LIVRE PREMIER
4'une lable ovale pour les repas, d'armetres^ de buffets^ d'un piano, de deux harpes, de petites consoles pour dessiner, pour écrire et pour coudre. Une sombre pendule de Boule a caisse d'éjcaille noire incrustée d'arabesques de laiton, et surmontée d'unestatuette du Temps brandissant sa faux, y sonnait mélancoliquement les heures à cette jeunesse qui ne les écoutait pae.
A dtpite,;on passait dans un salon moins vaste et plus recueilli. Une antique et haute cheminée de marbre noirâtre, richement fouillée par le ciseau du sculpteur, et dont les jambages s'écorçaient en feuilles
d'acanthe, ouvraient aux bûches un foyer assez large et assez profond pour des troncs entiers de chêne. Le fauteuil de mon père eh face de la cheminée, quelques fauteuils de velours d'Utrecht rouge, une table xoilde couverte de livres, quelques tables de jeu recouvertes de serge verte, dés carreaux rouges .et jcirés sous les pieds, un plafond à riches moulures, mais noirci par la fumée d'un demi-siècle, les rideaux vertô de deux fenêtres ouvrant sur la rue, formaient tout l'ornement de ce salon. On n'y allumait le feu qu'un moment avant le.diner de famiile. On dînait alors à deux heures. La pièce qui faisait face au salon quand fin avait traversé la grande salle était la chambre d'une tante, infirme, sœuf de mon père, dont je parlerai tout à l'heure. Elle s'appelait mademoiselle de Monceau.
En revenant sur le palier, on entrait à gauche dans la chambre de notre père ; appartement vaste, mais assombri par les murs noirs d'une maison de religieuses qui empiétait de ce côté sur le jardin et sur le ciel ; à droite, dans la chambre encore plus vaste de ma mère, on y descendait par trois marches d'une porte vitrée dans le jardin. Le soleil Tinondait depuis le matin jusqu'au soir. Une espèce d'aile ajoutée à la maison formait à côté de cette chambre un beau cabinet qu'on appelait le cabinet des Muses. Il servait à ma mère de retraite pour écrire, et d'oratoire pour prier avec ses filles quand elle voulait se recueillir un moment contre les perpétuelles distractions d'une famille jeune et nombreuse, et d'une plus nombreuse parenté.
La boiserie de ce cabinet, sculpté depuis le plafond, formait dix niches contenant chacune une console. Sur chaque console posait la statue en bois d'une des neuf muses avec ses attributs mythologiques. La dixième niche contenait une statue en bois d'Apollon, f^ dessus de porte représentait, également sculpté, Jupiter descendant du ciel et ouvrant les rideaux de Danaéy épouvantée de ses foudres. Toutes ces figures étaient recouvertes d'une épaisse couche de peinture à l'huile. Ce vernis gris-blanc leur donnait une appa* rence de froideur et de mort qui glaçait l'imagina* tion. Mes plus jeunes sœurs n'y entraient jamais sans une religieuse admiration et sans un certain frisson.