‹ Nouvelles (volume 2)Chapitre 29 sur 34 · ÉL1SA ET VV1DMER · texte numérisé non relu

ÉL1SA ET VV1DMER

« Widmer, lui dit-elle après ces moments de silence... qu'est devenue votre Elisa?... » et les pleurs éteignirent sa faible voix; puis, faisant effort pour les surmonter : « J'avais cru que je supporterais avec plus de courage ces moments qui me restent;... mais... je suis sans force, Widmer, contre vos caresses... Mon ami ! . . . mon doux ami ! . . , c'eut été trop de félicité pour des mortels. . . Dieu me retire. . . Je le remercie de m'a- \ oir donné assez de jours pour goûter ces délices dont m'abreuvait votre amour. . . »

A ces discours déchirants madame Meyer ne savait répondre que par les pleurs qui l'oppressaient , et Widmer, redevenu silencieux ^le cœur serré, fœil sec, pressait avec agitation dans ses mains brûlantes les mains débiles d'Elisa. Le murmure s'élevait dans son âme contre le ciel, contre Dieu qui retirait cette lille céleste, digne de tous biens, vouée à la mort , et d'affreux projets égarant alors sa pensée provoquaient sur ses lèvres un sinistre sourire. Puis, a la vue de cette victime résignée, il avait boute de lui-même, et comprenant que tout ce qui ne serait pas patient, courageux, noble, le rendait indigne d'Elisa et l'en séparait peut-être pour l'éternité, il étouffait le murmure et refoulait les projets. Ramené ainsi en face d'un malheur sans remède, la douleur trop forte fermait une issue a ses larmes.

« Non, Elisa dit-il a la fin; — Élisa ... non,

Dieu ne nous retire pas!... Elisa!... fille adorée î...

1U8 ELISA ET W1DMER.

moi sans vous ici-bas ! Non ! que je périsse avec vous , ou que vous me soyez rendue ! ... » Et connue le désespoir l'emportait aux plus violents transports , madame Meyer, craignant pour Elisa et pour lui, l'entraîna hors de ]a chambre.

Madame Meyer revint bientôt auprès de sa fille. Depuis longtemps elle seule couchait dans sa chambre, adoucissant par ses soins la longue angoisse des nuits ; contre son attente , Elisa, épuisée probablement par les émotions de cette journée , reposa quelques heures. Pour Widmer, il ne se coucha pas , et dès le point du jour il se promenait autour de la maison, préoccupé de pensées qui paraissaient lui redonner quelque courage. Quand les volets s'ouvrirent à demi à la chambre d'Elisa, il parut en ressentir du plaisir, et il épiait avec impatience le moment de revoir madame Meyer, Dès qu'elle fut descendue au rez-de-chaussée, il courut pour l'embrasser ; il apprit avec attendrissement qu 'Elisa, après une nuit bonne, reposait encore; puis , l'entraînant dans la cour, il s'y promena longtemps avec elle , lui faisant part, avec un calme contraint, de choses auxquelles cette dame paraissait opposer des considérations de sagesse et de prudence. A cette résistance, Widmer s'animait par degrés, il pressait, il conjurait, ou bien sa tristesse menaçante ramenait madame Meyer a ne pas le pousser à bout par ses refus. En se retirant , elle parut céder quelque chose, et Widmer s'éloigna plus tranquille.

Une lettre que j'ai sous les yeux me met sur la

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