‹ Nouvelles confidencesChapitre 130 sur 160 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Ces cris de son Hermine ont ranimé les sens;

Elle rouvre ses yeux, elle entend ces accents,

Voit pencher sur son front la tête paternelle,

Et lui montrant des yeux Tristan : c'est lui, dit-elle ;

Et Tristan, à ces mots, rougissant de bonheur.

De ses pleurs arrosait les mains de son seigneur.

Mais Béranger, ouvrant les bras à son Hermine,

Allait presser aussi Tristan sur sa poitrine,

Quand une sombre image, un soudain repentir,

Resserre tout à coup son cœur prêt à s'ouvrir.

Hermine tombe seule entre les bras d'un père ;

Le beau page, à ses pieds, reste un genou sur terre,

Et le vieillard lui jette un regard incertain.

Où la reconnaissance est mêlée au dédain :

« Partons, dit-il, fuyons ce funèbre rivage,

« Qui de mon désespoir me rappelle l'image,

« Et pendant que les flots nous porteront au por(,

« Tu nous raconteras ce prodige du sort ! »

La rame bal les flots, la barque glisse et vole; Hermine, retrouvant à peine la parole.

Raconte en rougissant ce qu'a fait son sauveur ; Comment il a risqué ses jours pour son honneur ; Comment son bras, plus fort que la vague et l'orage, Au milieu de la nuit l'a portée au rivage ; Comment, près d'un foyer par ses mains allumé. Dans son cœur engourdi son cœur s'est ranimé. Et comment, par ses soins la rendant à la vie,

Il Ta tout à la fois respectée et servie.

Béranger, en silence, écoutait ces récits ;

En cercle autour de lui ses chevaliers assis,

De surprise et d'orgueil ne pouvant se défendre,

Sur l'épaule du preux se penchaient pour entendre ;

Et les rameurs, eux-même, enchaînés par la Toix

Du page rougissant écoutaient les exploits.

Et contemplant Hermine à leur amour rendue,

Oubliaient d'abaisser la rame suspendue.

Quand elle eut achevé, Béranger, l'œil baissé

Sous tant d'émotions resta comme oppressé ;

Puis d'un ton à la fois indulgent et sévère :

<K Tristan, dit-il, en moi ton enfance eut un père,

« Tu m'as rendu ma fille, et ce premier haut fait

« Acquitte en un seul jour le bien que je t'ai fait;

« Mais mon cœur veut sur toi conserver l'avantage ;

« Il n'était qu'un seul prix digne de ton courage,

« Tu l'avais mérité ! je te l'aurais offert ;

« Mais entre Hermine et toi l'abîme s'est ouvert,

« Rien ne peut le combler, et pas même ta vie ;

« Le jour qui me la rend à toi te l'a ravie ;

« Ton père s'est nommé ; ton père, un mendiant,

« Est venu près de moi réclamer son enfant ;

« Je dois te rendre à lui, non tel que sa misère

« Te confia jadis à ta seconde mère,

« Faible, nu, sans espoir que sa tendre pitié,

« Mais enrichi des dons de ma noble amitié,

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