‹ Nouvelles confidencesChapitre 138 sur 160 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

« D'amoiirel d'amitié j'étais heureux, j'aimais !

^ Mais au moment fatal où dans les bras d'un traître

« Je vous vis, ce moment m'apprit à me connaître;

« J'ai su combien j'aimaià par combien j'ai souffert,

« Et le ciel m''a puni de l'avoir découvert !

« Mais qu'au fond de mon cœur ce secret vive et meure, «

a L'amour qui fut ma gloire est mon crime à cette heure ;

« Trop éloigné d'un rang qu'un regard peut ternir,

« Ce serait l'offenser que d^ m'en souvenir !

a Reprenez à jamais celui qui fit ma gloire !

< Qu'il ^efface en votre âme ainsi que ma mémoire !

« Plaignes^-moi quelquefois ; mais, fidèle à l'honneur,

« Ajmez-en un plus digne ! — Ai-je donc plus d'un cœur ?

€ Et crois-<tu qu'à ton gré je puisse à l'instant même

« Aimer ce que je hais et haïr ce que j'aime ?

« Non, l'amour que mon cœur reçut avec le jour

« Qu'on me fit respirer dans le même séjour,

<k Ce lait qu'au même sein ensemble nous puisâmes,

a L* amour qu'un nom si doux a nourri dans nos âmes

a N'est pas un sentiment fragile et passager

« Qu'un jour peut faire éclore et qu'un mot peut changer ;

a Tristan, il est nous-méme, il est notre pensée

« Dans le cœur l'un de l'autre en naissant retracée;

« H est notre mémoire et notre souvenir,

« Nos peines, nos soucis, le passé, l'avenir,

« Et le sang qui s'anime, et l'air que je respire !

« t^ur un tel sentiment nulle voix n'a d'empire :

€ 11 brave et l'injustice et loutrage du sort.

3i0 NOUVELLES CONFIDENCES.

« Et, pour l'anéantir, il n'esl rien que la mort ! € Va, n'essaye donc pas d'en étouffer la flammé ;

< Il est à toi, Tristan, par tous les droits de Tâme,

< Par lous les noms sacrés les plus diers à mon cœur « D^ami, d'amant, de frère ou de libérateur!

< Mon amour te les garde, et ce cœur qui f adore

< S'il en est un plus doux te le consacre encoi^ ! « Oui ! je le jure ici, par tous ces noms chéris,

< Par ce lait paternel dont nous fûmes nourris, « Par l'âme de ma mère et ces larmes dernières

« Que versèrent sur nous ses mourantes paupières, « Par ce même berceau qui nous reçut tous deux, « Par ces premiers amours nés de nos premiers jeux,

< Par ce ciel qui m'entend, par ce lac tatélait^ ce Dont ton berceau floKant endormit la tolère, « Par celle nuit suprême où, ravie au trépas,

€ L^amour qui t'inspirait me sauva dans tes bras;

< Par ma part dans le ciel, par mon nom de chrétienne, « Jamais ma main n'aura d'autre appui que la sienne,

« Jamais mon O(0ttr n'aura d'autre maître que toi I f Reçois devant le ciel ce gage de ma foi ;

< C'est de ma mère, hélas ! le plus cher héritage, « Le gage de sa foi> Tatitteau de mariage

c Que l'heure dek mort à son doigt a trouvée, « Et qu'en secret poui^ toi mon cœur a réservée!

< Approâie, que ma main à la tienne s^uuisse,

c Et que Dieu qui m'enti^d nous jttge et nous bénisse ! -

< El toi jure qu'au mien jusqu'au jour di^ la mort

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