LIVRE TROISIÈME
C'était rheure où du jour toutes les voix s'apaisent,
Où des oiseaux lassés les vifs accords se taisent,
Où Philomèle seule, attendrissant lés airsî,
Au malheureux qui veille adresse ses concerts ;
Sur un rameau voisin où son nid se balance,
Elle enchantait du soir Inharmonieux silence.
Éloïra écoutait ses doux sons s'exhaler ;
D'autres sens à son cœur semblaient se révéler ! •
Jamais semblable aspect et jamais voix pareilles
N'avaient charmé ses yeux ou ravi ses oreilles.
De tous ces habitants de la terre et des cieux
Qui portaient, qui servaient, qui charmaient nos uïoux,
Il ne connaissait rien que ces vaines images
Que les traditions conservent aux vieux âges,
Et pendant qu'ils passaient, ainsi qu'au premier joiir,
Sa bouche avec transport les nommait tour à tour ; •
Mais ses regards en vain dans ce séjour champêtre
Cherchaient des animaux le modèle et le maître :
Tout y rappelait l'homme, on ne l'y voyait pas.
Était-ce un lieu divin interdit à ses pas ?
Une ombre de l'Éden conservée à la terre ?
Ou d'un ange exilé le palais solitaire î
Éloïm interdit doutait... quand une voix.
Une voix dont son cœur a ttessailli trois fois. Semblable aux sons vivants de la parole humaine, S'élève et vient frapper son oreille incertaine. Cette voix n'avait pas. ces modulations Qu'imprime aux sons humains l'accent des passions.
Celte note à la fois violente et plaintive Qui trahit toujours rhomme à l'oreille attentive ; C'était un son égal, plein, grave, mesuré.
Par un cœur impassible avec force vibré, Dont rien n'amollissait la vigueur solennelle; Mais comme on entendrait la parole éternelle ! Du côté d'où la voix s'élevait vers les cieux, Le jeime hoinme éperdu porte aussitôt les yeux ; 11 voit, non loin de lui, sur un banc de verdure. Deux êtres dont il n'ose assigner la nature.
Tant leur sublime aspect, à son œil enchanté, Surpasse Thomme en force, en grâce, en majesté !
L'un était un vieillard ; mais sa verte vieillesse
Ne témoignait des ans que l'antique sagesse ;
On ne voyait en lui que cette majesté
D'un front chargé de temps, mais du temps respecté ;
L'âge n'avait pour lui ni faiblesse, ni glaces;
Ses traits montraient ses jours, mais sans porter leurs traces,
El ses membres nerveux, et d'un sang pur nourris,
N'étalaient point à l'œil leurs muscles amaigris.
Ses cheveux étaient blancs, mais leurs boucles touffues
Roulaient à gros flocons sur ses épaules nues ;
Dans toute leur jeunesse, ils paraissaient blanchir.
Son front large et musclé les portait sans lléchir.
La vuùte de ce front, sur ses yeux avancée,
Imprimait à ses traits la force et la pensée;
Au sommet de ce front deux boucles de cheveux,