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LIVRE TROISIÈME

Ainsi dit Béranger, et, d'une rude main,

Repoussant le vieillard, il reprend son chemin.

Tel qu'un aigle irrité, dont Timmonde reptile,

Pendant qu'il plane en paix, dans un azur tranquille,

À dévasté son aire, et sur ses bords flétris

De ses œufs près d'éclore a semé les débris ;

Lorsque redescendu de sa céleste sphère.

Sou instinct paternel le rappelle à son aire.

Et, que du haut du ciel, y plongeant ses regards.

Il voit ses tendres fruits sur les rochers épars ,

Sur ce nid, son espoir, il plonge, il veut s'abattre ;

Il cherche un ennemi qu'il puisse au moins combattre ;

De rochers en rocbersil vole en tournoyant.

Promène dans les airs son regard foudroyant,

El rongeant les rochers à défaut de victime.

Il jette un cri vengeur qui fait trembler l'abime.

Tel au fond d'un palais maintenant dépeuplé,

Ce vieux père, cherchant d'un regard désolé

Cette enfant dont ses yeux ont la douce habitude,

De ses gémissements remplit la soUtude ;

Marche, s'arrête, écoute, éclate en vains sanglots,

Et consume la nuit à regarder les flots.

Mais à l'heure où les chants du pieux solitaire

Montent seuls vers le ciel, quand tout dort sur la terre.

Son regard, en fixant l'écueil inhabité.

Du fanal de Tristan découvrit la clarté.

 cet aspect nouveau son cœur glacé palpite ;

Il appelle, il espère, il s'élance, il hésite ;

Mais vers les bords lointains où cet espoir a lui,

Un instinct plus puissant l'entraîne malgré lui.

Réveillés à ces cris, ses matelots fidèles

Rattachent l'aviron aux flancs de ses nacelles,

Dressent les mâts couchés sur les esquifs flottants.

Lèvent l'ancre pesante, ouvrent la voile aux vents,

Et lui-même, voyant où le fanal le guide,

Courbé sur Taviron fend la plaine liquide.

La brise de la nuit sur le lac écumant

Vers recueil escarpé les pousse en un moment ;

Ils franchissent le flot grondant sur le rivage.

Béranger, le premier, s'élance sur la plage ;

11 appelle, il s'écrie, il court, il voit enfin.

Il voit aux premiers feux des astres du matin.

Sur un gazon trempé des larmes de l'aurore.

Sur le sein de Tristan la fille qu'il adore

Mollement assoupie ; il doute, il craint d'abord

Cette immobilité qui ressemble à la mort ;

Mais bientôt s'approchant du couple qui sommeille.

Le. bruit de leurs soupirs rassure son oreille ;

Il voit le sein d'Hermine encor gros de soupirs,

Onduler, comme l'onde, au souffle des zéphirs ;

Elle vit ! ma fille ! ô ma seconde vie !

A l'outrage, à la mort quelle main t'a ravie?

Réveille-toi ! réponds ! Quel que soit ton sauveur,

Je jure par le ciel, par toi, par mon bonheur,

De lui donner, pour prix de ce bienfait suprême,

Tout ce que peut donner ma main... fût-ce toi-même!

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