‹ Nouvelles confidencesChapitre 128 sur 160 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

« On dit que du trépas par le ciel préservé,

« Et par vos soins, seigneur, dans ces murs élevé,

« Digne qu'en autre rang le hasard Tait fait naître,

« Sa gloire et ses vertus ont honoré son maître...

« — Et que t'importe, à toi, vil rebut des humains,

« Le sort de cet enfant qu'ont élevé mes mains ?

« Qu'eut jamais de commun son sang et ta misère ?

« — Hélas ! pardonnez-lui, seigneur ! je suis son père !

« — Toi, son père ? Insensé ! ce noble enfant ton fils ?

« Qui donc es-tu ? — Seigneur, vous voyez mes habits,

« Je suis ce qu'à vos yeux indique leur misère ,

« Un de ces malheureux, vermine de la terre,

« Â qui le ciel jaloux de ses avares mains

« A donné pour tout don la pitié des humains,

« Qui glanent ici-bas ce que le riche oublie,

« El qui, pour soutenir leur misérable vie,

« Vont aux portes du temple, au seuil de vos palais,

« Recevoir tour à tour l'insulte ou les bienfaits !

« Trop heureux si le ciel,dansropprobre oùnoussommes,

« En nous déshéritant des biens communs aux hommes,

« Avait en même temps retranché de nos cœurs

« Ces sentiments qui font leur joie et nos douleurs !

« Mais, hélas ! ces haillons n'étouffent pas nos âmes ;

« Nous aimons, comme vous, nos enfants et nos femmes,

(( Mais le remords nous suit jusqu'au sein de l'amour,

<K Et nous nous repentons de leur donner le jour !

« Un enfant m'était né; la faim et la souffrance

« Avaient ravi sa mère à sa première enfance,

« Et près d'elle couché, sa bouche avec effort

« Pressait encore ce sein qu'avait tari la mort !

« On vantait la pitié de notre noble dame :

« L'espérance, à son nom, pénétra dans mon âme ;

« Je m'emparai soudain, par un adroit larcin,

« De deux cygnes chéris que nourrissait sa main,

« Et confiant mon fils à sa frôle nacelle,

« Je chargeai leur instinct de la guider près d'elle ;

ff La vague protégea ce dépôt précieux,

« Jusqu'à ces bords lointains je le suivis des yeux.

« Tranquille sur le sort d'une tête si chère,

c Je sentis s'alléger le poids de ma misère,

« Et loin de ce rivage allant porter mes pas,

« J'usai mes tristes jours de climats en climats.

« Mais enfin, quand des ans l'inévitable outrage

« Eut usé de ce corps la force et le courage,

« Rappelé vers ces bords par un cher souvenir,

« Un instinct paternel me force à revenir

« Près de ce fils chéri terminer ma carrière,

« Pour avoir une main qui ferme ma paupière !

< Âh ! laissez-moi, seigneur, le voir et l'embrasser; « Sur ce cœur expirant laissez-moi le presser ;

< Et que puisse de Dieu la main juste et prospère € Bénir dans vos enfants la pitié de leur père!

€ — Mes enfants ! qu'a-t-il dit? hélas ! je n'en ai plus ! c Garde pour toi, vieillard, tous tes vœux superflus ; « J'ai perdu, comme toi, Tespoir de ma famille;

< Va ! cours chercher ton fils ! il est avec ma flUe ! »

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