‹ Nouvelles (volume 2)Chapitre 31 sur 34 · ÉL1SA ET WIDMER · texte numérisé non relu

ÉL1SA ET WIDMER

1 oies sont inconnues, mais sa bonté est certaine. En cet instant même ses regards sont sur vous, il voit vos pleurs, il lit clans vos cœurs con tristes, et s'il n'est pas donné a son humble ministre de contempler sans larmes ces nuages qui voilent passagèrement la félicité dont vous êtes si dignes, lui, plein de miséricorde et d'amour, vous prépare des bienfaits d'autant plus assurés, d'autant plus grands, que votre flamme est plus pure, que votre bonheur était mérité, et que vous aurez mieux supporté l'épreuve, si sa sagesse vous la destine. . . « Élisa Meyer... mon enfant... laissez -moi vous donner ce doux titre ; je vous connais... je sais ce que vous pouvez entendre... J'invoque ici, de toutes les puissances de mon àme, le souverain dispensateur des grâces pour qu'il prolonge vos jours sur cette terre... Que ne puis-je obtenir qu'il daigne prendre sur ma tête blanchie ce peu (Tannées qu'il me destine encore, pour les ajouter aux vôtres ! je les donnerais avec joie;... mais si tels ne sont pas ses décrets... chère enfant!... alors voyez le ciel ouvert pour vous recevoir,... voyez au bout d'un peu de temps votre mère vous y suivre, . . . voyez ce jeune homme, maintenant votre époux, dont le cœur a vous dès longtemps, a vous pour toujours, va n'attendre plus que l'heure de quitter à jamais cette terre d'exil pour vous rejoindre aux célestes demeures, dans ces lieux où la mort n'a plus d'entrée, on la félicité n'a plus determe, où cet amour sacréqui vous unit ici-l);is? vous réunira de nouveau dans l'éternité!,., »

20ï KUsA ET WIDMElt.

Le vieux pasteur se tut ; quelques gémissements sourds se faisaient entendre au bas de la chaire. Il descendit, et, venant se mêler a ces affligés, il les soutenait par des paroles de paix et de consolation ; mais telle était l'énergique tristesse de cette scène que le pauvre vieillard, navré de douleur, avait senti sa voix faiblir et manquer. \A idmer prit Elisa dans ses bras, et arrivé dans la voiture il ne voulut plus s'en séparer ; il l'appelait son épouse, sa tendre épouse que plus rien ne saurait lui ravir, et l'accablant de compatissantes caresses, il semblait que son cœur tout entier se répandît au dehors, comme pour ranimer cette vie près de s'éteindre. Déjà Elisa ne répondait a ses transports que par les faibles étreintes de ses bras.

Us arrivèrent a la maison. Elisa, replacée dans sa chambre, leur fit signe de s'approcher d'elle. Son souffle était court et précipité, le frisson parcourait ses membres et les pales violettes de la mort marbraient son beau visage... « C'est l'instant de nous séparer... dit-elle avec effort; pauvre maman, je vous laisse avec lui... Widmer... je vais vous attendre; que le souvenir d'Élisa vous soutienne et vous protège ! ... » Elle ne put poursuivre, et pendant que sa mère et son amant la tenaient embrassée, recueillant le dernier souffle de ses lèvres, elle expira, et son âme pure s'envola vers les deux.

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