II. ISA ET WIDMER
trace du projetdeWidmer.il y rend coinpte a madame Meyer d'une entrevue qu'il vient d'avoir avec Elisa. Plusieurs billets écrits sur des chiffons se rapportent a ces funestes jours, parce que madame Meyer étant constamment occupée autour d'Elisa , Widmer qui souvent ne pouvait la voir seule, ni lui parler devant sa fille, l'entretenait par ce moyen de ce qu'il désirait lui faire savoir.
Dans cette lettre , Widmer annonce a madame Mej^er qu'il a vu Elisa, qu'elle accède a son projet , s'il peut être accompli loin de tout regard. « Autrefois, écrit-il , autrefois, dans ces jours à jamais regrettables, nous jurions d'être l'un a l'autre, mais nos serments
s'arrêtaient au court espace de cette vie celui que
nous venons de faire embrasse l'autre... Il est sacré, indestructible... mais ce n'est pas assez, je veux que cette union soit scellée devant Dieu; je veux que nia fiancée me soit remise par vous devant les autels... que la mort m'enlève mon épouse et non plus seulement mon amante ; ... a cette condition je supporterai la vie. »
Tels étaient les projets de cet infortuné. On y reconnaît cette teinte d'exaltation qui avait toujours présidé a leurs amours, et qui, si elle avait contribué a resserrer ce nœud maintenant si affreux a rompre, alors du moins versait du baume sur leurs blessures et trompait quelques instants leurs douleurs. Pour Élisa, surtout, doui l«:> jours étaient comptés, ces choses n'étaienl point sans douceur : Widmer répondait a son attente; ce
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quelle eût fait elle-même, elle voyait avec joie son
amant le faire ; la mort ne détruisait plus cette union qui avait été le rêve de sa vie, et la tombe, pour v attendre Widnier, lui semblait plus légère. Cela seul me fait goûter a ce projet un charme consolateur ; il me semble plus touchant qu'étrange , alors que je songe qu'il peut adoucir , pour cette victime , l'horreur du sacrifice. Dès qu'il fut formé , Elisa parut reprendre quelque vie , son regard se ranima , une force factice soutint ses membres , et , du sofa où elle demeurait étendue, elle prenait part elle-même aux préparatifs de cette journée.
Madame Meyer sentant l'impossibilité de résister au vœu de ces deux amants , s'était occupée à prendre des mesures qui pussent en assurer l'accomplissement. Elle avait toujours conservé des relations avec le pasteur qui avait instruit Elisa dans sa religion : ce fut à lui qu'elle s'ouvrit en implorant son appui. C'était un digne vieillard qui desservait la cure de Sattigny, petit village du Mandement. Il offrait de tacher d'obtenir une autorisation pour venir dans la maison même pour bénir ce mariage, afin d'éviter a Elisa les fatigues d'un déplacement; mais cette jeune fille, consultée par sa mère, s'y opposa; en sorte qu'il fut convenu que , dès le jour suivant, après le coucher du soleil, une voiture se trouverait devant l'église, et qu'il cette heure le pasteur se tiendrait prêt à monter en chaire.
\\ idincr, madame Meyer et Elisa passèrent ensemble
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toute la journée du lendemain. Cette jeune lille, devinant au travers du calme des visages la secrète angoisse de ses deux amis , leur tenait d'affectueux discours , et tachait de leur communiquer sa tranquille résignation ; mais à mesure que les heures s'écoulaient , ils osaient moins parler de la cérémonie du soir. Ce fut elle qui , voyant le soleil disparaître derrière les cimes bleues du Jura, leur dit: « C'est l'heure... » et, sYtant mise sur son séant , elle fit quelques pas jusque \ ers une chaise voisine, où elle se reposa. Sa mère l'enveloppa d'une ample pelisse, pendant que Widmer préparait la voiture pour la recevoir. Élisa voulut descendre elle-même , appuyée sur leurs bras , et bientôt après elle se trouva dans la voiture qui s'éloigna doucement , pendant que la servante , restée seule , pleurait dans la cour.
Elisa était placée entre sa mère et Widmer, donnant une de ses mains a chacun d'eux. Elle leur adressait de temps en temps quelques douces paroles, mais ils n'osaient répondre qu'en lui pressant la main , car leur cœur gonflé était près d'éclater en sanglots au moment ou leurs lèvres s'ouvriraient pour parler. Seulement , pour se donner a lui-même du courage et tromper ses préoccupations, Widmer regarda sa montre, et dit quelques mois des mesures prises avec le pasteur pour le rendez-\ nus. Mais lorsque après le crépuscule les léuclires eurent voilé l'expression des \ is.iges , ils purent pleurer en silence, et plus (Tune larme en tombant sur
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les mains d'Élisa lui apprit quelles funèbres pensées roulaient dans l'âme de sa mère et de son amant. Arrivée devant l'église , la voiture s'arrêta : au bout de quelques secondes la porte s'ouvrit, et le vieux pasteur, une lampe a la main , accueillait ses botes avec une bienveillante bonbomie. Mais a la vue de cette pâle fiancée que soutenaient deux êtres gémissants, il devint grave , et ses pensées s'élevèrent vers un Dieu miséricordieux et réparateur.
Un fauteuil fut placé au bas de la chaire pour Elisa ; "Widmer était a genoux auprès d'elle ; madame Meyer, debout , entourait d'un de ses bras la tète languissante de sa fille qui ayant presque atteint au terme de srs forces , en employait les derniers restes a vaincre le trouble sous lequel elle défaillait. Du haut de la chaire la lampe projetait a peine quelques clartés sur ces infortunés, et, au milieu d'un lugubre silence, les moindres bruits allaient retentir dans le vide ténébreux des voûtes.
Après une courte invocation, le pasteur lut la liturgie. Il avait eu soin d'en retrancher quelques unes de ces phrases qui, présageant de longs jours de bonheur, font tressaillir les jeunes époux qu'un riant espoir accompagne aux autels , mais qui , en face de cette vierge mourante , eussent fait un trop déchirant contraste. Après qu'il eut achevé cette lecture , il fit une pause : puis, pénétré de compassion pour ces êtres désolés, il ajouta ces paroles (rime \oi\ ('mue :
« Je viens de vous unir en face de L'Eternel ;... ses