‹ Nouvelles confidencesChapitre 10 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

un jour indirect et ruisselant d'en haut, comme dans les tableaux d'intérieur de couvent par Granet, le peintre du recueillement. A droite et à gauche de ce vestibule s'ouvraient quatre portes; c'étaient les remises, les bûchers, les cuisines, vastes souterrains qui contenaient encore des puits, des caves, de vastes cheminées pour tous les usages domestiques, mais qui ne recevaient le jour que par des larmiers à fleur de terre du jardin.

L'escalier en pierres jaunes avait été évidemment construit pour un homme âgé. Les marches en étaient si peu hautes et si doucement inclinées que j'en franchissais toujours cinq ou six à la fois. 11 ressemblait à ces escaliers insensibles du Vatican et du Quirinal à Rome qui semblent proportionner leurs degrés de marbre aux pas affaiblis d'une aristocratie de vieillards. Après avoir monté une demi-rampe de ces degrés, on se trouvait en face d'une large fenêtre et d'une petite porte vitrée plus large encore ouvrant sur un jardin intérieur. Ce jardin étroit et profond était encaissé dans de hautes murailles grises tapissées de rosiers et d'abricotiers en espalier. Au milieu s'élevait un arbuste isolé d'aubépine rose qui avait pris, à force d'années, le tronc, la ramure et la portée d'un arbre forestier. De petites allées sablées et encadrées de bordure de buis enceignaient le jardin. Le fond était décoré de volières en treillis de bois peint, dans lesquelles mes sœurs faisaient nicher leurs co-

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lombes, et d'une pôlile fontaine à bassin .de noarbre et à statue de l'Amour, dont le dauphin à sec ne versait que de la poussière, et n'avait pour écume que des toiles d'araignée. Pai^-dessus les murs du jardin, on n'apercevait que les toits de tuiles rouges et les dernières mansardés grillées de fer de quelques hautes maisons d'artisans, ùi d'un couvent de vieilles religieuses. Aspect monastique qui donnait au jardin, quoique très lumineux, le caractère, le silence et le recueillement d'un cloître espagnol.

yiii.

En rentrant du jardin, et en montant de nouveau l'escalier, on se trouvait sur le grand paliôr du premier étage. Trois hautes portes à doubles battants et à haut entablement, dont l'une faisait face à la rampe, et dont les deux autres s'ouvraient à droite et à gauche, s'y regardaient.

Par la première, on entrait dans une vaste salle boisée de panneaux sculptés et peints en gris à la détrempe. C'était la grande artère de la maison, l'antichambre du salon, la salle à manger, la salle d'études pour les maîtres de dessin, de musique ou de danse de mes sœurs, la salle de travail où les femmes de chambre raccomniodaieTit le. linge. Elle était garnie d'un poêle encaissé sous une grande niche,

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