‹ Nouvelles confidencesChapitre 122 sur 160 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Enfin, d'un jour lointain la débile lumière

Semble d'un doux reflet consoler sa paupière;

Il doute, il croit longtemps que son œil ébloui

Lui prolonge Terreur dont ses sens ont joui.

Mais, semblable aux lueurs d'une tardive auroro,

De chacun de ses pas la clarté semble éclore ;

Et du fond rayonnant de cet obscur séjour,

11 voit enfin jaillir un pur filet du jour ;

Et la fraîcheur de Tair que son haleine aspire,

Tout annonce une issue ; il s'écrie, il respire I

11 s'élance, il accourt, il accourt, mais, hélas!

A ses regards surpris, ce jour n'augmente pas,

Ce n'est qu'un seul rayon, que dans Tombre incerlaine

Les fentes du rocher laissent filtrer à peine !

Il veut, du moins, coller sur ce rocher jaloux

Son regard altéré de cet éclat si doux !

Il y touche : ô surprise ! une porte de pierre,

De l'antre ténébreux gigantesque barrière,

Que supportent des gonds et des verroux d'airain,

Ferme d'un mur glacé le sombre souterrain.

Et par l'étroit canal d'un léger interstice,

Laisse à peine un passage où le regard se glisse !

Eloïm, emporté d'un désir curieux,

Aux fentes du rocher colle en tremblant ses yeux.

Il voit... ivre du trouble où cet aspect le plonge.

Il voit ce que jamais il n'avait vu qu'en songe,

Un vallon ombragé par des bois encor verts,

Une lie de délice, au milieu des déserts,

Des jardins, desî gazons, des arbres, des fontaînes,

Roulant à flots plaintifs leurs ondes incertaines ; .

Des sillons où les venls, sur ces bords assoupis,

Balançaient naollement les vagues des épis ;

Des fruits prêts ai tomber des rameaux qui fléchissent.

Les uns encore en fleur, les autres qui jaunissent.

Il voit bondir plus loin, sur le penchant des prés,

Ces animaux jadis à l'homme consacrés.

Deux taureaux aiguisant contre un vieux sycomore

Leur corne recourbée où le joug pend encore,

Un sauvage coursier dont les longs crins épars

Ne voilent qu'à demi Téclair de ses regards ;

De paisibles brebis aux toisons ondoyantes,

Des chevreaux suspendus aux roches verdoyantes,

La poule dont le chant dès l'aurore entendu

Avertit l'homme à jeun du fruit qu'elle a pondu ;

L^oiseau du laboureur, le pigeon, l'hirondelle

Fidèle après cenfans au toit qui la rappelle.

Et Tàne domestique, et Tonagre, et le chien

De l'homme autant que l'homme ami, frère, gardien.

Qui, d'un maître indigent dédaignant les largesses.

N'aime en lui que lui-même et vit de ses caresses.

Il entend gazouiller sur la cime des bois

Ces oiseaux dont jamais il n'entendit la voix.

Ces chantres de lahuit^ du soir ou de l'aurore.

Que chaque heure du jour et des nuits fait éclore.

Et qui, pour assoupir ou réveiller nos sens.

Exhalent leurs amours en suaves accents.

Page 1