LIVRE TROISIÈME
Et lui-même portatit la torche dans sa main,.
Dû baut donjon 4'Hermino il suit le long chemin ;. ~ '
Nul soldat ne ycillait dans le corridor sombre,
Tout était dans ces lieux, repos, solitude, ombre.
Le vieillard de la porte approche à petits pas.
Nourrice, ouvrez, dit-il. On ne lui répond pas.
Du lourd loquet de bronze il presse la coquille.
Il entre, son regard cherche soudain sa fille.
Il voit son siège vide, il voit son lit désert,
Ses bijoux dispersés dans son coffre entr'ouvert.
Et de ses blonds cheveux une boucle échappée.
Auprès des ciseaux d'or dont elle fut coupée,
Sur sa table d'ébène est jetée au hasard.
Tout annonce h ses yeux un mystère, un départ. ..
Ces bijoux oubliés, ces coffrets, cette tresse,
C'est peut-être, 6 mon Dieu, Tadieu qu'elle me laisse !
Mille soupçons affreux s'élèvent... Plein d'effroi.
Il monte à pas pressés l'escalier du beffroi :
« Sentinelle, as^tu vu chevaucher sur la route ?
< Des pas, des voix, ont-ils résonné sur la route ?
« Â-t-il parti du bord une voile, un esquif ?
« — Je n'ai rien entendu, que Teau sur le récif.
« Seulement, sur le pré qui domine la plage,
4 A rheure de minuit j'ai vu descendre un page,
a Et peu d'instants après, au jour de ce ciel pur,
« Une ombre à pas muets glisser contre le mur !
« — Où sont-ils ? réponds-moi. — Seigneur, de celle place,
« L'angle du bastion dérobe la terrasse,
< Mais l'œil peut y plonger da sommet du beffroi». ' ^
< — J'y cours. Baisse top fronts s^ntinellei et suisHaoi ! «
Hermine^ s'attachant aux pas de la nourricç»
Avait rejoint Tristan aux bords du précipice^
Et dans son cœur brisé retenant ses sanglots»
Voulait parler, pleurait^ ne trouvait plus de mots, - :
De ses deux pâles mains se couvrait le visage»
Regardait tour à tour la nourrice et le page,
Et le ciel et le lac, et ponçait ; mon Dieu !
Que sa vague était douce auprès d'un tel adieu !
Puis enfin, s'efforçant d'une voix gui chancelle,
Elle voulait parler : Tristan ^ Tristan! dit-elle.-
Un lonç silence encor suivit ce faible effort ; .
Mais ce seul mot était plus triste que la mort > ; :
< -^ Te souviens-tu d'un mot qu'au sein do la mort ii|èm^ « Ma bouche a murmuré dans un aveu suprême f :
< Ah ! la mort de mon cœur pourra seul l'effacer!
< Mais mon nom découvert me défend d'y penser;; « Il restera plongé dans Tombre de mon inxke,
< Comme un obscur fourreau cache une riche lame« « Il dormira bientôt sous le sceau du trépas.
« Je vous le rends ici. — Je ne le reprends pas,
< Plus basse est ta fortune, et plus un amour tendre,
< Pour être à toi, Tristan, s'honore de descendre.
« Descendre ! ah ! qu'ai-je dit ! S'élever, s'ennoblir ! ^ * Honorer ce qu'on aime, est-ce donc s'avilir ? ,
t Esl-il un rang si bas que ta vertu n'honore?