‹ Nouvelles confidencesChapitre 134 sur 160 · LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER

Ah ! si le son d'un cor en sursaut te réveille, Si l'acier d'un écu retentit dans la cour, Si le pas d'un coursier résonne à ton oreille, Si la harpe d'un barde expire sous la tour.

En mémoire de moi regarde à la fenêtre Aussi loin que tes yeux me suivront aujourd'hui, El murmure en toi-même : Yseult ! si c'était lui ? Ce mot, si loin de toi, je Tentendrai peut-être !

Or le page, frappant aux portes de la tour,

Disait à demi-voix : Roger, voici le jour !

LA DAME

Prends mon long chapelet, où pend mon reliquaire, Baise soir et matin ces reliques des saints ; J'ai tant prié pour toi sur ce pauvre rosaire Que mes doigts fatigués en ont usé les grains ; Quand, voyageant le soir sur la terre lointaine. L'angélus sôiinera dans la tour du beffroi.

Pour que ton âme au cieï se rencontre avec moi , En mémoire d'Yseult tu diras ta dizaine.

Or le page, frappant aux perles de la tour.

Disait à demi-voix : Roger, voici le jour !

Tristan allait pouriuivre, un cri soudain l'arrête.

Hermine sur son luth vient de pencher la tête. Son visage a changé, sa défaillante main N'a pu même achever le funèbre refrain.

Elle tombe mourante au sein de sa nourrice Comme un lis dont le ver a piqué le calice.

On rapporte en sa tour, sans voix et sans couleur. Tristan rejette au loin sa harpe avec douleur. Et la foulant aux pieds sur le pavé de dalle, Disp^:*se avec dédain ses débris dans la salle. « Toi qui chantas pour elle une dernière fois, « Tu ne mêleras plus tes sons h d'autres voix ! » Dit-il. En s'éloignant d« la foiile étonnée, H va sur le donjon plaindre sa destinée.

Cependant l'air du ciel et des soins caressants

D'Hermine évanouie ont ranimé les sens,

El la foule, d'ivresse et de joie éperdue,

A repris à l'instant la fête suspendue.

De la chambre élevée où ruissellent ses pleurs,

Hermine entend monter leurs joyeuses clameurs;

Sur le bord du fauteuil où sa tendresse veille,

Sa nourrice se penche et lui parle à l'oreille :

« — Pourquoi cacher ces pleurs, belle enfant. C'est en vain ?

« Ma main les sent couler; versez-les dans mon sein,

a Ce sein qui vous reçut, ce sein qui vous adore !

« Le mal dont vous mourez, faut-il que je Tignore ?

« — Tu demandes le mal dont je me sens mourir,

« Lui répond son Hermine, et Tristan va partir!

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