‹ Nouvelles (volume 2)Chapitre 4 sur 34 · LETTRE A L'EDITEUR · texte numérisé non relu

LETTRE A L'EDITEUR

de ses peines, encore aggravées par la mort de son ami. Il me raconta son histoire et me soumit les mémoires qu'il vous avoit lus, et dont vous avez désiré que je cherchasse a vous procurer les fragment s. Je vous avouerai que cette touchante expression d'une âme souffrante qui v règne, me causa une émotion profonde, <l qu'en voyant ses larmes, je ne pus retenir les miennes. Cependant j'avois remarqué dans ce petit écrit des propositions hardies sur plusieurs points de religion et de morale et des élans de désespoir qui semhloient partir d'un cœur accoutumé a se défier de la Providence. Je lui fis sentir que ces passages éloient indignes d'un honnête homme et qu'ils dévoient être échappés a une imagination trop fortement préoccupée de ses chagrins. Il me répondit qu'il se repentoit d'avoir écrit cela, et il brûla tout ce que j'avois plus spécialement condamné; après quoi il me donna le reste , en me disant qu'il avoit eu d'abord le projet de publier ces tristes détails , mais qu'il crovoit qu'il seroit peut-êlremieux de les laisser dans un éternel oubli.

Apres son rétablissement, je le rencontrai au has d'un petit champ qui appartient à la vieille Marthe, et il me pressa affectueusement sur son oœur ; il me dil qu'il é toit un peu plus calme, que sa santé coromen- < oit. a se raffermir, et qu'il espéroit se bien porter touia-fail avant peu de lemps : il ajouta qu'il me laissoit le maître des papiers qu'il m'avoit confiés, et que j'en

Page 1