‹ Nouvelles confidencesChapitre 116 sur 160 · LIVRE TROISIÈME. 2ir · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. 2ir

Et sur le monde épris de leur mâle harmonie Faisaient parler leur langue et régner leur génie ! Là, ces tribuns, Tamour, l'horreur des nations, Soufflant contre les lois le feu des factions, Soulevés, déchirés par des mains forcenées, Subissaient les fureurs qu'ils avaient déchaînées ! Là, ce nouveau César, dont la terrible main.

Sur son siècle indompté jetant un joug d'airain. Comme un subit éclair sort du choc des nuages. S'élançait triomphant du sein de ces orages , Du fer qu'elle a forgé frappai! la liberté !

Puis, tombant sans empire et sans postérité.

Semblable au feu du ciel qui dévore et qui passe. Ne laissait qu'un trophée et du bruit sur sa trace.

Et maintenant couverts des ténèbres du temps,

Ces lieux sans souvenirs, sans voix, sans habitants,

Ont oublié les pas et les œuvres de l'homme

Et n'entendent pas même une voix qui les nomme !

J'allais pleurer sur eux, mais l'Esprit — Que fais-tu ?

Ménage, me dit-il, ta force et ta vertu ;

•Va ! dans ces jours d'épreuve, et de deuil et d'alarmes,

Pleure sur les vivants, s'il te reste des larmes !

Il dit, et vers le nord m'emportant dans les airs,

Il me montra de loin un rocher sur les mers.

Voilà cette Albion, cette reine des ondes.

Dont les vaisseaux légers, messagers des deux mondes.

Ouvrant leur aile immense aux fougueux aquilons

Se jouaient sur lés eaux comme des alcyons !

Ses fils régnaient partout où régnent les tempêtes ! Ses filles, de l'Europe embellissant les fêtes, Respiraient l'innocence, et dans leurs chastes yeux Réfléchissaient l'azur de la mer et des cieux, Et dénouant aux vents leurs chevelures blondes Aimaient à soupirer au murmure des ondes i Hélas ! elle a péri comme Tyr et Sidon, Et les flots qu'elle brise ont oublié son nom ! Il disait, et déjà sur les rives profondes Où du sang des humains le Rhin teignait ses ondes. Il reprenait sa course, cl du sommet des airs Me montrait vers le nord ces empires déserts Qui, sous des cieux glacés où languit la nature, Formaient autour du pôle une étroite ceinture. Bords affreux qu'aux rigueurs d'un éternel hiver L'homme osa conquérir et ne put conserver !

Leur faux éclat ne fut qu'un brillant météore, Pareil aux feux trompeurs de cette fausse aurore Qui, de leur longue nuit perçant l'obscurité. Teint Jeur sombre horizon d'un moment de clarté .' Puis , franchissant les monts de la verte Helvétie, Il rase, en serpentant, les plaines d'Italie, Traverse l'Apennin, voit l'Arno dans son cours De ses bords dépeuplés embrasser les contours. Comme un cygne des lacs que le printemps ramène Voit son aile briller dans l'eau du Trasimène, Me montre, eu souriant, à l'horizon lointain

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