DES HUMEURS NORMALES
A nature a ses bizarreries, mais elle doit avoir aussi ses raisons; ce sont ces raisons que le chercheur doit trouver sous peine de faire fausse route dans ses interprétations scientifiques.
Depuis longtemps, la physiologie nous a donné la clef des mystérieuses et multiples fonctions de la salive, ou plutôt des diverses salives qui se donnent rendez-vous dans l'acte de la mastication, chacune concourant pour sa part à l'un des besoins du bol alimentaire pour être utilement absorbé; c'est ainsi que l'une apporte son eau, une autre sa viscosité, une autre son ferment, et toutes, leurs bonnes raisons d'être pour
atteindre au but final, qui est la première digestion.
Nous allons essayer de faire comprendre à nos lecteurs quel est le rôle des humeurs dans la génération.
Qu'on se rassure tout d'abord sur le mot humeur qui n'est pas S3aionyme ici d'humeurs froides ou de produits morbides; le mot humeur sert à désigner des sécrétions normales, absolument indispensables au bon fonctionnement de tous nos appareils; c'est l'huile sans laquelle le meilleur rouage ne marche pas, c'est le vernis qui empêche les organes de se détruire. Cela dit, continuons.
Toutes les surfaces génitales sont enduites d'humeurs spéciales ayant toutes une fonction, distincte en dehors de la loi générale qui veut que toutes les surfaces soient humides ; les unes sont visqueuses et servent aux glissements, les autres sont très fluides et servent aux transports; mais, en dehors de ces fonctions spéciales, elles ont des qualités physiologiques bien autrement
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intéressantes : elles sont alcalines, acides ou neutres selon le but qu' elles ont à remplir, et l'on va voir que ce but est capital dans l'espèce.
Disons d'abord, pour les profanes, ce que sont les acides et les alcalis : l'acide a pour type le vinaigre et rougit un papier spécial qu'on nomme le papier de tournesol.
L'alcali a pour type la lessive et bleuit ce même papier.
Il est facile de faire chez soi cette petite expérience à l'aide de deux verres; l'un rempli de vinaigre blanc; l'autre, rempli d'une décoction de cendres. Si on trempe le papier dans le vinaigre, il en sort rouge ; si on trempe le papier dans la lessive, il en sort bleu.
On peut répéter cette expérience aussi longtemps qu'on voudra, avec ce même papier et on aura toujours le même résultat, sa sensibilité ne s'émoussant que lorsque les produits en expérience s'altèrent par le mélange. Veut-on s'en assurer? Il suffit de verser ces deux verres dans un troisième
après une ou deux expériences isolées, le papier reste insensible parce que le mélange d'un acide avec un alcali produit une neutralisation de l'un et de l'autre produit primitif pour en donner un troisième qui est neutre.
Cette petite digression de chimie élémentaire était nécessaire pour bien foire comprendre le rôle que vont jouer les humeurs du vagin et de l'utérus dans l'acte de la conception, rôle capital s'il en fut, car, c'est au moment où les éléments de la vie sont encore à l'état microscopique qu'on doit craindre de les voir s'altérer et cette crainte est loin d'être chimérique si l'on tient compte de la ténuité de ces éléments et du milieu dans lequel ils vont tomber, milieu parfois si différent du leur et qui peut leur être fatal au premier contact.
Il est d'abord nécessaire, pour l'intelligence de ce qui va suivre, de faire une petite description anatomique : l'appareil génital, réduit à sa plus simple- figure, est composé du vagin, couloir de lo à 12 cen-
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timètres de long, terminé par l'utérus ou matrice, qui proémine de 2 ou 3 centimètres par son col dans ce couloir qu'on
nomme quelquefois V antichambre de la vie. A l'entrée du vagin se trouve, de chaque
côté, dans l'épaisseur des lèvres, une glande dite de Bartholin, chargée de sécréter, à la première caresse, un liquide onctueux ayant pour mission de faciliter la pénétration de l'époux, sans froisser les parties de la femme; ce premier liquide est alcalin. Pourquoi ? nous le verrons bientôt.
Le vagin est ce vestibule qui conduit à Tutérus; sa disposition est appropriée au but qu'il doit remplir; il détermine par sa chaleur, par sa douce pression et par son électricité une excitation agréable qui, finalement, aboutit au spasme vénérien et à l'émission de la semence, d'une tout autre façon que ne le ferait l'onanisme.
Les humeurs sécrétées par le vagin sont toujours acides.
L'utérus, qui fait suite, est lorgane où le foetus se développe du second jour à la fin de la gestation; son humeur est alcaline.
Arrêtons-nous un peu sur ces dispositions et simplifions autant que possible cette première étape de la vie : nous voyons un canal dont les deux extrémités
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fournissent une liqueur alcaline, tandis que son milieu sécrète une liqueur acide.
Pourquoi cette différence ? Quelle nécessité la nature a-t-elle de se compliquer ou de se départir de sa simplicité ?
C'est que la nature ne fait rien sans but. Disons tout d'abord que les spermatozoaires se plaisent dans une liqueur alcaline et meurent dans une liqueur acide. Cela étant établi d'une façon irréfutable par tous les auteurs, on conçoit que le sperme du mâle soit alcalin, mais l'alcalinité a ses degrés; la semence de l^homme peut donc varier entre une alcalinité presque nulle et une alcalinité exagérée ; or, le mieux est souvent l'ennemi du bien. Il faut que cette semence soit très exactement dosée dans son alcalinité pour ne pas dépasser le but qu'elle doit remplir.
D'autre part, le vagin est acide, mais à quel degré l'est-il ?
Tout cela, on le conçoit, peut avoir une grande influence dans l'acte final, car il y a là une question de saturation et d'équi-
valence qui a son importance : tel neutralisera l'acidité d'une femme alors que tel autre n'y arrivera pas s'il n'est aidé par des conseils d'hygiène s'adressant à la femme.