‹ Nouvelles confidencesChapitre 9 sur 160 · LIV«E PREMIER · texte numérisé non relu

LIV«E PREMIER

de ville à Mâcoji, pour y passer la moitié de l'année. L*âge était venu, pour mes sœurs, de recevoir les leçons de ces maîtres et maîtresses d'art d'agrément, iu%e d'éducation nécessaire aux femmes d'une certaine aisance, dont la vie ne serait, sans cela, qu'une fastidieuse oisiveté. Le moment était venu aussi de les produire dans ce qu'on appelle le monde, espèce d'expropriation réciproque, où les nouvelles venues dans la vie regardent et sont regardées, jusqu'à ce que les parentés, les relations de famille, les habitudes de société, les çorivenançes de voisinage et de fortune ou l'inclination déterminent les mariages.

Belles, modestes, mais ne pouvant attirer de bien, loin des maris par la modicité de leurs dots, ma mère présumait justement que les jeunes hommes de leur rang ne viendraient pas les découvrir dans la solitude de Milly. Elle ne voulait pas les exposer à Y fl^urî'' ^^à s'y flétrir par sa faute sans avoir répandu leur chaste éclat de beauté dans les yeux de quelqu'un. Elle regardait comme un devoir obligatoire delà mère de famille de chercher des occasions d'unions assorties pour ses filles. Les enfanter à la vie, à la religion, à la vertu, pour elle, ce n'était pas assez; elle voulait les enfanter aussi au bonheur. • Mon père avait compris ces raisons, et, biçn qu'à regret et par des elForts surhumains dMcônomie domestique, il s'était décidé à quitter ses vignes,

ses chiens de chasse, sa partie de piquet^ le soir, avec le curé et le voisin, et à s'établir, à Maçon, au moins pour Thiver et le printemps de chaque année.

Il était, comme tout nouveau possesseur, fier et amoureux de la maison qu'il avait achetée. A peiue étais-je entré, qu'il me la montra de la cave au grenier, en m'en détaillant tous les agréments et tous les avantages.

La maison , qui existe encore , mais qui a été vendue et subdivisée depuis la mort de mon père et la dispersion de la famille, était située dans le quartier élevé, noble et solitaire de la ville que j'ai décrit dans le commencement de ce récit. Elle avait appartenu avant la révolution à une famille patricienne du Maçonnais avec laquelle nous avions des alliances et des intimités de bon voisinage, la famille d'Osenay.

Elle avait sa façade principale par une large rue à pente un peu raide qui débouchait sur quelques tilleuls, dépendance de la grande place de l'Hôpital, et promenade ordinaire des enfants, des nourrices et des vieillards de ce haut quartier. Un linteau de marbre noir, merveilleusement sculpté au-dessus de la porte, annonçait un sentiment d'art et de luxe architectural dans celui qui l'avait bâtie. Cette porte ouvrait sur un vestibule large, profond, surbaissé, humide et sombre. Au fond de ce vestibule on apercevait les premières marches d'un escalier éclairé par

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