‹ NouvellesChapitre 5 sur 32 · L*U.E SAUVAGE · texte numérisé non relu

L*U.E SAUVAGE

Oui, la solitude est une amie qui rend à l'àmc sa première trempe, son empreinte effacée par l(*s fl ottements du monde; mais c'est une amie qui ne lui suliit pas; nous ne retournons à elle que dans nos revers, et quand les douces communications de la société nous sont interdites. L'homme n'est point né pour être seul, comme

* Ce chapitrftT a été léimprimé isolémenl et moi le vakm Cttie : Vile amMigi^ dans ke SuéSi d^wi^jeam barde, qni paroNot en 18a4«L*tiiteiir H'iiidi^ 1^ ^ e^est qne féimprestien.

18 NOLVKLLES.

les bètes farouches du désert, sans autres relations que celles qui lui sont prescrites par ses besoins, sans autre

intérêt que celui de son existence; et quiconque a pu soutenir cotte doctrine Hrsnlante est un blasphémateur qui déshonore Thumanité, ou un sophiste qui se joue de sa raison.

Un instant auparavant, j^aTois été heureux de nui solitude, mais la joie de ma libtTté se seroit rapidement dér()bé(» à moi et je n*aurois plus trouvé que du vide dans • mon cœur.

11 n'y a de jouissances que celles qu'on peut répandre; on ne multiplie son bonheur qu'en multipliant ses liens,

et celui-là seul a été fortuné sur la terre, qui peut y lais» ser beaucoup de regrets.

J'ai cherché souvent à me représenter un homme, jeté par la tempête sur les bords d'une Ile sanvage et séparé de tous les autres, sans espérance de les revoir.

Tantôt il marche tristement sur les rivages abandonnés, craignant de laisser tomber ses yeux sur ces campagnes sans culture que jamais une main industrieuse n'a rendues fertiles.

Tantôt il reste debout, contemplant la vaste étendue des mers, et pendant qu'il calcule cet immense obstacle qui le sépare de tout ce qu il a aimé, un soupir douloureux s'échappe de son cœur en le brisant. « Quelquefois il croit apercevoir un vaisseau qui déploie ses voiles dans le lointain ; il y attaohe ses regards ; il se couche sur la terre; il relient son haleine; il espère... il hésite... il prie; et quand le soleil à son coucher vient dissoudre ces formes fantastiques, il voudroit lessaishr encore, et prolonger jusqu'au lendemain l'erreur qui le séduit.

Souvent il écrit sur le sable, avec un bois difficilement aiguisé, le nom de ses parents, de ses amiSf de sa maitresse, qu'il a perdus pour toujours. Souvent il le prononce; il s'entretient avec leur mémoiro diérie; et

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quand Técho répète sa voix, il croit les avoir entendus.

Quand un sommeil profond a ( aîinc, durant quelques heures, l'agitation de ses ponsf^os, il se réveille et les appelle encore... Un songe bienfaisant Tayolt ramené dans sa famille inquiète; il avoit vu les douces larmes de sa sœur bien-aimée et il^lui semble que leur trace humide mpuille encore son sein.

Il pleure aussi, mais ses pleurs tombent dans la poussière, — Il est seul !

Bientôt je le vois couché sur un sable aride, immobile d'accablement et de douleur» et souffrant les longues an> goisscs de la mort. La maladie a creusé ses joues; ses yeux sont sanglants; sa poitrine est soulevée par une respiration pénible; ses lèvres, desséchées par une soif ardente, exhalent une haleine enflammée, et quand il sent que tous les ressorts de son existence vont être romw pus, il promène autour de lui un coup d*œil sinistre qui regrette de ne pas trouver un ami.

Un ami lui auroit préparé un lit de mousse ; un ami auroit exprimé dans sa coupe le suc des plantes salutaires; un ami auroit jeté sur lui son vêtement pour le garantir des feux du soleil et de la fraîcheur delà rosée; lessoinsd*un ami embellissent la mort; mais il est seul.

Le mouvement de son cœur se précipite, s*interrpnapt, s'arrête.», son sang brûle, et puis se glace, et. reste suspendu dans ses veines ; sa paupière tremble et se ferme; il dit : J'ai soif! et il expiie, sans que personne lui ait répondu!

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