LIVRE TROISIÈME
Cd solstice éclatant où là beauté s'arrête.
Un voile blanc, tissa de ses blanches brebis, Pressait son sein d'albâtre, et glissant à longs plis, Dessinait les contours de sa taille superbe, Et venait, sur ses pieds, se confondre avec rherbc ! Aucun vain. ornement; aucun luxe emprunté N'altérait la candeur de sa pure beauté.
i>édaignant d'un feux art les trompeuses merveilles, L'opale ou le corail n'ot'nait point ses oreilles ; Le rubis sur son front ne dardait point «es feux ; L'or autour de son col n'enlaçait pas ses nœuds ; Et ces lourds bracelets, qu'un vain luxe idolâtre. D'un bras harmonieux ne foulaient point l'albâtre ; Mais, sur sa blanche épaule, un ramier favori Était' venu chercher un amoureux abri ; Il caressait son cou d'un doux battement d'aile ; Et broutant le gazon qui croissait autour d'elle, Deux lions, par l'attrait près d'elle retenus. Folâtraient sur sa trace et léchaient ses pieds nus. Tels les plus doux objets qu'anima la nature Suivaient Eve en Éden et formaient sa parure.
Suivant d'un pas distrait les pas du saint vieillard, Elle laissait errer ses beaux yeux au hasard ; Ce regard n'avait pas ce divin caractère D'un œil qui voit le ciel et méprise la terre; Je ne sais quoi d'humain, de vague et d'inquiet. Ressemblait au désir, ou plutôt au regret.
On eût dit qu'en ces lieux par la force enchaînée. Pour ce divin exil elle n'était pas née.
En un mot, l'un semblait un habitant des cicux, L'autre une enfant de l'homme esclave en ces beaux lieux.
« Jour, disait le vieillard, jour qui finis ta course. Toi que le temps fil naître, et rappelle à ta source, C'en est fait : éteins-toi ! Va dans l'éternité Rendre compte à ce Dieu par qui tu fus compté ! Depuis ce premier jour où ma vieille paupière Dans l'enfance des temps s'ouvrit à ta lumière. De ces milliers de jours qui sous mes yeux ont lui, Je ne te vis jamais si morne qu'aujourd'hui ! Ces fils de la lumière ont-ils, comme nous-mème. Quelque pressentiment de leur heure suprême?
Ah ! qu'ils rappellent peu, par leurs traits eflacés. Ces premiers jours du monde à jamais éclipsés, Quand, sous leurs premiers pas, la terre épanouie Exhalait vers son Dieu comme un parfum de vie. Et qu'emportant les vœux des mortels innocents. Ils s'en allaient chargés de nuages d'encens ! Mais, à présent, dans l'ombre où leur cercle s'achève, Sur un désert en deuil il se couche et se lève Sans qu'un cœur innocent, sans qu'un pieux regard L'invoque à son lever, le suive à son départ! Cependant, ô ma fille ! un œil nous les mesure ; Ils doivent leurs tributs au roi de la nature; Il ne les a point faits, comme un vain ornement.