MARIAGE DES DEUX CELLULES
UEL que soit de rencontre
pour mettre
l'un des trois modes qu'ait choisi la nature les deux éléments mâle et femelle en présence, nous allons dire ce qui se passe au moment de leur réunion ou plutôt de leur fusion en un seul élément, destiné cette foisàvivreet à se développer normalement.
Les deux éléments se font de véritables coquetteries : l'élément mâle ressemble à
STÉRILITÉ LATENTE
notre coq de basse-cour frétillant autour de sa poule; il fait le tour de l'ovule lui faisant les salamalecs d'usage; l'ovule, de son côté, envoie au-devant du spermatozoaire de petits prolongements coniques, comme pour rinviter à entrer. En effet, quoique la pellicule d'enveloppe soitd'une minceur excessive, elle paraît encore trop résistante pour être entamée par l'éperon que possède le spermatozoaire; aussi, le prolongement en doigt de gant qu'offre le cône envoyé par l'ovuleau devant du spermatozoaire n'a d'autre but que d'amincir encore cette pellicule, comme on , peut s'en rendre compte en appliquant / son doigt sur le fragment
conséquent, il nefaut pour ainsi dire que poser la pointe d'une aiguille à sasurface pourlaperforer.
d'un ballon d'enfant : plus on pousse, plus le caout-
chouc devient mince
et transparent ; par.
C'est du reste ce qui arrive. Sur ces invites •épétées, le spermatozoaire se décide, donne son coup d'éperon et sa tête disparaît. A cet instant, le petit cône s'efface, mais le spermatozoaire est coupé en deux par ce retrait brusque, c'est-à-dire que la tête seule est entrée, alors que la queue reste à la porte.
Malgré cette am- \ putation, comme > J le principal est entré dans la place, la queue disparaît; c'est du reste un élément devenu complètement inutile, car l'animalcule n'a plus besoin d'organe de locomotion puisque son chef est arrivé à destination.
Voyons maintenant ce qui se passe dans l'œuf :
Nous avons dit qu'au centre de l'œuf non fécondé se trouvait une petite tache blanche appelée pronucléus femelle. Aussitôt la tête du spermatozoaire entrée et la section de sa queue opérée, cette tête devient rayonnante, c'est une sorte de petite étoile qui vient éclairer la partie sombre de l'œuf par de vé-
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ritables cloisonnements de lumière. C'est le rayon de soleil venant vivifier ce qui n'était alors que matière.
Cette étoile lumineuse se nomme
longueur du rayon de l'œuf, c'est-à-dire que le pronucléus femelle reste exactement au centre pendant que le pronucléus mâle est à l'un des pôles.
Cependant, le pronucléus mâle ne tarde pas à se diriger vers le centre, alors que le pronucléus femelle ne bouge pas; bientôt les pronucléi sont en contact; mais, si d'ua côté le pronucléus femelle n'a pas bougé pour aller à la rencontre du pronucléus mâle, il fournit à son tour sa somme de mouvement, car, au fur et à mesure que le pronucléus mâle vient se mettre en contact avec lui, il se déprime en cuvette pour recevoir le segment de la petite sphère mâle.
La dépression augmente progressivement
pronucléus mâle; ces deux
pronucléi sont distants l'un de l'autre de toute la
les éléments qui, jusqu'alors, étaient séparés et distincts, se fondent en un seul. Bientôt, le rayonnement du pronucléus mâle s'étenddans toutes les parties de l'œuf pour former les premiers linéaments du nouvel être, la vie est ébauchée ! Elle n'a plus qu'à continuer ses étapes successives, l'enfant existe dès cet instant, il n'a plus qu'à se nourrir et à parcourir les diverses phases de son existence, phases dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
COXSEaUENCES DE CES DIVERS ACTES AU POINT DE VUE DE LA STÉRILITÉ
./ N conçoit parfaitement que ce n'est pas pour faire un vain étalage d'érudition que nous avons décrit les mystérieuses phases du début de lavie; nous aurions pu, dans ce cas, remonter plus haut, faire de Vovo-spermatogenèse, remonter ainsi jusqu'à notre premier père et faire assister le lecteur au début de la création, tellement tous les points de la science se touchent, s'enchaînent et s'expliquent, mais tout autre est notre but; nous voulons rester dans notre cadre étroit de la stérilité dans les deux sexes, ce qui du reste est encore un
champ d'exploration assez vaste pour satisfaire notre ambition. Nous avons voulu remonter aux sources premières de la stérilité, car il est des cas qui ne s'expliquent ''pas si l'on ne remonte pas jusqu'à elles. Rien n'est plus facile, en effet, que de dire à un monsieur quelconque : « Vous n'avez pas de testicules, vous n'aurez pas d'enfants », ou de dire à une dame : « Vous avez une matrice rudimentaire sans ouverture, vous n'avez pas vos règles, vous n'aurez pas de famille. » Ceci est absolument du ressort de M. de la Palisse et le médecin qui s'occupe d'une spécialité doit porter plus loin ses investigations. Ceci nous conduit à dire ce que nous pensons de la stérililé cachée, de celle, en un mot, qui ne tombe pas directement sous nos sens par l'examen histologique des humeurs ou par les réactifs, quelle que soit leur sensibilité.
Et tout d'abord, passons en revue les chapitres précédents et arrêtons-nous aux possibilités qui peuvent s'opposer à la fécondation.
.DE l'ovule avant SA FECONDATION
tre, soit facilement altérable et qu'il soit soumis à de nombreux accidents. Le surmenage génital en est un, il se passe là de tels orages qu'il faut vraiment que la nature ait une bien grande envie de se perpétuer et qu'elle prenne bien des précautions à notre insu pour que l'œuf soit respecté au milieu des tempêtes génitales.
Disons tout d'abord que la femme met habituellement vingt-huit jours entre la ponte de chaque œuf, qu'elle soit mariée ou non, mais c'est là une règle générale qui subit de trop nombreuses exceptions pour ne pas nous y arrêter un instant :
L'ovaire met vingt-huit jours pour mûrir l'œuf qui doit se détacher à sa date régulière,' mais tel prunier qui doit donner ses fruits le 15 août les voit périr en juillet à cause du vent, des orages ou du secouement dont il est l'objet de la part d'un jeune fou qui le secoue, le secoue à branches que veux-tu; IVbre n'en peut mais, les fruits sont perdus pour tous et pour lui. Bientôt, l'arbre
ébranlé dans ses racines ne produit plus rien, il végète encore, mais reste stérile.
Il n'est pas nécessaire d'insister sur la similitude.
Il est une autre comparaison, que nous vou-
l'Ai
STÉRILITÉ LATENTE
drions encore faire ; qu'il nous soit donc permis de nous servir d'une figure, c'est aussi clair et c'est plus chaste. L'ovule doit mettre vingt-huit jours pour arriver à maturité, mais si l'on hâte son éclosion par des excitants intermensuels, on a un fruit i de serre . chaude qui vient avant son héure, et, comme ses congénères, il est sans parfum, sans valeur et coûte fort cher.
Il coûte ici l'irrégularité menstruelle qui en est la conséquence et finalement la stérilité.
Toute poule qui pond vite et avant son temps ne pond bientôt plus et ses œufs sont clairs.
Tous les rapports conjugaux qui se font avant la maturité de l'œuf sont non seulement stériles, mais hâtent la maturation de l'ovule qui tombe souvent dans un moment où le mari n'est plus là; c'est faire de la besogne inutile. Il ne s'agit pas de partir matin, il faut arriver à l'heure.
Tout spasme trop ardent brise l'enveloppe de l'ovule et celui-ci est lancé en dehors des voies qu'il doit suivre pour être fécondé.
Il est une autre cause de stérilité qui porte sur la pellicule qui entoure l'ovule, celle-ci peut être trop fragile, trop délicate, c'est l'œuf sans coquille de nos basses-cours qui ne peut pas être couvé sans se déchirer ; dans ce cas^ le phosphate de chaux est tout indiqué.
Faites, mesdames ! des enveloppes à vos œufs sous peine de devenir de nouvelles
Le contraire peut exister, l'enveloppe peut être trop résistante et les maris trop affaiblis. Vaincre ! tel est le but de l'homme ; or, le spermatozoaire étant l'image exacte de celui qui le produit, la tâche est souvent au-dessus des forces de celui qui n'a que sa
Perrettes.
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bonne volonté pour monnaie. Débilitezvous, mesdames, par les alcalins et la diète, la porte cédera peut-être, même pour qui frappe doucement.
Ces diverses causes de stérilité pourraient être appelées assez justement micro-organiques, en raison même delà ténuité microscopique des éléments qui composent ce genre de stérilité dont personne n'a parlé jusqu'à ce jour, mais elles ne sont pas les seules qui restent cachées à toutes les investigations des examens ordinaires, et, sans parler ici des antipathies inconscientes, des répulsions d'éléments entre eux, des diverses tensions électriques ou magnétiques incompatibles dans ce milieu profond et inaccessible à nos recherches, nous devons dire qu'il reste encore les paralysies ovo-tubaires. Tantôt l'œuf sommeille dans son enveloppe, sa déhiscence ne se tait pas ou, lorsqu'elle se fait, l'œuf est altéré. D'autres fois, ce sont les franges de la trompe qui ne sont pas assez vigilantes pour saisir l'œuf lors de sa déhiscence et le laissent tomber dans le péri-
toine; d'autres fois, leurs mouvements de reptation se font mal ou imparfaitement, elles restent immobiles, elles sont pour ainsi dire inertes, comme frappées de névralgies; tantôt, elles sont le siège de refroidissements de nature rhumatismale. Ce sont donc là autant de traitements qu'il y a de causes.
La paresse tonctionnelle peut s'étendre à la trompe elle-même, les cils chargés de transporter l'œuf restent immobiles et celuici n'ayant pas d'autres moyens de locomotion, s'altère, fécondé ou non, l'œuf périt presque toujours lorsqu'il n'est pas dans son milieu et surtout lorsqu'il est gêné par défaut d'espace, alors que. l'ovule est encore dans sa première phase de développement.
Toutes choses égales d'ailleurs : la mortalité n'a-t-elle pas pour loi la proportion inverse du développement de l'être ?
DE l'ovule après SA FÉCONDATION
CI encore, on conçoit facilement qu'il 3' ait des obstacles dans le développement nor- \ mal de l'œuf. Il a été fé.
~^ condé, le spermatozoaire a pu pénétrer, mais son
corps est-il entré complètement ?
Nous avons dit qu'au moment de la pénétration du spermatozoaire dans l'œuf, il subissait l'amputation de sa queue devenue inutile, mais le corps est-il bien entier ?N'at-il pas laissé une portion de lui-même dans
l'ouverture si brusquement refermée ? Cela nous fait frémir en pensant aux mains de bébé amputées par nos portières de chemin de fer qu'on ferme si brutalement. Lesspermatozoaires n'ont -ils pas quelquefois le même sort? Car, qu'on le veuille ou non, le • spermatozoaire est un élément figuré, c'està-dire qu'il a des dimensions en longueur, en largeur et en grosseur ; c'est un , point, je le veux bien, mais il n'y a qu'en géométrie qu'on ne tient pas compte d'un point qu'on dit sans étendue ; mais en micrographie, c'est un être c'est un petit monsieur qui fait déjà des siennes, puisqu'il vient de remporter une victoire glorieuse sur ses condisciples de même... promo-
tion '
N'insistons pas, c'est un jockey qui se casse la jambe après avoir dépassé le poteau. Ainsi écloppé, est-il logique qu'il pense à
STÉRILITÉ LATENTE
ses devoirs de créateur? surtout lorsqu'on songe que personne n'est là pour lui faire une ligature. En outre, ainsi mutilé, peut-il faire sa combinaison ? est-il l'équivalent exact de cette autre cellule intacte à laquelle il devait se combiner ? Car enfin, la chimie des équivalents existe ; elle est mathématique, vous ne ferez jamais d'oxyde de carbone avec deux atomes de l'un et un atome de l'autre; il faut rigoureusement l'équivalence complète et non des atomes tronqués pour faire un corps déterminé.
Du reste, la science n'est compréhensible qu'en faisant des rapprochements, des comparaisons, et l'hypothèse que nous donnons mérite qu'on en prenne note.
D'autre part, la pénétration du spermatozoaire est complète, il est bien dans son entier, les deux pronucléi sont en présence, mais leur fusion va-t-elle se faire ? Y a-t-il affinité suffisante de ces deux cellules pour se confondre en une seule, alors qu'elles viennent quelquefois de si loin pour se regarder en face de si près ? Car l'époux
peut venir du nord alors que l'épouse vient peut-être en droite ligne du midi ! Ces cellules pouvaient être, il y a six mois, aux antipodes l'une de l'autre, et, leur amour réciproque, au moment final, peut faire défaut.
Sans aller aussi loin, il peut y avoir des différences de races, sinon physiques, du moins morales. Chien et chat peuvent s'accorder dans la maison, voire même se faire des politesses, sans cependant prétendre à perpétuer leurs bons rapports par des résultats. L'affinité peut exister en apparence comme F accord de certains ménages, mais lorsqu'on va au fond des choses, trop souvent on trouve chat d'un côte, chien de l'autre.
A PROPOS DES SPERMATOZOAIRES
u côté de l'époux, on peut aussi trouver beaucoup à dire, nous ne parlons pas , bien entendu, de ceux qui ont une semence absolument dépourvue de spermatozoaires, ceuxlà sont classés dans la catégorie des invalides et nous en reparlerons dans un chapitre spécial ; nous voulons seulement nous occuper ici de ceux qui, en apparence, ont toutes les qualités désirables pour le micrographe ; de ceux, en un mot, qui ont
fait leurs preuves quant au nombre et quant k h qualilé visible, mais non pas l'épreuve clinique au lit de l'épousée. C'est déjà quelque chose que d'avoir été reconnu apte au titre de mari, mais devenir père, c'est deux. Nous avons vu passer de brillants examens de microscope alors que la paternité se faisait attendre longtemps. La femme divorçait-elle ou manquait-elle un seul jour à la foi jurée, elle devenait mère aussitôt.
Nous avons parfois de ces confessions qui nous font voir une fois de plus combien il y a loin de l'apparence à la réalité. Qu'y a-t-il donc là, en dehors des causes citées plus haut et qui se rapportent au spermatozoaire lui-même ?
Il" y a la différence qui existe entre un cheval de trait et un cheval de fonds, Tun va doucement et s'arrête au premier obstacle ; l'autre va vivement et franchit toutes les barrières, cependant tous deux sont vus s'agitant sous le microscope ! Cette figure est si vraie qu'on ne peut trouver comparaison meilleure : ici, ce sont de gros sper-
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matozoaires au col court, au corps empâté, à la queue épaisse, aux allurés lourdes ; là, ce sont d'agiles anguilles, aux formes nettes, à la tête fine, à la queue longue et légère, l'allure est vive, sautillante, décrivant avec aisance de fines arabesques et allant, allant toujours. Du côté du terrain même ressemblance ; ici, de larges routes plates, quelques rares monticules où le cheval souffle ou corne et s'arrête si la montée devient rude ; là, précipices soudains, monts abrupts, escarpements capricieux, défilés étroits, pics inaccessibles, mais tout est fi'anchi, tout est tourné avec l'aisance de la chèvre, et sa désinvolture : telle est l'image qu'offrent certains utérus pour le coursier qui s'aventure dans ses parages.
On saisit aisément que là existe encore une stérilité relative dont le seul traitement logique est le divorce, mais le conseil est délicat et bien grave serait la responsabilité du médecin qui le conseillerait.
Il y aurait encore à citer l'absence de vigueur constitutionnelle de la part du
mari qui fournit bien à l'examen microscopique de beaux échantillons, mais qui sont souvent sujets à caution.
Il nous reste à parler de l'âge du spermatozoaire qui a bien-aussi son influence dans la série des insuccès. Celui-ci peut se diviser en âge absolu et en âge relatif. Nous appellerons âge absolu, l'âge réel du mari, mais généralement il n'a aucune influence entre vingt et cinquante ans, car l'homme est dans toute sa vigueur, et, comme lespermatozoaire est sa vivante image, il a toute la force nécessaire pour remplir son but.
L'âge relatif est bien différent : tel homme est usé à trente ans, alors que tel autre est encore vert à soixante; c'est une affaire de ressorts, de constitution ou d'abus, le sper-
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matozoaire sera toujours fidèlement de l'âge que paraissent avoir les jambes du propriétaire. C'est donc à la course qu'on pourra juger si le mari doit déposer ses outils au grenier.
Il est encore un autre âge qui a son importance : c'est l'âge microscopique. Nous avons dit que la femme mettait vingt-huit jours pour former son œuf et l'amener à maturité; l'homme peut avoir un avantage de ce côté sur la femme, en ce sens, qu'il a une quantité prodigieuse de spermatozoaires alors qu'elle n'a qu'un œuf; nous voulons bien accorder que l'homme n'a pas besoin de vingt-huit jours pour reproduire les spermatozoaires qu'il perd en tirant sa poudre aux moineaux, mais il est prudent qu'il s'abstienne de tous rapports, au moins pendant huit jours, lorsqu'il se dispose à la paternité, et, dans les économies faites pendant ces huit jours, nous ne sommes pas certain que les nouveaux venus soient au nombre des élus, nous pensons plutôt que c'est quelque vieux solitaire^ reliquat d'une
ancienne offrande à Vénus, qui gagne la palme dans ce nouveau^combat.
Ici, le remède est tout tracé et le proverbe est vrai : « Il n'y a tel qu'un mari absent pour avoir beaucoup d'enfonts. » Il est cependant prudent que l'absence ne soit pas trop prolongée, car nous citerions cet autre proverbe, Sagesse des nations : « Il ne faut pas tenter le diable. »