AU CONCOURS DE
Je chante la guerre sainte et le héros qui délivra le tombeau de Jésus-Christ.
Le Tasse.
Les Belges ont donné de grands rois à la France, Des rois à qui les Francs ont dû leur délivrance, Et cjue leurs descendants doivent encor bénir ; Ces noms belges sont chers à notre souvenir. Mais un nom qui plus beau rayonne à notre gloire, Un nom qu'avec fierté proclame notre histoire, Qui chez les Musulmans reporterait Feffroi S'ils l'entendaient crier, Belges, c'est Godefroid !
Après avoir vaincu mainte armée aguerrie
Qui, voulant imposer des lois à la patrie,
Ne trouva que la honte en cherchant des lauriers ;
Après tant de succès où sa noble bannière
Guidait avec éclat sa phalange guerrière
Qui déroulait aux yeux de vaillants cavaliers ;
Godefroid, fatigué de ses cruelles guerres, Se retrouvait au sein de ses états prospères. — Il comptait savourer les douceurs du repos Dans ce riant domaine, où, fier de sa victoire, Déployant leurs lambeaux dont il se faisait gloire. Il avait en triomphe abrité ses drapeaux. —
Quand un jour, mais un jour à jamais mémorable,
Un pieux pèlerin arrive misérable
De FAsie en Europe ; il passait en criant :
« Chrétiens 1 là-bas, bien loin, une œuvre vous appelle;
ce Et cette œuvre, chrétiens, est grande, sainte et belle ! »
Et sa main étendue indiquait l'Orient.
« A l'œuvre donc, chrétiens ! à l'œuvre donc, les braves !
ce Ne laissez pas traiter vos frères en esclaves ;
« Vos frères souffrent là, sauvez-les, s'il se peut.
(L Ayez espoir en Dieu, car sa toute puissance
« A pitié de leurs maux et voit leur innocence ;
a Tous à Jérusalem!.... Dieu le veutl Dieu le veut!
(( Tous à Jérusalem ! sauvez-les, Dieu l'ordonne :
« Assemblez vos guerriers!.... Que chaque clairon sonne!
« Allons, les chevaliers que cet appel émeut,
« Dieu le veut ! reprenez votre audace guerrière I....
« Aux armes. Dieu le veut ! » Bientôt l'Europe entière
Retentit de ces mots : Dieu le veut ! Dieu le veut I
Et puis se revêtant de leurs lourdes armures.
Suscités par le Christ à venger ses injures.
Après leur avoir fait un douloureux adieu,
Les chevaliers quittaient leurs enfants et leurs femmes,
Et leurs voix consolaient ces trop timides âmes
En disant au départ : ce Pour la gloire et pour Dieu I »
Car Godefroid, ardent pour cette œuvre chrétienne, Partait en s'écriant : « Qu'on meure ou qu'on parvienne « A relever la croix !.... Courons tous aux assauts! « Courons ! à le venger c'est Dieu qui nous appelle î » Et ce cri le fit suivre avec un même zèle De prêtres, de soldats, de seigneurs, de vassaux.
C'est que la foi d'alors était fervente et pure ; C'est qu'on ne traitait pas de grossière imposture Toute chose sacrée alors comme aujourd'hui. Et l'enfant de son père héritait la croyance ; Car l'enfant, à dater du jour de sa naissance, Ne voyait point le doute errer autour de lui.
C'est qu'alors les leçons de nos plus saints prophètes ' N'avaient pas ici-bas ces fourbes interprètes
Qui voudraient de nos cœurs à jamais les bannir ; C'est qu'ils étaient pieux et tout simples nos pères, Et c'est que, sous leurs toits, coulant des jours prospères, Au delà de la tombe ils voyaient l'avenir.
C'était à la voix d'un seul homme, De Pierre, l'obscur pèlerin, Que ces héros que l'on renomme, Soutiens de l'église de Rome, S'armaient et de fer et d'airain.
C'était à l'appel de l'ermite Qui parlait au nom de la Croix, Qu'on vit, dans leur ardeur subite.
Surgir tous ces guerriers d'élite.
Issus de nobles et de rois !
Et ce fut dans notre Belgique Que les chrétiens électrisés Virent, dans un élan magique, A cet appel évangélique, Se lever cent mille Croisés !
Oui, cent mille Belges, sans crainte, Dans l'espoir de pieux exploits, Allaient combattre en terre sainte Ceux qui s'abreuvaient de la plainte De tous leurs frères en la croix.
Combien cette armée était belle, Marchant à de lointains combats !....
Nul ne montrait un front rebelle Dans cette armée où, pleins de zèle, Des princes s'étaient faits soldats !
Au ciel si cher de la patrie Ils jetaient un regard d'adieu, Sans que leur cœur connût l'envie :
C'est à Dieu qu'ils vouaient leur vie, Et tous sont égaux devant Dieu 1
Ces guerriers, en partant naguère Pour punir un peuple odieux, Espéraient tous, par cette guerre, Gagner en quelques jours sur terre Une place éternelle aux cieux !
Ils étaient arrivés enfin, et leurs bannières Flottaient avec orgueil sous un ciel souriant : Des bataillons sacrés les trompettes guerrières Avaient chanté leur gloire au sein de l'Orient !
Il avait ri pourtant le tyran de l'Asie, Le tyran dont les fers enchaînaient des chrétiens, En voyant les projets des fils de la patrie.... Et son rire ironique avait gagné les siens.
Il avait ri pourtant à l'approche des braves Qu'il osait dédaigner, lui, qui se voyait fort, Lui, qui croyait d'un mot voir ses peuples esclaves Triompher des Croisés sans un pénible effort.
Enfin le rire impie avait fui de sa bouche ; Son cœur était frappé de crainte et de stupeur ; Oh ! la peur était peinte en son regard farouche, Les nôtres triomphaient.... le tyran avait peur !
Le tyran avait peur.... Devant la ville sainte, La ville où vers le Dieu qui s'immola pour nous Les chrétiens tant de fois avaient porté leur plainte, Un peuple de héros s'était mis à genoux.
Et faisant à voix haute une longue prière, Où des psaumes divins résonnaient les versets, Ils restaient les genoux ployés dans la poussière, Et nul d'eux ne songeait à dire : ce C'est assez 1 »
On savait en ces temps d'une foi plus austère, Ces temps qui sont passés pour ne plus revenir, Que plus l'homme en priant s'incline vers la terre, Plus digne sa prière aux cieux va parvenir.
Ils ont achevé leurs prières ; Soudain résonnent les clairons. Et sous une grêle de pierres S'ébranlent nos saints escadrons I .
Jetant la mort à mainte place, En sifflant dans un large espace.
Mille flèches vont se croiser ; Déjà nos machines de guerre Vont en faisant trembler la terre, Frapper les murs qu'on veut briser !
Dans ces jours éclatants de gloire, Où tant de noms par nous appris, Jaloux de briller dans l'histoire, De leur zèle ont trouvé le prix :
Dieu pour eux faisait des miracles ; Car, malgré de puissants obstacles, Et des ennemis si nombreux, Attachée aux pas de nos pères, La victoire aux ailes légères Enfin se déclarait pour eux !
Pendant le cours de cette guerre, Si féconde en faits triomphants, Qu'ici l'homme le plus vulgaire Peut la narrer à ses enfants, Sur les Sarrazins en alarmes Les chrétiens brandissaient leurs armes Sans un regret, sans un remord :
S'ils mouraient, c'était douce chose.
Combattant pour la sainte cause.
De mourir d'une sainte mort !
Et Godefroid dans la mêlée Se montrait partout à la fols ; Et toute âme belge ébranlée Se retrouvait ferme à sa voix !
Et les cohortes infidèles Sentaient la peur planer sur elles Partout où son bras se levait ; Car, dans ses élans intrépides, Ses coups tombaient forts et rapides Sur l'ennemi qu'il poursuivait !
Ces ennemis, d'abord farouches, Fuyaient enfin avec effroi ; Et les échos de mille bouches Répétaient au loin : Godefroid !!!
Car, dans sa valeur indomptable, Chacun l'avait vu redoutable, Partout où son fer avait lui.
Sans qu'il trouvât dans la bataille Un seul champion à sa taille.
Pour se mesurer avec lui.
Déjà c'en était fait de ces scènes sanglantes,
Où du pâle Croissant les légions tremblantes
Devant nos étendards avaient baissé les leurs.
Déjà Jérusalem se montrait radieuse,
Libre du joug honteux d'une race odieuse ;
Ses murs des saints drapeaux étalaient les couleurs !
Les cœurs avec fierté battaient dans la poitrine De nos braves aïeux qui, dans la Palestine, Si faibles par le nombre et si forts par leurs droits, Avaient enfin, après de longs jours de victoire, Où tant de nos héros moururent avec gloire, Renversé le Croissant et relevé la Croix.
Et lorsque nos soldats parmi leurs plus grands princes Choisirent Godefroid pour laisser aux provinces Que Dieu leur confiait, un noble et digne roi, Qu'on se rappelle alors que ces princes eux-mêmes, Qui tous avaient des droits à ces honneurs suprêmes, Ne balancèrent point à nommer Godefroid !
Le vainqueur avec joie accepta le saint trône ; Mais il sut repousser la brillante couronne Qu'à son front radieux on voulait mettre encor, En s'écriant : « Jésus dans ses œuvres divines, (( Dieu qu'il était, porta la couronne d'épines ; « Homme, j'irais porter une couronne d'or! »
— Comme l'on sent d'orgueil son cœur battre plus vite En songeant à ces jours où, légions d'élite. Des Belges, nos aïeux, triomphaient en priant ; Où le Très-Haut, prouvant sa puissance profonde. Montra l'un des états les plus petits du monde, La Belgique, imposant un prince à l'Orient I