LIVRE TROISIÈME
Le pressoir ruisselant des flots ambrés du vin^
Ni du fanon gonflé des fécondes génisses
Faire écumer le lait dans de brillants calices.
Tous ces dons prodigués au travail des humains
Semblaient s'être taris sous leurs coupables mains ;
Les arbres languissants sans sève et sans culture,
N'étalant qu'à regret une rare verdure,
Aux feux d'un astre éteint ne voyaient plus mûrir
Ces fruits qu'à nos besoins leurs bras semblaient offrir !
Les animaux rendus à leur indépendance,
De l'homme dégradé dédaignant la présence,
Ne reconnaissaient plus sur son front profané
Le signe du pouvoir dont Dieu l'avait orné;
Le taureau, brandissant sa corne menaçante.
Ne tendait plus au joug sa tète obéissante ;
L'étalon indompté ne mordait plus Je frein ;
L'agile lévrier ne léchait plus sa main ;
Le coq, abandonnant le seuil de ses demeures.
Au pâtre vigilant ne chantait plus les heures;
La lidèle colombe avait fui dans ]os bois.
Et l'oiseau domestique, effrayé de sa voix.
Ne venait plus lui pondre au retour de l'aurore
Ces doux fruits de son nid, ravis avant d'éclore !
Mais seul, abandonné de ses sujets divers.
Ce roi des animaux, de la terre et des mers.
Errant sur les confins de son stérile empire.
Allait, sur les rochers où l'Océan expire.
Recueillir pas à pas, pour soulager sa faim,
t)es vils rebuts des mers rejetés de son sein. Ces reptiles des eaux, ces iiDpurs coquillages Que balayaient les flots sur le sable des plages. En fouillant les débris des murs abandonnés, Des autels, des tombeaux par ses pas profanés, Du marbre verdoyant de ces vieilles ruines Ses négligentes mains arrachaient des racines. De ces Vils aliments composait son repas. Que le nectar de Thomme, hélas ! n'arrosait pas.
Ainsi dans les horreurs d'une longue agonie Végétaient ces enfants d'une race bannie ; Une éternelle attente empoisonnait leurs jours ; Mille étranges rumeurs occupaient leurs discours ! Tantôt, pour détourner les fléaux de leurs tètes, Le fer avait parlé par la voix des prophètes, 11 demandait du sang, des prêtres, des autels, Promettant à ce prix d'épargner les mortels ; Et la terre, à jamais de sou dieu délivrée, Aux esprits infernaux allait être sacrée !
Tantôt les ouragans avaient pris une voix Ou réclair dans le ciel avait tracé la croix ! Déjà les éléments, lui rendant leur hommage, A la voix d'un vieillard avaient soumis leur rage. Les astres avaient lui, l'onde avait reculé.
Les airs s'étaient calmés, la terre avait tremblé. Ou les morts échappés de leurs bières funèbres Avaient crié ; Salut ! dans l'horreur des ténèbres;