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terre, ee serait pour toi, Marguerite,... niais nous 110 1 1 s reverrons aussi ;... et il m'a embrassée... Après quoi, il m'a dit d'ouvrir un tiroir de son bureau. Il y avait un paquet de lettres, dont la vue Fa beaucoup (rouble, en sorte que faible comme il était, il n'a pas pu me parler tout de suite ; il me faisait signe d'attendre : \ a cbercher du feu , a-t-il repris , et brùle-les la devant moi. Je l'ai fait comme il disait. — Et vous n'avez point su ce qu'étaient ces lettres ? — .1 ai présumé que c'étaient celles qu'il écrivait a son.amie, dans sa jeunesse , car sur Tune d'elles il y avait pour adresse : A Mademoiselle Elisa Meijer.
— Mever! Etes-vous sure de ce nom? — Oui: ie
sais d'ailleurs que c'était le nom de fille de cette dame. — Etait-elle de ce pays ? — Non pas née ici ; mais clJe v était venue avec sa mère — — L'avez-vous connue, sa mère?... - — Non, elle était morte lorsque je suis entrée au service de mon maître ; mais c'est bien son nom, je l'ai vu sur son linge dont monsieur avait
hérité; il est aussi sur ce livre — Ma tante!
m'écriai -je. C'était la Bible a tranche rouge. Et aussitôt toutes les émotions que je venais d'éprouver, se liant tout à coup aux souvenirs de mon enfance, je demeurai quelques instants sous l'empire de la surprise, du trouble, et de je ne sais quelle douceur, que je trouvais a entrer en quelque part dans les récits que je venais d'entendre. Bien que j'éprouve de la répugnance à mêler mon insignifiante histoire a eelle
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d'êtres si dignes d'intérêt, il faut pourtant que j'en dise ici quelques mots, pour expliquer celte ignorance où je nie trouvais de laits qui tiennent a ma propre famille»
J'avais déjà perdu ma mère a l'époque où j'allais chez ma tante, et c'était sans doute pour suppléer aux douceurs maternelles dont j'étais privé chez moi que celte excellente femme m'attirait auprès d'elle, malgré ses chagrins, et supportait avec tant de patience la pétulance de mon jeune âge. Elle m'avait quelquefois parlé d'une fille h elle, mais ne l'ayant jamais vue, ce vague souvenir était presque entièrement sorti de ma mémoire.
\pivs la mort de nia tante, j'entrai bientôt dans l'adolescence. Livré aux jeux et aux compagnons de mon âge, j'avais d'autant moins d'occasions de cultiver des relations de famille, que mon père, au milieu du dérangement de ses affaires et de quelques dérèglements de conduite, les avait lui-même rompues et ne mettait aucun intérêt a me les faire entretenir. Insensiblement j'étais devenu tout a fait étranger lima propre famille, lorsque, après une jeunesse orageuse, l'événement qui a décidé du reste de ma vie, contribua encore plus que tout le reste a me faire perdre la trace des parents qui pouvaient me rester alors.
L'amour est toujours pour beaucoup dans notre destinée : il s'empare du cœur au commencement de la vie, il l'embrase, le domine et s'en joue comme le vent d'une f( uille légère. Le jeune homme livre ses beaux
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jours k ce maître perfide, il se donne à ce guide aveugle, il entre a sa suite dans des sentiers dont les abords, toujours aimables et fleuris, masquent des issues bien diverses. Même pour les plus heureux, les fleurs vont se fanant, le ciel perd son éclatant azur, la route, en se prolongeant, devient difficile; mais jusqu'au dernier terme ils ont eu des fruits a cueillir et a savourer; a l'ivresse passagère ont succédé des biens moins brillants, mais plus durables. Pour les autres!... que de déceptions, que d'amers mécomptes, que de longs soupirs leur apprêtent ces courts moments d'enivrants transports ! Combien s'avancent, par ce sentier fleuri, vers les bords ingrats, vers la grève désolée, vers l'affreux abîme! Combien, sans même avoir goûté quelques instants d'une félicité pure, ne sortent du trouble de la passion ou des angoisses de la jalousie que pour n'atteindre plus qu'a un calme sans douceur ! malheureux ! F âme flétrie, le cœur épuisé, dépouillés, avant le temps, des illusions qui eussent été longtemps encore leur partage et leur joie
C'est a ces derniers que j'appartiens. Comme une coupe remplie d'un généreux breuvage, mon cœur sYst versé tout entier dans un premier amour, il n'y est reste qu'une lie amère.... Ainsi, vieilli avant l'âge, étranger aux affections qui pour d'autres embellissent l'existence, aux soins et aux devoirs qui pour d'autres ont de l'attrait et du prix, je végète sur cette terre, peu jaloux d'v demeurer, sans envie d'en sortir; car ici-bas, ni Pa-
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haut, je ne puis la rejoindre. Plus a plaindre peut-être que cet homme sur lequel je pleurais il y a peu distante encore , si je coule des jours moins sombres, je n'ai pas, comme lui, l'espoir qui allège les douleurs,... mon exil est sans terme. Ainsi je cherche la solitude ainsi je vais aux lieux délaissés, j'entre au cimetière, j'erre parmi les tombes, parce qu'à ces funèbres plaisirs je trouve encore quelque saveur ; ma tristesse s'y nourrit, mes regrets s'y tempèrent, mes souvenirs s'y abreuvent, sans compter cette sombre joie que goûtent les âmes désolées a contempler les ravages de la mort et les plaies de l'humanité.
Dans une jeunesse livrée sans frein a ses impétueux penchants, j'avais connu le vice, mais non pas l'amour; mon cœur était neuf encore, lorsque m 'apparut celle qui devait lui faire connaître le délire de la plus ardente passion. J'aimai, j'adorai ; je connus l'ivresse des serments, le doux leurre des promesses, la véhémence des transports... Mais que vais-je faire? Raviver ma plaie, remuer ce trait qui y demeure, la faire saigner encore. Non; qu'il me suffise de dire que j'avais pris soin, par mes désordres, de me fermer les voies a une honnête union ; je n'avais ni le rang ni la richesse avec lesquels la morale et les préjugés composent; ses parents lYlnignèreni ; de moi. Elle voulut lutter, garder sa foi;... mais trop faible ou trop peu éprise, elle la trahit et fut. pour un autre. J'en reçus l'annonce de sa main même ;
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et dès le lendemain je quittai les lieux funestes où mon amante m'était ravie.
Il v a deux ans que la mort Ta frappée. Je suis revenu ; mais étranger aux hommes et aux choses de mon pays, sans relations anciennes et sans désir d'en former d'autres. Mon père était mort durant mon absence; je recueillis la petite succession de ma mère , et tandis <pie j'aurais été disposé a fuir des proches parents, je n'avais garde de m'enqnérir de ceux dont j'ignorais jusqu'à l'existence. J'en ai du regret. Si j'avais connu l'homme dont je n'ai appris l'histoire que sur sa tombe, j'eusse trouvé du charme a porter mes douleurs auprès des siennes ; dans cette infortuné j'eusse rencontré peut-être l'ami qui me manque, et que je ne saurais chercher parmi ceux qu'un sort plus prospère me rend étranger.
Je lis ce récit a la bonne femme, pour lui expliquer J'étonnement .que j'avais manifesté a la vue du livre, et je vis que l'idée de rencontrer un parent de son maître souriait a son cœur aussi bien qu'a sa probité. Vous me faites plaisir, me dit-elle, mon bon monsieur ; j'a- \ ais quelque scrupule a me trouver seule ici a\ ec les effets de mon maître. D'ailleurs j'ignore ce qu'il faut taire;..- je comptais aller aujourd'hui chez le monsieur qui lui apportait son argent ; c'est maintenant inutile, si vous voulez bien prendre en main les affaires de Mitre parent. — Je n'en ai pas le droit, lui répondisje : mais a nus lie m'a\ ez pas dit s'il \ ous a l;iissé quel-
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que ordre?— - Oui , monsieur; le même jour, après que j'eus brûlé les lettres, il me dit qu'après sa mort je trouverais dans ce tiroir un papier cacheté où étaient écrites ses dernières intentions. Il y est. le voici. — Et vous ne l'avez pas ouvert? — Non ; je ne voulais pas le faire sans témoin, et puis j'en étais peu pressée, — ce papier fermé me faisait effroi. — Il est a votre adresse, voulez-vous l'ouvrir, ou préférez-vous que ce soit moi ? — Faites, dit-elle... »
J'ouvris le papier. Il en contenait d'autres, mais sur l'enveloppe étaient quelques lignes adressées a Marguerite. Je lui en fis lecture pendant que la pauvre femme fondait en larmes. Les voici :
Ma bonne Marguerite,
C'est a toi que je confie les papiers inclus. Après que tu m'auras fermé les yeux, lis ce qu'ils contiennent et porte-les aussitôt chez M. le notaire Pigalle à qui je recommandé tes intérêts dans l'incluse que tu lui remettras. Je désire que tu te reposes et que tu ne serves plus.
Adieu, Marguerite; quand tu liras ceci, ton maître sera heureux. Souviens-toi de lui pour l'aimer el non pour le plaindre.
Ton reconnaissant ami,
Charles Widmer*
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Les autres papiers étaient ouverts, excepté la lettre au notaire; j'en fis lecture a Marguerite : l'un contenait un état des propriétés du défunt, l'autre ses dispositions testamentaires. Connue ce dernier écrit peut offrir quelque intérêt a ceux qui auront poursuivi jusqu'ici la lecture de ce récit, j'en transcris les deux seules dispositions qu'il contenait.
« Ne laissant aucun héritier, je lègue mes biens, dont le détail ci-contre , par deux parts égales , Tune aux indigents dans la commune où est sise ma maison , l'autre a Marguerite Besson , désirant reconnaître en faible partie les soins qu'elle m'a donnés durant vingt années. Je désire, sans en faire une condition, qu'elle possède et continue d'habiter cette maison, où nous avons vécu ensemble. Je lui lègue, en outre et en sus de sa part ci-dessus, tout le linge, l'argenterie et le mobilier existant dans mon domicile, au jour de mon décès.
« J'ai hérité de ma femme et de sa mère la somme de trois mille francs et divers objets dont le détail cicontre. J'ignore si M. Louis Lemarne, cousin de ma femme, vit encore : c'était depiûs la mort de son frère son plus proche parent ; à défaut de lui ou d'autres avants droit, cette partie de ma succession retournera, par égales parts, aux héritiers ci-dessus désignés. »
C'était moi que désignait ainsi le testament <l<> M. Widmer. Ainsi, a chaque instant, par des chemins cachés jusqu'il ce jour , je me rapprochais davantage