‹ NouvellesChapitre 3 sur 32 · PROSCRIPTION ET SOLITUDE · texte numérisé non relu

PROSCRIPTION ET SOLITUDE

J'avois vingt ans; les dernières fleurs s'étoient épanouies aux derniers rayras du mois de mai, et je laissois la chère patrie. Ce génie funèbre qui planoit sur la

France épouvantée, enveloppoit dans ses immenses proscriptions toutes les époques de bonheur : la Jeunesse et le printemps.

Oh! si j'é^vois comme je sens, je dépeindrois en

Stella ou len Prosrrits '. Cette fois, à l'étonnemcnt succéda la fureur du maître. Quelle étoit donc cette voix hardie qui troubloit le triomphe du Consul? Quel étoit l'ennemi caché? D'où venoit-il? Étoit-il l'enfant du club des Jacobins? £toit-il venu deCobU'iiti? Hélas! il arrivoit des montagiifs du Jura, ilétoiltout rempli d'une abondante poésie; il s'étoit enivré d'air et de rêveries; il avoit dans son cœur la joie et la passion du poète, il ne savoitrien du monde nouveau, rien du pouvoir qui s'élevoit , rien de cet h* mme nouvellement tîébai qui- de l'Egypte, rien de cette société expirante qui, les bras tendus au {»remier venu assez fort, assez grand pour la sauver, s'écrioit : -^A i'aidel ausecovri! je me meurs ! »

a Quand il vit qu'où le cherchoit pour tout de bon, et que la police de Pouché menaçoit de tomber sur quelque innocent, l'auteur de Stella s'écria, comme ce jeane homme dans Virgile : Meî me adtum! — Me voici; tournez contre moi Umiee «ot ^tirtwn. Et H ne semble qae je le yois attendant rennemi de pied ferme. L*emieoii vînt, soos les traits d*im gendanae, qui jeta le nallMaraBjeaie homme dans eet afbeuz fUjpM ée te ttéfMme, en. les

traits rapides les convulsions de ces jours de deuil, et

vous frémiriez du sonvonir de vos propres maux; mais je n'accuscrois point la Provid(Mice comme eclle foule injuste et iriéfléchic qui aime mieux calomnier le ciel que de chercher la vérité.

Lc^ révolutions sont de grandes maladies qui affligent Tespècc humaine et qui doivent se développer à des temps marqués. C*esl par elles que les nalions se purifient et que l'histoire devient Técole de la postérité.

Non, sans doute» ce bouleversement n*est point un ouvrage de ténèbres, préparé dans l'ombre de quelques nuits par une poiji;née de fanatiques et de séditieux; c'est Touvrage de tous les siècles, le résultat essentiel et inévitable de tous les événements passés, et pour que 08 résultat ne fût point produit» il auroit fallu que l'ordre de l'univers fût violé.

Gémissez encore, gémissez toujours, vous qui avez perdu» au milieu des horreurs de ce fléau» les objets de vos {dus chàres affections» mais ne murmurez plus la vengeance; élevez des cyprès sur la tombe de vos parents assassinés, et n'y sacrifiez point de victimes humaines : les Mânes sont des dieux paisibles qui ne s*abreuv(mt pas de sang.

Pardonnez : c'est l'acte le plus juste^ comme le plus doux de la puissance : je crois d*ailleurs qu*il y a peu de coupables. La fièvre et les passions rendent furieux.

malfaitean de 901 jours ont grand*peine à rester vingt-it^patre heures. » — Là U retroara y comme le dit encore M. Janin, t les vaincus de la Montagne, les Twncus de la Vendée qui ne comprenoient pas d*où pouvait leur venir ce petit jeune homme tout blond, au fm Bourire, au timide regard, et qui lui tendoient les bras au hasard, disant que la prison qvolt retrouvé son printcnip^;. »

La prison avait aussi trouvé son historien dans fo petit jcunr homme hlond, au fin xtmrire, qn\ devoit, trente ans plus tard, éciire l'Iiistoire de cette captivité par laquelle il expia la publication des Proscrite, histoire qui, sous le titre; des Prisons de Paru unis le Cousulal, forme Tau des épisodes les plus ittachaïUi dei S祻^wr$ d» la Mévolulion.

ijfole de l'£diteurj

LES PROSCKITS. 11

mais les hommes ne sont méchants que quand ils sont malades.

Tarrivai au pied de la montagne, et je vis sur le revers le clocher de Sainte-Marie qui se perdoil dans les sapins. Je m'assis sur un tronc d'arbre que Torage avoit renversé» à quelques pas d*un ruisseau qui descendoit à travers les fentes d'un rocher et qui s'égaroit au loin dans le vallon.

— Est-ce lin si gi and mal, m'écriai-je, de quitter ainsi les villes et de se trouver seul avec soi-même?

Je suis libre» et rien ne contraint ma pensée» ajoutai-je avec fierté ; elle est indépendante comme Fair que je respire.

O^s bois qui s'élèvent en amphithéâtre sur uno terre agreste renfrrnient peut-être quelque cabane hospitalière. J'y coucherai sur une natte que j'aurai tissue» et je m'y nourrirai d'aliments simples que j'aurai apprêtés. Je n'y goûterai point ces plaisirs tumultueux qui cmiioussent la sensibilité sans la satisfaire, mais rien ne troublera mon repos, et Je jouirai d'une douce paix, tandis que mes semblables se déchirent pour de vagues abslractions.

Tappuyai ma tête sur mes mains, et je sentis rouler dans mes yeux une larme de douleur ; je les relevai vers le ciel; elle devint une larme dereconnoissance. llétoit oinq heures du 8oir« le ciel étoit pur; la lumière du soleil trembloit dans le feuillage et étinceloît sur la neige des hautes montagnes; on n'entendoit d'autre bruit que le frémissement de la bruyère» et ce calme vaste et profond étoit en harmonie avec mon coaur.

le n'étcris point une victime illustre, et mon nom se perdoit dans la foule drs prose rits; mais je rêvai la gloire de Barneveidt et de biduey» et mon âme s'éleva '.^

< Nous trouvons, à propos de ce passage, la note suivante daus l*exeniplaii«

de M. Suulie :

• Ce iivre (Le< i'rofcrilf) est le premier roman <|iie Charles Nodier publia

il y a des instants où le sang coule avec plus de vitesse, où le cœur bat avec plus d'activité, où une douce chaleur anime tous les organes ; les facultés s'augmentent, riniagination s'embellit; les sensations se pressent et se confondent ; on vit plus vile et on vit nnieux.

J'étois dans un de ces moments d'exaltation, et il me sembla que la nature étoit un immense domaine, dont j'avois été longtemps banni et que je venois de reconquérir.

CUAPITRË m.

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