purulentes qui peuvent contaminer toute une famille lorsque des soins de propreté ne sont donnés qu'avec une seule et unique éponge.
La vulvite purulente n'est pas seulement dangereuse localement, elle l'est encore par des phénomènes de métastase bien connus; on voit s'établir des rhumatismes
gonorrliéïques qui déterminent des accidents redoutables et de fort longue durée.
Nous venons de sortir bien involontairement de notre sujet, mais nous devions pousser ce cri d'alarme en insistant sur la propreté génitale des enfants ; cela rentre dans le cadre de notre chapitre.
Donc, que l'onanisme soit le fait de la malpropreté ou qu'il soit le fait du libertinage, il devient fatal au point de vue de la stérilité dans les conditions suivantes :
La jeune fille se règle, ses organes se développent, les fonctions ovulaires s'établissent, et l'habitude de la fillette qui n'était alors relativement qu'anodine, prend tout à coup des proportions de gravité telles, que tout son être participe à ces tunestes ébranlements, compromettant ainsi sa santé pour toujours.
D'autre part, ses ovules se flétrissent, la ponte en est hcîtée et l'ovaire se dessèche.
Vient-on à marier une jeune fille après quelques années d'un semblable régime, que
celle-ci est flétrie, vidée, épuisée et complètement inapte à la maternité.
Quant au jeune homme, le tableau que nous en ferons ne sera pas moins sombre. La facilité qu'il a de se livrer à son vice Vépuise bientôt, sa constitution en est profondément ébranlée, et, si Tépithélium génital fournit encore des spermatozoaires , la sensibilité spéciale s'émousse, le ressort uréthral s'affaiblit, la spermatorrhée s'établit et la frigidité en devient la conséquence fatale.
Qii'on marie un tel monsieur dans ces conditions, on aura un être veule, sans énergie, lâche, hypocrite, qui remplira peut-être ses devoirs pendant quelques jours, mais, re-
connaissant bientôt que la réalité qu'il tient est loin de valoir le rêve qu'il a eu, reprendra ses habitudes solitaires et coupables à côté de sa femme qui n'aura que la corvée du ménage sans en avoir les bénéfices. Et, alors même que le mari, par raison ou par devoir, voudrait reprendre ses fonctions d'époux il ne le pourra plus, la frigidité sera définitivement son lot et sa punition.