‹ Nouvelles confidencesChapitre 117 sur 160 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Le Soracte éclairé des rayons du matin, Longe les verts coteaux de la fraîche Sabine, Vers la rive des mers d'un vol pressé décline, Voit des déserts semés de superbes débris, Traverse un fleuve étroit aux flots presque taris. Et s'abattant enfin sur les remparts de Rome : Voilà, s'écria-t-il, le dernier sort de Tliomme ! C'est ici que fuyant la mort de toutes parts. De mille nations quelques restes épars Par le souffle de Dieu balayés sur ces rives. Cachent dans ces débris leurs tribus* fugitives, Soit que du sang sacré ces bords encor fumants Résistent plus longtemps aux chocs des éléments. Soit que l'esprit fatal dont le mohde est l'empire Ne les ait réunis que pour mieux les séduire ! Tous les enfants d'Adam rassemblés dans ce lieu Attendent dans l'effroi le jour, le jour de Dieu ! Tu l'as voulu, mon fils ! tu le verras, mais pleure! 11 dit, reprend son vol, s'éloigne, et je demeure Seul, invisible, errant comme une ombre sans corps, Qui, s'échappant la nuit de la foule des morts, Revient aux lieux chéris où l'instinct la rappelle Chercher s'il est un cœur qui se souvienne d'elle, Sur celui qu'efle aimait jette un œil éperdu. Et désire de voir et tremble d'avoir vu.

Ainsi de Romulus parcourant les collines Je cherchais les vivants cachés dans leurs ruines; Je suivais, je comptais les rares habitants.

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Seuls débris échappés au naufrage du temps ; Invisible témoin de leur funèbre drame, J'entendais leurs discours, je lisais dans leur âme, Et frissonnant comme eux de tristesse et d'etfroi. Je m'écriais en vain : Esprit, emportez-moi !

Hélas ! mes yeux à peine avaient reconnu Rome ; Cet asile des dieux, ce clief-d'œuvre de Thommc, N'étalait plus alors dans ces vastes remparts Ces temples, ces palais des dieux et des Césars; Les mortels abrités sous ses débris antiques N'élevaient plus au ciel de somptueux portiques ; Attendant tous les jours le dernier de leurs jours, lis n'embellissaient plus leurs précaires séjours, Le soc ne fendait plus leurs tristes héritages ; Qu'importaient de leurs champs les fruits ou les ombrages A ces êtres déchus, dont l'espoir incertain Ne s'étendait, hélas ! qu'à peine au lendemain ?

Ni les lois^ ni les mœurs, ni la crainte des peines De la société ne gouvernaient les rênes ; La liberté sans frein et la force sans droits Remplaçaient dans ses murs peuple, tribuns et rois; Chaque jour, chaque instant voyait un nouveau mailre Renaître pour périr et périr pour renaître.

Point de culte commun : sur des autels d'un jour Chacun créant son Dieu, le brisant à son tour, Mesurant à sa peur ses lâches sacrifices,

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Avait autant de dieux qu'il rêvait de supplices ! Seulement, quelquefois, de l'enfer ou du ciel Descendant ou montant sous les traits d'un mortel, Un ange de lumière, un esprit de ténèbres Effrayant les esprits de prodiges funèbres, Troublant les éléments, commandant au trépas. Entraînaient un moment les peuples sur leurs pas. Puis, s'évanouissant comme une ombre légère.

Ils les abandonnaient à leur propre misère.

Confondaient à leurs yeux l'erreur, la vérité. Et semblaient se jouer de leur crédulité ! .

Ainsi sans lois, sans arts, sans culte, sans patrie.

Privés des doux travaux qui fécondent la vie.

Les hommes, fatigués de leur morne loisir,

Traînaient des jours affreux sans espoir, sans désir

Des nobles passions, aliment de nos âmes,

Dans leurs cœurs assoupis ne sentaient plus les flammes;

Une seule pensée, un morne sentiment.

De leurs esprits glacés immuable tourment,

Semblable au poids alîreux que dans l'horreur d'un révc

De son sein qu'il oppresse un malade soulève,

La crainte, remplaçant liens, patrie, amour,

Kégnait seule à jamais sur leur dernier séjour,

Sevrait les tendres fruits des baisers de leurs mères,

Arrachait la beauté des deux bras de leurs pères.

Et des hommes frappés d'une muette horreur

Changeait l'amour en haine et la crainte on fureur.

Tantôt ou les voyait dans un sombre silence Traîner de leurs longs jours la stupide indolence, Assis sur les débris d'un temple profané, Les bras croisés, l'œil fixe et le front incliné ; Tantôt, fuyant en vain leur vague inquiétude. Chercher des souterrains l'horrible solitude, Et maudissant du jour Tinutile flambeau.

S'ensevelir vivants dans la nuit du tombeau ; Puis, saisis tout à coup d'un bizarre délire. S'abandonner sans cause aux accès d'un fou rire. Se chercher, s'embrasser, pousser d'horribles cris, Se couronner de fleurs, danser sur des débris ; Comme pour dérober une heure à leurs supplices, Se hâter d'inventer de nouvelles délices, D'un regard impudique outrager la bcrauté, Mêler les ris, les pleurs, la mort, la volupté. Et puiser dans le sein de leur fatale ivresse Un bonheur plus affreux encor que leur tristesse.

Cependant, quand le cri de leurs pressants besoins Pour soutenir leurs jours sollicitait leurs soins, On ne leâ voyait pas, levés avant l'aurore, Coucher le blond froment sur le sillon qu'il dore, Des épis desséchés dérouler les faisceaux.

Faire jaillir le grain sous les bruyants fléaux. Recueillir en chantant les doux présents des treilles Dérober aux forêts le nectar des abeilles.

Fouler d'un pied rougi par le suc du raisin

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