LIVRE TROISIÈME. 2S
Le lierre encor traçait de vertes colonnades,
El croissant au hasard sur des chiffres chéris,
Le lys pétrifié s'ouvrait sur ces débris.
Là, d'un temple détruit couronnant les portiques,
Deux tours penchaient encor leurs ponts mélancoliques ,
Mais, suspendant leurs nids aux voûtes du saint lieu,
Les oiseaux chantaient seuls dans la maison de Dieu.
Ici croissait l'ortie ; ici la giroflée
Penchait sur les débris sa corolle effeuillée ;
Là le buis éternel de ses sombres rameaux
Nouait comme un serpent le marbre des tombeaux.
Là, sous le vert cyprès dormait, couché dans Therbe,
Le buste mutilé d'un conquérant superbe,
Op les marbres épars de tous ces dieux mortels
Dont la Grèce crédule éleva les autels.
Et qui, fuyant ici des bords de l'Ionie,
Y recevaient encor le culte du génie !
Plus loin, d'un front sublime allant toucher les cieux.
D'un règne passager monument orgueilleux,
La colonne d'airain, plus forte que les âges,
Autour de son sommet voit gronder les orages,
Et sur ses larges flancs porte en lettres de fer
Des exploits que la rouille est prête d'étouffer.
Sans doute ici d'un roi s'élançait la statue ;
Mais l'autel est debout, l'idole est abattue;
Sur son faîte isolé, roi des champs d'alentour,
Un aigle solitaire a choisi son séjour :
11 y plane, il s'y pose, et, sous sa large serre
î258 NOUVELLES CONFIDENCES.
Embrassant ce débris des foudres de la guerre, Sur ce sanglant trophée où son aire est assis Semble se souvenir d'avoir régné jadis !
Quoi ! d'un peuple éternel voilà donc ce qui reste !
Voilà sa trace ; à peine un débris nous l'atteste !
C'est d'ici que régnant sur l'Occident soumis,
Ce peuple, qu'adoraient même ses ennemis,
Vit pendant deux mille ans les arts ou la victoire
Etendre tour à tour son empire ou sa gloire !
Là régnèrent ces rois redoutés ou chéris.
Ces Louis ! ces François ! ces Charles ! ces Henris !
Dont la main, tour à tour imposante ou facile.
Sut modérer le frein de ce peuple indocile,
Princes qui, par la guerre ou les arts couronnés,
Imposèrent leurs noms aux siècles étonnés !
Là, ces prêtres sortis des sacrés tabernacles
Dont l'Église agitée implorait les oracles.
Ebranlant les palais des foudres de leurs voix.
Tonnaient au nom du ciel sur les crimes des rois !
Là, ces preux appuyés sur leur vaillante épée,
Partant pour conquérir une tombe usurpée.
Ne demandaient peur prix de leurs nobles combats
Qu'un signe de salut qui bénît leur trépas,
Ou qui n'en rapportaient, dépouille auguste et sainte,
Que du sang du Sauveur un peu de terre empreinte !
Là, ces chantres fameux dont les divins accords
Attiraient les enfants des peuples vers ces bords.