‹ NouvellesChapitre 7 sur 32 · ELLE · texte numérisé non relu

ELLE

Pourquoi ce livre ne peut-il plus me sufiQref diftje . quelques jours après, en le refermant avec douleur.

Pourquoi mes plaisirs ont-ils perdu leur cliaime? pourquoi n'aimé-je plus ni le bruit du ruisseau, ni le eoudber du soleil, ni les innocents souvenirs de mon enfance? Depuis que j*ai ouv^ ce livre fatal, il me sem-

ble que je suis vêtu de la robe de Nessus, et que |e ne respire qu'un air brûlant.

Je ne suis plus heureux!

Je m'assis sur la lisière du bois et j'interrogeai mon cœur; j*avois besoin d'aimer; cette idée m'étoima comme une lumière inattendue, mais elle me soulageoit d'une longue oppression, et je respirai avec plus de liberté; bientôt je jetai un retijard profond sur l'avenir, et je le trouvai entouré de tous les prestiges du boniieur; cette illusion enchanteresse s'étendit peu à peu sur le présent; elle donna un aspect nouveau à ce qui m'environnoit; le jour me parut plus pur, la campagne plus riante, le feuillage plus doucement ému; mon âme s'ouvroit à Tamour, et, sans doute, c'est naitre encore une fois.

Chaque minute me révéloit d'autres sensations, m'ap-

prenoit d* autres plaisirs; mon imagination rapide s'cgaroit dans ses brillantes espérances et me berçoit de ses heureuses chimères. Déjà, ce n'étoit plus un rêve... Je voyois la femme adorée qui alloit doubler mon existence... Je la pcîignois des plus vives couleurs... Je me plaisois h réunir en elle tous les attraits de la jeunesse et de la beauté, ornés par l'expression de la vertu; ses yeux respiroient la candeur et sa bouche la volupté; toutes ses actions respiroient la grâce... Une pudeur naïve animoit son teint d'une couleur si douce I... G'étoit encore l'innorence, et c'ctoit déjà l'amour.

Je m'approchai, et je pus saisir jusqu'au désordre piquant de sa chevelure, jusqu'aux mouvements de soo coeur qui spulevoit la gaze en palpitant.

Elle lisoit; je fls encore quelques pas t\ j'entendb le frémiss('ment de la page qui glissoît sous ses doigts, le soupir (pie lui arrachoit uiif^ phrase touchante... Je vis une larme qui tomboit le long de sa joue, et je me serois jeté à ses genouX| si je n'avois pas craint d'imiter Pygmalion en adorant mon ouvrage.

tBS PROSCRITS. 23

NonI œ n'^loit plus un rêve... Je l'ai Yue; et dussé-je vivre plusieurs siècles, ce moment me seroit toujours

présent... Je la verrois toujours là, comme je la vis h premitTO fois, quand elle boulcva sur moi sa paupière et que mes yeux iixés trouvèrent son premier regard... El maintenant» que j'ai été brisé par tant de douleurs; maintenant, que je nourris de si pénibles regrets, el qu'un nuage funèbre obscurcit mes souvenirs, je crois toujours la voir comme je la vis ce jour-là...

G*est là qu'elle étoit assise, au bas de ce petit champ, BUT le revers du coteau, près de ce buisson d'églantier. Quand elle me vit, elle laissa tomber son livre sur ces genêts; la vieille Marthe cloit debout derrière elle; je m'approchai avec émotion... Stella sourit pour nie rassurer, et je fus plus troublé qu'auparavant. Marltie se pencha vers Stella, s'appuya sur sa bêche et dit tout bas : Proscrit, peut-être. — Oui, proscrit.

Si tons les êtres vivants qui habitent Fespace s'ètoient accordés dans ce moment pour me saluer roi, ils auroient moins flatté mon orgueil que cette femme en me saluant proscrit*

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