‹ Nouvelles confidencesChapitre 111 sur 160 · PREMIÈRE VISION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE VISION

Et TEsprit m'emporta sur le déclin des âges : Quel est cet astre obscur quî^ du sein des nuages , Laissant glisser un jour plus morne que la nuit, Écarte à peine l'ombre où sa liiain nie conduH ?

— C*est le soleil,. mon fils! ce roi brillant des sphères !

— Quoi! c'est là le soleil qu'ont adoré nos pères? C'est là ce dieu dii jour qui, du sommet des ctêiix, D'un seul de ses rayons éblouissait nos yôux ; Qui, le front rayonnant de jeunesse et d'audace, Et des portes du jour s'élançant dans l'espace,

De spn premier regard éclipsait dans les airs

Ses rivaux pâlissants du feu de ses éclairs ;

De la terre éblouie illuminait les cimes.

Comme un torrent de flamme inondait ses abîmes,

Faisait monter l'encens, faisait naître les fleurs,

Jetait sur l'Océan ses flottantes lueurs.

Et, mêlant sa lumière aux vagues de ses plages,

D'une brillante écume éclairait les rivages ?

LIVHE TROISlÈMt;. 240

Se peut-il qu'à ce point cet astre ait défailli ? Depuis quand ? Par quel sort? — ^ Mon fils, il a vieilli. Tout vieillit dans le ciel ainsi que sur la terre ; Ce grand foyer de's jotirs depuis langteiiy)s s'altère. Faible et d'un pas tardif se traînant dans son cours, Il ne dispense plus les saisons ni les jours Comme aux temps fortunés où le regard du sage Par les signes du ciel prédisait son passage, Et soumettant sa marche à son hardi compas.

Marquait Theure aux humains par Tombre de ses pas ! Il ne mesure pins ni les naois, ni les heures ; . Mais, parmi les débris de ses douze demeurtîs^ Égarant au hasard son cours capricieux, .

D'un pas irrégulier serpentant dans les cieux. Tantôt dardant ses- feux pendant des jours sans nombre, •

Il refuse aux vallons le doux abri de Nombre, Brûle une terre aride et dévorant les eaux Dans ses flancs altérés fait tarir les ruisseaux ; Tantôt se dérobant sous des ombres funèbres, Il livre là nature à de longues ténèbres ; Et rhoifinie épouvanté (J'un regard incertain Attend en vain l'aurore aux portes du matin !

— Et la terre, lui dis-je en VoSant mon visage.

— Vien&et vois ! dit l'Esprit. Soudain comme un orage,

De la cime des monts fondant sur les guérets,

Emporte len tournoyant la feuille des forêts,

La promène en son vol du couéhant à Taurorè, La quitte, la reprend et la rejette encore ;

Ainsi, planant de loin sur la terre et les mers, Son souffle impétueux m'emporte dans les airs, £t mon œil, du soleil suivant la route oblique. Traverse à Téquateurles flots de TAtlantique, Vole d'un pôle au pôle, et s'abat tour à tour Aux bords où nait Taurore, où va mourir le jour I

— Quelle est vers l'Occident cette immense contrée Par l'abime des eaux du monde séparée.

Et qui, d'un pôle à l'autre étendant ses déserts. Presse autour de ses flancs la ceinture des mers ? Sur les routes de l'onde autour d'elle semées. Cent îles reposant sur des vagues calmées, Ainsi qua des vaisseaux qui flottent vers des ports, Semblent avec amour s'approcher de ses bords ! Jeune et dernier enfant qu'ait porté la nature, Ses monts ont conservé leur verte chevelure ; Ses fleuves, ombragés du dôme de ses bois.

Élèvent jusqu'à nous leurs mugissantes voix ! Sans doute qu'en ces lieux, choisissant leurs asiles, Les enfants de l'Europe ont élevé leurs villes. Donné des noms chéris à ces nouveaux remparts, Et transporté leurs dieux, leur empire et leurs arts ?

— Insensé ! dit l'Esprit : C'est la terre féconde. Où Taquilon poussa les vaisseaux du vieux monde, Quand déjà ses enfants, rebut des nations.

Emportaient avec eux des malédictions !

En vain il aborda dans ces champs de délices. L'homme dégénéré n'y sema que ses vices.

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